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DIEN-ÊTUE DU PEUPLE 177
imprudence cxlrAnic, quand il uvu que son prcslige diroi- ^* nuait, a eu la pensée de pactiser de plus en plus avec la I démocratie la plus avancée et d*opposer cette démocratie / aux classes moyennes et aux opinions modérées. Le premier acte de cette nature a été la loi des coalitions*. »
Cette loi révolutionnaire, que le républicain Picard s'enorgueillissait de n*avoir pas votée, elle existait à peu près dans tous les pays, quand TEmpereur la fit rédiger, et les démagogues qui Tavaient, les premiers, réclamée se nommaient Prévost-Paradol et Berryer I... Ils avaient d'ailleurs la majorité, c'est-à-dire le pouvoir, les hommes sages et prudents qui dénonçaient alors 1* « imprudence extrême » de l'empereur, et rien ne les empêchait, tout leur ordonnait de réparer le mal causé par elle; de supprimer cette détestable loi des coalitions et toutes les mesures de même genre qu'ils anathématisaient en bloc, sans les indiquer. Que supprimèrent-ils? Rien. D'abord parce qu'ils craignaient de s'aliéner le corps électoral, — ce qui était précisément faire TégoTste calcul qu'ils attribuaient à l'Empereur, car donner une liberté pour se rendre populaire ou la laisser pour ne pas se rendre impopulaires, cela se ressemble fort. Mais le principal motif de leur abstention fut qu'après avoir examiné de plus près les choses, ils ne trouvèrent rien, absolument rien à abroger dans les lois de l'Empire sur le travail et les travailleurs : ils voulurent même y ajouter quelque chose. Une commission fut constituée tout exprès, sous la présidence du duc d'Audilfret-Pasquier; une superbe commission, composée de 45 membres, plus distingués les uns que les autres, et pleins de zèle. Ce qu'ils firent d*observations judicieuses, recueillirent d'importantes dépositions est incalculable. Après quoi ils se séparèrent, laissant derrière eux, comme unique fruit de leurs lumières, de leurs études, des procès-verbaux et un rapport.
I. Le Saiionai dituit également qu'il fftllail aUribuer la refponiabiUlé de la Ouiiiitinc, lum à la République, maii A rEnipIre, ayant égaré lei uiastei • par lei fausset d<Ktrines sociales. •
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Fécondité relative : tant d'autres commissions parlemen* taires accouchent, à peu près, de moins encore !
Et, depuis, beaucoup do conservateurs, de catholiques qui avaient la douce habitude d'incriminer Napoléon III & ce sujet ont compris qu'il valait mieux Timiter, même le dépasser; car je doute que Napoléon III eût osé dire, ce qu*a dit le comte de Mun : « Si c'est être socialiste que de vouloir faire quelque chose pour sortir de l'état social où nous sommes, et de croire qu'il ne suffit pas de s'enrichir, en applaudissant toutes les fois qu'une révolte populaire devant laquelle on a tremblé est étouffée par la force, je comprends qu'on nous accuse ». Le comte de Mun et ses adeptes, en parlant ainsi, suivent d'ailleurs les conseils du Souverain Pontife; ils suivent l'exemple de plusieurs grands prélats étrangers, tels que le cardinal Manningje cardinal Gibbons et M'^Ireland', ils suivent l'exemple d'un souverain que les derniers « voltigeurs de l'ancien régime » eux-mêmes ne seraient pas tentés de nommer « un Robespierre h cheval », du jeune et énergique empereur d'Allemagne, déclarant, dans son message de 1881, que « l'heure est venue de donner satisfaction aux réclamations de la classe laborieuse », d'admettre, pour l'ouvrier ûgé et infirme, « le droit d'exiger des ressources qui l'affranchissent de la misère ». G^était pour lui « un devoir de conscience » ; il se croyait tenu, « devant Dieu et devant les hommes » de chercher la solution de ce problème, d'où dépendait « la sûreté intérieure de l'Ëtat ». Il adjurait les hommes religieux, catholiques ou protestants ,|de le secondera dans cette entreprise, assurée de la protection divine »; car t< trouver les moyens
1. Aux queitioDt que le Figaro lui avait posées Hur set doctrines M>' Ireland FL^pomlait» en mars IK9i: « Le mot socialiate sonne mal; et, avant iU* rappliquer A mes idrcs, il faut le déflnir. Si par S4>cialistc vous entemlei ceux qui se préoccupent des nécessités et dv» misères sociales, qui désirent améliorer la société, qui demandent, en vue de cette amélioration, non pas seulement ractioii des individus, Tinfluence des aisocialions volontaires, mais aussi une raisonnable intervention du pouvoir civil, oui, j'ai des idées socialistes, à la manière de Léon XIII et de taut de nobles catholiques français, »
convenables de subvenir A ces besoins est une des lâches les plus difficiles, mais aussi les plus hautes de tout État qui se base sur le christianisme ».
