‹ Napoléon III intimeChapitre 58 sur 114 · lk)ni»iKN. L'AUemagne aus Tuileriei · texte numérisé non relu

lk)ni»iKN. L'AUemagne aus Tuileriei

S. Cr titre devait ^tre cependant une bonne recommandation, ear nom vnyont que, pour l'avoir inv(»qué, un nommé Johan Muller, devenu «gardeuiAlndr» • recevait un tecoun en 18G5 et huit autres dans les auuéet tuivautei.

toujours et en tout se montrer le chef de la nation, non le chef d*un parti, Napoléon III se croyait tenu de reconnaître d'autres services que ceux rendus à sa personne, de témoigner son intérêt même à des gens dont Thostilité lui était connue. Gomme sa main gauche ignorait ce que la droite avait puisé dans sa cassette, on ne l'aurait jamais su, si les indiscrétions officieuses ou officielles de ses successeurs ne Pavaient révélé. Par elles seulement nous avons appris que si la cassette était libérale pour les officiers de Tarmée, pour les anciens amis de TEmpereur, pour ceux qui avaient entouré sa mère et surtout pour ceux qui avaient servi son oncle, elle l'étaitaussi pour bien d'autres ; — qu'elle servait, par exemple, une pension de 6,000 francs au frère du président Marrast, une pension de 2,400 francs à sa mère, — dont, en outre, elle paya largement les obsèques.

Sans ces indiscrétions, nous n'aurions pas su davantage qu'ok Ponsard, médiocrement impérialiste, la cassette avait aécordé d'assez gros subsides, et qu'à Leconto de Lisle elle donnait trois cents francs par mois, « pour lui permettre d'aller, dans les jeunes cénacles, déblatérer contre la dynastie et afficher des haines d'irréconciliable ». C'est M. Drumont qui parlait ainsi ; et bien qu'il ait quelque penchant à l'exagération, nous devons croire qu'il n'y avait pas cédé, cette fois ; car, dans une notice apologétique, écrite au lendemain de sa. mort, un ami de Leconte de Lisle le louait d'avoir su recevoir les bienfaits, de César, sans en témoigner le moindre gré'.

Quand Napoléon III obligeait les gens en cachette, on ne pouvait le suspecter de les avoir obligés par politique et pour accroître sa populurité... Était-ce du moins pour se faire, de ces obligés, des amis, des séides? Pas toujours assu-

1. Dniis cciW iiotire puhliûiî pnr \ Événement du 20 juillet 1804, on li- ■ait: tt UieiilAt, VKmpire lui attritnin 300 fraucs par iiu»is, comme poète. Dès Ion, c*ûtuit rnisAnci*, siiion la rirhcsHo, et, dan» rcttc aisance rrlativc roinme naiçiiùre ilans la puiivrutL*, le purte K^rda nèrniient son iiidépeutlaiioe. Il soiifceail pri»lialiU*iiiiMit ilrj«'i à «•crirt' sun Caléchisme républicain. • Si, du inoint, il l'avait dédit* à rKuipereur!...

rément ; car à beaucoup il laissait ignorer quelle était la main qui les tirait d*embarras . Parmi les nombreuses œuvres, créées, sous son inspiration, pour soulager la misère, nous avons cité VŒuvre des Loyers. Alimentée par la cassette, et par la cassette seule, elle avait pour but de Secourir les pauvres ménages hors d'état de payer leur terme et menacés d'expulsion. Un ancien commissaire de police de Paris écrivait, le 3 mars 1878, auPeiU Caporal: « A chaque terme des petits loyers, mes collègues et moi, dont l'assistance était légalement requise pour expulser les locataires en retard, nous étions chargés par le préfet de garantir aux

propriétaires la somme qui leur était due Dans le seul

trimestre de janvier 4868, l'Empereur consacra à cette destination une somme de 50,000 mille francs. » Le public ne se doutait guère de cette intervention du souverain ; et ceux qui en bénéficiaient, pas beaucoup plus. Us se croyaient assistés par « le gouvernement », qui, en les aidant, ne faisait que son devoir. Ils recevaient ce secours, comme ils auraient reçu celui d'un bureau de bienfaisance, sans même savoir qu'il sortait de la bourse ii\\J)€spole.

