‹ Napoléon III intimeChapitre 39 sur 114 · I. Dani une apostrophe À Tartufe il avait dit · texte numérisé non relu

I. Dani une apostrophe À Tartufe il avait dit

Cboisii : tu peux rciter un uiodei te grand hoiuuie, Ou tu peux devenir, en habit cousu d'or, Ministre ai sénateur, peut-être plus encor.

moignagc à dire que le cas isolé de M. de Laprade était une de ces exceptions qui confirment avec éclat les règles*.

Pour les hommes politiques moins exaltés que M. de Laprade, mais aussi hostiles à TEmpire, qu'une circonstance quelconque mettait en sa présence, Napoléon III avait encore plus de ménagements. Dans ces ennemis, d'apparence irréconciliables, il semblait voir des amis ou des neutres de l'avenir ; il y voyait surtout des gens bien élevés, devenus ses hôtes pour un instant et qu'il devait recevoir en parfait gentleman.

Le vicomte de Melun se vante dans ses Mémoires de n'avoir jamais voulu se faire présenter aux Tuileries, de ne s'être « jamais associé aux hommages qu'on rendait au Souverain », de n'avoir fait « mystère à personne » de son hos* tilité contre l'Empire. Et il nous apprend que, malgré cela, l'Empereur le fit tout spontanément chevalier, puis officier de la Légion d'Honneur; queTEmpcreur se montra toujours « gracieux et expansif » envers lui, « toujours disposé à accueillir ses idées et à accepter ses propositions » ; que l'Empereur, quand il le voyait, «< prolongeait ordinairement la conversation avec le ton de la confiance et de Tintimité k et demandait à tout le monde ce qui pourrait lui être agréable '.

Rien de plus curieux, à cet égard, que les relations de Napoléon III avec TAcadémie française. Celle-ci se considérait alors comme le quatrième pouvoir de TËtat, ayant reçu — ( d*elle-mème — la mission de régenter les autres. Avec quelle

1. La« fièvre chaude » constatée par le comte Je Pontmartin, ne devait pas se calmer avec le temps, bien au contraire ; car, dans une lettre de 1871, M. de Laprade écrivait : « Tout plutôt que TEmpire; plutôt Vermesch!... Je n'accepte d'autre place que la dictature, et quand J'aurai fait fusiller tous les bonapartistes et proclamer roi le comte de Paris, Je rentre dans la vie privée. •

2. Tome 2, pa^e 126 Le vicomte de Mclun se chargeait ainsi de réfuter lui-même ce qu'il avait écrit quelques pages plus haut : « Comme soD oncle, Nap^dt^oii préférait gouverner avec los honnAtes gens et ttmtes les aristocraties qu'avec la canaille^ mais à Ui condilion qu'ari$locrale$ et honnéiet gens $0raient le$ /i*f s obéiuatUê $erviteurt de $a personne • .

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ardeur et quelle sécurilô les membres de ce petit parlement sans mandat s'évertuaient û discréditer TEmpire, M. Drumont le rappelait gaiement, au lendemain de la guerre : « Ils avaient tout, ces vieillards. L'Empereur leur fournissait des tambours pour battre aux champs quand ils allaient tirer de Tare, c'est-à-dire faire des discours à allusions. Ils comparaient l'Empire à Tibère et les municipaux de corvée à des prétoriens. Tibère souriait et les municipaux faisaient circuler la foule pour que les académiciens ne s'enrhumassent pas à attendre leurs voitures. Ils avaient la fortune, ils avaient la gloire ; on kur aurait donné des places s'ils avaient voulu ; on ne leur demandait que de rester quelques années sans parler, afin que la France reprit son équilibre et sa sécurité !... »

Leurs deux harangues à peine prononcées, le nouvel élu et le directeur qui lui avait répondu, allaient les porter ù Tibère, qui devait les en remercier : « Sire, voici deux discours où nous avons démontré clairement, quoique à demimot, que Votre Majesté est un affreux despote et ceux qui la servent, des cuistres. — Je suis bien touché. Messieurs, de cette aimable attention » ; ainsi le voulait l'usage ! Et, gr&ce au tact parfait de Napoléon III, grâce à ses manières exquises, cette obligation n'avait rien d'embarrassant pour le visiteur, ni surtout pour le visité.

