‹ Napoléon III intimeChapitre 38 sur 114 · I. V rince et Marin, IUvcb i>c Paris, I3juia · texte numérisé non relu

I. V rince et Marin, IUvcb i>c Paris, I3juia

professionnelle, au lieu de blesser Napoléon III, avait conquis son estime, M. de Circourt écrivait encore : « L'Empereur avait été séduit par Dubourg; mais il avait, lui aussi, de la séduction ».

Si, parmi les officiers de vaisseau, un certain nombre étaient restés orléanistes, il y avait dans Tartillerie de marine quelques républicains, — comme le général Frébault, devenu sénateur inamovible de la gauche. Dans une notice, écrite il y a peu d'années sur lui , on lit qu'il avait été nommé général de brigade en 1864, général de division en 1867, c'est-à-dire à cinquante-quatre ans ; et que « son avancement d'une rapidité exceptionnelle s'expliquait par ses glorieux services ». Il n'était certainement pas dû à ses flatteries pour le souverain. Cette notice nous apprend, en effets que TEmpereur, Tayant consulté sur la question des batteries flottantes, le général Frébault avait combattu ses idées si vivement que le Ministre de la Marine, — présent à Tentretien, — l'engageait, par des regards éloquents, A se modérer. « A la fin, impatienté, le général Frébault se lève brusquement, en s'écriant : « On peut être un excellent empereur et un très mauvais canonnicr ». Le ministre resta foudroyé; mais l'empereur se mit à rire, — et adopta le système des batteries flottantes du général Frébault ».

Au personnel administratif, — recruté avec le même éclectisme que le personnel politique ou le personnel militaire, — le gouvernement ne demandait qu'une chose : de faire convenablement sa besogne. M. Rouherle rappelait, un jour, à la tribune de l'Assemblée; et, comme on semblait contester son affirmation, il adressa un appel direct aux souvenirs du président du conseil, dont, pendant huit ans, il avait été le chef: « Je demande à M. de Freycinet, si jamais un ingénieur ou un conducteur, admis régulièrement, a été frappé pour cause politique ». M. Rouher, n Tappui de sa parole, aurait pu citer un illustre exemple. A une époque où il ne prévoyait ni sa future grandeur, ni sa fin cruelle, M. Carnot occupait un modeste emploi d'ingénieur dans la

Haute- Savoie. Il élait déjà républicain, même républicain pratiquant ' . Mais il remplissait ses fonctions avec zèle et talent. Aussi, en juillet 1866, son préfet demandait-il de l'avancement pour « cet ingénieur particulièrement méritant », — sachant bien qu'il pouvait témoigner de l'intérêt à ce fonctionnaire mal pensant mais appliqué, sans se compromettre lui-même.

Ce que M. Rouher avait tenu à dire de l'administration des Ponts et Chaussées, l'ayant dirigée, il Taurait pu dire également des autres. Quelqu'un s'en est chargé pour lui, — un démissionnaire du 2 décembre, ayant salué avec joie la République, mais n*ayant pas tardé à s'en voir exclu, pour insuffisante ferveur. A l'intolérance du nouveau régime ^ M. Vachcrot opposait ainsi la tolérance de TEmpire : « Peu i lui importait l'origine des fonctionnaires qu'ils fussent \ bonapartistes, légitimistes, orléanistes, républicains. Il tenait même particulièrement à être servi par des fonctionnaires éprouvés des anciens gouvernements. Et quand les républicains voulaient bien accepter des fonctions dans l'administration impériale, le chef de TEtat en était trop heureux... L'Empire laissait la porte des administrations ouvertes à tous les partis, comprenant que c'était le servir que de bien servir TEtat' ».

Combien de preuves à Tappui, — en ayant les mains pleines, — nous pourrions apporter ici. Mais nous voulons reviser le procès de Napoléon III, non instruire le procès de ses adversaires. Nous ne mettons ceux-ci sur la sellette que quand nous y sommes forcé. Nous pouvons du moins y montrer ceux qui s'y sont mis d'eux-mêmes, et reproduire, par exemple, ce qu'en juin 1887 M. Henry Marel,

1. Ofit À cause (le son solide républicanisme bien connu dans le pays, — (lisait dans le Figaro^ au lendemain de sa mor(« un de ses amis — (ju'en 1811, il fut sollicite d'accepter un mandat de député. • — Aui obsôipies du dC'putd' Philippe, M. Chaulemps, savoyard comme lui, louait le Président (Virunt d'avoir scc(»nilé le défunt • dans sa lutte contre l'Empire • lors(|u'il Ha'ii ingénieur à Annecy.

