I. U ehâUau de Ham, l)l(ï
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d^un point, se rapprochaient des leurs, ils se demandaient si le pays, toujours à la veille de nouvelles secousses, ne trouverait pas dans ce prince démocrate une utile réserve et voulaient s*en assurer, en Tétudiant.
Telle avait été sans doute la pensée de George Sand, entretenant avec Louis-Napoléon une correspondance, où elle lui prédisait une prochaine revanche * . Telle était certainement celle des publicistes républicains Degeorge, Souplet, Paugé, qui, ayant commencé par écrire au prince, pour lui poser des questions, avaient fini par venir chercher eux-mêmes la réponse. Les républicains ne se bornaient pas alors à invoquervaguement le principe delà souveraineté nationale, ils voulaient l'appliquer sans réserve. En réclamant le suffrage universel, en promettant de se soumettre ses décisions, on devenait, sinon Tun des leurs, au moins leur intime allié.
Répétant ce qu'il avait toujours dit depuis qu'il avait une plume entre les doigts, Louis-Napoléon écrit au Journal du I/)iret : o Je n* aurai jamais d* autre désir que celui de voirlepeuple entier choisir en toute liberté le gouvernement qui lui convient ; issu d'une famille qui doit son élévation à la volonté nationale, je mentirais à mon origine, à ma nature, au bon sens si je ne reconnaissais la souveraineté nationale du peuple comme la base de toute organisation politique ». Enregistrant cette déclaration du prince Louis, — conforme à Tinvariable doctrine de toute sa vie, — le Journal dii Loiret déclare y voir « un solennel hommage au principe de la souveraineté du peuple » et applaudit aux « généreux sentiments » qui Tout dictée : Sur ce terrain, tous les démocrates peuvent s'entendre avec lui et
1. Dans une Iclrre, adreiiée le 3 Janvier 1852 au prince-préiident, George Saod lui disait : • Ah ! prince ! mon cher prince d'autrefois, écoutei rhonime qui est en vous, qui est vous I... ■ Puit», lui indiquant quelle grande mission il pouvait seul remplir, elle njoulait : • Il y a longtemps que Je l'ai prévu, que J'en ai la certitude, que Je vous Tai dit à voUs-mème, lorsque peu de gens y croyaient en Franco •. (Correspondance de George Sand).
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marcher û ses cùlés, — ou infime à sa suile, — eslimanl, comme Paugé,qu*au milieu du désarroi des esprits, du morcellement de Topinion, le prince pourrait seul rallier autour de son grand nom les «masses flottantes » du pays et fonder € le parti national » sur les débris de tous les autres.
Avec cet écrivain, dont il apprécie Thonnôteté, la droiture et le talent, Louis-Napoléon rêve de créer à Paris un nouveau journal, mieux fait et plus viable que le Capitale et le Commerce. Mais, pour une telle entreprise, il faut de l'argent, et beaucoup. Il a réuni i 00,000 francs ; il reste à en trouver 150,000. Il prie M. Fouquier d'Herouel de les chercher pour lui. Mais il Ten prie sans doute assez gauchement, et s'en rend compte ; car, M. Fouquier d'Heronel devant se rendre à Paris, il écritàPaugé : « Tâchez de Tentralner ; moi, je suis très bêle dès qu'il s'agit de demander de l'argent' ».
Il savait mieux, beaucoup mieux en donnerl Et c'est pourquoi il ne lui en restait plus assez pour supporter, à lui seul, les frais de son nouveau journal. Les deux précédents avaient fait à son patrimoine une forte brèche, élargie par l'expédition de Houlognc, par le procès qui en était résulté, par la dette de reconnaissance qu'à cette occasion il avait contractée et qu'il voulait acquitter, même aux dépens de sa distraction la plus précieuse, la plus nécessaire. Il écrivait, en effet, le 10 avril 1842, à M. Vieillard : « J*ai un devoir sacré à remplir, c'est de soutenir tous ceux qui se sont dévoués pour moi ; et malheureusement les pensions que je paye sont au-dessus de l'état de ma fortune. Je soulage aussi, autant que je peux, les malheureux qui m'entourent; et, pour faire face à tout cela, je retranche môme sur mes plaisirs, car j'ai vendu mon cheval et je crois que je n'en rachèterai pas.».
Il se privait donc lui-même, non seulement pour secourir ceux qui s'étaient compromis pour lui à Boulogne ou à Strasbourg et dont il s'estimait par conséquent le débiteur, mais pour «soulager les malheureux qui Tcntouraient », qu'il ne
1 LcUroi de Louis-Na|)t)léoD. SouvtlU R$vue, i" ttpieinhtt ,i%^.
pouvait connaître, envers lesquels il remplissait spontanément un devoir de pure charité. Il n*attcndait pas que la misère vint provoquer sa bienfaisance ; il allait, de lui-même au devant d^elle : il se dispensait de récrire à M. Vieillard, — faisant toujours, en pareille matière, plus qu'il ne disait; — mais un autre a pu nous rapprendre. M. Flajollot, garde municipal du génie, attaché au fort de Ham, avait noté, les principaux incidents, dont, pendant la captivité du prince, il avait été le témoin ; et de ce petit mémorial, — qui ne fut jamais imprimé, — nous avons extrait les lignes suivantes :
Avant Tarrivée de M. Thelin au château, ce fût Ribet (employé du bureau du génie, attaché à la personne du prisonnier) auquel le prince demanda les premiers renseignements sur les infortunes et les malheureux du pays, et Ribet que le prince chargea de leur porter des secours. Cette belle mission fut plus tard (après le 25 mai 1841) confiée à M. Ch. Thelin qui a lui-même un excellent cœur et qui avait obtenu de sortir à volonté.
La bienveillante sollicitude du prince s'étendait également sur les enfants des pauvres, qu'il faisait habiller à Tépoque de leur première communion...
