I. AoootTM FiUM, Biértmét §i ie$ amis, p
imircsardenls. Avanl d*assistcr à la fôlc ofOciclIc du Ihéûlrc, il devait paraître un instant à un bal populaire, donné dans une salle de médiocre grandeur, à laquelle on arrivait par un long et étroit couloir. On le prévient que la bande démagogique s'y trouvera, pour Taccueillir par des clameurs séditieuses, — si ce n'est pis, — et qu'il commettrait la plus grande imprudence en s'y rendant. Il s'y rend néanmoins, suivi de quelques personnes de sa maison et du général de Gastellane. A peine est-il dans la salle que la bande l'entoure, le serrant de près, lui criant à tuc-tète : « Amnistie ! amnistie ! m Les ofGciers de sa suite, jouent énergiquement des coudes et le général Gastellane met la main à son épée. Le Prince, dégagé par eux, fend le flot houleux, va vers Testrade des musiciens, y monte et regardant bien on face les manifestants, il leur crie : « Taisez-vous ! L'amnistie, je vous la donnerai, — quand vous l'aurez méritée. » Après quoi, il traverse de nouveau cette foule domptée, pour ainsi dire, par son énergie, et se dirige, sans hâter le pas, vers la rue, où le public, informé déjà de celte scène émouvante, Tapplaudil chaleureusement.
A Alexandrie, pendant la guerre de 1859, Napoléon III, accompagné de plusieurs officiers de sa maison, — dont l'un nous l'a raconté, — examine les positions de Tarméè. A quelques pas de lui se trouvent deux correspondants de journaux étrangers, qui lui ont voué une haine mortelle, qui le disent bien haut, et qu'on a signalés comme des éncrgumènes, capables de tout, à M. Ilirvoix, chef de la police impériale. Celui-ci, voyant qu'ils cherchent à s'approcher, veut les tenir à distance. L'Empereur, Técartant doucement, va lui-même vers les deux « énergumènes », cause pendant quelques minutes avec eux, et, en les quittant, en reçoit les plus respectueux saints.
Peu de temps après, il doit se rendre au camp de ChÀlons. Le Directeur de la sûreté, — c'est de Inique nous le tenons, — reçoit un rapport, le prévenant que les ateliers de la gare d'Ëpernay, travaillés parla propagande révolutionnaire, sont
animés des plus inquiétantes dispositions. On engage vivement rEmpereur à brûler cette station dangereuse. L*Empereur s'y refuse : arrivé à Épernay, il descend de wagon, va droit aux ateliers, les parcourt, adresse la parole aux ouvriers, qui, d'abord hésitants, finissent par l'acclamer ; puis, d'une allure aussi tranquille que s'il sortait de son cabinet de travail, il regagne lentement son train.
L'année suivante, le hasard nous permit de constater, de nos yeux, ce calme imperturbable de Napoléon III, au milieu de l'émotion générale causée par sa crânerie. C'était au mois de septembre 1860, en Algérie. Du haut d'un tertre qui dominait la plaine de la Maison-Carrée, — et sur lequel nous nous trouvions notis-méme, en simple touriste, à une distance assez faible pour le bien observer, — l'Empereur venait d'assister à une grande fantasia, exécutée par six mille Arabes ou Kabyles de diverses tribus. La fantasia terminée, les Arabes défilèrent devant l'Empereur, vers qui montait, pour lui baiser la main, une petite députation de chaque tribu. Une députalion kabyle devait succéder aux autres ; mais tous les Kabyles voulurent suivre leurs chefs et se lancèrent, en poussant des cris de forcenés, vers la tente impériale : — à la suite d'une révolte, on leur avait faitquciquesprisonniers, dont ils réclamaient impérieusement la liberté. Le cordon de zouaves qui se tenait devant la tente croisait déjà la baïonnette pour repousser cette multitude armée, d'un si menaçant aspect, quand nous entendîmes l'Empereur dire doucement : a Zouaves ! retirez-vous. » Le flot s'élança brusquement; Napoléon III en fut entouré; les vociférations redoublèrent, traduites à l'Empereur, par un interprète, qui traduisait ensuite ses réponses. Pendant ce colloque assez long, nous éprouvions un sentiment d'angoisse partagé par tous les assistants. Seul Napoléon III ne semblait ni ému, ni même surpris de cette scène saisissante. Il était absolument tel qu'on le voyait se promenant au bois de Boulogne, ou assistant à un bal des Tuileries.
