‹ Napoléon III intimeChapitre 53 sur 114 · M. Julrt Simon, article publié dam le Ganloû, en I8SS · texte numérisé non relu

M. Julrt Simon, article publié dam le Ganloû, en I8SS

2. Rapport du 1)' Peter à TAcad^uiie de Médecine; teplembre 1SS8.

3. Tableau préienté au Conseil Municipal, le 5 août 18)15, par M. Mariui Martin.

iCC NAPOLÉON III INTIMK

Tout ce qui a mal tourné? Au passif de TEmpereur 1 Tout ce qui mérite un éloge ou un regret ? A Tactif d*un de ses serviteurs I... Qui a détrôné Pie IX ? Qui a perdu TAlsaceel la Lorraine ? Qui nous a empêchés d^avoir une armée assez bien organisée pour battre les Prussiens, même pour conjurer leurs provocations? C'est Napoléon III... Mais qui avait conçu la réforme militaire de 1866? Le maréchal NielM Qui a gagné la bataille de Magenta? Le maréchal Mac-Mahon, — marchant, sans ordres, au canon *. Qui a transformé Paris? Pour les uns, M. Haussmann; — et, pour d'autres à qui cette demi-concession coûterait encore trop, — M. Alphand. Quant à la transformation du bois de Boulogne, pas d'hésitation possible : c'est à ce dernier qu'on la doit ; et, pour que la postérité n'en ignore, le conseiller municipal de la Muette demande que sa statue soit élevée au milieu de ce Bois, « qui est son œuvre' ».

Ni M. Haussmann, ni M. Alphand, — h&tons-nous de le dire, — n'ont provoqué, n'ont même autorisé ce déni de justice. L'ancien préfet de la Seine, dans ses Mémoires, a simplement revendiqué le mérite, — assez glorieux, d'ailleurs, — d'avoir bien réalisé les plans du souverain. Dans l'éloge de son prédécesseur à l'Académie des Beaux-Arts,

1. Or, une lettre du général Ducml nous apprenti, que le maréchal Niel appn>uvait uié(lit>creuicnt ces projets dont on devait lui faire tant d'honneur plus tard ; au général Ducrot, qui les blÂuiait également, il faisait dire : c J'ai soutenu très chaudement ses idées qui sont aussi les miennes ; mais le projet de Tempereur était si bien arri^té d'avance qu'il ne m'a pas clé possible de le faire modifier, et il est prol>able que le général Ducrwt n'aurait pas mieux réussi. • Im pie militaire tht général lUterot, t. 2, p. 158.

2. Il suffirait pourtant de lire les documents olllciels et le propre rapport du Maréchal pour constater qu'il n'avait fait qu'exécuter, brillamment, d Magenta, les ordres, tn^s précis, que, la veille, il avait reçus de l'Empereur.

3. • Kn faisant de somptueuses fuiK^railles à M. Alplinnd. — disait le /V/i7 Parisien^ — la ville de Pans a voulu truioigner do sa reconnaissance à celui qui peiidaiil trente ans a préùdé^ avec une science et un goAt mcom|)arablcs, à la transformation de Paris. On a dit. à l'occasion de aa mort, combien, $out $a direction, Paris s'est embelli, de quelles riches parures il avait su orner la grande ville et combien elle diffère aujourdliui de l'état où elle était vers 1850.

de son ancien chef, ù rilôlel do Ville, Mé Alphand déolara, avec la même loyauté, que « Tidée originelle de la transformalion de Paris appartenait à Napoléon III », voulant « donner à la capitale tout ce qu'il avait vu de bon et de beau pendant ses. séjours dans les villes de l'étranger ». Les Mémoires du duc de Persigny, quand on les publiera, conQrmeront ce double témoignage; nous le savons à l'avance ; car, écrivant le 25 juin 1868 & l'Empereur, au sujet de ces mémoires encore inachevés, lui indiquant certains points sur lesquels il comptait insister, M. de Persigny disait : « Ainsi, par exemple, si, dans les travaux de Paris ou de Lyon, je réclame ma petite part, ce qui est bien juste, dans le choix des hommes que je vous ai proposés, dans les motifs de ce choix et dans la discussion du système financier, — ce qui était après tout l'aflaire du ministre, — la pensée fondamentale, la conception de faire de Paris la plus belle capitale de l'univers, la volonté souveraine, l'impulsion, la direction de tous les travaux, tout ce qui est d'un grand prince, la gloire, en un mot, appartient à Votre Majesté et ressortira avec éclat, comme en toute chose de mon exposé ».

