‹ Napoléon III intimeChapitre 60 sur 114 · Souoenin de Quarante ant, p · texte numérisé non relu

Souoenin de Quarante ant, p

3. ■ J(* me mis rendu à Londres, écrtvAit M. de Lessepi, le 21 mart 1851, et j'y ai reconnu que. depuis plusieurs mois, la queition du Canal avait fait des progn's iiiiuienses. » Le conuuerre, la haute banque y étaient déjà gagnés. Le reste du public devait suivre.

LE PROGRÉS aoi

moins heureux encore que celui de Panama, n'aurait pu môme être commencé.

Napoléon III ne réservait pas son appui, ses encouragements pour des œuvres de cette importance : à la moindre idée susceptible d*accroltre le bien-être général ou la sécurité du pays, il s'empressait de témoigner, de prouver son intérêt. Quand Edmond About, ayant écrit son livre sur le Progrès^ en adressa le premier exemplaire « à fauteur de tous les progrès > , cette dédicace poussait un peu trop loin la flatterie : si le mot d'auteur y avait été remplacé par celui de protecteur^ elle n*eût dit que la stricte vérité.

11 semble sans doute que protéger tous les progrès soit la tâche naturelle du Pouvoir, que celui-ci manquerait à un devoir élémentaire en ne le faisant pas. On doit croire, cependant, que ce devoir n'est pas si facile à remplir, car il Test rarement. Les gouvernements, les bureaux qui les représentent, et les Compagnies qui représentent officiellement la science, accueillent trop souvent Tinventeur comme un ennemi. A ces « individualités sans mandat », prétendant en savoir plus qu'eux, avoir une idée qu'ils n'avaient pas eux mêmes, et troubler les habitudes prises, ils témoignent instinctivement une ironique- malveillance. Il est déjà long le martyrologe de ces pauvres savants, dont la ruine, la folie, la mort a payé le génie méconnu; dont les inventions, dédaignées de leur vivant, firent plus tard la fortune ou la gloire d'autrui. C'est le Français Rabaut imaginant la vaccine, à laquelle l'Anglais Jenner dut sa célébrité ' ; — c'est le Français Trésageur trouvant le système d'empierrement des routes, auquel l'Anglais Mac- Adam donna son nom'; — c'est le marquis de JoutTroy inventant le bateau à vapeur, pour la plus grande gloire do Fullun'; — c'est Philippe Lebon, dont on refuse d'adopter le thermo-lampe, premier essai de l'éclairage au gaz; —

!. Kfloiianl PotRiiitM, Le Vieujc-Neuf, l. !••. p. Î15. 2. hi^m, p. r»5.

a. Ihidfm, |i 221.

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c'est Nicolas Leblanc, dont la Convention adopte, au c6n<* imireflBL soude artificielle j mais comme le pick-pocket adopte la montre ou le mouchoir d'un promeneur; — c'est Philippe de Girard transportant en Russie, où ils font la fortune d'une ville, ses métiers, qu'on n'a pas voulu apprécier en France ; — c'est Sauvage, passant de la prison pour dettes à la maison de santé, pendant que son invention, tombée dans le domaine public, est exploitée en Angleterre; — c'est Thimonnier, le mécanicien lyonnais, créant la machine à coudre... pour enrichir et illustrer l'Américain Singera

Et, pour en venir à notre époque, c'est le malheureux Martin, qui avait (c vécu dans la gène « et vient de mourir tf dans l'oubli i>, après avoir enfanté « l'une des œuvres les plus utiles et les plus pratiques de ces cinquante dernières années » ' : ce frein qui est aujourd'hui adapté A tous les trains de voyageurs, mais se nomme le « frein Westinghouse ».

C'est ringénieur Turpin, jeté en prison, après avoir trouvé la mélinite ; en sortant, sous la seule pression du sentiment public; voulant alors, sans y parvenir, soumettre à l'ancien ingénieur président de la République, le produit de ses loisirs forcés : un nouvel engin, qu'il déclare encore plus important pour la défense nationale ; obtenant enfin, et l'on sait à quel prix, que son invention fût examinée par une commission, mais non qu'on en fit un essai nécessaire, soit pour prouver aux autres la valeur de son engin, soit pour démontrer à lui-même par où il péchait et comment il devait être complété; — c'est l'ingénieur Goubet, travaillant pour la marine, comme son confrère avait travaillé pour la guerre, et aussi peu récompensé de ses longues et très coûteuses études; subissant de la part de l'administration française, — après avoir résisté aux offres de l'étranger, — des chicanes et « des tracasseries devenues légen-

1. Ëiluuaril FuuHNiiH, Le Vieiix Seuf, t. 11, p. 221. S. Ëiuile (jautibm, Ftyaro, 24 ic|itciiilire 18V4.

