‹ Napoléon III intimeChapitre 41 sur 114 · UBcroR PcstfAKh, Mfi» pflitê Papieit · texte numérisé non relu

UBcroR PcstfAKh, Mfi» pflitê Papieit

M. Huussmann, il critiquait à son lour le gouvernement par- IcmcnUiirc, mais sans m6me prononcer le nom de Tillustrc candidat qui avait promis de le faire rétablir, — et qui a tenu sa promesse!... Quand on se rappelle de quelle façon M. Thiers ministre traitait les carlistes, de quelle façon M. Thiers Président faisait traiter par ses journaux, par ses préfets et traitait lui-même à Toccasion l'Empereur et les impérialistes, on doit avouer qu'il se montrait bien susceptible, en dénonçant le langage si modéré de M. de Persigny comme une intolérable injure.

Le gouvernement impérial ne se bornait pas à ménager ses adversaires; il veillait paternellement sur leur vie. Déposant, en 1872, devant une commission d'enquête parlementaire, Jules Favre se plaignait de Tingratitudc de ses anciens électeurs, gagnés en 1869 par le candidat socialiste, et de Taccucil qu'ils avaient osé lui faire dans certaines réunions ; puis, d'un Ion contrit, il ajoutait : « En sortant de ces réunions, j'ai été plusieurs fois accompagné par les invectives les plus extraordinaires... Un jour, c'est bien malheureux pour moi, j*ai été protégé par la police. On avait formé le dessein de renverser ma voiture; on m'aurait renversé aussi. »>

Napoléon 111, — dont le 3 septembre, il demanda l déchéance, — n'avait pas seulement fait défendre sa vie^ contre les énergumènes des clubs : il avait lui-môme défendu son honneur. Les fameux papiers que Millière Gt paraître et qui brisèrent la vie politique de Jules Favre, en révélant les irrégularités de son état civil, un journal ofGcieux les avait eus, à la fin de TEinpire, et comptait les publier. Napoléon 111, prévenu, s'y opposa fonnellemcnt. On assure même, — mais ne le sachant pas d'une façon certaine, nous cessons ici d'affirmer, — qu'il paya de sa [loclie la somme déboursée parle journal pour se procurer ces pièces. Ce que nous pouvons dire, avec plus d'assurance, c'est qu'il indemnisa le directeur d'un théâtre, en lui interdisant la représentation d'un drame plein d'allusions très douluu-

rcuses, — pour une famille qui lui faisait la plus vive oppô* sition.

L'Empereur avait bien d'autres petits papiers à sa disposition. Il refusa toujours de s*en servir pour rappeler à la justice, même à la pudeur, des hommes qui Tattaquaicnt sans mesure, après avoir sollicité, obtenu ses bienfaits. Il avait sur ce point un principe absolu, dont il ne s'écarta pas une seule fois, et qu'il nous sera permis de trouver assez noble : « Un gouvernement, disait-il, doit le secret à ceux qu'il a secrètement obligés. » Si, — après Jules Favre, — MM. Duportal, Lisbonne et bien d'autres se virent jeter à la face des documents fort désagréables, ce fut sous la République, et par des mains républicaines, qui avaient trouvé ces documents dans un tiroir des Tuileries, — où, salis le 4 septembre, ils dormiraient encore. Et les sentiments, les procédés de Napoléon III, à cet égard, étaient si connus qu'un écrivain radical, victime d'une nouvelle indiscrétion opportuniste, s'écriait naïvement : « Ce n'est pas l'Empire qui eût jamais fait cela ! »

Ménagés, protégés, les membres de l'opposition étaient même influents. On mettait une sorte de coquetterie à satisfaire leurs clients, fût-ce au détriment de candidats plus dévoués. Être fils ou frère d'un député bien hostile, — comme cinq ou six fonctiobnaires que je pourrais nommer,

— n'était pas une cause de révocation, mais plutôt une cause d'avancement. Quand ces messieurs daignaient s'adresser à l'Empereur, — et cela arrivait bien quelquefois,

— ou à l'un de ses ministres, — et cela arrivait souvent, — toute chose sollicitée par eux, si elle était faisable, était faite. M. Jules Simon a avoué que, le 4 septembre, en allant s'emparer du Ministère de linstruction Publique, il se demandait si les huissiers le laisseraient passer. Le premier qu'il rencontra le reçut avec eiïiision et se fit un honneur de l'introduire dans le cabinet ministériel : c'était un de ses anciens protégés, qui lui devait sa place et qui ne l'avait pas oublié. Certain puté de rcxtréme gauche, ayant fait

