Emile Gautiir, Une Révolution agricole, p. ivii
un projet de canonnière, n'ayant que 15 m. 60 de longueur, ne calant qu'un mètre d*eau, et devant porter un canon do 24. L'Empereur, à qui ce projet est communiqué par son aide de camp, Tamiral Jurien de la Gravière, en est séduit. 11 le recommande au conseil des travaux, dont Tavis, aussi défavorable, aussi dédaigneux que possible, se termine ainsi : « En résumé, dussions-nous être encore traités de routiniers et ennemis du progrès, nous déclarons, à funa^ nimUéy que le projet de M. Farcy est impraticable et qu'il n'y a pas lieu d'en faire l'essai aux frais de l'État* ».
Napoléon III veut procurer au jeune inventeur le moyen d'en appeler d'un arrêt si sévère. Il fait lui-même construire la canonnière dans Tusine choisie par M. Farcy, où il va la voir, à peine terminée : c'est là qu'il reçut, des ouvriers, cet accueil si froid au début, si chaleureux ensuite, dont nous avons parlé plus haut. La canonnière étant achevée fut expérimentée à Saint-Gloud, devant TEmpereur et Tlmpératrice. Cette expérience, suivie d'autres encore plus concluantes, — sans désarmer la sourde hostilité du ministère de la marine, — donna pleinement raison à l'inventeur, comme au souverain qui l'avait résolument soutenu.
La sollicitude de Napoléon III n'était point réservée aux inventeurs dont les découvertes pouvaient illustrer son règne ; elle cherchait à réparer le tort causé par rindiffércnce des régimes précédents : au malheureux Sauvage, — dont il adoucissait les derniers jours; à Nicolas Leblanc et à Philippe de Girard, — dont il pensionnait les héritiers. Gette sollicitude s'étendait encore sur les étrangers dont les découvertes utiles pouvaient profiter à notre pays, comme au leur. Aussi, des quatre coins de TEurope, les chercheurs d'idées progressives tournaient-ils les yeux vers les Tuileries, nommées par eux « le Paradis des inventeurs' »; —
1. Lacanonnièt^e Farcy, par an officier sapérieur de la marine; 1889, p. 10.
S. « L'Empereur Napoléon, diiait le haUy-Sems, a accordé ton patronage à ces pionniers de la science, au génie des4|uels la sotte rouline oppose une force d*ineriio... Nombre de projets, qui n*ont rencontré en
LE PROGRÈS 3iS
un Poradis plus accossiblo quo l'autre, où il y avait beaucoup d'appelés et beaucoup d'élus !
L'ouvrage de M. Henri Bordier, que nous avons déjà cité, prouve qu'on n'inventait pas en Allemagne un système « pour rendre les ballons dirigeables » ; — « pour arrêter les chevaux emportés » ; — « pour prévenir la maladie des vers à soie » ; ^ ni « une lunette indiquant les distances » — ni un « remède contre le mal de mer » ; ni un « piano électrique » ; ni « un appareil fumivore », ni un nouveau mode « d'écriture secrète » ; — ni une « nouvelle formule pour la composition du vernis » ; — ni « un nouveau produit nommé farine de bouillon », — ni mèm.ç, ni surtout un nouvel engin de guerre', sans en informer, la main tendue, Napoléon III.
Lorsque l'abbé Caselli, mort à Florence en 1891, eut inventé son ingénieux appareil, reproduisant télégraphiquement l'écriture, il s*emprcssa de le présenter à l'Empereur. Napoléon III lui signala quelques perfectionnements à y apporter, et pour l'aider à les trouver, lui Gt une pension.