Attribuer seulement ù Napoléon III « l'idée originelle » de ces travaux ce n'était en effet pas lui faire la part assez large : il en avait rédigé lui-même le programme détaillé. Sur un plan de Paris, constamment placé sous ses yeux, il avait tracé, de sa main, toutes les percées nécessaires*, comme il indiqua, de sa main, les travaux à exécuter aux deux extrémités de Paris, pour nous oITrir de grandes promenades, qui pussent rivaliser avec celles de Londres.

Bien souvent les rares promeneurs qui fréquentaient lancicn bois de Boulogne purent voir Napoléon III donnant

I. • pour montrer coniin(*nl le Pnnre-Prétident cnl«ocUit la rétoluUon ilr ncM vAstri ilcifirin*, j'aumit voulu |Miuvoir tlécrire ici un préricui plan de Pnrî« »ur lequel il avait •arreMÎvenient traré» rccUflé dci lignes qui en «léterminaienl l'entemble... L'Empereur l'avait signé et remit |Miur lottrurtion générale à h\, llaussniaun, au commencement de ton rfgne. • (Ch. MrfiRi Al . nnrien serrétaire général de la Préfecture de la Seine. S^mvetiiri tU l'IlùUt de Ville, publiés en 1815.)

ses ordres à M. Varé, dessinateur de jardins, où en surveillant Texécution. M. Alphand était alors à Bordeaux. Une décision du 20 décembre 1854 le mit, comme ingénieur ordinaire, « à la disposition de M. le Préfet de la Seine, pour Tamélioration des promenades et plantations » ; il ne prit possession de ce modeste emploi que dans les premiers jours de 1855. Or, si Ton ouvre Les Promenades de Paris, — splendide ouvrage publié par lui-même, — on y voit : que dès Tannée 1853 les deux grands lacs étaient créés, les allées qui les entourent, tracées, etc.; que le reste des remar niements à effectuer pour compléter la transformation du Bois avaient été nettement déterminés en 1854, c'est-à-dire avant son entrée à Tllétel de Ville'.

Enfin Granier de Gassagnac raconte qu'ayant été, un jour, appelé aux Tuileries, il trouva TEropereur en face d'un grand plan auquel il travaillait et que TEmpereur lui dit : « Vous me voyez en train de transformer le bois de Vincennes. Il est bien juste que le faubourg Saint-Antoine ait aussi son Ilydc-Parck, sans ôlrc obligé d*aller le chercher à Tautre extrémité de Paris*. » Par le même sentiment de justice, Napoléon III fit faire la belle promenade des Buttes Ghaumont, le parc de Montsouris et installer, dans les quartiers les plus pauvres de la ville, un certain nombre de ces squares élégants dont la population ouvrière apprécie le bienfait, sans se demander, sans savoir même à qui elle le doit.

Pendant tout son règne il songea ainsi au faubourg Saint- Antoine, comme au faubourg Saint- Germain ou au faubourg Saint-Honoré. Geux-ci lui reprochaient même d*y

1. I^t Promenadf» de Paris: — le boit de lloulogntf, pp. 3 et siiiv. — • Dés l'année IK5J, Ici tcrrniitiers et leH janlinicrs, smi!! In ilirerlion de M. Ilitt(»iir et de M. Varé étaient à l'anivre, selon le plan donné par le Prince Président.... Le Président de la Uépiibliquc trouvait quelques instants pour dessiner lui-uiénie les contours des nouvelles promenades, pour transformer le vieux bois insipide en Jardin anglais. • (Ch. Memian, Souvenirs de Vilôtel de ViUe,)

2 Souvenirs sur le second Empire^ t. 1*'.

songer beaucoup plus, 'd*y songer beaucoup trop : ce nouveau grief était-il légitime ?