Un seul académicien crut devoir s'en affranchir : Tillustre Berryer — qui avait cependant plus de titres que tout autre à recevoir du souverain un bon accueil, et moins de raisons pour s'y soustraire. On a vu plus haut avec quelle délicatesse Louis-Napoléon, avant de partir pour Ilam, avait témoigné sa reconnaissance à son éloquent défenseur. L'éloquent défenseur avait aussitôt répondu : « Hecevez, prince, mes remerciements de la lettre honorable et gracieuse que vous avez bien voulu nfécrire ; ce m'était un titre d'honneur d'avoir été choisi par vous; ce m'est une grande satisfaction et une douco récompense de mes efforts de recevoir cette expression de votre amitié. Il est rare, au

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temps où nous sommes, d'obtenir ce noble prix de services loyalement rendus. »

Berryer étant allé le voir dans sa prison, le prince voulut llui faire accepter un supplément d'honoraires, qu'il refusa itrès noblement. Mais, peu de temps après, il se vit obligé de lui écrire : « Lorsque j*eus l'honneur de vous voir à Ham, vous voulûtes bien m'offrir une somme que je refusai, parce que je ne croyais pas que vous me dussiez rien. A présent je vous demande de me rendre un service, s'il vous est possible, en mettant à ma disposition une somme de 8 à i 0,000 francs qui me serait nécessaire d'ici à la fin du mois... Je me mettrais, d'ailleurs, en mesure de vous rendre le plus tôt possible la disposition de cette somme pour quelque autre sacrifice. » La réponse ne dut pas se faire attendre ; car, trois jours plus tard, Berryer lui écrivait de nouveau : « Mon prince, je reçois votre lettre, et je m'empresse devons remercier non seulement de la satisfaction que j'ai d'être ainsi délivré d'ennuis qui me pesaient fort, en ce moment, mais du vrai contentement que j'ai ressenti en voyant avec quelle bonne grâce et quel prompt bon vouloir vous avez répondu à ma demande. Pardonnezmoi d'être comme surpris et charmé de trouver en vous un souvenir si bienveillant des eObrts que j'ai faits pour vous servir. C'est qu'au temps où nous sommes, il est rare de trouver ce noble retour de gratitude et de bons sentiments. Toutefois je n'admets pas que vous fussiez redevable envers moi et je reste reconnaissant du service que vous me rendez et surtout de l'expression de vos sentiments pour moi. m

Berryer reçut-il, après le rétablissement de l'Empire, d'autres preuves des « bons sentiments »>, de la« gratitude >» de son ancien client? Il en reçut au moins une : sur son désir, son fils fut nommé Commissaire du Gouvernement près la Compagnie des Docks. Dans ces conditions le grand orateur aurait pu, comme tous les autres académiciens, se rendre aux Tuileries, sans avoir rien à redouter, — sinon d*y être trop bien accueilli. Il en jugea autrement;

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ol il ôcrivil à M. Mocquard pour rôclamcr do lui un « bon office », consistant à informer TEmpereur quUI no comptait pas lui rendre, à Toccasion de son entrée à TAcadémie, la visite traditionnelle : « Je crois avoir acquis, il y a quinze ans, disait-il, le droit de m'abstenir aujourd'hui d'une formalité, dont Taccomplissement ne serait peut-être pas pénible pour moi seul. M. Mocquard sait bien que^ par principe comme par caractère, j'ai autant de répugnance pour le bruit inutile et les vaines manifestations que pour un manque d'égards personnels. Je le prie de vouloir bien, sans retard, faire connaître la détermination qu'un sentiment honorable m'impose. » — M. Mocquard répondit le jour même :

L*ancien confrère s*est empresse de se rendre à lappel de M. Berryer : la réponse suivante en est la preuve.

I/Ëmpereur regrette que, dans M. Berryer, les [inspirations de Thoinme politique Paient emporté sur les devoirs de Tacadémicien. Sa présence aux Tuileries n*aurait pas causé Pembarras qu'il semble redouter. De la hauteur où elle est placée Sa Majesté n'aurait vu dans Télu de TAcadémie que loratcur et Pécrivain, dans Tadversaire d'auJourdMiui f|uc le dcfunseur d'autrefois.

M. Berryer est parfaitement libre d'obéir ou à ce que lui prescrit l'usage ou à ce que ses répugnances lui conseillent.

L*ancien confrère est heureux d'avoir pu rendre à M. Berryer ce qu'il croit être, ce qu'il oppelle un bon office et lui offre les compliments de sa vieille et cordiale confraternité. — Mocquard.

En recevant ce billet dune si mordante urbanité, le nouvel académicien regretta peut-être de l'avoir provoqué.

