‹ Napoléon III intimeChapitre 29 sur 114 · Hevuedeê Deux-Monde», 1" noreiubre · texte numérisé non relu

Hevuedeê Deux-Monde», 1" noreiubre

2. Ce que quclques-unn otcni dire tout hauL, couibien d'autres en cod« Tiennent dam rinlimité! Gambotta lui-uit'me, causant, vert la fin de la vie, avec un de nos amis, lui disait : « Eh ! sans doute, TEuipire était un grand gouvernement... au début! Sa prcmi«'re période avait élé superbe. Mais ensuite l'Empereur avait lÂché .les rênes : t4»ut devait aller A la dérive I •

W^M^ À la devancer, — ne pensait pas avoir le droit de lui iv^^^^r^ mdmo quand, selon lui, elle faisait fausse route ^ YVii^MVUe voulait essayer encore du gouvernement de la ^^^it^Mi^t rUmporeur crut devoir se prêter à cette nouvelle ^^vl'^Honce, — en souhaitant le succès plus qu'il ne Tespi- K>Mt H <iocûinplit ce dernier sacriGce,avcc une médiocre con- ^Moo» mais une entière loyauté.

0>t^ qui le rassurait un peu, le consolait beaucoup, c'était K' caractère de Thomme qui allait inaugurer cette expéliciioo. Il avait toujours vu ses actes dénaturé^, ses intenlioiiïi méconnues par une opposition systématique et passionotV; il avait vu accueillir ses concessions les plus méritoirt^!i par le sarcasme et même Tinjure ; il avait vu enfin la nouvollo génération politique répondre à ses avances, à peu près comme le chien légendaire de Jean de Nivelle à la voix de f^ou maître ; — et il en avait beaucoup souffert. Seul ou presque seul, M. Emile Ollivier avait compris la sincérité, la générosité de ses efforts pour «issurer l'avenir du* pays en conciliant Tordre et la liberté, pour améliorer la condition matérielle de toutes les classes, surtout de la moins heureuse ; et dans la main loyalement tendue par ce souverain bien intentionné, il avait mis loyalement la sienne. L'Empereur en avait été vivement touché. 11 avait voué dès lors au chef du groupe, si peu nombreux, de la gauche dynastique, au futur chef du Cabinet du 2 janvier, une très sincère affection, qu'il se plaisait à manifester hautement et qui ne

devait jamais se démentir.

Dans une note que Prévost-Paradol écrivait ou dictait, au mois de juin 1870, en sortant des Tuileries, nous lisons : « L*empereurtrès affable et préoccupé de plaire, conversant

i. • Rien n'est plut noble que de conserver sur le trône des convictiont professées dans la captivité. Mais il existe pour le second Kuipire un principe supérieur môme à la fidélité aux ctuivictions personnelles, c*est le dcToirde s'incliner devant la volonté nationale. L'histoire rendra à Teuipereur Napoléon III la Justice qu'il a constauiuieni professé ce principe-lÀ et qu'il n'a Jamais hésité dans l'accomplissement de ce devoir lorsque le vœu du pays lui a paru évident. • (O* oi Caiuié, VEurope ei U Second Empirt, p. 148.

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librement ci naturellcmenl, en homme déchargé, heureux même de courir, après toutes les autres, cette suprême aventure, un peu triste (serait-il gravement malade, comme on en a répandu le bruit ?), parlant avec sagesse du couronnement de TédiGce, de la presse, des services qu'elle rend en Angleterre... Il déclare qu'il veut la paix : nous ne pouvons affronter la guerre que les mains pleines d'alliances. Son dernier mot : Terminez Taflaire des tarifs et revenez prendre votre place dans le gouvernement. Grand éloge de lord Clarendon... Il a aussi beaucoup dégoût pour Ollivier. » Prévost-Paradol n'était pas le seul à constater avec quelle correction, quelle bonne grâce Napoléon III acceptait son nouveau rôle de souverain in partibus^ (ne faudrait-il pas ajouter infideliuml) Edmond About l'avait remarqué et dit avant lui, avec ce tour gouailleur qu'il donnait même à ses compliments : « Cette grande figure mystérieuse, écrivait-il dès le 13 janvier dans le Soir, apparaît tout à coup éclairée et comme illuminée par la résignation, le dévouement, l'esprit de famille, le sacrifice du présent à l'avenir... Jamais prince n'a touché d*une main aussi respectueuse le mécanisme du gouvernement constitutionnel. Charles-Quint ne remontait pas plus délicatement ses horloges au monastère de Saint-Just. » Enfin, deux ans après sa chute, J.-J. Weiss, — qui, secrétaire général d'un ministère, l'avait vu de près, sous ce nouvel aspect, — disait encore dans le Paris- Journal : « Napoléon 111 était bien plus fait par ses instincts naturels pour le rôle de souverain constitutionnel que le roi Louis-Philippe. L'empereur Napoléon III avait l'àme ouverte à tout ce qui était hardi et généreux; il était patient, résigné, i capable de faire abnégation de sa personne. Aussi, lorsqu'une fois son parti fut pris, il pratiqua les institutions libres avec plus de sincérité, ou, si l'on veut, de largeur que Louis-Phiiippe, prince modéré d'esprit et violent d'humeur, libéral par principe et par position, despote par caractère. »

Mais, nous le répétons, avant d'avoir accompli ces divers

Ifl NAPOLÉON III INTIME

MAcriflccs, même au temps de ce qu'on appelait son pouvoir nhïiohi, TEmpercur s'était toujours eCTorcé de deviner Topinion moyenne du pays, pour s'en inspirer — en la devan- (nnt. Il ne se soucia jamais, jamais il ne se crut le droit de violenter le sentiment public. Rien ne le prouve plus clairoment que la façon dont fut traitée, sous son règne, la qtiOHtion capitale de l'organisation de l'armée.

