‹ Napoléon III intimeChapitre 16 sur 114 · Souvenin de M^* Récamier^ t. II, p · texte numérisé non relu

Souvenin de M^* Récamier^ t. II, p

Royauté ». De sa libre décision dépend la fin de nos maux, le terme de nos dissensions ». Il termine par ces fiëres paroles : « Représentant d'une cause politique, je ne puis accepter comme juge de mes volontés et de mes actes une juridiction politique. Si vous êtes les hommes du vainqueur, je n'ai pas de justice à attendre de vous, et je ne veux pas de générosité! >

Bcrryer, son avocat, — se conformant à son désir, — songe moins à le défendre qu'à accuser le gouvernement qui le fait poursuivre. Sous les Bourbons, « le principe de la légitimité gouvernait la nation ». Le régime sorti des barricades ne saurait l'invoquer; il ne peut reposer que sur celui de la souveraineté populaire. Eh bien! ce principe, dont on se réclame indûment, le prince en est venu demander la loyale application : telle est la thèse que le grand orateur développe avec sa vibrante éloquence.

M. Franck-Carré, le procureur général, emploie naturellement la sienne à accabler les conspirateurs. I^Iais il se garde bien d'alléguer le prétendu engagement que le prince aurait pris de rester aux États-Unis. Il reconnaît, au contraire, qu'en 183G, il avait été mis en liberté, un peu loin de son pays, mais «sans condition », donnant ainsi un démenti catégorique à l'ingénieuse calomnie des journaux ministériels.

Le roi Louis se comporte en 1840 comme il s'était comporté en 1836. Au lieu de tancer sévèrement le prince, ainsi qu*il le faisait si volontiers pour des vétilles, il prend un vif intérêt à son sort. Il lui écrit plus affectueusement qu'il n'en avait, depuis plusieurs années, l'habitude. Puis, dans une longue lettre adressée aux journaux, il déclare que son fils, « victime d'une odieuse intrigue », est tombé n dans un piège épouvantable » et proteste avec indignation contre l'injure qu'on a faite au neveu de TEmpereur « en l'enfermant dans la chambre d'un infâme assassin ».

Aussi, dès que son sort est fixé, le 5 octobre, Louis-Napoléon s'empresse-l-il de Ten informer : « Mon cher père, je viens de recevoir la nouvelle de l'arrêt qui me condanme

M NAPOLÉON m INTIME

à une prison perpétuelle sur le territoire français. Je supporte cette condamnation avec d'autant plus de calme et d'indifférence que j'ai reçu, il y a quelques jours, la lettre où vous me donniez votre bénédiction. Cela compense à mes yeux, et bien au-delà, la peine que j'aurais ressentie de l'avenir qui se présente pour moi ».

Le môme jour, il tient à remercier encore une fois, avant de quitter l'aris, M. Derryer d'avoir bien voulu présenter sa défense, sans partager ses opinions; — nouvelle occasion pour lui de prouver que les situations embarrassantes ne l'embarrassent pas, qu'il sait toujours s'en tirer galamment : « J'ignore, dit-il au grand orateur légitimiste, si jamais je serai dans le cas de vous témoigner ma reconnaissance; j'ignore si jamais vous voudrez en accepter des preuves; mais quelles que soient nos positions réciproques, en dehors de la politique et de ses désolantes obligations, nous pourrons toujours avoir de l'estime et de l'amitié l'un pour l'autre' ».

Il écrit enfin à M*" Salvagc, dame d'honneur de la Reine Hortense à laquelle il avait confié une certaine somme d'argent ; i< Je vous renvoie la liste du payement pour les avocats... Mais maintenant, je désire que les prix ne soient pas modifiés* ; M. Derryer, 15,000 fr. ~ M. Ferdinand Barrot 4,000 fr. — M. Marie, 4,000 fr. — M. Lignière, 1,500 fr. — M. Delacour, 1,000 fr. — M. J. Favre, 1,500 fr. — - H. Ducluseau, 1,000 fr. — M. Nogent, 1,500 fr. — M. Barillon, 1,500 fr. — Total : 31,000 fr. »

Pour témoigner' sa reconnaissance à ceux qui l'avaient vaillamment suivi dans sa nouvelle entreprise, Louis-Napoléon s'était déjà imposé d'autres sacrifices. Entre les accusés les moins riches, il avait réparti une vingtaine de mille francs; il avait en outre donné : aux créanciers de l'un d'eux :

1. LellK publiée iDUgratement par le vicoinle de Lft GuéroDuttre, NapoUon III. p. 69.

i. Il avait taioyt ud« première Dite d'hoaorairei, dont le t à U,5H fTJnci. On l'avait *ivciuaDt engagé i la rtiluire.

