Ub9rlé, l«r Juillet
règne », Napoléon III avait un aulro bul, deux autres buts : il voulait embellir notre ville, y attirer les étrangers de tous \ les points du globe, en faire ce que, de Taveu du Times, il en fit : « la capitale de l'Europe »*, il voulait enfin, il voulait surtout Tassainir, et donner de Tair, du soleil, de la verdurel et de Teau, c'est-à-dire de la santé, à ceux qui en avaient lej plus besoin, n'ayant guère d'autre capital.
Pour entreprendre une pareille œuvre, et la mener si vite à bien, il fallait un pouvoir fortement constitué; il fallait, à sa tète, une ferme volonté. Définissant 1' « Idée Napoléonienne », — et le gouvernement qui en devait sortir, — Napoléon III avait écrit, dans sa jeunesse : « Elle n'attache d'importance qu'aux choses; elle hait les paroles inutiles. Les mesures que d'autres discutent pendant dix ans', elle les exécute en une année ». Par la transformation de Paris, mieux que par tout le reste, il devait tenir la promesse contenue dans cette définition.
On sait avec quel ensemble et quel entrain les opposants de diverse couleur attaquèrent successivement tous les travaux entrepris par Tadministration de la ville. Entre ceux de droite et ceux de gauche, c'est à qui protestera avec le plus de dédain. « Aérer » le bois de Boulogne ou le boi« de Vincennes? Étonnante idée! Démolir une masure du XVI* siècle, un joli morceau d'art pour (aire passer « un boulevard stratégique » 7 Acte de vandalisme 1 profanation ! sacrilège I Percer autour de l'Arc de Triomphe « des boulevards sans utilité et sans but », percer m dans des champs inhabités », comme les plaines de Monceau, des Ternes ou de Passy des avenues « ne conduisant nulle part », quelle absurdité ! Pour quelles raisons la « fantaisie municipale » ouvrc-t-clle donc toutes ces voies inutiles et coûteuses : on n*on connaît pas « qui puissent être nommées »; on en fait pcrridcmcnt soupçonner d'innommables... On s'indigne même, — qui le croirait? — que l'administration veuille
I. Et f|uel(|uefoii plut : témoin \t palak en minet du qufti dX)rtay.
nous donner de Teau propre '• Bref « M. Haussmann qui bâtit de grandes maisons, mériterait d'habiter les petites », — si ce n'est Mazas. Les gens sages, les gens de goût doivent « prendre le deuil, parce qu*il est encore vivant. » Ce qui les console un peu c'est que « M. Paradol vient de lui décocher un bon coup de dent, avec le froid mépris où il excelle ».
Quels étaient les écrivains, les orateurs qui donnaient ainsi la mesure de leur jugement, — s'ils pensaient ce qu'ils disaient, — de leur bonne foi, dans le cas contraire? Ilsméri* teraient que leur nom fût rappelé : nous voulons leur épargner cette confusion. Disons seulement que c'étaient les orateurs, les écrivains les plus appréciés des divers partis coalisés contre l'Empire, ceux qui passaient pour les plus avisés et les plus clairvoyants '.
Devant ce toile de la presse « libérale » et des salons qu'elle entraînait, un gouvernement faible et tenu en tutelle par un parlement, eût hésité, reculé. Un Anglais, venu d'Australie ù Paris en i860, M. Wilson, écrivait à l'i^r^Tu^de Melbourne : « Il faut avoir vu de ses yeux, pour y croire, toules les merveilles que Napoléon 11! a réalisées dans cette ville... Qu'il vive longtemps, il laissera un nom dont tout Français sera fier... Nous autres Anglais, nous parlons avec une puérile terreur de sa descente à Londres. Ah! si cette invasion pouvait s'accomplir pacifiquement, un homme comme celui-là ferait plus pour Londres en un an que ne
1. « Quand on se rappelle aujourd'hui lei polémûiues ardentes que soulevait, en 1860, le projet de M. Ilaussuiann d'amener ù Paris, par un aqueduc, les sources de la Dluiis et de la Vanne, on s*uttristc de voir avec quelle facilité la passion p<»litique. aidée do Tif^norance. periuet d*égarer les populations... Si Popposition de 1860 eut prévalu, où en serait aujourd'hui la ville de Paris, avec la Seine infectée parlt;s égouts et les eaux de rOurrq devenues à peu près iuipotables. • (L. FioriKii, Le^ Merveilies #/e VInduêtrie, t. 111, p. 339.)
2. Nous citerons un seul noui. Dans sa profesi^ion de ft»i de 1863, M. J. Ferry disait : « Paris a particulièrement souffert des fantaisies du gouvemeuieut personnel. Le système de démolition qui pèse sur noat depuis quinze ans alM>utit à iinr impasse... C4Milre ceux t|ui Tout ruiné après ravoir uiis hors la loi, Paris n'a que son vote : qu'il en use! s
DIEN-ÊTt)E DU PEUPLE M6
pourrait faire en cinquante ce mécanisme compliqué de parlement et de corporations ».
Napoléon III, sentant qu'il travaillait au « bien-être du peuple », et convaincu que les railleurs du Syndicat libéral seraient contraints eux-mêmes de lui rendre justice, un jour ou Tautre, ne se laissa ni intimider, ni décourager par leurs objurgations. Le temps Ta complètement vengé, en effet. Son œuvre élant terminée, il a bien fallu reconnaître qu'elle avait été bienfaisante ; qu* « au lieu de nous donner la peste », comme on l'avait prédit, elle nous avait, au contraire, « donné Tair, la santé et la vie ' » ; que les dernières épidémies cholériques nous ont épargnés, parce qu*en « inondant Paris dair, de lumière et d'eau » elle l'a rendu « Tune des plus salubrcs parmi les grandes villes * » ; qu*elle avait fait/ descendre enfin la mortalité dans une assez sensible pro-/ portion : 1 sur 36 habitants, en 1851 ; 1 sur 41 en 1867.
Il a môme fallu reconnaître que celte œuvre immense et sagement conduite avait été peu coûteuse; qu'elle avait grevé, temporairement, le budget parisien de 43 millions, — se réduisant, en fait, à moins de moitié, puisque les travaux exécutés produisaient pour la ville un revenu de 22 millions'. Et ces comptes paraissaient vraiment moins « fantastiques » qu*on ne l'avait cru, ou dit, — surtout quand on les comparait à ceux de l'administration actuelle, faisant monter ce budget de 134 à 286 millions, sans avoir eu à transformer Paris !
En renonçant à critiquer, en se résignant même à louer cette transformation salutaire, on ne pouvait toutefois se résoudre à en remercier le véritable auteur... Nais les adversaires de TEmpire ont un système de comptabilité spécial, une façon de comprendre le Doit et V Avoir, qu'ils n'admettraient pas volontiers pour leurs propres affaires.