Le prince faisait remettre également à chaque chef d'institutions et écoles de garçons et de filles une notable quantité de bijoux et autres objets pour être distribués aux plus méritants des élèves de ces établissements.
N*ayantplus dans sa caisse, ainsi mise à sec, et ne trouvant pas h emprunter assez d'argent pour fonder son nouveau journal, Louis-Napoléon y renonça, non sans regret. Mais cette déception ne le découragea guère. L'indifférence des capitalistes à son égard ne pouvait ni Taffliger ni le surprendre beaucoup. Il comprenait que ses vrais amis étaient les humbles, les petits; que ceux-là savaient bien ce qu'ils voulaient, sans avoir besoin que des journaux Ip leur apprissent; qu'ils aimaient les Napoléon parce qu'ils se sentaient aimés d'eux, et que, quand on les aurait déballlonnés, ils le crieraient bien haut.
Sur la sympathie de ces amis obscurs, inconnus, il comptait avec une foi ardente, une foi inébranlable, une foi
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Deux jours après, il a perdu Tespoir do réussir : a Tout est rompu. On m'a indignement trompé. » En quoi Ta-t-oû trompé? demande M"** Cornu. Et le 3 février le prince répond qu'après avoir reçu « le refus si brutal du ministère » il a écrit à quelques députés, mais que ceux-ci ont mal compris ce qu*il attendait d'eux. « M. Odilon Barrot... sans que je l'en priasse, formula avec M. Duchàtel un nouveau projet de Lettre au roi et il me l'envoya, en m'écrivant une lettre très aimable pour m'engager à la signer... J'ai répondu hier à M. Odilon Barrot par un refus catégorique. Je lui dis que je ne veux pas demander grâce et que je resterai plutôt toute ma vie en prison que de m'abaissera » Si le prince renonce, par souci de sa dignité, à faire de nouvelles démarches, ses amis ne jettent pas, comme lui, le manche après la cognée. M. Vieillard lui répond, le 9 février, que, deux jours auparavant, il a réuni « une trentaine de députés dans l'un des bureaux de la Chambre. » Quand il leur eut faitconnaltre la résolution du prince de ne pas signer le projet de lettre au roi, les uns trouvèrent ses susceptibilités excessives,- tout en louant << la noblesse de sentiments, la dignité de langage » de sa réponse; les autres l'approuvèrent complètement. « Il n'y a pas, leur dit M. Vieillard en terminant, à s*occuper d'obtenir de lui de nouvelles concessions. Il s'agit de voir ce qu'on peut faire pour lui, sans lui »> : Sur quoi, la discussion s'ouvrit. MM. Odilon Barrot, Berryer, Garnier- Pages, Marie, Ferdinand Barrot, y prirent part tour à tour, — sans compter les simples interrupteurs : une petite séance parlement^iire, qui se termina comme tant de grandes ; on n'était pas plus avancé à la fm qu au commencement, et l'on se sépara sans rien décider. A défaut d'un résultat pratique, la réunion avait eu un effet moral que M. Vieillard indiquait au prince, pour le consoler : « Vous y avez été Tohji^t d*un intérêt unanime. »»
I. (U^i diverses Irtlrc^ è M"* ('.ornii ont été déjà publiées imu* UUnchard- Jcrndd, iJfe of Napoléon tkr Tliuii.
I^a séance levée, Duponl (de TEure) avail eu pourtant une idée, et Tavait soumise à ceux de ses collègues encore présents : « Qu^Odilon Barrot aille trouver le roi, non comme chef de Topposition, mais comme homme; qu'il invoque la situation du père, âgé, infirme, isolé ci la compare à celle du Roi, père aussi, mais environné d'une nombreuse famille ». Odilon Barrot consent très volontiers à faire cette démarche officieuse; et dès le lendemain il est reçu aux Tuileries. Il s'y montre « pressant, adroit, plein de cœur et d'habileté »; mais n'obtient pas grand'chose. Louis-Philippe déclare que son gouvernement ce ne peut accepter comme une chose sérieuse l'engagement de se reconstituer prisonnier »; qu'il serait personnellement fort disposé à rendre au prince sa liberté complète, à la condition que le prince reconnût explicitement que cette grâce il la devait à la générosité du roi; « qu'au surplus cette affaire était devenue une affaire d'État, qu'elle ne pouvait se décider sans la délibération du conseil des ministres...» Et, comme Odilon Barrot s'écriait: « Ah/ sire, vous me renvoyez aux minisires ; il n'y a plus d'espoir/ — Pardon/ pardon/ a dit le roi; et la conversation s'est terminée par des compliments réciproques », c'està-dire à peu près comme la réunion des députés ! *
Louis-Napoléon attendit quelque temps rcfict de cette démarche; et, voyant qu'elle n'en produisait aucun, il résolut d'agir. Puisqu'on ne voulait pas lui rendre, même pour peu de temps, la liberté, — il ne lui restait qu'à la prendre.
Comment ce projet, longuement préparé, fut exécuté le 25 mai, personne ne Tignore, et nous ne voudrions donc pas faire un nouveau récit de l'évasion ; mais on lira sans doute avec intérêt* ce récit fait par le prince lui-même, et qui, — croyons-nous —, ne fut jamais publié :
i. M. Odilon Barrot semblait avoir coiDiervé un souvenir très incoiiiplct de ces divers incidents; car en rappelant la visite qu'il fit alors au roi, il dit avoir fait cette démarche & la prière d*un ami personnel du prince, M. Vatout.
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lion cher Degeorge,
Le désir de revoir encore mon père sar celle lerre m*a fail lenler Tenlreprise la plus audacieuse que j'aie jamais tenlée el pour laquelle il m*a fallu plus de résolution et de courage qu*à Strasbourg et Boulogne, car j'étais résolu h ne pas supporter le ridicule qui s'attache à celui qu'on arrête sous un déguisement et un échec n'eût plus été supportable, liais enfln voici les détails de mon évasion.
