Let Finances de la France en 1S7I
DIËN-ÊTHR DU PEUPLE S61
blôc quo 2 cl 2 fonl 10... ou zéro, selon les cas, il disait, en 1872, à la tribune : « Les plus grands progrès de Tindustrie se sont faits sous la Restauration et sous le gouvernement de Juillet, c'est sous TEmpire qu'ils ont commencé à fléchir. » Et son journal, le Bien Public y exécutant des variations sur ce thème original, déclarait qu'il n'aimait nullement « les récriminations », mais qu'il était bien forcé de reconnaître que la France devait uniquement ce à Charles X, à Louis-Philippe et non à Napoléon III » les ressources dont elle disposait encore; que TEmpire n'avait nullement « contribué à développer la fortune publique » ; qu'il l'avait plutôt compromise « en lançant le pays dans le gain, dans les affaires, dans les entreprises à outrance. »
On aurait pu croire qu'en lançant son pays « dans les affaires » un chef d'État remplit son devoir, qu'en le lançant (V dans le gain » il ne lui rend pas un trop mauvais service. Mais M. Thiers, qui savait tout, et son journal, qui avait l'horreur des récriminations, afGrmant le contraire, il fallait bien l'admettre, — ou faire semblant!... Et c'est ainsi qu'est née cette autre turlutaine des « prospérités factices de l'Empire », qui eut, elle aussi, un certain succès.
En quoi factices, s'il vous plait? Le pays qui gagnait, qui épargnait, sous l'Empire, assez d'argent, d'après les calculs de M. Amagat, pour pouvoir offrir, chaque année, deux milliards à des placements nouveaux, devait pourtant trouver que ce résultat n'avait rien de chimérique. Si les successeurs de Napoléon III avaient voulu continuer ce genre de fiction, il leur en aurait su sans doute assez bon gré; et meilleur gré encore, s'ils avaient su lui procurer ces prospérités factices à aussi bon compte. Car, pour développer si largement l'aisance publique, le gouvernement impérial n'avait > accru le budget que de 600 millions, — tandis que ses successeurs devaient la laisser à peu près stationnaire, en nous demandant, chaque année, un milliard et demi de plus !
Le Corps Législatif, en ce temps-là, malgré le renom de docilité qu'on se plaisait à lui faire, défendait bien, trop bien peut-être, nos écus. Au lieu de voter hâtivement le budget, il consacrait de longues séances à Téplucher en détail ; au lieu de contraindre le gouvernement aux dépenses les moins utiles, il le chicanait trop souvent hélas! (nous Tavons constaté à propos de l'organisation de Tarmée) sur les plus nécessaires '.
Ce n*est pas seulement en signant les traités de 1860 que Napoléon III avait stimulé l'activité nationale, c'est en four- \ nissant aux agriculteurs, aux industriels de nouveaux 'moyens de transport, en construisant 13,000 kilomètres de routes impériales ou départementales, 26,000 kilomètres de chemins et 13,000 kilomètres de voies ferrées... Mais ces facilités offertes à la circulation des produits, et des producteurs et des consommateurs devaient nécessairement en faire affluer une bonne part vers la capitale ; — d'où la nécessité de percer plus largement celle-ci. Napoléon III avait prévu ce besoin, avant qu'il se fit impérieusement sentir au public. Sait-on combien de «'voitures affectées au service des personnes » circulaient, en 1853, parmi nous? 16,375; et combien, en 1890? 29,493, près du double, — sans parler des bicyclettes, qui ne sont pourtant pas une quantité négligeable. Que d'embarras, quels accidents si toute cette cavalerie devait se mouvoir aujourd'hui dans les rues de l'ancien Paris I
En construisant le Paris nouveau, — qui selon le mot d'Emile de Girardin* « suffirait, à lui seul, à la gloire de son
1. « Lei Chambres, au lien d*^lro un frein, sont plutôt une excitation à la dépense. •• M. Léon Say, 20 Juillet i88i.
m ... Dans la pratique ce n'est iltuic pas la publicité, c.*cst le huis-cl«is qui est lu n^glc p«>ur la solution des alTaires de finance. La chambre accepte aveuglement Toeuvre de sa c(»muiission... Pourvu qu'un lui d«mne Passurance que le budget est en équilibre, elle se lient jMuir satisfaito; elle refuse de vérifler si cet équilibre est réel ou Actif et elle vote d la vapeur, chapitre par chapitre. » (CuchcvaUClarigny, Hevtie des l^eux-Mondeê^ l«r février 1888.)