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cluiros * » ; no pouvant, on dôpil d*cxp6ricncos décisivos (el dont il dut longtemps payer d^avance à la marine les moindres frais), lui faire admettre son bateau sous-marin, que les ministres, les ingénieurs des constructions navales condamnent, — sans qu*un seul ait daigné le visiter, — cédant sans doute au même scrupule que le critique dramatique qui s'abstenait de voir les pièces dont il devait parler, parce que « cela aurait pu Tinfluencer... » Si tous ces inventeurs avaient pris leur brevet sous le règne de Napoléon lil, combien sans doute leur sort eût été différent !

Napoléon 111 était lui-même un inventeur; lui-même il avait pu constater quelle résistance la routine administrative oppose à tout progrès, et, malgré sa puissance, il avait été plus d^uno fois vaincu par elle. Travaillant, méditant, cherchant sans cesse, il avait consacré une partie de ses rares loisirs, à étudier, soit seul, soit avec des honunes spéciaux, comme le général Treuille de Beaulieu et le général Favé, ces questions de balistique pour lesquelles il avait une compétence particulière. De ces études étaient sortis quelques engins de guerre qui auraient sufO, — s'il n*eût été sur le trône et surtout s'il eût aimé davantage à se taire valoir, — pour illustrer son nom. On leur dut en effet ce canon obusicr de 12, qui contribua, pour une bonne part, à nos victoires de Crimée, et que les Américains, Payant employé avec un égal succès pendant leur guerre do sécession, nommèrent le canon Napoléon. On leur dut Tidée des vaisseaux cuirassés, qui reçut à la même époque sa première application et allait bientôt sMmposer, avec de continuels perfectionnements, à toutes les marines du monde*. On leur dutlc canon

!. Coui mandant Z. et II. Moirriaurr, Ltê guerrf nawaUê de lUmuûn, p. 238 et suiv.

2. • L'idée vint k l'Empereur de rendre les Taitaeaui moini vulnérables, en riiiivrant leurs murailleii d'une plaque de fer, et il ordonna de faire tiàn% ce »rn* drw ripc^ricnrei à Vinrennet. Dan» le prinri|)e »on ei|>oir n'alinil pa« ju«(|ii'â mrtlrr lr« navire* à l'abri det boulrtii pleini, uiain  le» prolrK**r <*»^nlre le» projertilri rreui.. . Lei eipérieoeei de Vincennet dépaxitTenl loi eipérance* el il fut bientôt prouvé que lei vaiaseaot blindé! résisteraient aux boulets pleins... Le gouvernement anglais, étant

rayé qui nous assura, dans la campagne de 1859, un avantage décisif sur rartiilerie autrichienne. On leur dut encore, — bien qu'indirectement, — cette mitrailleuse dont les Prussiens éprouvèrent, à plusieurs reprises, les terribles effets : la mitrailleuse fut fabriquée sans doute par le colonel de Reftyc, mais avec Targent et par ordre de TEmpereur, faisant installer, tout exprès, un atelier d'études au haras de Meudon, mettant à la disposition de M. de Reffye, son officier d'ordonnance, toutes les ressources nécessaires, « pour construire une bouche à feu pouvant lancer la mitraille à grande distance » : tels étaient les termes précis des instructions données par Napoléon III.

Aussi M. de Molinari, dans une étude sur l'Empereur, où l'éloge était assez rare, daignait-il reconnaître que, comme artilleur du moins. Napoléon III avait rendu à son pays d'incontestables services : « Bornons-nous à remarquer, — disait-il, en parlant du Manuel d'Artillerie^ publié par Louis- Napoléon, en Suisse, — que le prince avait un goût très vif pour les puissants outils de la guerre et qu'on doit certainement à son initiative les progrès qu'ils ont réalisés depuis dix ans en France, où, avant le second Empire, le comité d'artillerie se signalait par son invincible répugnance pour les innovations' ».

Cette invincible répugnance, à laquelle il avait imposé d'importantes et d'heureuses innovations. Napoléon III ne put toujours en triompher. Si l'une des causes qui nous réduisirent à l'inaction en 1866 ut que notre armée n'avait pas de fusils à tir rapide, l'Empereur en était-il responsable? Non assurément; car, dès 1864, il avait réclamé cette

nt»lre allié flanii la f^uerrc (rOriciit, fut tinincdiatfîiiicnt informé de celle iiii|Mi|-taiitc iiioilidratioii ilaiiH IfH roiiHlriirtiniiH iiavairn... Il fut diacide (|UL* lc!i f^niivt'riM'iiMMitH allléH fcniiriit roiiHlriiirc cliat-iiii troiit rniioiiiiièrcs r('r(»iiv(;rtcs on frr. » (\ote sur les pi-oyrrs de l'artillerie dÙM à l'Empereur Sa/Htlëon III. — 1811.) Ces trois batteries flottantei employée! contre leH fortifications de Kiinhurn, (la hévastaliou, \à Lave^laToH' nante) servin^nt de type aux vaisseaux bliiiilrs et entralnrrent une coropltMe transf(»rmation du uiatéri<^l naval... Qui s'en souvient aujourd'hui I. NftpoUou III pitbliciste, IKGI, p. 39.