Quiconque a lu le beau roman Les Rois, doit se rappelée le cri jeté par ce prince llermann, dont M. Jules Lemaltre a si bien dessiné la noble figure : « On dirait qu'un souverain n*est aujourd'hui qu'un gendarme au service des propriétaires! Je n'accepte pas ce rôle. Vous me sommez d'être roi? Eh ! bien, je ramène la royauté à sa fonction primitive, qui est de protéger d'abord les humbles et les petits. Je veux être avec ceux qui p&tissent le plus. » On croirait vraiment que M. Jules Lemaltre avait songé à l'Empereur, en faisant parler ainsi son héros; car c'est bien de cette façon que Napoléon III comprenait les devoirs de la fonction sou-| veraine. En étant « le roi de tous », en sauvegardant les, intérêts de toutes les classes qu'il représentait au pouvoir, il se croyait tenu de montrer une sollicitude particulière; pour « les humbles et les petits » de la dernière, et parce qu'ils formaient la plus grande partie de la population et| parce qu*ils en étaient la moins heureuse.

« L'Empereur est le seul souverain qui, depuis 1789, se i soit sincèrement intéressé aux classes laborieuses, ait compris leurs souffrances, ait désiré améliorer leur sort* » : l'hommage que lui rendait, à cet égard, M. Drumont était bien mérité. Oui, pour adoucir le sort de ceux qui « pâtissaient le plus », pour améliorer leur condition sociale, leur condition morale, leur condition matérielle, Napoléon III fit beaucoup : il fit vraiment tout ce qu'il pouvait faire.

Il chercha à améliorer leur condition sociale, en donnant aux ouvriers le droit de se coaliser, qu'en fait pouvaient exercer leurs maîtres ; — en rayant du Code civil l'article 1 781 , qui, dans toute contestation entre le patron et l'ouvrier, supposait le premier véridique et le second, menteur; — i en proposant la suppression du livret obligatoire; — en \ aidant les travailleurs à passer du salariat à une situation

1 Im Fin (fuH Monde, p. 121.

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plus, indépendante, par de nombreux encouragements donnés aux sociétés coopératives et au système de la participation aux bénéfices.

Il cherchait à améliorer leur condition morale, — et il y

'^ était parvenu, puisque sous son règne, le niveau de la criminalité s'abaissa sans cesse ' ; — en favorisant parmi eux

Irinfluence religieuse, en créant, par exemple, les Aumôniers des dernières prières, cette belle institution, dont nul (nous pouvons Taffirmcr) ne lui avait suggéré Tidée, — en proté-

. géant et en subventionnant la diffusion des bons livres ; — en multipliant les efforts et les sacrifices pour procurer à la population ouvrière des logements assez salubres, assez bien aménagés, pour qu'elle y éprouv&t moins la nostalgie du cabaret*.

Il cherchait A améliorer leur condition matérielle, — en donnant à Tindustrie un essor qui eut pour conséquence d'augmenter, et, d'après les calculs d'un député républicain, de doubler à peu près le salaire des travailleurs'; en créant, en développant, en subventionnant, pour répondre à tous les besoins du chômage, de la vieillesse ou de la maladie, des œuvres, des institutions si nombreuses et si variées que leur énumération complète exigerait tout un chapitre^. Disons seulement que Jules Amigues n'exagérait pas

1. I)e 280, en 1851, le chiffre des condainnations pour crime capital •^abaissa régulii^reuient, d'année en année, Jusqu'à 163 en 1869. (Il se relevait en 1878 jusqu'à 532.) — Le nombre des délits correctionnels avait diminué de 23 p. 100.

2. En 1852, 10 millions sont affectés à Tam^lioration des logements d'ouvriers; et, en 1854, 1,500,000 francs à la construction de 182 maisons ouvrières; en 1859, des sommes importantes sont allouées pour les maisons ouvrières de Paris, de Lille, de Hayonue, d'Amiens; etc.