Loin de le retenir dans cette voie, M. de Bismarck, le plus brillant rejeton du vieux parti féodal, Ty avait vivement poussé, Pavait loué publiquement de s'y engager, allant jusqu'à dire : ce Notre roi est, avant tout, le roi des prolé^ taires », — qualification exclusive, que Napoléon III, nous Tavons vu plus haut, déclinait nettement pour son compte.
Par aucune parole il n'a manifesté qu'il se considérait comme « le roi des prolétaires ». Par aucun acte il n'a traduit l'intention qu'on lui prélait d'opposer c< la démocratie la plus avancée aux classes moyennes ». Dans ses discours on ne pourrait relever un mot, dans les lois qu'il inspira un article justifiant Tépithète de socialiste, — dans le mauvais sens qu'on y donnait, en la lui appliquant ; et un économiste distingué qui professe, avec indépendance, des opinions républicaines, a clairement démontré, il y a quelques années, combien il la méritait peu*.
Loin de favoriser le socialisme, tel qu'on Tentend communément, le socialisme athée, niveleur, conduisant, par une pente insensible, à lanarchie. Napoléon III cherchait au contraire à l'enrayer par ses prévoyantes réformes. En ouvrant la séance du Conseil d^Ëlat où alliait être discutée la suppression des livrets, il le déclarait nettement :
Notre sociëlë, il faut le reconnatlre, renferme bien des ëlémenls conlraires. Ne voyons-nous pas, en effet, d*an cété des aspirations
I. c Sani dnutD, il a praUqué une ptilitique qui te proposait de modifier la liluiition des ouvriers; niait ni Tabolition des lois sur les coalitioni, ni les autorisations et les encouragements donnés aux soriétés coopératives et k la participation aux bénéflces, ni la créaUon de la CniMte de retraites pour la vieillesse ne constituent des mesures s<»ciali«t(.*s. Il y avait lA un dcisein d'émanciper l'ouvrier, de lui faciliter l'épargne et l'atiociation ; les moyens étaient plui ou moins bien choi- ■it; main l'^Uat ne créait pas une réglementation minutieuse subordonnant le droit individuel et la liberté de chacun à un prétendu droit social. Or. le socialisme, c'est le sacrifice plus ou moins complet des lil>erl(''« et de* droits individuels au contrôle al à la tutelle de la Société. • ^Paul LEMowBx%ii.itu. — L'ècviwmiête FrançaU,)
lëgitimes, de jastes désirs d*amélioration ; de l'antre, des théories subversives et des convoitises coupables? Le devoir d*un gouvernement est de satisfaire les premiers avec résolution et de repousser les secondes avec fermeté.
Quand on compare ce qu*est Tétat actuel du plus grand nombre & ce qu*il était au siècle dernier, on se félicite des résultats obtenus. Cependant, si Ton sonde les plaies des peuples les plus florissants, on découvre encore, sous des apparences de prospérité, bien des misères imméritées, qui appellent les sympathies de tous les cœurs généreux, bien des problèmes non résolus qui sollicitent le concours de toutes les intelligences.
Puis, rappelant ce qu*il avait déjà fait, indiquant ce qu*il se proposait do faire encore,- pour soulager ces «misères imméritées », il ajoutait franchement :
Je n*ai pas la pensée qu*en suivant cette politique, je ferai tomber toutes les préventions, je désarmerai toutes les haines, et j'augmenterai ma popularité. Mais ce dont je suis bien convaincu c'est que i j*y puisfrai une nouvelle énergie pour résister aux mauvaises passions. Quand on a admis toutes les améliorations utiles, quand on ' a fait tout ce qui est bien et juste, on maintient Tordre avec plus ( d'autorité, parce que la force alors s'appuie sur la raison et la \ conscience satisfaites.
Le but qu'il poursuivait ainsi. Napoléon Ili Tavait presque atteint. La France, entre ses mains, n'avait pas connu une journée de troubles. Des conspirateurs étrangers, voulant frapper celui qu'on appelait au dehors « la clef de voûte de Tordro européen », avaient seuls attenté à la sûreté de l'État. Et la paix sociale elle-même avait fait parmi nous de tels progrès que, vers la fin de l'Empire, nos « conservateursi libéraux » la croyaient définitivement assurée. Ils raillaient, avec un esprit charmant, le Spectre Rouge; ils accusaient le gouvernement d'en jouer comme d'un « croquemitaine », pour défendre ce qui lui restait d*autorité. Pouvait-on craindre un réveil des passions révolutionnaires? Les travailleurs n'étnient-ils pas singulièrement assagis? Ne prAchaicnt-ils pas eux-mêmes « la concorde, l'entente et l'har-
BIEN-ÊTRE DU PEUPLE ttl
monio eniro les ouvriers cl les patrons ' ? » Quant aux chefs de l'ancien parli socialiste, ils constataient eux- mômes avec douleur quel terrain leur cause avait perdu, sous le régime impérial : « Depuis quinze ans, disaient-ils, le mot de socialisme a disparu de la langue française et Tidée a paru cesser d'exister,*. »
Go n'est pas seulement dans son rôle public de chef d'État, c'est aussi dans son rôle privé de chef de maison, que TEmpereur témoignait sa bienveillance et sa sollicitude pour les humbles. Je ne sais qui a dit que pour juger l'éducation d'un homme il suffit d'observer comment il traite ses serviteurs : ce n'est pas seulement l'éducation, les manières d'un homme qu'on juge ainsi, c'est l'homme tout entier. Or, jamais aucun maître ne fut servi avec plus de dévouement, de respectueux attachement que Nopoléon III, à Arenenberg, comme aux Tuileries, comme à Chislehurst: aucun ne méritait mieux d'inspirer de tels sentiments.