Angleterre qulgnorance et incrédulité ont reçu aui Tuileriei l'accueil le plut gracieux et parfois le plut enthouiiaite. Ce palais a Téritableiuent mérité le Kurnoui de Paradiê des Inventeun, •
1. Un • avocat-avoué • du grand-duché de Bade lui soumet • plusieurs modèles d'armes de guerre qu'il a secrètement fabriqués en bois •; — un relieur de Berlin lui offre, moyennant flnance, • une cartouche imperméable pour fusil à aiguille »; — un horloger de Magdebourg • une inven- Uon pour les cartouches de fusil à aiguille • ; — deox habitants de Rudolstadt » un procédé pour la fabricaÛoD des amorces destiuées au fusil A aiguille •; — un habitant de Nelken • de nouveaux systèmes de défense soit pour troupes de fortereiscs soit pour trou|>es en campagne • ; •» un autre • un projectile creux •; — un autre • une application de l'électricité au blindage des navires, qui doit assurer à la France une énorme supériorité ■ ; — un habitant de StetUn, « un procédé pour faire sauter les places forte» • ; > un capitaine de rartillerie prussienne • une découverte qu'il a faite pour la pondre de guerre • ; ~ un autre Prussien (de lleineck)- une invention pour renforcer les carrés d'infanterie •; ~nn autre id'Orianenburg) • un moyen d'incendier une flotte à distance ■; — un autre, • de nouvelles amorces •; -> un Badois, un llestols, un llanovrien « trois systèmes pour le blindage des navires »,— un juge wur* iembergeois • une Invention pour diminuer le poids des canons rayés •; —' un Bavarois • un appareil pour protéger les soldats et les chevaux contre les balles », etc.
L^appareil ainsi rectifié ayant été adopté par Tadministration, TEmpereur voulut aller le voir fonctionner à la Direction des Télégraphes.
L'Angleterre elle-même, malgré son esprit pratique, n*accueille pas toujours bien les idées nouvelles. Bessemer, — auquel rindustrie doit, dit-on, une économie annuelle de 500 millions, — en fit Tépreuve à ses dépens. Il avait commencé par travailler pour son gouvernement et n*eut pas à s'en féliciter. Ayant trouvé et donné au Ministère des Postes un procédé fort ingénieux pour empêcher la fraude des timbres, il n'avait reçu, en échange, que des promesses variées, dont aucune n'avait été tenue. Il inventa ensuite une nouvelle forme de projectile pour les canons et le porta au Bureau de la Guerre, qui a sans examen, lui retourna ses plans et ses devis ». Bessemer, fort découragé, arrive à Paris ; il dtnc avec le prince Napoléon, qu'il intéresse et qui parle de lui à l'Empereur. Celui-ci lui fait aussitôtadresser une lettre d'audience : « Napoléon III le reçut parfaitement, et, très au courant lui-même des questions de balistique, Técouta avec un bienveillant intérêt. » Plus heureux que l'ingénieur Turpin, il put faire de nombreuses expériences à Vincennes, « où, par ordre de TEmpereur, toutes facilités lui furent données pour les mener à bien. » Ces expériences lui ayant démontré la nécessité de certaines corrections, il voulut aller continuer ses travaux A Londres, après avoir pris congé de TEmpereur. Napoléon III lui dit : « Vous allez avoir de nouvelles dépenses à faire ; j'entends y con/r/^uer. » Et ce mot prouve, une fois de plus, avec quelle délicate simplicité l'Empereur faisait ses largesses : pour « contribuer» aux nouvelles dépenses de Tingénieur anglais, il lui envoyait, le surlendemain, une lettre de crédit sur la maison Baring frères, — où la somme était laissée en blanc*.
I. • Qu*iiuraicnt dit, — aJdulQiont les notes de Bessemer qai ont foiirDÎ tous ces détails, — nos lonls de la Trésorerie, à la vue d*uii pareil docuiueot, eux qui faisaient payer 5,000 livres st. à Welliiig ton pour Jet dépenses couimandées par eux, mais dont Wellinj^ton avait égaré la Juttiflcation. ■
Grùcc à co crédit illimilé, dont il usa d*aillcurs discrètement, Dessemer parvint à fabriquer « un petit canon d^acier d'une singulière légèreté et d'une grande force de résistance, qui devait servir de modèle à rartilleric actuelle ». Il repartit aussitôt pour Paris, avec son canon, qu*il offrit à TEmpereur. « Napoléon 111 en fut très frappé; il témoigna à l'inventeur une affectueuse sympathie dontsir II. Bessemer a toujours conservé un souvenir reconnaissant. Le contraste était grand alors pour lui entre Tintérét dont faisait montre h son égard un souverain étranger et Taccueil plus que dédaigneux des fonctionnaires anglais ».