Vous savez que le fort était gardé par 400 hommes, qui fournissaient une garde journalière de 60 soldats, qui étaient en sentinelle en dedans et en dehors du fort; de plus la porte de la prison était gardée par trois geôliers, dont deux étaient toujours en faction.
Il fallait donc passer devant eux d'abord, puis traverser toute la cour intérieure, devant les fenêtres du commandant ; arrivé là, il fallait passer le guichet où se trouvait un soldat de planton et un sergent, un portier-consigne, une sentinelle et enfln un poste de trente hommes.
N'ayant voulu établir aucune intelligence, il fallait naturellement avoirrec^rsà un déguisement. Or, comme on faisait réparer plusieurs chambres du bÂtiment que j'habitais, il était facile de prendre un costume d'ouvrier, lion bon et Adèle Charles Thélin se procura une blouse et des sabots. Je coupai mes moustaches el je pris une planche sur mon épaule. Lundi malin, je vis les ouvriers entrer à 8 heures et demie. Lorsqulls furent à l'ouvrage, Charles leur porta à boire dans une chambre, afin de les détourner de mon passage. 11 devait aussi appeler un gardien en haut, tandis que le D' Conncau causerait avec les autres. Cependant, à peine sorti de ma chambre, je fus accosté par un ouvrier qui me suivit me prenant pour un de ses camarades; au bas de l'escalier, je me trouvai nez à nez avec un gardien.
Heureusement je lui mis la planche que je portais devant la flgure et j'allai dans la cour, tenant toujours la planche devant les sentinelles et ceux que je rencontrais.
En passant devant la première sentinelle, je laissai tomber ma pipe; je m'arrêtai pour en ramasser les morceaux.
Alors je rencontrai Tofflcier de garde, mais il lisait une lettre et ne me remarqua pas. Les soldats, au poste du guichet, semblèrent étonnés de ma mise; le tambour surtout se retourna plusieurs fois.
Cependant les plantons de garde ouvrirent la porte et je me trouvai en dehors de la forteresse, liais là je rencontrai deux ouvriers qui venaient à ma rencontre el qui me regardaient avec attention. Je mis alors ma planche de leur côté, mais ils paraissaient si curieux que je pensais ne pouvoir leur échapper, lorsque je les entendis s'écrier : <« Oh! c'est Berlhaud! »
M 4 NAlHILltON III INTIME
Uhi» fdln il^hoi'n, Ji» inurc'hiil nveo promptitude Ters la route de 8«ihU O^t^iUliiv l^i»ii Ap t«»mp» npr^», Chârleti qui avait retenu une vtMtmH^ p^ur lu(| Hiiu« n\|oi|tiitt et iiout arrivâmes à Saint-Quentiu. ip li^^^rt^mul U viiU 4 pi<Hl| apr^t att^ir défait ma blouse.
t'hai 1^ ikVtaiU prtH'un^ une voiture de poste sous le prétexte dVine Pssxiffp k i«amhrat| nous arrivimes sans encombre à Yalendeniies, ^^<^ Ip p^'i» \p ^^hewiu de Air«
ip mVtaU pr^'^uré un passeport beV^ maison ne me l'a demandé nulU parts
IV^4anl <^ l<MNipe44^ i>Mineau« to^ionn si déroné, restait es p^^?^ p\ Pkk*4ii\ ef^^M» ^ue jNHais malade^ afin de me donner le M^^ ^W |t4^K^er la thMiti^riK l>M|k^ «|u^l n'^iampas été maltrailé. tV iMMha^t p^v m^ HMe I4ihi (jivtMiide deuWnr.
Mms ^mw^ <^l^iHr ISfiiNMr^ SI j>ii éyrMSvi» un vif sentiment de W^^pi>^^i^ jl^ uiM^ iHiM» »e«itii Wnt de la ^Mt«Mttee« jVfvonmi l^^i^ wx^iNq>»»» v« pa«MMl U flfvx^i^Wv
M iMU^V p«Mir vae JN<»Jlec 4 ifn^ller la ftamre^ la cetti^pli j#f»M^ W j^v^x»fif^vea<»»l u» me meHwnileei liiinW :« je j^»»» j^M>vM»M^wr>. H tidUiil <wMfca <yee J> ta»» fitiaiiié pnr le »H^W»»Mii»W»v»»ywii»fMtr«vi^ m>j<a fit» ^àmtt sa
l##«i^ eM^yiifiHMre%\s IW<^^^ t'^ainuffmi»^ «à» «a wne um^r H^
<li>^rJ^1l XS^niii>Â. :$airihtii^ «^^ 4vt^
^ 4 Hit n. ^. '!iiti£^% ^ *^^ j^t^«im« *!iiiâiitiiàf âi im^uritei^ m ^hN^AJi^ilt^v <tit. '4u II ^lunt ^utmaxi. xau Jtum âi si in)K>r ^ 4mr IMM À '^fotç«treitn. i xav^t jit « itOimr 4itKT^ 4lr a^i^ >alHnitts linift^it^i» iumwiu ^m i* Vvv>^iiuinr» tr ftiM >iiMtstnÉim id^sontm: ^un^ !m» jnoii^
IIAM ttS
quelque intérêt aux prisonniers politiques et jamais ne se plaint de voir jouer une bonne niche au pouvoir. Cetle ingénieuse et hardie évasion causa donc un plaisir à peu près général, et de tous côtés on en accueillit la nouvelle avec le même cri : « G*est bien joué 1 » Les membres du gouvernement, ou ceux qui lui touchaient de prés ne pouvaient partager cette satisfaction. Le maréchal Soult, ayant soigneusement organisé en 1840 la surveillance du prisonnier, s*en montrait particulièrement désolé; il espérait bien qu'on ne négligerait rien pour rattraper le fugitif, et se demandait comment il avait pu échapper à tant de police, à tant de soldats, si le commandant du fort n*avait pas favorisé sa fuite * ?