LA œNClLIATION 213

beaucoup parler do lui, il y a quelques années, des journaux rappelèrent que Napoléon III Tavait nommé sous-conservaleur d*un beau musée qu'il venait de fonder : il répondit qu'en conservant son musée, il conservait aussi ses opinions ; que, radical dès. 1848, et bien connu pour tel, il n'avait jamais cessé de Tétre. Ce qu'il ne disait pas, — et ce qui rendait son cas plus piquant, — c'est qu'il avait obtenu cette faveur impériale à la demande du marquis de N..., — orléaniste militant.

Parmi les lettres de Mgr le comte de Chambord, dont on a publié un recueil, se trouve la suivante: «c Je veux vous remercier moi-même, mon cher X., de votre bonne lettre et de récrit dont elle accompagnait l'envoi. Votre dévouement, je le sais, est un de ceux sur qui je puis compter en toute occasion. Je me rappelle avec plaisir la visite que vous êtes venu me faire à Francfort, etc.. » Le jeune homme auquel étaient adressés ces augustes remercinients ne pouvait être un démagogue : il assistait pourtant aux réunions démagogiques, qui avaient lieu, en 4869, à la salle du Vieux- Ghène ; il y prenait même la parole ; il se faisait applaudir de l'assistance en trailant de belle façon TEmpire, en disant par exemple : « Il y a dix-sept ans, il y eut des gens assez fous pour croire qu'avec des proscriptions, on vous étoufferait : vous êtes encore vivants, etc.. », — puis en abîmant Napoléon ^^ comme c'était la mode alors parmi les opposants de toute nuance '.

Ce jeune et fougueux orateur était-il donc de ceux qu*on avait proscrits, dix-sept ans auparavant? Non; si l'on avait tenté de V « étouffer », c'était en lui donnant une place de bibliothécaire, et, — par faveur spéciale, — un logement à l'Institut : place et logement qu'il occupait encore, au moment où il en témoignait ainsi sa gratitude, — et qu'il no perdit pas pour si peu... Or, la mère de cejeunchommo (comme celui-ci, comme toute sa famille, hostile à l'Empire);

i. A. ViTt, Le$ Béunions publiquei à Paris vl84S-lS69),pp. 4S et SS.

214 NAPOLÉON III INTIAIE

ayant quelque embarras d'argent, dut vendre un tableau de prix : le portrait de M"^ Récamier, sa tante, peint par Gérard. L'Empereur l'apprit; et se souvenant que M"* R6camier avait été l'amie desamère, qu'ill'avait vue à Arenenberg, et voulant secourir, sans l'humilier, sa famille embarrassée, il acheta fort cher le portrait de Gérard, — pour le donner au Louvre.

Il fallait que ces procédés débonnaires de Napoléon III et de son gouvernement fussent bien reconnus, bien incontestables pour que le Bien public^ journal inspiré par M. Thiers, et très dur ordinairement pour le « régime déchu », laissât^ en 1873, échapper cet aveu : « Il me semble que, sous l'Empire, la tolérance entre les partis existait plus qu'à présent. A de rares exceptions près, les agents du gouvernement impérial faisaient métier de respecter les adversaires de leur politique ; même en les frappant, ils semblaient les frapper à regret, et la porte était toujours ouverte à l'entente... Que si on demeurait brouillé avec le pouvoir, c'est qu'on le voulait bien, car il ne demandait pas mieux que d'entrer en composition ».

Que le gouvernement impérial entrât volontiers « en composition » avec ceux qu'il venait de frapper « à regret », — c'eâtce qui, dans une page charmante, était redit, l'an dernier • , par M. Jules Simon, — dont nous devons, encore une fois, invoquer le témoignage, parce qu'en racontant avec une spirituelle bonhomie ses souvenirs, il ne croit pas devoir écarter ceux qui sont favorables à ses adversaires. Parlant de Sainte - Pélagie et du fameux Pavillon de% Princes f où l'Empire enfermait ses détenus politiques, M. Jules Simon avouait que « le régime de celte prison n'était pas très rigoureux » ; qu'on y pouvait recevoir ses camarades et les visiteurs du dehors, même obtenir aisément des jours de sortie. L'un d'eux, Louis Jourdan, demande au Préfet de police Tautorisation d'aller soigner son

Page 1