3. m Les salaires, pris dans leur ensemble, se sont arcnis en dix-huit anff, (de 1853 à 1811,) dans la proportion de 45 pour cent, c'cst-A-dire d'un peu moins de moitié >*. Rapport de M, Ihicarrt^au nom de ta Commiuion d'fnquéte sur 1rs conditions du travail, Versailles, 1K75.

4. <iCuvre des Loyers; — Fourneaux économiques; — grande exteusion des sociétés do secours mutuels; — construction de 153 établissements hospitaliers; — organisation du traitcuiont dos malades pauvres de Paris: du service des uiédecins cantonaux dans 49 départements; — àlaison Kugône-Napoléon; — Orphelinat du Prince Impérial; — Pupilles de la Marine; — Caisse de retraites pour la Vieillesse; — Caisse des Invalides du

BIEN-ÊTRE DU PEUPLE i7l

quand, dans sa brochure, VEmpire et les Ouvriers^ il écri-*] Yailen 1877 : » Quiconque est de bonne foi, quiconque se rappelle ce qu*éiaii, il y a trente ans, la condition des ouvriers des champs et de la ville et ce quelle était devenue à la fin de TEropire, ne peut nier que l'Empire n'ait opéré une véritable révolution économique, au profit des travailleurs. »)

Napoléon III ne s'intéressait pas seulement à << la classe » nécessiteuse, mais aux individus dont 1^ situation intéressante lui était signalée. Aussi est-ce toujours à lui qu'on songeait, en cas de détresse. On ne se bornait paâ à dire : « Si l'Empereur le savait! » On disait: « Quand l'Empereur le saura! »

Un pauvre diable nommé MuUer a eu l'étrange idée de planter là sa femme et ses quatre enfants, pour courir s'enrôler, en Grimée, dans la Légion étrangère, où bientôt il regrette son coup de tète. Sa femme, réduite à la misère, vient trouver Albert Wolff qu'elle connaissait un peu, — et qui a raconté cette triste histoire dans le Figaro peu de temps avant sa mort. Albert Wolff lui conseille de s'adresser à l'Empereur; il rédige lui-même sa supplique, et l'adresse aux Tuileries..., sans beaucoup d'espoir, il en convenait. Trois mois après, Muller vient le remercier en personne et lui apprendre qu'un beau jour, à sa grande surprise, son colonel l'avait fait sortir des rangs, et, d'un ton sévère, lui avait dit : « Muller ! vous avez abandonné votre femme et vos enfants pour vous enrôler. C'est très mal!... Voici de l'argent. Par ordre de l'Empereur vous allez retourner auprès des vôtres. Vous êtes libre. »

Cette réminiscence d'Albert Wolff en provoquait aussitôt une seconde : il s'agissait d'un autre malheureux, dont le père venait d'être tué aux chantiers du Louvre, laissant sa femme sans ressources, et auquel Jules Noriac avait dit

travail; — Société du PHnc« Impérial (Prêta au traTail);— Aailea de Vinrrnnc» i»l du Yéiiinrt ; — (^nférrnrei dr l'aailn df Vincennrt; — Aiilet du itiAinr genre iiutaJIéi à Lyun, et à Orléani ; — liuUllation de Bains et lavuirt publiri, clc, clf .

également : « Écrivez à TEmpereur. » Il avait écrit; et TEmpcrcur lui avait fait donner un emploi, qui le mettait pour toujours à Tabri du besoin. On pourrait multiplier à Tinfini les anecdotes de ce genre. Nous n*en citerons plus que deux, qui nous étaient récemment contées par un ébéniste du faubourg Saint-Antoine, M. Séné*. Un ouvrier de son voisinage était appelé par le service militaire. Il soutenait seul sa famille, mais ne pouvait invoquer aucun cas d*exemption, son père, bien que hors d'état.de travailler, n^étantpas encore Septuagénaire. M. Séné alla implorer pour lui la bienveillance de TEmpereur, qui lui dit : « La loi est la loi ; je dois, comme tout le monde, m'incliner devant elle; je ne puis donc faire exempter votre protégé... Mais voici 3,000 francs pour lui payer un remplaçant. » Un peu plus tard M. Séné écrivait à TEmpereur, pour lui signaler la poignante misère d*un ménage d'ouvriers, habitant un taudis de Gharonne : le surlendemain ce pauvre ménage recevait la visite d'une dame, qui s'informait longuement de tous ses besoins et lui laissait une grosse somme d'argent. M. Séné se fit décrire la dame, et — la sachant coutumière de ces mystérieuses expéditions, où, gr&ce à toute sorte de précciutions, son incognito n'était jamais trahi, — il devina l'Impératrice.