Il était pourtant bien innocent, le pauvre commandant Demarle, et bien penaud de Taventure I A chaque tentative qu'il avait faite, pendant cette journée fatale, pour voir son prisonnier, le docteur Gonneau Pavait arrêté, en lui disant : « Le prince est malade! le prince dortl Je vous en prie, ne le dérangez pas ! ■ Vers le soir pourtant il perdait patience et entrait, d'autorité, dans la chambre du prince, s'asseyait au pied du lit où le mannequin fabriqué par le docteur, et coiffé d'un madras, reposait tranquillement... si tranquillement qu'on ne l'entendait pas respirer! Après en avoir fait l'observation, le commandant avançait la main vers le lit, la glissait doucement sur le drap, comme pour tâter les jambes du malade... Et M. Gonneau, s'attcndant à une explosion, se préparait à la subir. Mais le pauvre commandant se bornait à murmurer d'une voix éteinte : « Eh! bien , je m'en doutais, depuis ce matin! » Le désespoir Tavait maté, anéanti.
On ne le mit pas moins en non-activité par retrait d'emploi. [Quant au docteur £onneau, on le condamna à trois mois de prison. Il en eût subi volontiers dix fois plus pour sauver son prince, et jamais on ne vit condamné plus allègre.
i. Lettre au général Ruiliére. Arehiou du Dépôt de la Guerre.
ni: NAPOLÉON UI LVTIUE
Le Tora ard«it da maréchal Sonlt ne s'est pas réafisé : le fugitif a pu gagner la Belgique, puis rAngleterre. A peine y est*ii anÎTé qull en informe le roi Louis : « Mon cher père, le désir de vous revoir m'a fait tenter ce que je n'anrûs pas fut sans cela. J^ai trompé la surreillance de 400 hommes, et je suis arrivé sain et sauf à Londres. Id fai des amis puissants et je vais tâcher de pouvoir aller piès de vous ». [Lettre dm 27 mai Î846.)
Sa seconde pensée est pour son vieux compagnon de HaiB. Le général de Montholon, n'airant plus de fortune, a dû accepter de lui une pension de 4,000 francs. Loois-Xapoléon fempresse de Ici dire, que. malgré leur séparation, cette pension lui sera toujours exactement servie : que le docteur' Coimeiax doit lui en verser un semestre d*avanc«. Puis fl 5>irDse de ne Tavoîr pas initié à son projet d>vasîon. dont ji réussie exireaît un absolu secret. Si« au moment de son âejkfirt. i] n^avaît pas été lui serrer la main. c*est que c son «^iDcàozi Ttti *4jali ». '- Elle avait fûlli le trahir, en eCH^ la relif , lc»rî*ÇT:^ atic; £i:t sa drmiènf vîsile an général et £ M*' de îl:i.û):l:a car celle-<i passait une partie de la i>ïini« Birjrfrf 3e f^inman : Tef-^ic^ inusitée avec laquelle L ifts B» lil: î'iLÎ.rass*s :>:25 ieai ival: suffi pour kur ins|«rer ôt it < rr Ttriie 5*:cr«r:- ».
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HAM iil
nous nous promenons partout, ou presque partout mainte-» nant, sans passeports en poche, c^est parce qu*à cette époque, ayant cruellement souffert d*une telle entrave Louis-Napoléon avait résolu de la supprimer dès qu'il arriverait au pouvoir, qu'il exécuta cette résolution et que la plupart des antres gouvernements furent amenés à faire comme le sien.
Pendant ces longues négociations, poursuivies sans rel&che et sans découragement malgré leur insuccès, le roi Louis s'éteignait à Florence. Jusqu'à sa dernière heure il avait espéré revoir son Gis et s'était occupé de lui. Car, s'il avait souvent morigéné le prince avec cette inconsciente rudesse dont il usait envers tous, il n'avait jamais cessé de l'aimer ; depuis longtemps il n'aimait plus que lui ; et le voir heureux, comme le disait sa dernière lettre, était, a le seul soulagement » que pût espérer sa douloureuse vieillesse.
Depuis son enfance, et surtout pendant son séjour à V Université de ^am, Louis-Napoléon avait pris l'habitude du travail. Il ne pouvait rester longtemps oisif. Se voyant obligé de s'établir à Londres, il se remit à Tétudc. Après avoir soigneusement revu et fait publier le premier volume de son ouvrage sur l'artillerie, il écrivit, en anglais, une longue brochure intitulée : « Projet touchant le canal de Nica^ ragua dans le but de relier l'Océan atlantique et la Mer pacifique ».
Dans cette brochure, éditée chez Mills, le prince utilisant ses travaux de 1842, les avait complétés par les observations techniques, que, depuis et à sa demande, un ofQcier de marine avait bien voulu faire sur les lieux. Cette grande entreprise, dont l'exécution devait être un bienfait pour tous les pays, Tintéressait fort; il songeait sérieusement à en aller prendre la direction : le mouvement réformiste et l'agitation qui commençait à se produire en France le décidèrent à ajourner ce projet.
M"* Déjazet vint, vers cette époque, donner quelques représentations à Londres. Louis-Napoléon chargea Thélin de lui porter, avec un souvenir, et ses plus vifs remerciements,
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Le VŒU ardent du maréchal Soult ne s*est pas réalisé : le fugitif a pu gagner la Belgique, puis TAngleterre. A peine y est-il arrivé qu'il en informe le roi Louis : « Mon cher père, le désir de vous revoir m'a fait tenter ce que je n'aurais pas fait sans cela. J'ai trompé la surveillance de 400 hommes, et je suis arrivé sain et sauf à. Londres. Ici j'ai des amis puissants et je vais tâcher de pouvoir aller près de vous ». {Lettre du 27 mai 1846.)