Puisque TEmpereur connaissait si bien le système prus- Hion, puisqu'il le goûtait si fort, puisqu'il avait si justement prédit, dès 1843, que l'Europe entière finirait par l'adopter,

pourquoi ne l'établit-il pas dès qu'il monta sur le trône?

Par une bonne raison : c'est qu'il n'aurait pu l'établir sans faire acte de despote, sans imposer au pays un sacrifice que le pays, n'en comprenant pas la nécessité, n*était guère disposé à subir : il lavait récemment prouvé.

Au moment de rédiger la constitution de 1848, on avait proposé de supprimer les remplaçants, qui introduisaient dans l'armée un détestable élément, et de rendre le service militaire obligatoire pour tous les citoyens. Cette proposi* tion souleva des protestations générales et l'Assemblée nationale la repoussa par 663 voix contre 140, — une jolie majorité ! M. Thiers avait contribué, pour une bonne part, & ce résultat, en combattant avec un souverain mépris cette idée saugrenue, en disant : « Savez-vous où tout le monde est soldat? Chez les barbares... Ne nous payons pas de sophismes : c'est le système prussien que vous rêvez plus ou moins complètement. Mais y avez-vous bien pensé? Ce serait l'abolition de la force publique eh France; notre pays descendrait dans le rang des nations si vous organisiez ainsi son armée. » Et, comme M. Thiers savait tout, qu'il avait reçu des confidences de tous les hommes d'État, de tous les généraux du monde, même des défunts, il affirmait qu'à Berlin « de savants militaires émettaient des doutes sur la solidité de ce système » ; que le Grand Frédéric serait navré s*il pouvait voir ce qu'était devenue sa belle armée^ aux mains de ses successeurs.

L'AUTORITÉ iW

Partisan du service obligatoire, le général Lamoricière ministre de la guerre n*avait osé le soutenir, parce qu'il savait que TAssemblée y était résolument hostile et que a nos mœurs ne pourraient encore le supporter. » Mais, — au nom d'une commission, dont faisaient partie les généraux Gavaignac, Bedeau, Lafonlaine, le colonel Gharras, et à laquelle le maréchal Bugeaud avait adressé son adhésion chaleureuse, — il proposait, peu après, une transaction : Tancien système de remplacement, dont nul ne contestait les vices, serait aboli; tout citoyeji pourrait se libérer du service militaire, en payant une prime à TËtat; et dans la « Gaisse de dotation de Tarmée » ainsi remplie, TËtat trouverait les ressources nécessaires « pour assurer un pécule aux appelés, pour favoriser les engagements et réengagements. » L'Assemblée nationale s'étant séparée sans le discuter, ce nouveau projet disparut, comme tant d'autres, dans les oubliettes parlementaires.

L'Empereur alla l'y chercher pour en faire la loi de 1855 sur l'exonération et la Gaisse de dotation de l'armée; — et , cette fantaisie césarienne fut violemment attaquée par l'opposition, qui en avait tout à fait oublié l'origine... Napoléon III, à cette époque, pouvait-il faire davantage et imposer, — si nécessaire qu'il le jugeât, — un système contre lequel une assemblée presque entière et l'opinion publique venaient de se prononcer avec tant d'énergie? Il lui aurait fallu, tout au moins, le concours d'un ministre de la guerre et l'agrément du corps Législatif. Or, si empressés à lui obéir que parussent alors les ministres et les députés, ils n'auraient pas poussé la complaisance aussi loin : l'Empereur, après les avoir plusieurs fois tâtés à ce sujet, en acquit la certitude.

Gontraint de renoncer, pour le moment, à ce système, il' voulut, — non sans provoquer des réclamations à la Ghambre et dos protestations au dehors, — s'en rapprocher autant qu'il lui était permis. Il fit porter le contingent annuel / de 80 a 100,000 hommes, en justifiant ainsi cette mesure ;

llfi NAPOLÉON m INTIME

« D'après le système que j'ai hdofié et auquel f attache une grande importance^ les deux tiers environ de ces conscrits ne resteront que deux ans sous les drapeaux et formeront ensuite une réserve, qui fournira au pays, dès la première apparition du danger, une armée de 600,000 hommes exercés*. »

La guerre d'Italie, malgré ses glorieux résultats, ayant confirmé les idées du prisonnier de Ham sur Tinsuffisance de notre établissement militaire, et tous les chefs de Tàrmée . paraissant éclairés par cette expérience, TEmpereur crut pouvoir faire une nouvelle tentative en ce sens. Elle échoua» comme les précédentes, et pour les mêmes raisons. Napoléon m Ta raconté lui-même dans une brochure publiée, en 1871, sous un autre nom que le sien, mais qu'il avait dictée*. Et ce n'est pas tout! La Chambre, émancipée par le décret du 24 novembre, ne rêva bientôt plus qu'économies; les ministres ne songèrent plus qu'à lui montrer leur bonne volonté : la commission du budget, à force d'insistance, obtint, en 1865, une réduction des cadres, qui allait de nouveau affaiblir notre armée, — à la veille d'une crise où nous aurions eu grand besoin d'être forts.

Cette crise de 1866 a-t-elle ouvert enfin les yeux?... Elle n'a pas ouvert du moins ceux du ministre de la guerre, le maréchal Randon, continuant à affirmer que nous sommes en mesure de faire face à toutes les éventualités. L'Empereur, ne partageant pas son optimisme, le remplace par le maréchal Niel : on connaît la suite.

On la connaît... vaguement. Les adversaires de l'Empire

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