M. Scné, il est vrai, n'était pas un inconnu pour Napoléon III ; — mais comment s'en était-il fait connaître ? Il faut le raconter. Faisant partie, comme ouvrier, d'un conseil de prudhommes, il avait pu constater que cet article 1781 dont nous parlions plus haut et qui attribuait plus de valeur au serment des patrons qu'à celui des ouvriers, était la source de grandes injustices. Il avait donc rédigé, fait signer et envoyé au Sénat une pétition en réclamant l'abrogation. Le Sénat avait rejeté la pétition, invoquant l'exemple des législateurs de 1848, qui avaient repoussé une semblable demande. M. Scné, espérant trouver l'Empereur plus libéral que son Sénat, plus libéral que les républicains de 1848, lui demanda une audience, aussitôt accordée. Il lui

exposa la qucslion. Napoléon III Técoula avec altenlion, sans rien lui promettre ; — mais trois mois après le Conseil d'État envoyait au Corps législatif un projet de loi portant \ abrogation de l'article 1781 : L'Empereur c avait su »; et, ) cette fois encore, cela avait suffi I

Ces généreux sentiments du souverain étaient-ils méconnus? Napoléon III se faisait-il illusion, quand, dans l'un de ses messages, il disait : « Le peuple ne me rend pas responsable de ses souffrances, parce qu'il sait que toutes mes pensées, tous mes efforts, toutes mes actions tendent à améliorer son sort et à augmenter la prospérité de la France » ? Non ! Le peuple sentait fort bien qu'il avait dans i Napoléon III un protecteur, un ami, — même lorsqu'il se croyait tenu, par tradition, par une sorte de point d'honneur, à faire acte d'opposition envers lui et à élire des candidats républicains.

« En 1863, — raconte le général Fleury, — j'ai vu l'Empereur acclamé, la veille d'élections détestables, un jour que je raccompagnais à cheval, sur les hauteurs de Montmartre et de Bcllcvillc. Le peuple, par cet accueil, semblait se disculper de son vole du lendemain, et placer le souverain en dehors de son gouvernement *. « Sept ans plus tard, en 1869, la propagande révolutionnaire ayant fait degrandsl progrès dans les faubourgs et y entretenant une véritable^ effervescence, on put constater encore qu'elle n'avait pas profondément entamé celte popularité personnelle du sou- | verain. Une usine de Saint-Denis construisant un modèle de canonnière auquel il s'intéressait. Napoléon III voulut s'y rendre, contre lavis de son entourage, lui affirmant que les ouvriers de cette usine appartenaient aux groupes de Topposition la plus violente el qu'ils le recevraient sans doute mal. L'accueil fut, en effet des plus froids. Mais l'Empereur ne s'en émut pas; il parcourut lentement les ateliers, parlant aux contre-maîtres, aux principaux ou-

l . MciiMtirr» iuriliU.

la

vriers. Le charme de ses manières, de sa politesse, de sa siinpiicilé produisit son effet ordinaire; la glace se fondit bientôt ; les vieilles sympathies éteintes ou refoulées se. réveillèrent brusquement; et de cette usine où Tavait accueilli un silence presque farouche, Napoléon III sortit au milieu de chaleureuses acclamations.

Aussi les gens disposés à tout prendre de travers affirmaient-ils que ces acclamations faubouriennes étaient leprincipal objectif de TEmpereur, qu'il ne songeait qu*à les provoquer et à consolider ainsi son trône, en affectant de compAtir aux souffrances populaires. Un souverain n'est jamais 'ii Pabri de ces charitables gloses. Prétendre qu'en faisant le bien il cède à une arrière-pensée d'intérêt dynastique est facile. Prouver sasincérité, son désintéressement, l'est beaucoup moins : il faudrait mettre son cœiir à nu ; et comment s'y prendre ' ?