Les meneurs de l'opposition se demandaient, en 1869, si
L'AUTORITÉ lei
TEmpcrcur étail reslé le même qu'autrefois ; si l^ftge, la maladie, certains mécomptes de sa politique n'avaient pas usé son ancienne énergie; si, à force de persévérance et d'audace, ils ne parviendraient pas à la surprendre. Au lieu d'attribuer ses concessions successives à un mobile généreux, à un désintéressement qu'ils jugeaient invraisemblable, ils se plaisaient à y voir un symptôme de découragement et de faiblesse : ils furent bientôt détrompés.
L'effervescence factice qui, au commencement de juin, venait d'agiter Paris pendant quelques jours, durait encore quand l'Empereur et l'Impératrice sortirent des Tuileries, dans une voiture attelée à la Daumont, sans aucune escorte, pour parcourir la rue de Rivoli, le boulevard de Sébastopol et les grands boulevards, jusqu'à la rue de la Paix. Entourés, pressés par la foule, les chevaux ne pouvaient marcher qu'au pas. Mais cette foule, qui touchait presque les souverains, n'avait rien d'hostile. Une telle preuve de courageuse * confiance l'avait, au contraire, séduite; et, à plusieurs reprises, notamment sur le boulevard Montmartre, en face du Café de Suède, l'Empereur cl Tlmpératrice furent l'objet d*unc véritable ovation ; — et les troubles cessèrent aussitôt.
Un Anglais, témoin de cette scène, en avait gardé une vive impression. Alccste, — c'est-û-dire Ilippolyte Castille, — ayant causé avec lui, reproduisait, dans le petit pamphlet hebdomadaire qu'il publiait alors, le mol par lequel se résumait cette impression ; « Louis-Napoléon est un parfait gentleman^ un véritable dandy: » et comme ce mot semblait étonner son interlocuteur, l'Anglais le lui expliquait ainsi : « Vous ne saisissez pas ma pensée. Vous ne savez pas ce que nous entendons par dandysme. Un dandy n'est pas chez nous, comme ici, un monsieur parfaitement habillé
et de manières distinguées C'est Thonime impassible
d'Horace, l'homme qui garde son sang-froid dans toutes les circonstances, et qui ne s'étonne de rien, ne s'émeut de rien. L'Empereur et l'Impératrice ont tous deux ce que je me permettrais de nommer le dandysme monarchique, m
Les amateurs de troubles, les professionnels de Témeute avaient compris ce muet avertissement; ils sentaient que, pour s'être volontairement ouverte, la main de Napoléon III n'était pas affaiblie. Aussi, quand, six mois plus tard, on les convoqua, comme nous l'avons déjà dit, pour faire, auiour de rObélisque, une « manifestation colossale », personne ne répondit à Tappel; — personne sauf l'Empereur, qui apparut sur la terrasse du bord de l'eau, la canne à la main, accompagné d'un de ses aides de camp. Il n'y eut pour l'y voir que quelques passants, quelques curieux; et le seul cri qui retentit alors, sur la place de la Concorde, fut celui de « Vive l'Empereur ! »
Si rimpératricc n'avait pas paru, ce jour-là, auprès de lui, c'est qu'elle était allée en Egypte pour assister à l'inauguration du canal de Suez ; — car, en affrontant un danger quelconque. Napoléon III croyait sincèrement accomplir un acte si simple, remplir une obligation si naturelle de sa charge, et il savait si bien que rimpératricc pensait à cet égard comme lui, qu'en partant pour une de ces expéditions hardies, il lui proposait de l'accompagner, — du même ton que s'il se fût agi d'aller aux courses de Longchamps.