réforme, on indiquant lui-mAmo toutes les conditions du fusil quUl désirait voir fabriquer; « mais la prévention qui existait au ministère de la guerre contre ces nouvelles armes en retarda Tintroduction dans le service. L'expérience de Sadowa fut nécessaire pour dessiller tous les yeux' ». Encore ne les dessilla-t-elle pas tout à fait. En lisant le rapport conGdentiel que, peu de temps avant de perdre son portefeuille, il adressait à TEmpereur, on constate aisément que le maréchal Randon reconnaissait la nécessité de céder à Tengouement du public pour le fusil à tir rapide, sans être convaincu lui-môme de ses avantages .

Si, en 4870, nous n'avions pas de canons se chargeant par la culasse, comme Tarmée allemande, on ne pouvait, sans une égale injustice, s'en prendre à TEmpcreur, qui n'avait cessé de préconiser ce système. Dès 1858 le général de Ilcaulieu en faisait, à sa demande, une première application; le type cherché, trouvé par lui, devait être, après de longues expériences, adopté par le ministère de la marine, non par le ministère de la guerre. S'inclinant devant les objections du Comité d'artillerie. Napoléon 111, — pouvait-il mieux faire ? — chargea le colonel de Reffye de fabriquer un nouveau type, oyant les avantages, sans les défauts, du précédent; il lui indiqua lui-même la nécessité d' « allonger le projectile pour qu'il offrit moins de résistance à IVir. >» Ainsi est né le canon de 7 qui, par malheur, n*était pas en service au moment de la déclaration de guerre. Adopté avec passion par M. Thiers, il fut remplacé quatre ans plus tard par le canon de Bange, qui l'améliorait, sans beaucoup

I. Sole tur Ui progrèê de tartilUrie dus â ttmpertur Napoléon lit. — Six moi» avant Sadowa un fuiil i tir rapide fut expérimenta 4 Vincennet. AprAs cette expérience le ministre de la guerre et le Comité d'artillerie resteront convaiiicui et déclan^rent que cette arme n'était pai pratique nurlout |K>iir nof soldats qui. trop nerreux, gaspilleraient les cartouches, qu'on ne pourrait par conséquent approvisionner sufBsauimcnt.

2 O rapport, qui fut publié en t87t seulement, se tenuinait ainsi : • ... Hnppeliins les vertus militaires de nos ancêtres, cela vaudra mieux que le Tu^iil à aiguille! »

le modifier; il n*en avait pas moins réalisé en son temps un progrès considérable.

Si TEmpereur, mieux que les bureaux de la guerre, avait compris la nécessité de certaines réformes, pourquoi s'étaitil borné à donner des conseils quand il pouvait donner des ordres? S'il avait vu, dans cette question, plus juste que les autres, — plus juste surtout que ceux qui devaient, en 1871, s'indigner de son aveuglement, — pourquoi ne faisaitil pas prévaloir, d'autorité, ses vues?... Pourquoi, en un mot, n*a-t-îl pas agi en despote ? — Car c'est toujours là qu'à y bien regarder aboutissent les griefs des survivants de V Union Libérale à son égard? Nous répondrons : Napoléon III n'agit pas en despote, parce qu'il n'avait pas une àme de despote; et il s'inclina devant des objections mal \ fondées, parce que sa modestie naturelle avait résisté à son éclatante fortune. Dans la brochure qu'il dicta après la guerre et où nous avons déjà puisé plusieurs fois, il l'indiquait lui-même : <c Si l'empereur n'a pas imposé son opi- , nion, il n'y a pas lieu de s'en étonner; car c'eût été de sa part ' une grande présomption que de prétendre mieux résoudre \ cette question que les hommes spéciaux et distingués qui ^composent le Comité d'artillerie*. »

N'éprouvant pas pour les innovations la répugnance générale qu'il constatait, sans oser toujours la vaincre. Napoléon III était toujours prêt i\ les étudier avec bienveillance, et pour peu qu'elles en valussent la peine, à les encou-» rager, autant qu'il dépendait de lui. Il s'était tracé à cet égard une ligne de conduite, qu'il formulait ainsi : « Ne rien condsimner comme chimérique avant examen; faire éclore les idées fécondes que Ton accuse si souvent les administrations de dédaigner et d'étouffer*. » Sous son règne, les plus humbles et les plus obscurs chercheurs d'inventions, savaient que s'ils en faisaient une, même peu

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