Sa seconde pensée est pour son vieux compagnon de Ham. Le général de Hontholon, n'ayant plus de fortune, a dû accepter de lui une pension de 4,000 francs. Louis-Napoléon s'empresse de lui dire, que, malgré leur séparation, cette pension lui sera toujours exactement servie ; que le docteur Gonneau doit lui en verser un semestre d'avance. Puis il s'excuse de ne l'avoir pas initié à son projet d'évasion, dont Ja réussite exigeait un absolu secret. Si, au moment de son départ, il n'avait pas été lui serrer la main, c'est que « son émotion l'eût trahi » . * Elle avait failli le trahir, en effet, la veille, lorsqu'il avait fait sa dernière visite au général et à M"^ de Montholon (car celle-ci passait une partie de la journée auprès de son mari): l'eCTusion inusitée avec laquelle il les avait embrassés tous deux avait suffi pour leur inspirer déjà « un vague soupçon » .
Après l'acte audacieux qu'il vient d'accomplir, Louis-Napoléon devait, plus que jamais, inquiéter le gouvernement irançais; et les gouvernements étrangers croyaient nécessaires de le garder à vue. Malgré ses actives démarches et rintervention de ses <c amis puissants,» le prince ne pouvait donc obtenir la permission de gagner l'Italie.
Le droit de circuler librement, dont nous avons pris Thabiiude et qui nous parait un droit naturel, n'était pas alors accordé à tout le monde ; et ceux qui se mettaient en route sans avoir des papiers en règle ne pouvaient aller loin. Si
i. Cette lettre a été publiée par M. Hachet-Souplit. Louis- Sa j)oUom priionnier au fart d€ llam, t
IIAM iil
nous nous promenons partout, ou presque partout maintenant, sans passeports en poche, c^est parce qu*à cette époque, ayant cruellement souOert d*une telle entrave Louis-Napoléon avait résolu de la supprimer dès qu'il arriverait au pouvoir, qu*il exécuta cette résolution et que la plupart des antres gouvernements furent amenés à faire comme le sien.
Pendant ces longues négociations, poursuivies sans relâche et sans découragement malgré leur insuccès, le roi LfOuis s'éteignait à Florence. Jusqu'à sa dernière heure il avait espéré revoir son Gis et s'était occupé de lui. Car, s'il avait souvent morigéné le prince avec celte inconsciente rudesse dont il usait envers tous, il n'avait jamais cessé de l'aimer ; depuis longtemps il n'aimait plus que lui; et le voir heureux, comme le disait sa dernière lettre, était, « le seul soulagement » que pût espérer sa douloureuse vieillesse.
Depuis son enfonce, et surtout pendant son séjour à V Université de /Tarn, Louis-Napoléon avait pris l'habitude du travail. Il ne pouvait rester longtemps oisif. Se voyant obligé de s'établir à Londres, il se remit à Tétude. Après avoir soigneusement revu et fait publier le premier volume de son ouvrage sur l'artillerie, il écrivit, en anglais, une longue brochure intitulée : « Projet touchant le canal de Nica^ ragua dans le but de relier l'Océan atlantique et la Mer pacifique ».
Dans cette brochure, éditée chez Mills, le prince utilisant ses travaux de 1842, les avait complétés par les observations techniques, que, depuis et û sa demande, un officier de marine avait bien voulu faire sur les lieux. Cette grande entreprise, dont Texécution devait être un bienfait pour tous les pays, l'intéressait fort ; il songeait sérieusement à en aller prendre la direction : le mouvement réformiste et l'agitation qui commençait à se produire en France le décidèrent à ajourner ce projet.
M*** Déjazet vint, vers cette époque, donnerquelquesreprésentations à Londres. Louis-Napoléon cliargea Thélin de lui porter, avec un souvenir, et ses plus vifs remerciements,
la petite médaille qu'elle lui avait fait passer à Ham. Déjazet accepta les remerciements, le souvenir, mais refusa la médaille : « Priez le prince de la garder, dit-elle à Thélin : il a encore du bonheur à espérer ».
Quelques semaines plus tard, la révolution éclatait à Paris. Louis-Napoléon voyait ses deux vœux les plus chers se réaliser : le territoire français lui était ouvert; la souveraineté nationale était proclamée. Il se préparait aussitôt à rentrer en France... Et Déjazet s^écriait sans doute, encore une fois : « C'est ma médaille 1 »
lA CONQUÊTE DU POUVOIR
Une partie intéreitante. — Louit-Napoléon arriTe 4 Paris. — Il en repart. — Il est élu repréientant. — Menace d'arreitation. — ReTancbe du fuffraxe universel. — La souverainclé nationale en lisière. — Singulière constitution. — Scrutin du 10 déceuibre. •— Ce qu*il signifie. — Le Président isolé. — Les ministres. — Situation peu commode. — Premier avertissement à Témeutc. — Voyages et discours. — Leur succès. — L*épée de TAsseniblée. — Le Président la brise. — Les Parlementaires se vengent. — Pas une faute. — Illusion perdue. — On demande un sauveur. — La minorité souveraine. — Situation sans issue : qui fera le coup d*État7 — Masas ou Viucennes. — Crime ou devoir civique. — Au pas du pays.— Qui retarde l'Empire? — L'Europe et la Présidence de Louis-Napoléon. — Panique en Angleterre. — L'Europe et le rétablissement de l'Empire. — Napoléon 11 passe encore, Napoléon III, Jamais! » Les puissances se résignent. — Frère ou ami? — Spirituelle riposte. » Les obstacles écartés au dehors, comme au dedans. — Napoléon III monte sur le trône. — Son programme.
