‹ Napoléon III intimeChapitre 65 sur 114 · I . Souvenirs miime$ dt la Cour dêê TuiUHtê, I. 111, p. I7t · texte numérisé non relu

I . Souvenirs miime$ dt la Cour dêê TuiUHtê, I. 111, p. I7t

VAffC de la pierre. En fondant le musée de Saint-Germain, a dit un érudit, (c on créait une science'. » Aux recherches entreprises par les ordres de l'Empereur, a écrit un autre, c( on sera redevable d'un ensemble de faits et par suite, d'un mouvement d'idées qui transformeront Tétude de nos antiquités nationales' ».

L'exemple donné par Napoléon III avait été contagieux. En France, en Allemagne, en Italie, partout on se mit]à chercher des « camps de César ». Si on ne les trouvait pas, on trouvait souvent autre chose et d'ordinaire on s'empressait de récrire aux Tuileries: « Ah! monsieur, nous disait un vieux savant, avec un soupir de regret, ce temps-là ce fut Tùge d'or de l'archéologie! » Si ce beau temps est passé, il en reste cependant quelque chose ; et de l'impulsion donnée par Napoléon III aux travaux des archéologues, comme à ceux des inventeurs, on devait ressentir l'effet longtemps après sa chute.

Si nous ajoutons qu'outre ces encouragements de toute sorte, Napoléon III servit encore l'érudition en faisant publier les œuvres complètes de Borghesi, il nous sera permis de penser qu'il aurait eu des titres suffisants pour entrer encore à TAcadémie des Inscriptions.

Il y a une classe de l'Institut pourtant à laquelle Napoléon III n'aurait pu prétendre, — même comme membre libre et t^ litre d'amateur, — c'est celle des Beaux-Arts. Il subissait la musique avec une douce résignation; etquoiquil ne dessinât pas mal, il était médiocrement connaisseur en peinture. l^Iais, vouKint faire pour le mieux, même dans ce domaine où il se sentait désorienté, il s'y laissait guider par de plus compétents. Uuoi qu'en dise le bonhomme Poirier de la comédie d'Irlmile Augier, pour encourager les arts, il faut encourager les artistes, c'est-à-dire acheter leurs œuvres. Cent mille francs étaient aiïectés chaque année par

i. Ph. lUi'RB, Notice iur le Mutée de Saint -Geitnain, 2. Fr. Wey, La Haute- Savoie, p. 82.

la Liste Civile à cet emploi, outre la somme que FEmpereur et rimpératrice prélevaient sur la Cassette pour leurs acquisitions personnelles. Le marquis de Ghennevières, qui fut directeur des Beaux-Arts depuis 1870, avouant qu*il avait été élevé dans des sentiments hostiles à TEmpire, mais qu*il tient à dire ce qu'il a su, ce qu'il a vu, écrit, à ce sujet, dans SCS intéressants Souvenirs * : ce Ces braves gens, Tlmpéra^ trice, aussi bien que TEmpereur, ont rempli du meilleur del leur conscience et de leur cœur, leurs devoirs 80uverain8\ envers cette classe des peintres et des sculpteurs qu'ils sen- 1 talent bien être le groupe tenant le plus de place dans la faveur populaire. Ils ont fait tout le possible pour s'attacher ces esprits fugaces, et non toujours avec bonne chance. » A ce certificat de bon vouloir et de consciencieux efforts, M. de Chennevières ajoute quelques détails, qui, malgré/ leur insignifiance, nous paraissent intéressants parce qu'ils nous montrent Napoléon III tel que nous l'avons vu partout ailleurs : plein de bonté pour les malheureux, de condescendance pour ses adversaires politiques et de gratitude pour quiconque lui a témoigné sympathie ou confiance.

Le jury, certaine année, avait été très rigoureux; ses victimes trop nombreuses avaient protesté. Napoléon III arrive au Palais de l'Industrie sans y être attendu, demande à voir les tableaux refusés, les regarde tous, en achète plusieurs, et décide qu'une seconde exposition sera ouverte pour les artistes refusés. Un autre jour, vers la fin de son règne, déjà très souffrant, « l'Empereur, malgré l'humidité pénétrante et dangereuse qui faisait redouter à tous les galeries basses où l'on tenait les refusés de la sculpture, insista pour y descendre; il voulait y voir deux figures en bronze, œuvres plus que médiocres d'un sculpteur belge. Il répéta à plusieurs reprises : « Je tiens à les voir, JuUs Favre me les a recommandées. >» Chaque année Napoléon III voulait qu*on lui achetât un tableau de certain

\ SouMfiirt d'un ancien dirtciettr deê Be^mxÀrli, {L'ArtUU, Janvier t8S4 )

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peintre, dont le talent, d'ailleurs estimable, ne semblait pas justifier cette opini&tre préférence. On tint à savoir pourquoi l'Empereur goûtait tant ses toiles; et Ton apprit qu'au début de la présidence les artistes afTectaient de bouder Louis- Napoléon ; que seul alors ce peintre avait daigné se recommander a lui : le Prince-Président en avait été touché; TEmpereur ne devait jamais l'oublier '.

