I. Le chnnoinr Gucri. Lfi pritonmie^ firamçmê 9n AUfma§mt
254 NADOLËON 111 INTIME
técs par M. Gustave Dempulin dans sa biographie de Calixte Souplct : « Quoique je vous rencontre dans un camp opposé, j'éprouve une grande joie à vous serrer la main et à vous témoigner la haute estime dans laquelle j'ai toujours tenu votre talent et votre caractère. Je n'oublierai jamais nos excellentes relations d'autrefois ni les services que vous m'avez rendus... » A plusieurs reprises, des postes importants furent offerts à Calixte Souplet ; msds il refusa très nettement de les occuper ' . »
Dévoué a ses amis, Napoléon III l'étmt encore plus à ses parents. Dès son enfance, nous l'avons vu, il avait pris à leurs nombreux deuils, comme à leurs rares joies, le plus profond intérêt. Jamais il n'avait pu se consoler de la mort de son frère ni de celle de sa mère. En entrant aux Tuileries, il pensait tout de suite à la reine Hortense, au bonheur qu'elle aurait eu de l'y voir*. De la sévérité, des reproches peu justifiés du roi Louis, il avait beaucoup souffert, [sans jamais témoigner à celui-ci moins de déférence et moins de tendresse. Aux blûmes, à la froideur de ses oncles, après les entreprises où il avait joué sa vie pour leur cause commune, il avait répondu de même. Pour le prince Napoléon, qui seul avait pris sa défense, il avait toujours montré l'amitié protectrice d'un grand frère.
Ces parents avec lesquels il avait traversé les mauvais jours. Napoléon III voulut, quand la fortune lui sourit enfin, leur en faire partager, comme à ses amis, plus qu'à ses amis, les faveurs. Parmi les anecdotes que la chronique des salons invente, propage et finit par accréditer, il y en a une bien connue. En 185i, le roi JérAme, ne se trouvant pas assez bien traité par son neveu, s'en serait plaint avec amertume, en lui disant : « Vous n'avez rien de votre oncle
1 . V. Il Aclict-Souplct. Louis-SupoUon ItonajHirie, prisonniri-au forttie llam,
2. • Il 111*11 ciisiiilr onln*t(Miii tn'-s nlTfi'tiieiiMniiifnt ilii temps pnsié, de ■a iih'Te, (lisant <|Uti la rhose «lu'il ri'(;n'ttail U* plus était iiuelle irufit pas assez vérii ptiur le voir où il est. • — LonI Maliuesbiiry. — Mémoirtê d'un ancien ministi-e. 19 mai 18î>a.
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Napoléon »; — A quoi son novcu aurait ironiquomont répondu : « Uh ! si; j'en ai la famille I » Le mot pouvait être piquant, mais il était peu vraisemblable ; car loin de répudier cette famille et de la trouver encombrante, il avait tena à s'en entourer, à la relever avec lui, à faire pour elle tout ce que permettaient les circonstances; et à son oncle Jérôme, contre lequel il avait pourtant quelques anciens griefs, il avait témoigné une sollicitude particulière.
Président de la République, et ne pouvant encore davantage, il conGe au frère du grand Empereur la garde de ses cendres, en le nommant gouverneur des Invalides. Du prince Napoléon, — auquel rattache non seulement un lien de famille, mais le souvenir de leur ancienne camaraderie d'Arenenberg, le souvenir du service que lui avait alors rendu son jeune cousin, en prenant sa défense, — il fait un
ambassadeur à Madrid. Après le coup d'Ëtat, le roi Jérôme devient président du Sénat. Après le rétablissement de TEmpire, il est installé, comme premier prince du sang, au Palais-lloyal, avec son fils, — auquel PEmpereur cherchera désormais à procurer toutes les occasions do metlre en lumière sa remarquable intelligence et de reconquérir ainsi la faveur, assez rebelle, du public.
Les chroniqueurs ont encore prétendu que le roi Jérôme, même alors, eût souhaité davantage, qu'il reprochait aigrement A Napoléon III de ne pas lui faire une assez large place dans son gouvernement, de ne pas se faire suppléer par lui, quand il quittait le territoire; que, pendant la guerre d'Italie, il avait vu « avec un vif mécontentement » confier la régence à l'Impératrice, et ne Tavait guère dissimulé ; que ce mécontentement s'était accru, quand il avait constaté M que ses avis n'étaient nullement écoutés », surtout quand il avait ap|)ris u que son neveu avait recommandé à sa femme et ù ses ministres de ne tenir aucun compte de ce que dirait son oncle*. » Nouvelle légende, qu'il nous est