On lit dans le Journal des Qoncourt^ à la date du 16 décembre 1863 :
La princesse, arrivée à cinq heures de Compiègne, parle de TEmpereur : « Qu'est-ce que vous voulez? Cet homme, il n*est ni vif, ni impressionnable. Hien ne Témeut. L*autre jour, un domestique lui a lâché un syphon d*eau de Seitz dans le cou, il 8*est contenté de passer sou verre de l'autre côté, saus rien dire, sans donner
\n NAPOLÉON III INTIME
aucun signe d'impatience... Un homme qui ne se met jamais en c%>h^re et dont la plus grande parole de fureur est. « C'est absurde 1 » U n'en dit jamais plus 1
G*est souvent par ces minces détails de chronique intime qu*on apprend le mieux à juger les hommes. En déposant cetio petite note sur leur calepin, MM. de Concourt ne se douiniont sans doute pas qu'ils travaillaient pour Thisioire : ils devaient cependant, par ces quelques lignes, écrites avec indifférence, servir, plus que de longues et savantes études, à lui faire comprendre le caractère de l'Empereur et comment le prince Louis devint Napoléon IIP.
Certes il sentait vivement : — dans les pages qui précèdent, on a pu s'en convaincre ; — mais il savait contenir, refouler ses impressions; et c'est parce qu'il se dominât lui-même qu'il parvint à dominer ses adversaires; c'est parce que son énergie était doublée de patience ^et de douceur quil put arriver au pouvoir, en écartant d*une main calme et sûre tous les obstacles accumulés sur sa route.
Ce dut être vraiment pour ceux qui pouvaient y assister sans passion, — pour les étrangers, par exemple, — une p&rtie intéressante à suivre. Le gagnant avait contre lui tous les plus foHs joueurs de l'époque ; et ceux qui avaient préparé les cartes, avant qu'il les prit en main, s'étaient arrangés de manière à lui laisser peu d'atouts... Il est donc intéressant d'observer son jeu, dès le début.
La Révolution de février à peine accomplie, Louis-Napoléon, sa valise à la main, débarque à Paris, et en informe aussitôt les membres du gouvernement provisoire. Ceux-
1. Un officier de ta maison qui, pendant toute la durée de ion règne, resta attaché à ta personne, nous disait : « En vingt ans, Je ne lui ai Jamais tu qu*nn mouTement de colère ou plutôt de vivacité. C'était au camp de Boulogne, où la maladresse d'un colonel avait failli produire un grave accident. 11 malmena quelque peu le maladroit ; mais tout le Jour il parut malheureux, presque humilié de ce moment d'oubli, et le soir il faisait venir celui qui en avait été la victime pour lui parler avec la plus grande bienveillance. •
oi, — fort embarrassés de leur victoire, et ne sachant trop ce qu'allait devenir une république improvisée, qu'ils n'avaient eux-mêmes ni prévue, ni désirée, et qu'ils savaient peu populaire, — apprennent l'arrivée du prince avec inquiétude. Ils le font courtoisement prier de ne pas augmenter leur embarras par sa présence; et le prince, se rendant à leur désir avec une égale courtoisie, repart immédiatement pour l'Angleterre... Il y restera aussi longtemps qu'il le faudra. Il est sûr, en effet, que son heure viendra; que, sous un titre ou sous un autre, il sera appelé à gouverner la France, à lui rendre l'ordre, à développer sa richesse, à lui faire reprendre au dehors son rang légitime, — en s'appuyant sur ce « parti national » dont il se croit le chef naturel et nécessaire. Il attendra donc tranquillement que cette heure soit venue. Quand un b&illon légal étouffait la voix du peuple, il a pu tenter de l'arracher violemment : le peuple aujourd'hui a le droit de parler ; c'est à lui de manifester spontanément ses préférences.
Louis-Napoléon n'a môme pas voulu qu'on pos&t sa candidature aux élections générales du mois d'avril. Le 11 mai, dans une lettre intimé et nullement destinée au public, il en donne la raison à M. Vieillard: « Tant que la constitution ne sera pas fixée, je sens que ma position en France serait très difficile et même très dangereuse pour moi. J'ai donc pris la résolution de me tenir à l'écart et de résister à toutes les séductions que peut avoir pour moi le séjour dans mon pays. Si la France avait besoin de moi, si mon rôle était tout tracé, si enfin je pouvais croire être ' utile à mon pays, je n'hésiterais pas à passer sur toutes les 1 considérations secondaires pour remplir mon devoir ; mais ^ dans les circonstances actuelles, je ne puis être bon à rien; je ne serais tout au plus qu'un embarras. »
La France parut commencer bientôt à sentir qu'elle avait « besoin de lui » ; car, dans les élections partielles du 6 juin il était élu, sans s*èlre présenté, par quatre départements, dont celui de la Seine. Obéissant à cet appel direct des
électeurs, il quitta enfin l'Angleterre, pour venir occuper sa place à l'Assemblée nationale.
Louis-Napoléon avait toujours cru que sous le régime de la « souveraineté populaire », le peuple devrait être souverain ; qu'aucune volonté ne devait avoir la prétention de dominer la sienne. 11 le pensa sur le trône, comme en prison, puisque à Rochefort candidat, il accorda un saufconduit, et qu'à Rochefort élu il fit remise de sa peine. Mais ceux qui menaient la République, entendant la mener à leur guise, étaient d'un avis différent. Ils s'écrièrent que les Bonaparte avaient été condamnés à un exil perpétuel ; que l'arrêt prononcé contre eux, sous les Bourbons, n'avait pas été cassé, même par le récent verdict du suffrage universel; qu'il fallait donc mettre la mmn sur le nouveau représentant, pour le reconduire à la frontière ; et Lamartine, poussé par eux, télégraphiait, le 12 juin, à tous les commissaires ou sous-commissaires de la République : « Faites arrêter Charles-Louis-Napoléon Bonaparte, s'il est signalé dans votre département. » C'était à se croire encore en 1816!