Napoléon III vivait donc, en 1869, comme en 1852, l'énergie nécessaire pour refouler, s'il l'eût voulu, non seulement les agitateurs de la rue, mais les politiciens qui les poussaient. Il n'aurait eu qu'à les prendre au mot, en leur disant : « Vous prétendez que mes concessions sont illusoires, qu'elles ne réalisçnt aucun progrès, si ce n'est en arrière ? Eh ! bien, soyez satisfaits : je les retire. » Et il est fort probable que le public, agacé, même inquiété par les récentes tentatives de désordre, lui eût, encore une fois, donné raison. Mais il n'était pas homme à se laisser ainsi troubler. Il s'était tracé une ligne de conduite : attristé non découragé par la façon dont on l'en remerciait, il voulait continuer à la suivre; avec quelle sincérité, nous allons le faire voir.
Les élections venaient d'augmenter au Corps Législatif
les forcds de Topposition. Dans une note qui ne fut pas publiée, qui ne devait pas Tèlre, qu'il avait simplement écrite pour donner à ses idées une formule précise, TEmpcreur analysait le caractère de cette manifestation du suffrage universel, les indications qu'il devait lui-même en tirer. Il constatait une tendance à peu près générale des candidats, des électeurs, à suivre, derrière lui, le mouvement libéral, qu'il avait inauguré; sur certains points, des tendances plus radicales, et même un réveil de Tesprit révolutionnaire. Puis il ajoutait :
Quel est le moyen de sortir de cette situation ?... C*est cl attendre que, dans le pays, les passions se calment; que, dans la Chambre, les opinions se tassent, que la majorité se forme et s*acccntuc. Il faut que le gouvernement dise franchement qu*il accepte toutes les réformes qui peuvent, sans désarmer le pouvoir, élargir les franchises et le contrôle du Corps Législatif, mais qu*il n*ira pas jusqu*À provoquer Tanéantissement des bases de la Constitution qu*un plébiscite peut seul modiner*. Il faut qu'il déclare qu*il entend s'associer sincèrement aux désirs, aux sentiments de la minorité de la Chambre et ne prendre d'initiative que celle qui serait d'avance acceptée par cette majorité...
Agir ainsi est-ce rétablir le gouvernement parlementaire? Nullement. C'est agir d'après le bon sens. Quelle que soit la forme du gouvernement, celui-ci est toujours forcé de conformer ses vues à l'opinion publique; et il n'y a que deux moyens pour y parvenir : c*cst d'être d'accord avec la majorité de la Chambre, ou d'eu appeler au suffrage populaire. 1^ majorité est libérale : que le gou- Tememcntle soit donc, tant que la société ne sera pas en danger, et que le pouvoir, sauvegarde de cette société, ne sera pas ébranlé.
1. Quand, Tannée itiivante, Napoléon III tint à faire ratifier la nouvelle Conititution par le luITrage universel, les parlementaires en furent scandalisés : c'était un retour oITensif du césarisuie : trois d'entre eui, qui faisaient partie du Cabinet, le quitt«^rent pour ne pas ratifier un tel acte. 11 était bien naturel pourtant Napoléon III avait pris fort au sérieux la volonté nati<»nale, le pacte passé entre le peuple et lui, le 30 décembre 1852 : il ne se croyait donc pas le droit de donner au pays, sans son assentiment, des institutions si différentes de celles qu'il lui avait annoncées. Ayant reçu un dépôt, le rendant, il voulait obtenir décharge. Xlais les parlementaires, qui hubissnient le suffrage universel en te méprisant, pour qui la souveraineté nationale était un fait regrettable et non un principe, ne pouvaient comprendre un tel scnipule.