I. Ualoitf anevdotiifue du Second hmptrt^ par un «ncieo (oncUoniuure.
encore permis de réfuter, mieux que par une affirmation contraire : par le témoignage de celui-là même dont on prétendait connaître et traduire les ressentiments. Le 16 mai 1859, le roi Jérôme écrivait à son neveu :
Sire,
Ce n'est pas pour vous parler d'affaires que je vous écris aujour- ' d'hui, mais pour vous parler de Tlmpératri ce-Régente, qui montre dans tous les instants et sur toutes les questions un jugement éclairé, solide et noblement français: je pense que cette vérité, portée à votre connaissance par votre vieil oncle, ne peut que vous être agréable. Je puis vous donner l'assurance que je suis heureux de saisir toutes les occasions d'être utile à l'Impératrice, qui, de son côté, paraît satisfaite de mes soins. Votre cher enfant se porte à merveille, mais ne cesse d'appeler son père. Soyex donc san, inquiétude pour ce qui regarde l'Impératrice et le prince Impérial. Pensez seulement à la France et à nous, en ne vous exposant pas au delà de ce qui est nécessaire. Je ne vous parlerai pas de ma tendresse paternelle. Vous savez qu'elle vous confond avec mon bien-aimé Napoléon et que vous pouvez, dans toutes les circonstances, compter sur moi, qui ne faillirai dans quelque moment
critique que ce soit.
Je suis.
Sire,
De Votre Majesté
Le très afTectueux et dévoué oncte,
Jl^RÔMB-NAPOliON.
Le roi Jérôme avait déji\ prouvé, en effet, que, même dans les « moments critiques », son neveu pouvait compter sur lui, en accourant, dans la matinée du 2 décembre, à TÉlyséo pour se montrer à côté de Louis-Napoléon dans les rues de Paris ; et, depuis, il n'avait cessé de lui témoigner, de toute manière, sa reconnaissante affection.
Ces sentiments étaient partagés par sa fille, M"* la Princesse Mathilijle, en qui TEmpereur trouvait un discret mais utile auxiliaire; caries clients, les amis dévoués que la princesse se faisait aisément, par son incomparable aménité, par son brillant esprit, par son goût passionné pour les arts, après n'avoir d*abord été que des « Mathildistes », comme
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disait l'un d'eux, ne tardaient pas à devenir, pour la plupart, des impérialistes.
Du prince Napoléon, — tenant à être toujours sincère, — nous ne pouvons en dire autant. La fortune de son cousin avait toujours paru lui porter ombrage. Un de ses amis, ayant cru devoir le féliciter du scrutin du 10 décembre 4848, dont il allait proGter indirectement, il lui avait répondu : « Pourquoi des félicitations? Mieux vaut élre tète de souris que queue de lion! » A ce rôle de queue de //on, malgré tous ses avantages, il ne sembla jamais se résigner complètement. Dans les situations qu'il devait à la bienveillance du Prince-Président ou de l'Empereur, il songeait moins à servir la politique du gouvernement qu'il représentait qu'à suivre ses propres inclinations, à faire prévaloir ses vues personnelles; au devoir de ses fonctions officielles il ne subordonna jamais ses idées, ses goûts, ni même ses convenances. En passant à Bordeaux, pour aller prendre possession de son ambassade à Madrid, il avait ouvertement conseillé une politique exclusive, opposée à celle dont Louis-Napoléon venait de faire son programme, et forcé déjà celui-ci à lui infliger un blâme public*. Après avoir occupé quelque temps son poste, il l'abandonnait tout à coup pour revenir à Paris, sans la permission du gouvernement, qu'il mettait ainsi dans la nécessité de le révoquer. Le 2 décembre, au lieu d'aller, comme son père, à TËlysée, il se mêlait aux conciliabules où l'on cherchait à organiser la résistance'. Envoyé, comme général, A l'armée de Crimée, il en revenait, comme autrefois d'Espagne, sans autorisatioOt non certes, comme on l'a dit, par .peur du feu, — car il y avait fait très bonne contenance, — mais par peur de Tcn* nui. Au moment de partir pour l'Algérie, l'Empereur l'avait chargé de présider à l'inauguration du monument d*Ajaccio et d*y porter la parole en son nom ; mais craignant
I. Voir iJani Ici rtùivreti do Napoléon III, la lellre du 10 avril 1S49. S. ^Moentri du Secomd Empirt^ t. S. p. 40.
qu^il en abusât pour le compromettre, il avait demandé au prince de lui communiquer son discours ; le prince, qui avait lu ce discours, la veille, à M™« Cornu, lui répondit qu'il n'était pas fait.