Aux artistes, aux écrivains, aux savants, Napoléon III et rimpératrice manifestaient plus directement leur sympathie» en les hébergeant, comme un châtelain ses amis, dans Tune des résidences impériales. La liste de ces invités de Gom-* piègne ou de Fontainebleau n'était vraiment pas trop mal composée. On y voyait, — sauf ceux qui n'auraient pasr voulu y figurer, — la plupart des hommes qui avaient illustré leur nom par leur talent.

C'étaient, parmi les savants : MM. Flourens, Chevreuil Faye, Franck, Wurtz^ LevenHer, Bet^trand^ Claude Ber^ nard, Delaunay, Sainte-Claire Deville, Pasteur , Milne- Edtrards, Jamin^ Egger^ A. Maurt/, L. Renier, J. Oppcrt^ de Lonçperrier, Ravaisson, Davelut/, de Rouçé, WolowsM; — parmi les écrivains : MM. Mérimée, Alfred de Vigny, J. Sandeau^ Emile de Oirardin, Octave Feuillet^ Sainte^ Beuve, Nisard, Emile Augier, Paul de Musset, S. de Sacy, Camille Doxicet, Boissier, Pansard, Flaubert^ Alexandre Dumas, Caro, Edmond About, Albéric Second, P. Janet, Nadaud, Paul Féval; — parmi les artistes : MM. Auber, Horace Vernet, Berlioz, Jsabey, Meyerbeer, Couture, Bida, Verdi, Meissonier, Barrye, Hittorf, Viollet-Leduc, Oounod, Cabanel, Flandrin, Hébert, Oérâme, Félicien David, Bonnassieuœ, LefUel, Cornu, Guillaume, Pll$,

1. Il iroubliait rien. Maisol aynnt chanté à Londres, pendant qu'il y séjournait, le prince Louis I avait entendu et félirité. Le samedi 14 janvier 1858, une représentation exceptionnelle était donnée pour lui à rOpéra : il demanda k l'Empereur d*y assister. L'Empereur y contenUt ; mais il était trop tard pour que la police put prendre les mesures de sûreté accoutumées ; et c'est pour av«iir voulu faire plaisir à un chanteur qu'il faillit être tué par Orsini.

Léon Coignet, Carpeauœ^ Oudin, Fromentin, Mermei, Gustave Doré, Protais, Gustave Boulanger, Français^ Amaury-Duval^ Ambroise Thomas^ Eugène Lamy, Théo^ dore Rousseau, Paul Dubois, Robert-Fleury, Mercié, Paul Daudry, Gamier, Moreau, Cavelier, Bartholdi.

A CCS célébrités bien établies, une pensée charmante avait mêle quelques célébrités... de l'avenir : les jeunes gens qui tenaient la tête à TÈcole polytechnique, à TÉcole de Saint-(>yr et A TËcole normale.

Certains de ces invités, n'ayant jamais approché leurs hôtes et n'étant connus d'eux que par leurs œuvres, se sentaient d'abord un peu dépaysés. Mais le gracieux accueil qui leur était fait les mettait vite à Taise : « Je veux que vous soyez ici comme chez vous » disait Napoléon III à Nadaud, qui lui répondait avec sa spirituelle bonhomie : « Ma foi ! Sire, j'avouerai à Voire Majesté qu'en venant ici j'espérais me trouver mieux que chez moi ! » Les invités de Compiègne ou de Fontainebleau s'y trouvaient mieux que chez eux, car rien n'était négligé pour leur rendre cette villégiature d*unc semaine agréable, mais ils ne s'y trouvaient plus bientôt ni intimidés ni contraints. D'une de ces résidences. M** de Contades écrivait à son père, le maréchal de Gastellane : « L'Empereur est très gai et si bon, si facile à vivre qu'il ne tiendrait qu'à chacun de nous de se croire chez soi, tout cela sans que jamais personne soit tenté de prendre la moindre familiarité avec lui'. » Cette impression d'une femme du monde, on la retrouve dans les Souvenirs de Nisard, montrant Napoléon III, « si bienveillant comme hôte, si affable comme maître de maison, d'une telle sérénité au milieu des difficultés croissantes de sa tâche », admirant « ses qualités de commerce, sa douceur, sa simplicité, sa modestie », s'étonnant « qu'on pût aimer un souverain comme un ami. » On la retrouve dans la correspondance de Flandrin, écrivant A M. Laurens : « Je viens

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