lU NAPOLÉON m INTIME
I«n nolo indiquait les premières réformes à faire : plus de fKollilAH pour les interpellalions et le droit d'amendement, rnllllralion des traités de commerce par la Chambre, préro- ^nlivoii des conseils généraux étendues, constitution d'un Jury Mpécial pour la presse, modification du Conseil muniolpal do Paris, suppression de Tincompatibilité entre le mandat législatif et les fonctions ministérielles, TEmpereur dtwnnt choisir librement ses ministres, « mais la Chambre Indiquant par ses votes ceux qui ont sa confiance. »
Napoléon!!! était donc d'une entière bonne foi, quand, aux nionihrcs du nouveau Corps Législatif il disait : « L'ordre, j'oii réponds : aidez-moi, Messieurs, à fonder la liberté. » l*ar la nouvelle étape qu'il avait fixée lui-même, il voulait se rapprocher encore un peu plus du but indiqué, le jour où il avait reçu la couronne, et vers lequel il avait constamment nutrché; il ne désespérait pas de fonder peu à peu la liberté Hur une base solide.
Mais la nouvelle majorité, craignant de passer pour réactionnaire, accélérait déjà son mouvement. Une pétition signée par il6 de ses membres, demandait bientôt à l'Empereur de doubler l'étape; et l'Empereur la doubla, en présentant le sénatus-consulte du 10 septembre, en vertu duquel le Corps Législatif partageait avec lui l'initiative des lois; en vertu duquel les ministres, « ne dépendant que de l'Empereur », devenaient pourtant « responsables » etc..-. C'était, sinon le gouvernement parlementaire, du moins le gouvernement représentatif dans son intégrité. Et le Journal des Débats en convenait : <c Si le mot décisif n'est pas dit, la chose est faite... Si, avec de tels moyens, la Chambre n'exerce pas sur le ministère une action aussi réelle et aussi efficace que nos anciennes assemblées, ce sera sa faute. »
On prétendait que l'Impératrice était assez opposée à cette transformation politique et qu'elle s'efforçait d'en détourner l'Empereur. On se trompait, paraît-il: les personnages politiques qui inaugurèrent la république athénienne, en fouillant les tiroirs des Tuileries, ont bien voulu nous en
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fournir la preuve. Dans une lettre publiée par leurs soins et que rimpératrice adressait du Caire, à Tempereur, nous lisons en effet : « Je pense, malgré tout, quUl ne faut pas se décourager et marcher dans la voie que tu as ouverte. »
Quels pas restait-il à y faire ? Le régime institué par le dernier sénalus-consulte n'était pas tout à fait le régime parlementaire, où la Chambre est souveraine et le chef de TEtat réduit à exécuter passivement ses ordres. En viendra-t-on là? Le « mot décisif » (sera-t-il dit ? « L'empereur Napoléon m se résignera-t-il à ce changement de rôle? — demandait alors Renan ; — modiflcra-t-il à ce point un programme qui est pour lui non un simple calcul d'ambition, mais une foi, un enthousiasme, la croyance qui explique toute sa vie? Après avoir aimé jusqu'au fanatisme un idéal qu'il tient pour le seul noble et grand, mais dont la France n'a pas voulu, n'éprouvera-t-il pas un invincible dégoût pour ce régime de paix, d'économie, de petites batailles ministérielles qui s'est toujours présenté à lui comme une image de déca- / dence et qu'il associe au souvenir d'une dynastie tenue de \ lui en peu d'estime'».
Non,* Napoléon 111 ne croyait pas beaucoup plus à cette heure qu'autrefois à la vertu des institutions parlementaires. Que ce mécanisme subtil et compliqué fût une anomalie dans un état démocratique, et dans un pays de suffrage universel, il en était fermement convaincu, — comme le sont aujourd'hui beaucoup de ceux qui le réclamaient alors avec le plus d'énergie '. Mais la Chambre semblait vouloir franchir le dernier pas qui la séparait de ce régime , et l'opinion,
— celle du moins qui se montre, s'agite, et s'impose,
— paraissait la pousser. Napoléon III, qui avait tenu jus-