30,000 francs; — à H"* Parquin, SÎÏ.OOO francs; — d M"*Faurc, dont le mari, sou3-intendanl militaire, avait été lue dans la bagarre, 6,000 francs, etc. Et nous verrons que, malgré la modicité de ses ressources, il ne devait pas s'en tenir là...

Les affaires les plus urgentes ainsi réglées, il repartit le G octobre pour le fort de Ilam; il y entra le 7, c'cst-d-dire le jour où la Belte-Poule arrivait en vue de Sainte-Hélène.

L*iosUllation du prisonnier. — Mai logé, màii bien gardé. — M. Guixoi consolant Louis-Napoléon sans le savoir. — Le plus clairToyant des dciii. — L'UnlTcrsilé de llom. — Politique, histoire, littérature, Imlisti<|uc et rhiinie. — Plutôt la prison que Tcxil. — Heures de tristesse.

— Corre.^pondants et visiteurs. — Le Parti National. — Où va Targent du prince 7 — Conflance inébranlable. — Le priuce demande à aller revoir son p^re mourant. — Est-ce un prétexte 7 — Délibération des députée ninis du prince. — L'évasion : récit de Tévadé. — Une prière sur la grande route. — Reliques compromettantes. — Arrivée à Londres.

— Mort du roi Louis. — Nouvelles études. — La révolution A Paris.

Les oncles de Louis-Napoléon, lui reprochant d*avoir troublé leur vie par ses « folles équipées », devaient convenir qu*il avait encore plus troublé lu sienne. En Angleterre, où son nom lui ouvrait tous les salons, où son caractère lui avait fait de nombreux amis, où sa modeste fortune suffisait à satisfaire ses goûts fort simples, il aurait pu conlinuor à jouir d'une existence assez douce : à cet exil confortable il avait préféré une prison française.

Il y entrait, à trente-deux ans, pour y demeurer u perpétuellement ». En France sans doute, la perpétuité des peines politiques est une fiction ; et il le savait bien. Mais celte perpétuité relative pouvait cependant et, selon toute apparence»

>)Vvt 4^^%^ UA^ certaine durée. De fait, elle dura six ans; v;^ >à Vs>Mi^ N^|H>ltkin n'avait su l'abréger lui-même, elle eût 4m^V i¥*^w'À U révolution de février, c'est-à-dire deux ans ^ ^^ te nouveau gîte où devait s'écouler lentement ses ^^Vv^ «uuées de jeunesse, le prince Louis semblait le V^N^^w^r l^^ri convenable : « Je suis maintenant installé, — V^H^x<Ml U À M'^Salvage dès le 16 octobre ; — j'ai un bon lit, vM mUsiux blancs aux fenêtres, une table ronde, une commKH(e et »ix chaises. Vous voyez que j'ai tout ce qu'il me /^mt. V» Kncore parmi ces objets que l'administration lui ^H^il ncoordés, ou qu'elle lui avait permis de se procurer à ^^^ (hii^, oubliait-il « une petite glace de 0,06 centimètres

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Il lui aurait fallu pourtant un peu plus, — surtout des )Htrte» et des fenêtres interceptant mieux l'air humide de ce |my» marécageux. Mais le maigre crédit de 600 francs, ouvert |mr le ministre Rémusat et le sous-secrétaire d'Ëtat Blalleville, pour réparer, aménager ce logis délabré, n'avait pu Hufllre à tout'. Espérant se garantir de ces perfides courants d'air, le prince s'était fait faire un grand paravent, qui existe encore, et qu'il s'amusait à décorer des meilleures caricatures du Charivari, soigneusement découpées : jamais cependant il ne put s'en bien défendre; et, toute sa vie, — comme nous le verrons plus loin, — il devait conserver ce douloureux souvenir de sa captivité '.

S'il était mal logé, le prince Louis était bien gardé : quatre cents hommes dans le fort, et soixante sentinelles répandues de tous côtés avec une consigne sévère ; pour

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