Le peuple français est, quoiqu'on en dise, assez facile à mener, mais il n'aime pas qu'on ait l'^r de se moquer de lui. On clabaudait donc fortement contre la fantaisie de la Commission executive ; et le conflit semblait devenir sérieux, quand Louis-Napoléon, de lui-même, y mit fin, par une seconde retraite. Il écrivit le 18 juin à son ami Vieillard : « Dans les circonstances graves où je me trouve, je crois ne devoir prendre conseil que de mon cœur et faire ce qui me parait le plus avantageux non pour moi, mais pour le pays. Je dépose donc aujourd'hui entre les mains du président ma démission. On verra par ce fait mon désintéressement, je l'espère, et mon désir de ne pas augmenter le gâchis qui existe; je réfuterai par là les calomnies de mes ennemis ; et, si le peuple me réélit, alors j*arriverai sans tache. » Le même jour, en effet, il annonça, par une lettre publique, au Président de l'Assemblée que, son élec-
lion étant une cause de désordre, il résignait, « non sans de vifs regrets » son quadruple mandat.
Irrité de se voir faire ainsi la loi par ceux qui auraient dû lui obéir, le suffrage universel attendait l'occasion de prendre sa revanche. Aux élections partielles du 20 septembre, Louis-Napoléon était nommé par six autres départements : ses adversaires comprirent cette fois qu'ils devaient céder.
Mais le peuple, si acharné à faire du prince Ltouis un représentant no voudra-t-il pas en .faire un président... peut- ) être plus encore? Sinistre éventualité, contre laquelle il faut se prémunir. Si Ton ne peut éviter la catastrophe, on en limitera les risques. On permettra au pays affolé de se passer cette ridicule fantaisie pour quatre ans ; pas un jour de plus!.. De là cette constitution étrange, baroque, telle qu'on en n'avait jamais vu et qu*on n'en verra plus sans doute; — constitution faite non pour un peuple, mais contre un homme; — constitution qui invoquait la souveraineté nationale, en Tescamotant, — constitution qui prétendait fonder un gouvernement de majorité et donnait le dernier mot à la minorité (puisqu'elle permettait à un quart de l'Assemblée d annihiler les trois autres) — constitution qui provoquait les conflits, en refusant tout moyen légal d'en sortir; — constitution enfin dont le sort était si clair qu'il ne s'agissait plus de savoir si elle serait violée, mais quand et par qui elle le serait, car tôt ou tard, d'une manière ou de l'autre, elle devait forcément en passer par lA, et ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même '.
Comme aux soldats de Strasbourg et de Boulogne, Louis- . Napoléon se présenta aux électeurs français, entouré seu- '
1. M. Buffet, qui a toujouri passé pour le type achevé de la correcUoo parleiuentairc, avouait lui-méuie, le 8 Juillet 1875, étant président du Conseil, que les Con^lituantsde 1848 avaient voulu prendre • des prérau- Uons contre le pays. • Sachant, en effet, que le pays avait i>our leur œuvre « un attachement, un dévouement douteux » et voudrait sans doute la reviser • ils avaient rendu la revision à peu prés impossible, on pourrait même dire, en fait, impossible. •
126 NAPOLÉON IIl INTIME
lement de quelques fidèles, ayant devant lui le pouvoir établi, toutes les forces administratives, et comptant, pour en triompher, sur son nom, sur le système de gouvernement qu'il personnifiait. Dans cette nouvelle tentative il réussit, même au-delà de ses espérances. Interrogé pour la première fois sur ses préférences, le pays avait su résister à toutes les suggestions officielles pour les manifester nettement : le scrutin du 10 décembre était une acclamation
nationale *.
Que signifiait ce vote? Où tendait-il? nous ne voulons pas le dire nous-mème : n'ayant pas cherché à dissimuler nos sentiments pour Thomme qu'il porta au pouvoir, nous serions suspect ; et nous passons la plume à ses adversaires. Qui a dit que, par ce vote en faveur d'un Napoléon, le pays s'était prononcé « contre la République » et avait « ouvertement exprimé le vœu de la détruire? » c'est Prévost- Paradol ; qu'il avait voulu répondre « à la possibilité d'un Fructidor par la possibilité d'un Brumaire? « c'est Proudbon ; que « cette demi-résurrection impériale tendait manifestement à l'Empire? » c'est Charles de Mazade ; que les masses rurales avaient entendu a en finir » avec le régime du 24 février? c'est le comte de Falloux; qu'elles avaient cru « voter pour un empereur? » c'est le comte de Montalembert ; que « placer un prince au-dessus des autres citoyens, c'était lui dire de mettre la couronne sur sa tète? » c'est M. Louis Teste*. Et nous pourrions continuer cette
1. « Les hommci let plus ttn du vote de leur commune, se virent abandonnés de leurs serviteurs eu\- mêmes. Le duc de Luynes, qui avait toujours tenu entre ses mains tous les suffrages de son pays dont il était représentant, vint, la veille de Télection, dans la réunion électorale. Accueilli par les témoignages de la plus complète déférence, il est interrogé sur le président qu'il faut choisir; il parle, il s*anime pour recommander le général Cavaignac. Il dit tout ce que Von peut dire en sa faveur et contre son concurrent. On l'écoute avec faveur, on Tapplaudit quand il a fini de parler; il se retire content de son succès, assuré que bien peu de voix manqueront à son favori. Le soir il apprend que le général n'a eu que la sienne; toutes les autres avaient été données au futur empereur... ■ Vicomte os Mblun, Mémoires , t. Il, p. 35.
2. E. Teste a dit, plus catégoriquement encore : • Après Télection pré^ iidentielle du 10 décembre, on ne criait pas seulement • Vive Louis-
LA CONQUÊTE DU POUVOIR Itl
énumôralion longlemps^ si nous ne craignions de fatiguer le lecteur.
Le prince Louis avait donc reçu, le 10 décembre, une \ sorte de mandat impératif, bien que tacite, qui pouvait se traduire ainsi : « Nous mettons le pouvoir dans tes mains ; tu t'appelles Napoléon : tu sauras t'en servir, tu sauras le garder. » Et si dès le lendemain, — comme on le lui conseillait de divers côtés, — Louis Napoléon eut pris la couronne, il n'eût fait qu'exécuter le vœu des six millions de Français qui Tenvoy^ent à TÉlysée, n'ayant pu légalement l'envoyer aux Tuileries.