Pour Napoléon III, par bonheur, nous pouvons fournir ce genre de preuve et montrer, — par un de ces mots qui font lire jusqu'au fond d'une ûme, — qu'il avait non seulement une réelle sympathie pour « ceux qui pAtissentle / plus », mais une réelle estime pour leur courage. Avant / son avènement il avait dit que les Bonaparte servaient le peuple, sans l'aduler ; qu'ils méprisaient « ces phrases de

I. \a3 vicomte ilo Mcliin, par cxoiiiplc, — apfuirlciinnt «^ un gniii|»o |M>lititpic, i\\i"i\ appelle toujours < le parti des honnêtes gens • — déclare tlant SOS Mimoirtê que « ces avances A la classe ouvrii^rc étaient évidcuiuicut dictées par l'intérêt d^'oastique • (T. 2, p. 139.); que dans tous ses aclei d ailleurs, couiuie dans ceux de cette nature « Napol«^ou était guidé par son intérêt »... Ocelle preuve en avait-il i>our ratlinnor ainsi ? Los Jugements téméraires, interdits A Tégard du prochain, seraient-iU licites A IV^'anl lies souverains, — des souverains qui vous ont témoigné la plus grande bienveillance? — Autre exemple encore plu» curieux de cette méthode historique. Le Prince -Président, raconte M. do .Melun.se hâtait de promulguer la loi rmr lesi socii'*tr!« il«* hrcoiirs mulueU. prndaiit qu'il pouvait légiférer par décret, di^^aiit «pie, plii^i lanl, il faiidruit le soumetln> A I A^semldée, qui n'en Unirait pas, — ■ fl, j*ensa't-H ttint ir liiir, qui partagerait avec lui 1 honneur de l'institution. » Faire parlt-r lei» gens est toujours asseï hasardeux : les faire |H.Mi»er. «'>«t vraiment tn»pt l«es • htium^tes gens • devraient bien laisser ces pnicédés de discussion aux autres.

chambcllanismc démocralique, avec lesquelles on flatle les masses pour se rallier de mesquines sympalhies* ». Sur le trône il remplit, comme les autres, ce devoir de sa race. Dans ses discours ou ses proclamations on ne trouve jamais une flatterie, pas la moindre velléité de « chambellanisme » envers le peuple. Mais il en pensait plus de bien que, par dignité, il ne voulait le déclarer publiquement. S'étant rendu A Calais, avant Texpédition do Grimée, et y recevant une lettre, où Tlmpératrice avait fait, — nous devons le supposer du moins, — une allusion à ;a fameuse boutade : « Plus je connais les hommes et plus j'aime les chiens », TEmpercur lui répondait : t< Cette exclamation en faveur des chiens est vraie pour le monde corrompu dessalons. Maïs, quand on voit la bonne partie de la population, c'est-à-dire le peuple des campagnes et de l'armée, on estime et on aime ces hommes qui se dévouent avec tant d* abnégation au devoir et à la pairie. »

C'est en ISni, il est vrai, qu'il parlait ainsi, au lendcnii'iin de ces scrutins populaires qui lui avaient donné le pouviMr, la couronne; et dans cet uplimisnie on pouvait voir un reflet de sa gratitude : quand le peuple, oubliant ses bienfaits, Taura renié, comment le jugera-t-il? On va le savoir I Mais pour faire mieux apprécier ses sentiments à regard du peuple qui venait d'envoyer à l'assemblée ses pires ennemis, nous devons montrer ce que certains de ces ennemis en disaient eux-mêmes.

Le 11 septembre 1871, osant penser tout haut ce que pensiiient tout bas bien des membres de la nouvelle majorité, M. de Laprade écrivait à Tun de ses amis : « Je haïssais déjà dans l'Empire la future démagogie qu'il couvait dans son sein. Aujourdlmi, je hais la dértiocratie en face et pourclle-mêtne; si je ressuscitais je le lui dirais vertement, et certes jamais poète n'aurait versé de pareils torrents de mépris sur la populace. Je suis trop malade pour retourner

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