L'Empereur oublia pourtant ce nouveau grief» — comme il en avait oublié tant d'autres, et de plus directs, de plus blessants pour lui-même, — non, comme on se plaisait à le dire, parce que ce grief n'était qu'apparent, parce qu'en le désavouant, sans conviction, il avait cédé aux exigences de l'opinion, — mais parce que le pardon était un besoin de sa nature ; parce qu'il ne pouvait garder longtemps rancune à ceux qui l'avaient mécontenté ou blessé; parce qu'indulgent h l'excès pour les compagnons de sa jeunesse, il l'était sur* tout pour celui qui était, de plus, un parent. A ceux qui s'en étonnaient, il répondait, en souriant: « Que voulez-vous? Nous avons grandi et souffert ensemble... Quand il faisait ses études, c'est moi qui lui ai appris les mathématiques : ces choses-là ne peuvent s'oublier ! »
Quelques-uns, nous devons le dire, trouvaient la réponse insuffisante ; et peut-être avaient-ils raison. Qu'on reproche à Napoléon III d'avoir alors, comme d'autres fois, poussé la bonté jusqu'à la faiblesse, nous le comprenons. Mais prononcer, à cette occasion, les mots de connivence et de duplicité^ c'est commettre une nouvelle erreur, une nouvelle injustice.
Non, l'Empereur ne partagea jamais, non, l'Empereur . n'encouragea jamais, directement ni indirectement, les vues du prince Napoléon sur la question romaine. Non, il n'eut jamais l'arrière-pensée de miner peu A peu ce trône pontifical, qu'il avait relevé lui-môme, qu'il avait gardé pendant vingt ans, quand nulle autre puissance ne s'en souciait, et qui serait encore debout, si le sien n'avait été renversé le premier. Telle est la vérité que démontrera, — à tous ceux qui ne la fuient pas, — le moindre examen des documents intimes mis, depuis 1870, sous les yeux du public.
Le% protpéritéi « factices • de TEmpire. — Le nouveau Paris ; ce qu*on en disait autrefois, ce qu'on en dit aujourd'hui. — A qui le doit-on T » Comptabilité originale : le passif do Tenipereur et Tactif des autres. — Le prince llemiann et Napoléon III. — Pour améliorer la condition sociale, morale et nialériclle des ouvriers. — • Quand l'Empereur le saura I • — Les protégés d'Albert WolIT et de Jules Noriac. — Chorité anonyme. — Comment fut abrogé l'article 1181. — L'empereur à BcUeville et à Saint-Denis. — Flattait-il les masses par intérêt dynastique? — Preuve inédite du contraire. — Qui maudissait le peuple en 1811 et qui le défendait? — Les véritables recruteurs de l'anarchie.— Napoléon III traité de démagogue par M. Ernest Picard. — Un « socialiste couronné », que tout le monde imite. — L'Empire a-t-il développé ou enrayé le socialisme ? — Le maître des Tuileries et ses serviteurs.
Le bicn-AIre du peuple, — et comme il ravaii dit luimôme à un ouvrier, par peuple il entendait toiAS^ — Napoléon 11! ne s'cst-il pas constamment appliqué à Taccroltre? Kt n y a-t-il pas réussi ? La France avait-elle jamais connu, connaltra-t-cllc jamais une prospérité comparable à celle dont elle jouit sous son règne?...
Kn trcnlc-qualrc ans, sous la Restauration et le gouver ncmcnt de Juillet, le chiffre de notre commerce général s*cst élevé d'un milliard ; en vingt-trois ans, sous le régime
actuel, il s'est élevé d*environ 850 millions : en dix-sept ans, sous TEmpirc il s'éleva de cinq milliards et demi !
Le commerce intérieur faisait, durant la période impériale, un bond plus sensible encore : il passait de 1,200 millions à six milliards et demi! En i851, Tindustric mettait en œuvre 70,000 chevaux-vapeur; et, en 1870, 290,0001
Que l'activité nationale ait pris, à cette époque, un essor inouï^ que cet essor doive être attribué, pour une large 'part, aux traités de 1860, deux économistes républicains Tout hautement reconnu. M. Léon Say, ministre des finances, — disait, au mois d'avril 1878 : « La politique commerciale inaugurée en 1860, et qui a été si féconde en heureux résultats, nous a fait un bien dont nous jouissons comme on jouit de la santé, sans pour ainsi dire nous en apercevoir »; — et ajoutait que cette réforme, « en augmentant la richesse publique dans des proportions inespérées », nous avait permis de nous relever avec éclat de nos désastres. » M. Amngat, écrivait, en 1888 : « Nous étions arrivés, à la fin de 1 Empire, à un haut degré de richesse. La fortune mobilière de la France était, à la veille de l'invasion, de 65 à 70 milliards, et la réserve annuelle que notre pays pouvait mettre dans des placements nouveaux était supérieure à deux milliards... M. Thi ers reparut, en 1863, dans les assemblées impériales, pour nier malgré f évidence la prospérité qui suivit la réforme de 1860, d'où est sorti, pour une bonne part, l'accroissement de notre fortune et à laquelle nous devons en partie notre relèvement si rapide ' . »
Cette évidence qu'il ne pouvait se résigner à admettre on 1863, M. Thiers, ayant enfin réalisé le rêve de toute sa vie, étant enfin devenu le maître de la France, la niait encore plus carrément. Ne reconnaissant pas i\ la statistique le droit de lui rien remontrer, de lui rien apprendre, et sachant, qu'àforce d'assurance, on peut prouvera uneassem-