Par une autre découverte Bessemer allait bientôt « révolutionner rindustrie des chemins de fer », et, avec une notoriété universelle, conquérir dans son propre pays la fortune et les honneurs que méritait son génie : sans les affec- ' tueux encouragements de Napoléon III, il eût renoncé à ce métier d'inventeur qui lui avait valu de si amers déboires et le monde n'eût sans doute jamais connu le précieux « acier Bessemer ».
Après l'Exposition de 4807, TEmpereur « qui avait la mémoire tenace et l'amitié fidèle » voulut donner à l'inventeur anglais le grand cordon de la Légion d'Honneur; mais son gouvernement ne l'autorisa pas ù Taccepter. « L'irritation que lui causa cet injustifiable refus réveilla en lui les amertumes passées et le décida à livrer à l'appréciation publique les procédés dont il avait été victime à son début dans la vie ' ».
Tous les protégés de Napoléon III n'eurent pas une fin aussi brillante que Bessemer; plusieurs des inventions patronnées par lui n'aboutirent à aucun résultaL Même convaincu de leur mérite, TEmpercur n'avait ni le pouvoir, ni le droit de les imposer, de briser la résistance que leur opposaient ou la routine, ou des intérêts rivaux : son seul
f. C. hR Variomy, IjÊi grandtt Fortunée en Am§lêUrrê (tUmàê dn Ueux» Mondêi, !•' sept. I88M.)
.devoir était de donner aux inventeurs le moyen de poursuivre tranquillement leurs travaux, le moyen de prouver, par des expériences dispendieuses mais qui ne leur coûtaient rien, la valeur pratique de leurs procédés ; — et ce devoir, on ne saurait contester que Napoléon III Tait largement, magnifiquement rempli.
Ajoutons que cette bienfaisante influence s'est fait sentir même après sa chute, même après sa mort. Parmi les inventions brevetées depuis 1870, plus d'une assurément est due aux études que leurs auteurs avaient commencées sous l'Empire, comptant, en cas de succès, sur les encouragements du souverain, ou espérant gagner Tun des prix qu^il avait fondés de ses propres deniers, — comme le prix de 50,000 francs pour le nouvel emploi, le plus utile, de Télectricité.
Gomme aux progrès de Tindustrie, Napoléon III avait efficacement contribué à ceux de Tagriculture. Nous venons de montrer quel service il avait rendu A la classe agricole, en fournissant à M. Georges Ville le moyen de vulgariser ses doctrines. Il lui en rendit d^autres, — comme chef d'Etat, d'abord, en développant le drainage, en faisant reboiser les montagnes, en multipliant les chemins vicinaux, en organisant les comices et concours régionaux, etc.; — comme prince ensuite, en subventionnant, de sa bourse, Texploitation des mines de phosphate de chaux et en se faisant lui-môme agriculteur.
En France, dans les régions déshéritées des Landes, delà Sologne et de la Ghampagne pouilleuse, il créait des fermes modèles, où des inventeurs de machines agricoles faisaient gratuitement leurs expériences, où les cultivateurs, avec des conseils, recevaient gratuitement les semences nécessaires pour faire fructifier, pour assainir leurs ingrates ou insalubres terres. Napoléon III y trouvait Toccasion d'encourager par son exemple, comme il l'avait toujours fait par ses conseils, l'équitable système de la participation aux bénéfices : tous les directeurs, régisseurs ou ouvriers des fermes impé-
rinlcs ôlaioni, en effet, inlôressôs aux proOls de leurs travaux '.
En Algérie, où il avait cherché à introduire la culture du coton, par une prime de 100,000 francs, sortie de sa cassette, TEmpereur établit la ferme-école de Bouckandara, ) pour apprendre aux Arabes, fort arriérés, les procédés de la culture moderne.
Toutes ces créations, dont, chez nous, le public parut lui savoir peu de gré, furent plus justement appréciées au dehors, — comme le prouverait, à elle seule, la longue et très élogieuso étude que leur ont consacrée deux agronomes
saxons, professeurs à TEcole Forestière de Tharandt Il
nous sera permis de constater, avec ces étrangers, que, si Napoléon III, se montra le généreux « protecteur >» do tous les progrès accomplis sous son règne, il fut bien aussi / r « auteur » de quelques-uns !