Tout aussi bien que M. Mocquard, ses confrères de TAcadcmie auraient pu l'édifier sur le caractère que la haute courtoisie de l'Empereur donnait à ce genre de rencontres. M. de Falloux écrit, dans ses Mémoires, qu'étant ministre du Prince-Président, il lui avait avoué sans détour ses sentiments royalistes, que cet aveu ne lui avait nullement aliéné les bonnes grâces du Prince ; qu'en quittant le ministère, il avait cru devoir le remercier « de la constante

bonté » avec laquelle il avait été traité par lui ; « et je crois, ajoulc-t-il, que sa sympathie n'était pas feinte; car je la retrouvai aux Tuileries, bien des années après, lorsque je dus m*y rendre au nom de TAcadémie française. »

Si le comte de Falloux devait au souvenir de ces anciennes relations un accueil particulièrement aimable, ceux de ses confrères qui n'avaient pas, comme lui, approché Napoléon III et ne Tavaient jamais combattu qu'à dislance, étaient sûrs de trouver au palais impérial, sinon la même sympathie, du moins une parfaite aménité.

Le duc V. de Broglie, comme directeur, avait loyalement rappelé les immenses services rendus au pays par le gouvernement sorti du 48 Brumaire. Après l'avoir vivement remercié de cet acte d'impartialité, l'Empereur ajoutait : « JVspère, Monsieur le duc, que votre petit-fils parlera un jour du 2 Décembre comme vous avez parlé du 18 Brumaire... « Avec une dignité affable et souriante, l'Empereur savait dire ainsi à chacun ce qu'il fallait, tout ce qu'il fallait, on fort pou do roots, et prendre doucement sa revanche sur ces raffinés, ces dédaigneux, — obligés do se dire en quittant les Tuileries ;commo M. de Kissolef, le 5 janvier 1853) : « Décidément, c'est ç%t^2^uun / » Los masses, — que ces parlomentairos on disponibilité méprisaient si profondemont. — l'avaient compris avant, bien avant eux : dès Boulocno ol Strasboun?, dont les salons avaient ri, non les chaumières. Alors, comme dans toutes les occasions décisives où son sort est on jeu, le peuple avait été mieux ^•îairé, par son soûl instinct, que les politiques piofossionnoîs par leurs lumières ol leur oipérionco. Pv^urquoi ? Ccsl encore dans les Œwrrcs âf Sapc^^m 211 que nous tivxiTOiis il repense ; • Pirro que ci« les masses, les sontimeiils pwcMos: \t raisc^naonionl ol que le Cirur sont a^ant que i'ospril rorifôifo". »

Mjls iî.vjs nc^us laisscns «itrainor trop }ô:n dos Tui:ories,

T.-mtf ?■*. t. il làtt mmhe'ifitu»rti*i

des visites officielles qu^y faisaient les académiciens... La plus intéressante fut assurément celle de Prévost-Paradol. Aussi mérite-t-elle d'être racontée avec quelque détail.

Le brillant rédacteur du Journal des Débats et du Cour-^ rier du Dimanche était entré, fort jeune, à l'Académie, pour les ardentes campagnes qu'il avait menées contre l'Empire. Nul ne s'était montré plus dur que lui pour Napoléon III et son gouvernement. Nul ne savait, comme lui, « blesser à fond ses adversaires sans les injurier » et 4c jamais poison plus subtil ne fut présenté dans une coupe plus élégamment ciselée », disait récemment son meilleur ami*. Encore pourrions-nous faire observer que s'il n'avait ni le goût, ni l'habitude de l'injure brutale, il ne sut pas toujours l'éviter et que certaine phrase fameuse sur les indignes amours de la France ne saurait passer pour un modèle d'atticisme. Mais, on nous l'a appris en publiant sa correspondance, ce qu'il disait tout haut traduisait faiblement la violence de ses haines. Lorsqu'il s*épanchait avec ses amis, il traitait les ministres de l'Empereur de « tral • 1res », de « banqueroutiers », do « pirates* » et de « brigands'. » Quant aux électeurs qui avaient approuvé le coup d'État, aux ouvriers qui l'avaient accueilli « avec une indifférence presque sympathique », aux paysans qui l'avaient « acclamé d'avance », c'étaient « une tourbe d'imbéciles..., de lâches et didiotsS». Prévosl-Paradol n'admettait pas que « cette immense foule de laboureurs, d'artisans, de ce qu\ faisait le personnel de l'esclavage antique* » pût imposer ses préférences aux gens « éclairés » ; que « ceux qui n'ont besoin que des biens du corps » pussent « sevrer de leur liberté ceux qui ont besoin des mouvements de l'esprit*. »

1. OcTAVB GnftAiin, Prévoêi^Paradol. Étude suivie d'uo choix de lettres, p. 68.

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