M** Octare Kii:illct, Quelques années de ma vie
d*enfanl qui lui faisait saulcr les épaules »... Farandoles, boulangères, charades et jeux innocents : voilà ce que les pamphlétaires du temps, (en dépit de tous les témoins de diverses opinions, qui avaient déOIé àla résidence impériale) appelaient « les orgies de Compiègne ».
Sans prononcer ce gros mot, d'autres malveillants trouvaient, eux aussi, dans ces villégiatures impériales une nouvelle occasion de critique et de railleries. Le type accompli de CCS dédaigneux était un ancien précepteur de la famille de Broglie, nommé Doudan, dont les lettres, publiées depuis, distillent une essence de fiel si concentrée, qu'elles ne produisent nullement TelTet espéré par le distillateur.
Quand on voit qu'aucun homme, aucun acte du gouvernement impérial ne trouvait grâce auprès de cet écrivain, tandis qu'il éprouvait pour te moindre habitué de Thôtel de Broglie une pieuse admiration, peu justifiée par leur passage ultérieur aux affaires; — que, pour lui, M. Troplong était a un Merlin de bas étage »>, M. Ilaussmann « un triste personnage », M. Rouher et ses collègues des gens à peine bons à « panser des chevaux »; que, d*après lui, « les dignitaires de la cour », faisaient la roue « matériellement la roue »> dans les salons des Tuileries ; — quand on constatait que la haine Tégarait parfois au point de lui faire complètement oublier à qui il s'adressait; qu'écrivant, par exemple, à un jeune homme qui, malgré ses attaches orléanistes, avait fait brillamment son chemin, sous TEropire, au ministère des Affaires étrangères, il lui disait que le régime impérial << tenait systématiquement à l'écart les hommes ayant échappé à sa corruption », — comment ferait-on le moindre crédit à ses jugements sur les hommes et sur les choses?
Mais de tous ces jugements suspects, le plus inattendu peut-èlre est celui qu*à propos des fêtes de Compiègne M. Doudan portait sur Napoléon III et sa manière de tuer le temps : « Je ne sais pas, écrivait-il, si Bossuet aurait été assez hardi pour dire, dans ses sermons, à l'Empire dans toute sa gloire : « Quand les princes négligent de conMitire
leurs affaires, ne travaillent qu*à la chasse^ n'ont gloire que pour le luxe et d'esprit que pour inventer des plaisirs *... » Napoléon III négligeant ses affaires de souverain. Napoléon III ne travaillant qu'à la chasse, Napoléon III ne songeant qu*à s'entourer de luxe et à inventer de nouveaux plaisirs, — c'était vraiment une heureuse trouvaille; et rien ne pouvait donner une plus haute idée du génie de l'inventeur.
Sauf Napoléon I", — exceptionnel en tout, — vit-on jamais sur le trône de France, un souverain plus laborieux que Napoléon III, recherchant avec plus de suite et d'ardeur tous les moyens d'accroître ta grandeur, la prospérité, le bien-être de son pays, y consacrant une plus large part de sa vie? Si on le connaît, qu'on le nomme ! Mais les souverains, comme tout le monde, ont le droit et le besoin de se distraire. Tel occupait ses loisirs à faire des serrures, tel à écrire des vaudevilles ou des récits de voyage humoristiques, A la manière de Chapelle et Bachaumont; tel autre « travaillait » assidûment « à la chasse », comme Charles X, forçant encore un cerf dans la forêt de Rambouillet, quand la meute révolutionnaire de Paris se préparait à le forcer lui-même. Les loisirs de Napoléon III étaient plus studieusement remplis : TEmpereur ne chassait guère que pour faire chasser les autres ; et s'il « inventait des plaisirs » pour ses invités, son vrai plaisir à lui c'était de les conduire à son cher chûteau de Pierrefonds, au sacellum ou au cimetière gallo-romain que les fouilles entreprises par ses ordres avaient fait découvrir aux environs de Compiègne; c'était de lire les rapports que M. Ilcuzey, M. Pcrrot ou d'autres savants lui adressaient sur leurs voyages d'explorations archéologiques; c'était surtout d'utiliser tous ces documents pour asseoir solidement son grand ouvrage sur la Vie de César. C'est donc en travaillant pour son compte qu'il se délassait du travail des affaires publiques.