Dans un autre chapitre, on verra que Napoléon 111 eut, jusqu'à la fin de sa vie, cette pudeur du bienfait: et que, même détrôné, même réduit à une situation précaire, il consacrait une bonne partie de ses maigres ressources à des aumônes anonymes. Nous ne voulons ici ajouter qu'un seul trait, montrant, mieux que tout le reste peut-être, avec quelle élévation les hôtes des Tuileries comprenaient, avec quel désinlércssementils pratiquaient ce grand devoir de la bienfaisance.

Certain soir le général de M... étant de service au ch&tcau, parlait incidemment d'un jeune officier de mérite, qui, faute de 10,000 francs, allait être dans une situation fort difficile, et sans doute obligé de quitter l'armée. L'Impératrice alla dans son cabinet et en revint avec une enveloppe contenant dix billets de t ,000 francs, qu'elle remit au général. Celui-ci, lout joyeux, s'écria: t* Oh! Madame, quelle

reconnaissance VOUS aura ce pauvre... » Mais l'Impératrice rintcrrompit vivement par ce mot : « Ne dites pas son nom. Nous ne voulons pas le savoir ! il en serait sans doute humilié! » Et, ce soir-là, TEmpereur dût être jaloux de

rimpératrice !

Pas plus que son argent Napoléon III ne ménageait sa peine. Partout où sa présence pouvait être utile, on était sûr de le voir accourir. Pendant la première année de sa présidence, le choléra sévit violemment à Paris : il se rend dans les divers hôpitaux où sont traités les victimes de Tépidémie, s'arrétant devant chaque lit, serrant la main des moribonds, remerciant les médecins et les sœurs de leur dévouement. Le comte de Falloux, Tun de ses ministres, qui avait voulu raccompagner, dit à ce sujet dans ses Mé^ moires : « Je dois ajouter qu'en visitant les malades, le Président se montra très sincèrement compatissant... Il leur consacra plus de deux heures, épuisa l'argent qu'il avait apporté, m'emprunta quelques centaines de francs et joignit à ses libéralités des paroles qui partaient vraiment du cœur».

A Angers, l'année suivante, le pont de la Basse-Chalne se rompt, au moment où y passait le H* de ligne. Presque tout le régiment est précipité dans la Maine, où plus de 200 hommes sont noyés. A peine informé de cette catastrophe, le Président part pour Angers, afin de rendre à ceux qui y ont péri les derniers devoirs et d'assister les survivants.

En 1856 des départements entiers sont submergés par le RhAne et par la Loire. L'Empereur parcourt tous les pays inondés, remonte les courages, organise les secours, stimule le zèle des fonctionnaires, et, en attendant que la Chambre ait volé les subsides nécessaires, distribue lui-môme plus d'un demi-million pour parer aux premiers besoins. Combien ce voyage était difficile et rude, un écrivain loyal, n'aimant pas l'Empire, mais aimant la vérité, M. Henri des

MUNIFICENCE ET DÉVOUEMENT PERSONNELS i95

IIoux/lo rappelait en 1884, h propos des nouvelles inonda* lions qui se produisirent alors. N'espérant pas mieux, ni même aussi bien dire, nous croyons devoir reproduire son éloquent récit :

« La nouvelle des premiers ravages du Rhône était à peine parvenue à Paris, que Napoléon III partait pour Lyon. Il arrivait presque seul, à Timproviste, au milieu d*une ville à demi submergée, où les maisons minées par le fleuve s'écroulaient à chaque minute avec un fracas sinistre. Au milieu de ces ruines lamentables on vit soudain apparaître TEmpereur. Aucune police, nulle escorte. Il était accompagné du seul général Niel et de deux serviteurs. Il alla partout, à cheval quand le chemin était praticable, en barque lorsque le niveau des eaux était trop élevé. Voici, au surplus, quelques lignes empruntées au Courrier 'ie Lyon^ qui représentait alors à Lyon Topinion orléaniste :