Encore enfant, il adressait, d'Augsburg, une longuolettre à sa mère, pour la prier de garder, par charité, à son service une pauvre fille que la reine avait prise temporairement comme aide de cuisine et qu'elle comptait congédier |. Plus tard, lorsqu'à bord de VAréthiÂse^ le menant aux États-Unis,
1. Arlicle publié, en 1869, dant le Français, pM^ le ticotute de llelun, •ur lei cahienique lei ilélégaiioni ouvrières aTaient rédigés apréi l'Ei position de 1S67.
M. Jules Simon. « la tribune du Gtrps législatif, avait déjà constaté ce progn^s, en disant : « Convenons qu'il y a une grande différence entre les socialistes d'il y a vingt ans et ceux d'aujourd'hui. Il y a vingt ans, ils excluaient le capital, exigeaient la gratuité du crédit et faisaient la guerre aux intermédiaires. Ils voulaient supprimer le salaire, de haute lutte, au noui de IVgalité. Aujourd'hui ils reconnaissent la légitimité du travail accumulé et transmis; ils admettent le loyer de l'argent. Enfin, réclamant ponr eux la lil»erté, ils la demandent aussi pour les autres... •
2. Le Sociatistf, jounial fondé en juin 1810, et immédiatement lupprimé.
3. a Ce qui ma le plus touché, écrivait-il, c'est qu'elle m'a dit, en sanglotant, que son |>ére, qui est infirme et incapable de travailler, ne vit que de ce qu'elle lui donne. Je me suis informé et il est vrai qu'elle ne travaille que pour lui donner du pain. Je n ai pu m'empfcber d'être louché de son malheur; j'eRpcre qu'il vous touchera aussi, ma chère maman, et que \nun ne serci pas fdcbée que je me sois mêlé de ce qui ne me regarde pa«, pour soulager quelqu'un.» (Lettre du t S Juin liiSj
il écrivait en Suisse, il chargeait sa mère de transmettre a, un souvenir aux vieux serviteurs d*Arenenberg. » Ce n'était pas une simple formule de style: plus tard, il devait montrer qu*il se souvenait réellement d'eux tous. Sur la liste des pensionnaires de la Cassette Impériale, que le gouvernement du 4 septembre crut devoir publier, figuraient : M™* Bure, la nourrice de Louis-Napoléon, pour une pension de 2,400 francs, plusieurs « anciens serviteurs du prince » pour des pensions de 1,200 francs, même d'anciens serviteurs de rimpératrice Joséphine et de Napoléon \^.
Envers ceux qui faisaient aux Tuileries son service particulier, — et qui n'eurent jamais à subir de sa part même un mouvement de mauvaise humeur, — il se montra fort généreux. Ceux même qui n'approchaient pas de sa personne reçurent souvent des témoignages indirects de sa bonté. Dans un livre, dont l'auteur raconte exactement ce qu'il a vu, ce qu'il a entendu lui-même, sans s'être suffisamment renseigné sur le reste, nous trouvons une petite anecdote qui montre combien cette bonté était ingénieuse et délicate. Un valet de pied, marié, père de famille, ayant commis une faute légère, le général Rollin, qui dirigeait tout le personnel du château, l'en avait puni par une retenue de solde de quinze jours. Léon, valet de chambre de Napoléon III, en habillant, le lendemain, son maître, lui raconta ce très mince incident. I/Empereur, comme l'avait bien prévu Léon, s'apitoya aussitôt. Il ne voulait pas cependant faire lever l'amende, ce qui eût pu froisser celui qui l'avait infligée et affaiblir son autorité : « Tenez ! dit-il à Léon, voici 50 francs que vous remettrez à ce pauvre homme. Mais dites-lui bien qu'il a mérité sa punition et que cette somme n'est pas pour lui, mais pour sa femme et ses enfants. Arrangez ça pour qu'il ne sache pas que c^est moi qui la donne; car, si le général Rollin le savait, il ne serait pas content; et, ma foi ! il aurait raison *. » Les faits de ce genre n'étaient pas rares. Aussi