‹ Napoléon III intimeChapitre 24 sur 114 · Souvenin du Second Empirt, t. II, p · texte numérisé non relu

Souvenin du Second Empirt, t. II, p

scDlimcnt so manifcslait partout, avec un entrain qui ne pouvait avoir rien de factice. A Roanne (17 septembre 1852) le maréchal écrivait : « Les acclamations, les cris de Vive l'Empereur/ étaient unanimes... Toutes les femmes étaient aux fenêtres jetant des bouquets dans la calèche du Prince, m A Lyon (19 septembre) : « Même entraînement qu'à Saint- Etienne et sur toute la route. La joie et la sécurité sont partout. » Le lendemain, après une revue passée sur la place Bcllccour, « au milieu des acclamations les plus enthousiastes », promenade dans la ville : « Toutes les maisons sont pavoisées, et les voitures occupées par des femmes qui mêlent leur voix à celle de la multitude criant ; Vive C Empereur ! » A Valence (23 septembre) : « Le voyage de Lyon à Grenoble et de Grenoble à Valence a été une marche triomphale, au milieu des populations accourues de toute part et accueillant le Prince avec enthousiasme, aux cris de Vive l'Empereur! L'entrée de Grenoble a été superbe; celle de Valence ne lui a cédé en rien... Tous les arcs de triomphe jusqu'à Valence (et il y en avait dans tous les villages) portaient : Vive Napoléon lll! Toutes les populations faisaient retentir ce cri et celui de Vive l'Empereur ! Les acclamations en faveur de l'Empire vont toujours crescendo » \ etc.

Cette consolidation du pouvoir conféré par la conGance populaire au neveu de Napoléon était tellement logique, tellement naturelle qu'au moment où elle s'accomplit, on s'étonnait qu'elle eût autant tardé*.

On vient de voir quels obstacles Louis-Napoléon avait

1. Récit de la tournée faite par le Prince-Prétidenl, en octobre IftSt daoa le Midi : • De Borleaiii  Marseille, son voyage ne fut qu'un triomphe... Au sortir de l'église (à Narbonnc), les rris de Vite l'Kmpereur! érlataient de toute part... 1^ ville de Carrassonne reçut avec la même ivresse la préiiidonl d'une Hépublique enterrée d'avance sous ces démoustratiooa populaires • Mv BcstMin, VU du Canlinat de BonnechoMe. L !•', p. 309.)

2. «... 1/Kmpirc s'asseoit, sans obstacles, sans contestation, sans résistance. Telle est la facilité avec la(|uelle tout se plie À ce changement qu'on pourrait prcs«tue se demander comment il se fait qu'il ait tant tardé A te réaliser.» (Charles diMaiaos, Revue deê iHux-Moném^ 15 déc. 1851.)

rencontrés, à chaque pas, sur la rouie qui devait le mener, parla présidence, à 1 Empire, quelle modération et quelle fermeté, quelle patience et quelle énergie il avait dû montrer pour prendre et garder la place à laquelle l'appelait la \ volonté nationale. — Pour faire accepter son gouvernement au dehors, pour amener l'Europe à compter avec lui, cette Europe qui le traitait naguère en « paria », comme il le disait amèrement lui-même, il n'avait guère eu moins de difficultés à vaincre.

Voir Tun de ces Bonaparte proscrits, maltraités par elles, un prince qui avait mainte fois flétri leurs arrangements de 1815, appelé, même pour quatre ans, à la tête du peuple français, c'était pour les grandes puissances une humiliation, presque une défaite, et peut-être une menace. L'Angleterre surtout se demandait avec inquiétude s'il ne chercherait pas à venger le martyr de Sainte-Hélène. Sans doute, dans ses écrits de Ilam, il s'était défendu d'une telle intention; sans doute, dans une lettre adressée, en 1847, à M. Campbell, — qui venait de traduire la grande histoire de M. Thicrs, — il av.ait exprimé le désir de pouvoir un jour « unir indissolublement les intérêts de la France et ceux de l'Angleterre » ; — mais, arrivé au pouvoir, se souviendraitil de ces déclarations? Aurait-il vraiment Tàme assez haute pour oublier tous les griefs de sa race ? Lord Malmesbury, le connaissant bien, s'en portait garant : les autres hommes d'Ëtat d'Angleterre refusaient de partager sa confiance et lui reprochaient même ses amicales relations avec ce prince suspect. Lord Normanby, qui les représentait à Paris, affichait « très peu diplomatiquement son antipathie pour le président et lui prédisait une chute prochaine. » Il partageait à cet égard les sentiments de Lord Aberdeen, « dont Louis-Napoléon était la bête noire », même ceux du prince Albert, qui entretenait avec lui « une correspondance privée très hostile à la personne du prince*. »

i. Lohu Malmbsbuiiy, Mémoiret d'un ancien Minisire.

