‹ Napoléon III intimeChapitre 21 sur 114 · I. Numéro du U luan ISul · texte numérisé non relu

I. Numéro du U luan ISul

résister davantage à cette pressante injonction de la volonté nationale ; et George Sand eut parfaitement raison d'écrire qu' « il était de bonne foi » ; qu' « il n'avait voulu jouer personne » ; que « désintéressé de tout pour son compte, il se considérait comme Tunique moyen de salut, comme Tins-^ trumcnt investi d'une mission inévitable ».

Oui, le Prince-Président se croyait la mission, le devoir de faire triompher le principe de la souveraineté nationale, le considérant comme le droit, comme la base même du régime inauguré en 1848 et sa seule raison d'être. Mais, à cette heure encore, il espérait y réussir sans employer des moyens violents, qui lui répugnaient \ C'est donc avec une parfaite et tranquille assurance qu'il disait, le 15 juin 1851, au banquet de Dijon : « Depuis que je suis au pouvoir, j'ai prouvé combien, en présence des grands intérêts de la société, je faisais abstraction de ce qui me touche. Les attaques les plus injustes et les plus violentes n'ont pu me faire sortir de mon calme. Quels que soient les devoirs que le pays m'impose, il me trouvera décidé à suivre sa volonté...»

L'illusion qu'il conservait encore s'évanouit bientôt. Dès le mois suivant le projet de révision est soumis à l'Assemblée. Beaucoup de députés, qui ont fait jusqu'alors une opposition constante au Président, se rallient à lui sur cette question. Ils n'osent regimber ouvertement contre le vœu si clair du pays. Comme le pays d'ailleurs, ils redoutent la terrible échéance de 1852, la crise politique et sociale que provoquerait infailliblement la crise présidentielle, et ne veulent pas en assumer la lourde responjsabilité.

L'un des plus distingués d'entre eux, M. de Broglie, venait de traduire leurs communes angoisses, en écrivant : f< Cette fois la Providence a jugé bon de nous prévenir. A

!. Au comte Alfred de Graraont, officier d'ordonnance du général de Castellane, — qui lui était tout acquis, et avec qui il n'avait pai à ditiilUDler, — il disait, le 22 Janvier 1851 : « Je suis loyal dans ce que Je dis et promets, et la Chambre est pour moi d'une indigne injustice. • (Journal du Maréchal de CaMtellane.)

la veille du plus grand danger qui nous ail jamais menacés, elle nous a fait connallre le jour, Theure et le lieu où nous pouvions périr. Elle a jugé à propos d'annoncer Tune des plus formidables crises qui aient jamais plané sur une nation... Une société dans Tétat où est la nôtre, qui n'est plus sûre du lendemain, qui ne peut jamais respirer jusqu'au fond de sa poitrine, est une société qui attend, qui appelle un sauveur ^ »

Louis-Napoléon, qui jusqu'alors se plaignait de n'avoir que « deux cents voix à l'Assemblée » pour gouverner, y trouve donc 446 voix, pour réviser... Mais ce n'est pas encore assez ! Ce que veut le pays, ce que veulent quatrevingts conseils généraux, ce que veulent même quatre cent quarante-six de leurs collègues, — deux cent soixante-dixhuit représentants ne le veulent pas. Et cette minorité l'emporte : ainsi l'ont décrété les ingénieux constituants de 1848. SU pro ratione voluntas /

Par respect pour cette « chinoiserie », — comme M. Thiers, devenu chef d'Etat, appelait, moins justement, la responsabilité ministérielle, — fallait-il laisser courir la France à la « crise formidable », à la catastrophe prévue par tous pour l'année suivante ? Louis-Napoléon ne le pensa pas, — ni personne plus que lui. De part et d'autre, on comprit la nécessité d'une solution violente ; et, de paK et d'autre, on s'y prépara.

Un coup d'Etat s'imposait donc. Sur ce point encore la f lumière est faite et le doute interdit : « Le 2 décembre, — . a dit le Temps lui-même, au mois de novembre 1886, — ' était la conséquence, criminelle sans 'iouiey mais absolu* ment logique de la Constitution de 1848. Ou le Président devait disperser les représentants du pays, ou TAssemblée devait faire arrêter le Président de la République ». Et, ce devoif% TAsscmblée entendait le remplir I Louis-Napoléon était bien renseigné quand il disait : m J'ai essayé de conci-

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