‹ Napoléon III intimeChapitre 34 sur 114 · VIU · texte numérisé non relu

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L^Rmpereur de tout. — Grand parti sans état-major. — Comment Napoléon III Tcnge Louis-Napoléon. — Un gouvernewent ouvert. — M. Camot ingénieur. — Le réTocalion de M. de Laprade. — Napoléon III et TAcadémie. — M. Bcrrycr s'abstient de la visite. — MM. de Kalloux, de Broglic, Guiiot et Prévost-Paradol aux Tuileries. — Deruier usage du pouvoir personnel. — Courtoisie administrative. — M. Thiers • iujurié • par MM. de Persigny et llaussuiann. — Napoléon III refuse, mAme pour •e défendre, d'ouvrir ses tiroirs. — Un noble principe. — Les protégés de l'Opposition. — Au pavillon des Princes. — Tentative d'amnistie en 18(9. ~ George Sand obtient plus qu'elle ne demande. — Barbés libéré malgré lui. — Pourquoi Orsini ne fut pas gracié. — Faveurs et largesses éclectiques. — Un conservateur radical. — Comment Napoléon 111 se comporte à l'égard de ses prédécesseurs. — Une seule exception : les biens de la famille d'Orléans.

Comme on Ta vu dans les chapitres précédents, pour monter sur le trône, où, depuis le 10 décembre , il était manifestement appelé par la volonté nationale, Napoléon III n'avait voulu marcher qu' « au pas de la France »; et, maître du pouvoir, il ne s'était plus laissé seulement pousser par Topinion : do Taveu de ses adversaires, de ceux du moins qui se piquaient de franchise, il Tavait devancée. Une étude historique, écrite dans sa prison de llam, se terminait ainsi : « Marchez à la tête des idées de votre siècle, elles

VOUS souUennent; marchez à leur suite, elles vous entraînent; marchez contre elles, elles vous renversent. » En substituant peu à peu les institutions du gouvernement libre à celles du pouvoir absolu. Napoléon III avait constamment marché à la tète des idées de son pays, — jusqu'aux derniers jours de son règne, où il fut, à son tour, entraîné , par le mouvement qu'il avait provoqué, sans songer toute- \ fois, un instant, à l'enrayer.

Mais ce n'est pas seulement par sa déférence absolue pour I l'opinion, et son fejrme propos de lui obéir, que Napoléon III / voulait rendre l'Empire accessible aux hommes de bonne / volonté des divers camps, c^est aussi, c'est surtout par sa \ façon d'être à leur égard. De i815 à 1851,1a France n'avait connu que des gouvernements de classes ou de partis. Sous la Restauration, cent mille électeurs, sous le régime de juillet, deux cent mille, avaient mené les affaires à leur gré. Par un mot qui exprimait brutalement leurs prétentions exclusives, ils s'intitulaient « le pays légal ». Le reste, la « vile mutitude » était une quantité négligeable, qui ne possédait aucun droit politique, et, quand elle 6e croyait opprimée, ne pouvait protester qu'à coups de fusil. Les gouvernants de 1848 avaient donné au pays le moyen de faire connaître sa volonté, mais sans vouloir en tenir compte : ils ne représentaient au pouvoir qu'une infime minorité, dont ils prétendaient imposer les préférences au reste de ta population *.

Napoléon III avait toujours eu du gouvernement une conception bien différente. Sincèrement démocrate, il voulait tenir le pouvoir de toutes les classes et l'exercer au profit de toutes, en satisfaisant l'intérêt de chacune, dans la mesure où le permettrait l'intérêt des autres. A un ouvrier, ! qui pendant un de ses premiers voyages lui avait dit que

1. « Ne perdex pas de vue, écrivait le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, que la liépublique, objet des esp{*raiices et du cuite d'un petit nombre de vitoyent^ fut proclauiée un Jouruù tout gouvcmeuieiit manquait à la France. • M. Peyrat, en 1869, évaluait ce petit nouibn* de ril(»yent à « cinquante mille «,61 Louis Blanc reconnaissait que la Hcpublique impn»visée |>ar eux avait été accueillie « avec stupeur par le pays. •

« Charles X élait le roi de la noblesse, Louis-Philippeio roi de la bourgeoisie », qu'il serait, lui, « le roi du peuple », il avait aussitôt répondu, en souriant : « Oui; mais qui dit peuple dit /oiis ». Ce rôle de médiateur est toujours ingrat. En voulant empocher des adversaires de se jeter l'un sur Tautre on attrape des horions des deux côtés. Les classes, comme les individus, sont peu sensibles à ce qu'on leur donne, et beaucoup à ce qu'on leur refuse. Mais ce rôle ingrat s*impose pourtant à tout pouvoir juste et prévoyant; car seul il permet de maintenir la paix sociale. Napoléon III, • estimant qu'il lui était commandé par son nom, ne s'en départit jamais'.

Napoléon I*' avait dit : « Gouverner avec un parti, c'est se mettre tôt ou lard dans sa dépendance. On ne m*y prendra pas. Je suis national. Je me sers de tous ceux qui ont de la capacité et la volonté de marcher avec moi. » Et, en donnant ses instructions à Savary, nommé ministre de In Police, il insistait sur ce point : « Je n'épouse aucun parti que celui de la masse. Cherchez à réunir. Il faut que je gouverne avec j tout le monde, sans regarder d ce que chacun a fait* ».

De toutes les « idées napoléoniennes » c'était celle dont le neveu de l'Empereur s'était le plus pénétré, celle qui devait être le pivot de toute sa politique. A réaliser cette idée essentielle il allait éprouver plus de difGcultés que son oncle. Le parti national s'était sans doute formé spontanément

1. On peut, H cet égard, cnregtslrer encore un intéremant aveu. En t890, M. le Président Camot • étant à la veille d'entreprendre un long voyage, M. le dépulé Gavini Tavait prié de f>e rendre en Corne où ■ les bonapnrtÏKtc^ le recevraient avec respect. » Et M. Carnot avait eu le l>on goAt de ri'pcindre : «• En voyage, inontiicur le doputé, je repréiente la France. » Cette rt^ponflc fi naturelle avait scandalisé la presse radicale. M. Carnot ne devait représenter, uiAnic en voyage, que la France réjmblicaine. I«e journal de Gauibetta lui-nit^nie n'avait-il pas reconnu qu'« on ne gouverne que par un parti» ? 1^ réponse du président était donc |*cu correcte et •• peu constitutionnelle. * Le Tempi la justifia en disant : •• Supposons (|ue la France fût reprê«ent(^e |>nr un Empire : est-ce que l'Empereur se considtrrerait comme le représentant des iMuiapartistes? Evidemment non : c'e^^t nu nom de la France entière qu'il parlerait et agirait en toute circountanre. •

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