1. Ces pays autrefois ravagés par les flèrres paladéennés, en ont été déharrassés par les travaux de drainage et de déssèrhement que TEuipercur y fit exécuter. Avant ces travaux, dans les Landes, la vie moyenne était de 3& ans; après (en 1809), elle s'élevait h 38 ans et 11 mois. Pour la 8«>lugnc, un rapport oniciel, rédigé à une ép<M|ue lu'i le gouvernement no songeait guère à louer les œuvres de TRmpire (en 1874) conslalait quels progrès y avaient également réalités le» travaux ordonnés par l'Empereur, avfîr Inriive r(>op<'*ration de M. le sénateur DourvilUers: diminution sensible do la morlalitè, accroissement du revenu des terres, dans l'énorme proportion île 68 0/0, etc. Notons ici, en passant que le régisseur du domaine impérial de Sologne était Emile Thomas, l'ancien directeur des Ateliers nationaux.
La Littérature, la Science et TArt au Sénat. ^ A qui l'on offrait la croii.
— Napoléon III et Int écriTaint. — Lei discourt impériaux. — Qui let écriTaitî — Opinion de Mérimée. — Comment fut faite la lettre au Prince Napoléon. — Comment fut fait le mcisa^t* de IS5j. — Na|>oléou III et Ifi savants. — L'Age d or de larrhéologie. — Une science nouvelle.
— Dnualrur anonyuic. — Naimléon III et les artistes. — Pnnr faire plaisir A J. Favre. — Les invités de rEm|>ereur. — Na|>ol4*on III et Nadaud. — Nisard, Klandrin, Octave Feuillet. — Les innocentes • orgies • t\a C«iiii|>it^f;nc •. — X. Ilondmi.— I^h riVK'alioiis de Na|N>l4*oii III. .— I«a Vir tir César, — Les étrcuiies de rKmpercur et de Tlmpératricc. — Napoléon III cl son flis.
L'homme ne vit pas seulement de pain. Pour les masses, il est vrai, le pain est, sinon Tunique affaire, du moins la principale. Mais Télile a d autres besoins; et, sans jamais sacrifier les masses ù Télite, un gouvernement national doit faire à celle-ci sa légitime part. Le savant, qui ne demande à la science aucune application pratique et Tétudie pour ellc-niômc,rarliste, Técrivain ne sont-ils pas, eux aussi, des agents de progrès et de civilisation? L'Empereur les considérant, les honorant comme tels, voulut qu'ils fussent représentés dans le premier corps de TEtat. Les maréchaux et les cardinaux, — ces maréchaux de TÊglise, — avaient, de droit, leur place au Sénat : il envoya y siéger auprès
d'eux, comme des maréchaux de la science, de la littérature et de Tart : Levcrrier, Sainte-Beuve, Dumas, Ingres, Emile Augier, Elle de Beaumont, Claude Bernard, Mérimée, Flourens, S. de Sacy, Nélaton, Nisard, etc.
Napoléon III fonda, de ses deniers, un prix biennal de 20,000 francs pour les lettres. Au lieu de le décerner luimême, il en laissa le soin à cette Académie Française, où on le traitait si bien ; et TAcadémie s'empressa naturellement d'accorder le prix impérial aux plus illustres adversaires de TEmpire. Pour les arts, il fonda, peu après, un prix décennal de 100,000 francs.
Avec cet éclectisme généreux, dont avons déjà cité tant d'exemples, l'Empereur encourageait les écrivains, les artistes ou les savants, sans trop se demander ce qu'ils pen* saient ; il considérait moins la couleur de leurs opinions que le mérite de leurs œuvres. Il y a quelques années, on parlait d'élever une statue à l'héophile Gautier. M. Emile Bergerat, — il Ta très spirituellement raconté lui-même, — alla trouver le ministre de riiistruclion publique, président du Conseil, pour le prier de s'intéresser à ce projet. Le ministre lui répondit : « Théophile Gautier était, sans doute, une de nos plus belles plumes, mais il était bonapartiste; nous sommes en République, cher monsieur; nous devons d'abord songer aux nôtres. » Napoléon III n'avait pas de telles mesquineries : il songeait A tous ceux qui le méritaient. Nous avons rappelé l'hommage rendu par lui, du haut du trône, à a l'historien illustre et national » ; nous avons rappelé ses bienfaits pour Lamartine, Lcconte de Lisle ou Ponsard. Nous devons rappeler encore qu*au républicain Béranger il faisait faire des obsèques nationales; qu'au républicain Charles Blanc il faisait donner un beau logement dans le palais de l'Institut. II voulut décorer des hommes de talent connus pour être ses ennemis déclarés, et qui le prouvèrent, une fois de plus, en déclinant cette faveur; — comme Courbet, qui la rejeta publiquement; comme Barbier, l'auteur des ïambes^ {à qui Auguste Vitu fut chargé de l'offrir)»
LES LETTllES. LES SCIENCES ET LES ARTS 3SI
OU Charles de Mazade (auprès duquel nous eûmes à remplir une mission semblable), el qui tous deux la refusèrent, avec moins de fracas, mais aussi nettement.