LA CONQUÊTE DU POUVOIR îkl

Lord Palmerston avait toujours eu moins de préventions contre lui. En suivant avec curiosité la lutte engagée entre les parlementaires et le président, il s'était pris pour celuici d'une sympathie croissante. Dès qu'il apprit l'acte du 2 décembre il l'approuva, sans prendre la peine de se concerter avec ses collègues, ce qui lui coûta son portefeuille. Écrivant alors à son frère William, il lui expliquait nettement pourquoi il avait applaudi des deux mains au coup d'État : Violer une constitution digne de ce nom, consacrée par les siècles, comme celle d'Angleterre, ce serait grave assurément. Mais pouvait-on considérer comme une constitution c( cette agrégation de niaiseries que des têtes éventées avaient imaginées pour le tourment delà France? » Non évidemment; et, pour lui « cette constitution-là, il était plus honorable de Tcnfrcindre que de l'observer ». 11 l'avait regardée, « dès le premier moment, ainsi que tout le monde, comme incapable de durer longtemps et frisant l'anarchie. » Un conflit étant inévitable « il valait mieux que le président l'cmportût. n Car « le succès du président promettait le rétablissement de Tordre » tandis que le succès de ses adversaires, c'eût été « la guerre civile, l'anarchie pour un temps : l'Assemblée n'avait pas autre chose à .offrir'. » Malgré ses bonnes dispositions relatives pour le prince-président. Lord Palmerston n'avait pourtant pas une confiance absolue dans ses intentions ultérieures, et « regardant comme possible qu*il voulût venger son oncle >», il conseillait de « veiller ù la défense nationale' ».

Lord Malmesbury lui succède aux Affaires Etrangères. Dès qu'il arrive au gouvernement, il croit devoir oublier qu'il était, qu'il se dit encore l'ami de Louis-Napoléon. Point de sentiment, en affaires! Le nouveau ministre adopte donc à regard du Président de la République Franç<iise, sinon les sentiments, du moins l'attitude de ses collègues ;

I. LoRn pALMKiifiTo?!, Sacoi'retpondance iii/im#, traduite par M** CravcD« i. II. p. JOO ,1 324. '

S. Lunii .M\Liieftii]iir, Alémjiret d'un a^icien Miniêlrt»

L'Angleterre, tenant plus qu'aucune autre nation à faire respecter cet édifice élevé sur ses plans, n'entend pas subir un pareil affront. « Nous demander de reconnaître un Napoléon III », écrit Lord Malmesbury lui-même, « est absurde »; car « c'est vouloir nous forcer, nous et les grandes puissances, à donner un démenti à Thistoire et à nous déjuger nous-mêmes dans tout ce qui a été fait depuis trente-sept ans » .

Et « les grandes puissances » le sentaient toutes aussi vivement que TAngleterre. A Vienne, à Saint-Pétersbourg, à Berlin, on avait vu, avec déplaisir, le neveu de TEmpereur, passer de Texil au pouvoir, et on lui avait fait grise mine. Peu à peu, toutefois, en constatant qu'il représentait, en France, le principe d'autorité, la cause de Tordre, les cours d'Europe en étaient venues à faire des vœux pour son succès. Comme la France, en effet, elles ne voyaient prête à lui succéder que l'anarchie. Le coup d'État « avait eu pour tous les cabinets le mérite de les délivrer de leur appréhension principale, la crainte d'une nouvelle explosion démagogique dans Tannée 4852... Instinctivement et sans concert, toutes les cours acclamè^ent Tacte qui venait dénouer une situation pleine de périls*. »

Mais, tout en appréciant le grand service que le Prince- Président venait de rendre à la société, elles se souciaient fort peu de le voir restaurer cette dynastie napoléonienne, autrefois détrônée, répudiée, vilipendée par elles. « L'avènement de Louis-Napoléon était considéré comme une atteinte au Congrès de Vienne qui avait frappé de déchéance perpétuelle la famille de Bonaparte... La Sainte-Alliance se sentait menacée... Toutes les grandes puissances, en principe, étaient d'accord sur l'urgence de se garantir, par d'inviolables garanties, contre les dangers qu'elles appréhendaient'. » L'empereur Nicolas, séduit par le caractère de

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