Il ne voulut aller aux Tuileries ni ce jour-là, ni un mois plus tard, après l'émeute du 19 janvier, malgré les instances de Ghangarnier pour l'y conduire. En y entrant ainsi, il eût interprété le désir de ses électeurs ; et il ne lur convenait pas de l'interpréter. Il espérait assurément que le pays, l'ayant vu à l'œuvre, lui donnerait de nouveaux et plus explicites témoignages de sa confiance ; mais il entendait les mériter, et, avant de songer à en obtenir un autre, il prenait au sérieux le mandat qu'il venait de recevoir. Il croyait pouvoir le remplir sans peine, avec l'aide de l'état-major parlementaire, convaincu que celui-ci, devant l'éclatante manifestation du suffrage universel, avait désarmé. La passion politique ne désarme jamais. Entre le princeprésident et ses électeurs se dressait donc un rideau, une muraille : la majorité parlementaire, subissant le suffrage universel plutôt qu'elle ne l'acceptait, guettant une occasion de le mutiler, résolue, en attendant, à ne tenir aucun compte de ses aspirations. « L'Assemblée nationale, — a écrit depuis l'un des principaux acteurs de ce drame politique, — avait grande envie de lutter contre Télu du 10 décembre et de le renverser*. » Et, pour la mener à Tassant
Napoléon! » on criait encore et surtout : « Vi?e l'Empereur! • Outre qu'oo acclamait un homme, on acclamait ce qu'on attendait de lui : on voulait l'Empire, de préférence à tout autre gouTernement.* {Le GauloiM,k mai tSM.) 1. C*« Di Falloux, Mémoirt9 d'un Hoyaliête^ L 11.
de l'Elysée, elle avait des chefs éloquents, rompus à ce genre de tactique, appuyés par les salons, soutenus, par de nombreux et puissants journaux.
« Je suis isolé, disait alors le Prince avec tristesse à lord Malmesbury, mes partisans me sont inconnus et je n*ai pas 200 voix dans TAssemblée*. » Pour se mettre en contact avec ces six millions dUnconnus qui lui avaient confié leurs intérêts, il ne pouvait même compter sur ses ministres et le réseau de fonctionnaires qui dépendaient d'eux : ses ministres étaient aux ordres de la majorité parlementaire qui les avait désignés et non aux siens. A force de courtoisie, il cherchait à entretenir avec eux de bons rapports personnels, mais il les sentait constamment séparés de lui par une divergence absolue dUdées et de sentiments. De leur part il devait attendre toujours un mauvais vouloir et souvent de mauvais procédés. Dans lun de ses premiers cabinets il avait appelé M. Dufaure, — oubliant avec quelle Aprcté celui-ci, comme ministre du général Cavaignac, avait combattu su candidature à la présidence. Mais M. Dufaure avait prétendu n'y entrer qu'avec certains de ses amis. Il en expliquait naïvement la raison à M. de Falloux : « Vous ne pouvez ignorer les préventions du Président à mon égard ; je ne puis lutter^ isolé. » A quoi M. de Falloux répondait en souriant : « Mes amis sont aussi sûrs que les vôtres pour lutter contre les exigences du Président*. » M. de Falloux, en effet, en entrant dans le Conseil du prince, ne lui avait pas dissimulé son goût pour la royauté, ni sa ferme intention de travailler à la rétablir. Entre lui, cependant, et son collègue il y avait une nuance assez sensible. Dans sa iutte contre le Président, dont il était le ministre, M. de Falloux apportait quelques ménagements de forme; et, de son aveu, M. Dufaure s'en croyait dispensé : « Rien, écrit-il, ne peut donner une idée de M. Dufaure en pareille circonstance, si
!. Lord Malmiiburt, Journal d'un ancien Miniêtrt,p. 125. S. Mimoirtê d*un RoyalUlê^ t IL
ce n'est le hérisson caclianl sa tôle et ses pâlies pour ne présenler qu'une boule armée de pointes aigu6s'.» 11 raconte un peu plus loin que, causant alors avec M. de Tocqueville de leur collègue commun, il lui avait dit : a Je veux vous rappeler ce que nous avons bien des fois constaté ensemble, c'est que le Président se contient à grand'peine vis-à-vis de M. Dufaure, qui, sans s'en douter, ne perd jamais une occasion de lui être désagréable. » 11 faut avouer qu'un chef d'Ëtat, ainsi secondé par ses ministres, avait quelque mérite à « se contenir ». Il faut avouer qu'au milieu de toutes ces hostilités la situation du Prince-Président n'était ni agréable, ni commode; que, pour en sortir avec honneur, il dut montrer une certaine dextérité, un assez rare mélange de sang-froid, de patience et de fermeté.
Pour entrer en contact avec ses partisans, que son gouvernement atfectait d'ignorer, Louis-Nupoléon n'avait qu'une ressource : c'était de s'adresser, sans intermédiaire, à eux; et de parler lui-même à la France. Tout d'abord il voulait lui faire savoir comment il comprenait le mandat, conmient il entendait user des pouvoirs qu'elle lui avait directement conférés. Huit jours après son installation, sentantdéjàque ses ministres prétendaient le considérer comme un soliveau, constatant surtout celte prétention chez M. de Malleville, ministre de Tintérieur, — qui, sous-secrétaire d'Ëtat du gouvernement de juillet, l'avait fait conduire à Ham, — il lui écrivait :
J*ai demandé à M. lo Préfet de Police 8*il ne recevait pas quelquefois des rapports sur la diplomatie. Il ma répondu afflrmativeroenl, et il a ajouté qu*il vous avait remis hier les copies d'une dépêche sur ritalie. Ces dépécho5, vous le comprendrez, doivent m'élre remises directement ; et je dois vous exprimer tout mon mécontentement du retard que vous apportez à me les communiquer.
Je vous prie également du nfenvoyer les seize cartons que je TOUS ai demandés; je veux les avoir jeudi. Je n entends pas non