Il y eut certes bien des faits de ce genre que nous n'avons pas connus. iVes^or, c'est-ù-dire M. Henri Fouquier, nous en apprenait un récemment, qu'il devait tenir de bonne, de très bonne source : « L'Empereur, écrivait-il dans le OU Bios, ne comptait pas seulement sur les baïonnettes de sa garde. L'excuse de son règne et la qualité maîtresse de son esprit furent d'avoir toujours eu une curiosité sympathique envers les lettrés... Partout où le talent se montrait, il allait à lui : je sais un simple journaliste, qui n'est pas graiid'chose aujourd'hui, qui n'était alors qu'un débutant, qu'à la suite d'un article républicain il envoya inviter à déjeuner, avec la croix sous sa serviette ».
Napoléon III devait avoir en effet pour les hommes de lettres, pour les publicistes surtout, une secrète préférence, étant lui-même « de la partie ». Nous disions plus haut que, s'il n'avait pas porté la couronne, il auraiteu des titres suffisants, comme inventeur, |K>ur siéger à l'Académie des Sciences : il aurait pu entrer également à l'Académie Française, si celle-ci n'eût tenu compte que du mérite littéraire. Bien que s'étant surtout adonné aux sciences exactes, il avait seulement gardé du langage scientifique la précision, non la sécheresse et maniait la plume mieux que beaucoup d'écrivains professionels. Les œuvres de plusieurs de nos Immortels, — de ceux qui ont écrit quelque chose, — n'auront sans doute qu'une immortalité bien relative. Certaines œuvres de Napoléon III dureront certes davantage, et le mériteraient, de quelque nom qu'elles fussent signées. Nous voulions reproduire ici quelques fragments de ses discours orpicicls, de ses messages, — genre de littérature assez fade dordinaire : l'embarras du choix nous en a seul empêché. Pour citer tout ce qui nous paraissait digne de l'être, il aurait fallu trop citer. Qu'on fasse comme nous, qu'on veuille bien parcourir ce recueil de harangues politiques, en
tâchant d'oublier, pour un moment, qui les avait écrites ; qu'on lise, notamment, la fin du message de 1858, sur Tattcntat d'Orsini, — « une page de Plutarque », disut le prince GorstchakofT*, — ou la lettre adressée, en 1863, aux souverains, pour les engager à former un grand congrès ;
— et Ton sera bien obligé de convenir que peu de princes, peu d'hommes d'État surent jamais parler une langue à la fois plus substantielle et plu? élevée.
Comme on ne pouvait nier le mérite de ces manifestes impériaux, il ne fallait pas le laisser à l'Empereur, mais l'attribuer h quelque autre : on l'attribua donc à M. Mocquard, et, après la mort de M. Mocquard, à son successeur. Ceux qui le faisaient sincèrement se montraient assez peu perspicaces, et oubliaient bien le classique adage : a Le style, c'est l'homme »; dans le langage de Napoléon 111, on retrouvait h première vue, en effet, tous les traits distinctifs de sa nature : la simplicité, la crânerie, la mesure, la noblesse et le tact, — rare assemblage de qualités qui constituait l'intéressante originalité de ce caractère. Mérimée,
— un connaisseur et point un courtisan, car, attiré seulement à l'Empire par son respectueux attachement pour l'Impératrice, il le jugea toujours en ami fort indépendant,
— Mérimée le constatait en disant : « Il a un tour à lui pour dire les choses, et, quand il parle, on sent qu'il n'est pas de la même pùte triviale que les autres. Je crois que c'est exactement ce qu'il faut d cette magnanime nation^ qui a horreur du commun * ».
Non seulement Napoléon III écrivait lui-même ses discours,