2. Les Souveaujc Jacobins, Uevik des Dilx-Munms, l*' juillet 1880.

ancien employé de M. Haussmann, eut la loyauté d*écrire : « Dans ce temps-là, nous étions un grand nombre de républicains à la Ville, qui, — Rochefort doit s'en souvenir, — ne cachions guère notre drapeau. A la vérité, je doute que TEmpire eût jamais consenti à nous charger d'une haute fonction, mais il nous laissait parfaitement nos postes et ne nous révoquait pas. »

Les fonctionnaires pouvaient non seulement mal penser \ du gouvernement, même en mal parler à demi-voix : ils l pouvaient, si leur conscience les y poussait, faire acte Id'opposition contre lui, sans qu'il leur en coûtât trop cher. A propos' de la mesure prise. Tannée dernière, contre l'archevêque de hy on, V Univers rappelait que Mgr Pie avait pu directement offenser Napoléon III sans être aussi sévèrement frappé ; — qu' « un conseiller d'État, M. Léon Corinudel, qui avait osé prendre la défense du prélat dans une question aussi personnelle à l'Empereur, ne fut puni de son courage que par sa promotion, peu de temps après, à la dignité de président de section. »

I Mais M. de Laprade? ce professeur brutalement révoqué, 'comme un sous-préfet, pour quelques pauvres vers?.. Nous nous garderions bien de l'oublier; car les clameurs provoquées par cette révocation, le souvenir, presque légendiare, qui en est resté, prouve précisément, — et mieux que tout ce que nous venons de dire, — combien on était peu habitué alors aux rigueurs du pouvoir, même au mieux justifiées. Nous avons vu, depuis, des professeurs de Facultés /privés de leur chaire pour<ivoir collaboré, sous des pseuf donymes, à des journaux d'opposition ; nous avons vu la presse radicale réclamer impérieusement la destitution d'un professeur de la Sorbonne, ayant osé dire que « Diderot avait écrit des ordures. » Le cas de M. de Laprade, il faut en convenir, était plus grave.

11 avait rimé les plus acerbes satires contre l'Empereur, son gouvernement et tous ceux qui le soutenaient. Dans celle qui fit déborder le vase, — bien rempli, comme on le

vorrn loul û Thcurc, — do l*indulgcncc ofOcicllc, le poèlotribun opposait à la scélératesse impériale le courage et le désintéressement de ses adversaires

Fiers d*uii serment unique,

Qui révent de leur Prince ou de leur République, Adorant un principe et non pas un succès... Satisfaits de rester de simples gens de bien, Et, quand vous êtes tout, heureux de n'être rien.

On le prit au mot ; on le rendil heur eiuc, en lui rappelant, ce qu'il semblait oublier, qu'il était encore quelque chose... Mais, avant do prendre ce parti, le gouvernement impérial avait montré une rare longanimité. M. de Laprado fut révoqué le 14 décembre 1861, et près de deux années auparavant, il avait inauguré cette campagne de pbilippiques rimées, en adressant à Napoléon 111 une violente injure*. Ce qui n'eût pas c^lpèché d'ailleurs ce débonnaire souverain d'étré tout prêt à dédommager Tancien professeur si celui-ci eût daigné le demander.

Le comte de Pontmartin appartenait au même groupe politique que M. de Laprade. Mais, en jugeant à distance cet incident dénaturé par la passion de parti, il avoua honnêtement que de tels vers, « où la colère chantait faux », étaient réellement « le symptôme d'une fièvre chaude », la triste expression de c< cet esprit de vertige » auquel avaient alors cédé tant de cervelles ; — que, dans toute cette affaire, « ce n'est pas TEmpereur qui joua le réic défavorable » ; — que les ministres avaient montré quelque « patience » en tolérant » les premières satires du Juvénal-fonctionnaire » ; — et que, « quand TEmpereur et M. Emile Ollivier offrirent un rectorat à Laprade, c'est encore eux qui eurent la bonne part. » Nous nous croyons autorisé par un tel té-

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