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rieux... Alors qu*il était maître de tout, il n'a voulu être maître de rien ; il a pour ainsi dire abdiqué en face du principe devant lequel il s'est incliné ; et, face à face avec la nalion, il a conclu avec elle ce pacte dont le premier article est la souveraineté du peuple et la consécration ou plutôt la restauration du suffrage universel. Ce grand fait est marqué d'un caractère tellement lumineux que je m'étonne qu'on puisse ne pas apercevoir que la révolution dont je parle a été dirigée non pas contre les amants exagérés de la liberté mais contre ceux au contraire qui voulaient la ramener en arrière. »
En prenant un fusil, quand on leur offrait un bulletin de vote, les adversaires du coup d*Ëlat avouaient que, sûrs d'être écrasés par le scrutin, ils n'entendaient pas se soumettre au verdict national. Or, la soumission de la minorité à la majorité, c'est la loi fondamentale de tout état démocratique; en dehors de ce principe, il n'y a que celui de la tradition, du droit divin.
Pour rentrer dans le droit populaire, dont les constituants de 1848 avaient fait si bon marché, il fallait donc sortir de l'étrange légalité conçue par eux, — comme Louis-Napoléon devait bientôt le dire, en une phrase restée fameuse et dont il n*était pas en réalité l'auteur. Il l'avait empruntée en effet, — détail peu connu, — à une lettre qu'un évoque, M"^ Mcnjaud, lui avait écrite et sur laquelle on avait sans doute appelé son attention; — car il aurait eu quelque peine à dépouiller avec soin son courrier. C'est par monceaux que les félicitations individuelles ou collectives arrivaient à l'Elysée. Avec les adresses seulement on a pu composer cinq volumes in-quarto, d'un millier de pages environ chacun. Qu'on parcoure la collection de ces chaleureuses adresses, qu'on note les noms, — de toute catégorie, — dont elles sont signées; qu'on lise sur-* tout les journaux de cette époque, — non les officieux, les autres I — et l'on constatera ce que disait l'un d'eux : que la France « sortie d'un mauvais rêve » éprouvait tout entière,
« un immcnso soulagcincnl*. » Lo 20 mars i8{i2, lo marôchal de Gaslellane écrivait sur son journal : « M. de Falloux passant à Lyon pour se rendre à Nice où il va chercher sa femme, est venu 'me voir. Il est satisfait de Tacte du 2 décembre. Il m*a dit avoir ici engagé ses amis à ne pas entraver le gouvernement, à Taider au contraire » • Combien de gens partageaint alors la satisfaction de M. de Falloux, qui depuis!... Mais le proverbe italien a raison : le péril passé on cesse d'honorer le saint; — le saint doit même s*cstimer heureux si alors on ne Tinjurie pas I
Le plébiscite du 20 décembre adoptant la constitution proposée par lui, conférait au prince-président une sorte de principat décennal. G*était évidemment la préface de TEmpire. Mais cette transformation, que tout semblait annoncer, Louis-Napoléon ne songeait pas à la provoquer. Il ne voulait pas plus alors qu'en janvier 1849, ou en décembre 1848, prendre la couronne, mais la recevoir de la nation, quand il plairait à la nation de la lui offrir. Un de ses familiers, lui disant : « L'Empire est fait, monseigneur! » — il répondait : « Oui, si je le voulais; mais il faut que la France le veuille) avant moi' ».
Certains de ses amis s'étonnaient, se plaignaient de le voir aussi peu pressé. M. de Persigny était du nombre. Ne pouvant convaincre son prince par le raisonnement, il résolut de l'entraîner par un autre moyen. Louis-Napoléon allait visiter un certain nombre de départements, « pour connaître leurs dispositions, et non pour leur suggérer les siennes, » comme il le déclarait à ses ministres, en leur interdisant « d'accomplir aucun acte qui pût être
.1. C'ett h\, Ë. Kurcufle qui parlait ainsi dans lu HfVHe des Deux-Monde», «— I^ Journal de* Débatte de son côté, remerciait l'armée dont • le tang générnii avait sauvé la société > (SO décembre). — VM»emblét nationale poussait SCS amis à cnlourcr un guuvcruemcnt qui • défendait le foyer domestique, la propriété, la famille et la religion • (28 décembre). — La Gazette de France recommandait aui siens de ne pas entraver lo |>ouvoir • engagé dans une œuvre où la Prtividcncc entre pour beaucoup •, etc. %, Souvenin du Second Empire^ t. I*', pp. 41 et 265.
interprété comme une pression exercée sur le sentiment public*. »
Plus impérialiste que le futur empereur» M. de Persigny obéit fort mal à ses instructions. Il manda le préfet du Cher, — premier département où dût s*arréter le prince, — et lui prescrivit de provoquer sur son passage le cri de Vive f Empereur! — bien convaincu que Texemple, une fois donné, serait suivi partout : c'est du moins ce qu'il se plaisait à raconter, ce que, comme tant d'autres, nous lui avons entendu dire.
Etait-ce bien la vérité? M. de Persigny avait-il pris réellement cette initiative, et, de la sorte, hâté quelque peu le rétablissement de TEmpire? Nous n'en doutons pas; sa sincérité, l'exactitude de son récit nous semblant démontrés par ce fait : qu'il ne s'en vanta pas devant ses amis seulement, mais devant l'Empereur lui-même... C'était au commencement de 1871. Leduc de Persigny avait, sans mandat, engagé des négociations avec M. de Bismarck pour la conclusion de la paix. Napoléon III, de Wilhelmshœhc, en avait manifesté sa surprise et son mécontentement. L'ancien ministre s'excusant, non sans fierté, de ce qu'il avait osé faire, écrivit à son ancien souverain : « H est vrai que j'ai agi sans vos ordres, comme dans d'autres circonstances, comme par exemple, quand je faisais proclamer l'Empire par les préfets eux-mêmes, à Tinsu et malgré les ordres de votre gouvernement; — comme aussi lorsque je faisais porter à 25 millions, au lieu de 12, la liste civile de Votre Majesté, à son insu et malgré ses ordres. »
Que la précaution prise alors par M. de Persigny ait été d'ailleurs bien utile et qu'elle ait précipité le cours des événements, nous ne le pensons pas. Le maréchal de Castellane accompagna le Prince-Président pendant unç partie de ce voyage, notant chaque soir ses impressions de la journée, selon l'habitude de toute sa vie. Quand paraîtra ce fort intéressant journal, — on y verra que le même