Au retour des Gbarpeniies, faubourg aux trois quarts écroulé et encore à demi noyé, TEmpereur, très pAle et les larmes aux yeux, 8*npprochait des groupes de victimes qui se pressaient sur son passage. A chacune il distribuait libéralement, comme secours provisoire, Tor qu*il puisait 4 pleine main dans une sacoche pendue à la selle de son cheval. On comprend les sentiments qu*éprouvaient ces pauvres gens, en recevant ainsi à Timproviste ces secours donnés par une main souveraine, avec de bonnes paroles encore plus consolantes que le bienfait lui-même.

c< A Tarascon, à Arles, TEmpereur visita, dans un frêle canot, la ville et la vaste plaine submergée', naviguant à travers tous les genres de périls, au milieu des tourbillons du Rhône, par dessus les cimes des arbres et les toits des maisons. On publia alors dans plusieurs journaux, une lettre dont nous ne voulons publier qu'une seule phrase. L*auteur est un républicain, qui écrivait à un de ses amis politiques :

I. pour arriver d'Avignon à Tarascon, TEmpereur avait dû faire, en canot« le trajet de cioq kilomèlrci qui séparait les coupures du cbeoilD de fer eutre cet deux villes.

. Tu connais mes principes, et tu sais que je n*en changerai jamais; mais je t*ayoue que j*admire cet homme-là 1 je Tai vu à Tarascon dans une coquille de noix où je ne me serais pas exposé pour aller sauver ma maison.

« De telles pages d'un règne, qui forcent Tadmiration de tous les gens de cœur, même dans les rangs des adversaires politiques, sont destinées à ne jamais périr... Demandez un peu à notre République, nous ne dirons pas le pendant de ce tableau, — ce serait une prétention outrée et d'ailleurs constitutionnellement impossible, — mais quelque chose de vaguement analogue et qui rappelle de loin, de très loin, ces scènes émouvantes * ! »

En 186S, le choléra reparaît à Paris. La cour est alors à Biarritz, Napoléon III s'y repose des fatigues de son voyage en Algérie, où, déjà malade, mais voulant se rendre compte de tout, il a parcouru 3,084 kilomères, (dont 48 seulement en chemin de fer) ; il compte y prolonger quelque temps sa villégiature. Le 8 octobre, on signale les premiers signes de Tépidémie, quelques cas isolés: dès le i2, TEmpercur et rimpératrice sont rentrés à Saint-Cloud. L'Empereur va visiter les cholériques de riIôtel-Dieu, du Val-de-Grâce et de rilôpital militaire du Gros-Caillou; rimpératrice, bien qu'assez souffrante, va voir de son côté ceux de l'hôpital Beaujon , de Thôpital La Ribpisière , de Thôpital Saint- Antoine, parlant à tous, et par Tintérét qu'elle leur témoigne, méritant que l'un d'eux, dont la vue s'obscurcit déjà, la prenne pour une sœur de charité.

Un journal ultramontain, qui avait souvent attaqué TEmpereur, VUnitta Cattolica^ lui rendit, en cette circonstance, une éclatante justice : « Napoléon III, disait-il, a su faire ces visites de manière à exclure tout soupçon qu'il y était poussé par la politique et non par la charité, car il est toujours arrivé dans les hôpitaux sans y être attendu et

1. A peine de retour du Midi, TEuipereur repartait pour Bloii, Tours, Angers, Nantes, etc.

presque incognilo. Donc, gloire û lui el que le Bon Dieu le récompense de celle œuvre sainle... La charilé chrétienne csl la meilleure conslilulion el la garanliô la plus solide que puissenl désirer les peuples. De concerl avec les Parisiens nous crions de grand cœur: Vive l'Empereur/, Oui, vive l'Empereur, qui comprend les devoirs de son rang el fail respecter la monarchie ». Villemessanl, cel aimable sccplique qui se moquait volonliers du pouvoir el ne Tencensail guère, écrivait, de son côlé: « Celle visite au chevel des malades me prouve ce que je me disais déjà quand TEmpereur allail achevai, dans Teau jusqu'au poilrail, porter des consolations el des secours aux inondés de Lyon ; c'est qu'il comprend admirablement les devoirs d*un grand souverain». Elle Journal des Débats, lui-même, — encore moins prodigue de compliments pour TEmpire cl TEmpereur, — lenail un langage analogue : « La générosité du cœur, la sympathie qui partage les angoisses de la souffrance, le courage qui veut, pour ainsi dire, avoir sa pari de fléau, Tcxcmple donné par les souverains à ceux que leur devoir oblige à braver le danger, voilà ce qui est à la fois un grand acte de charilé et un acte excellent de politique... Dans d'autres circonstances les opinions pcuvenl différer el diffèrent ; ici, elles seronl unanimes; el, comme il n*yaura qu'un sentiment dans les cœurs, il n'y aura aussi qu'une voix dans toutes les bouches pour remercier l'Impératrice elpour la bénir ».

L'année suivanle, l'épidémie ayant gagné plusieurs départements, surtout celui de la Somme, el l'Empereur, quoique indisposé, voulanls'y rendre, l'Impératrice demandait encore à le suppléer. Comment elle remplit celte mission, tout le monde le sait sans doute. Nous nous bornerons donc à citer ce qu*on lit sur ce sujel dans un recueil plus malveillant pour le régime impérial que tous les journaux dont nous venons de rappeler Thommage exceptionnel, — dans le Dictionnaire Larousse: « A Thôpital d'Amiens, au milieu des cholériques, comme à l'Opéra, après les bombes d'Orsini,

rimpératrice a montré qu*elle avait le plus grand sang-froid et le sentiment du devoir que Ton aime à constater chez les souverains ».

En i884, il n'y eut pas seulement, comme nous le disions plus haut, des inondations, mais encore une épidémie cholérique dans plusieurs départements. Nous devons penser que le successeur indirect de Napoléon III comprit, remplit alors, aussi bien que lui, son devoir de chef d'Etat... Le supplément du Dictionnaire Larousse pourtant n'en dit rien. Il ne parle môme pas du témoignage d'intérêt, des secours que ce chef d'Etat, sans avoir besoin de se déplacer, dut s'empresser de porter aux victimes des grandes catastrophes parisiennes, telles que l'incendie du Printemps, l'incendie de l'Opéra-Gomique, etc. *.

1. En pareil cas, même pour des catastrophes moindres, — comme Texplosion de la Villette, en i866, — Napoléon 111 arrivait toujours Tun des premiers sur le lieu du sinistre, de Targent aux mains et de bonnes paroles aux lôvres.

Coiuiuent fut fait le canal de Suci. — Le protecteur de tout les progrès. — Lei inTenteurt méconnuii, autrefois et de ooi Juurt. — Quelques inventions de Napoléon III. — Pourquoi nous n'avions ni fusils à aiguille, en 1866, ni canons se chargeant par la culasse, en 1810. — L'atelier de Meudon. — Le Paradi» de» Invenieun. — MM. Boulot, (iirard, Georges Ville, Farcy et beaucoup d'autres. — O qu'on doit à Desseiner, on le doit à l'Empereur. — Napoléon III agriculteur.

Dans Tun des nombreux mémoires quMl adressa au gouvernement anglais pour réfuter ses spécieuses objections contre le percement de Tisthme de Suez, M. Ferdinand de Lesseps écrivait : « Les sympathies de l'Empereur sont assurées à toutes les entreprises destinées à auçmenier le bien-être des peuples et à favoriser les rapports internationaux' ». Napoléon III, en effet, devait être sympathique à ce beau projet, lui rappelant celui qu*il avait conçu luimême.

1/ Angleterre le combattait ardemment, non comme inutile pour elle même, mais comme trop utile pour les autres. Dans une dépêche à Lord Cov^lcy, Lord Clarendon Tavouait

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