‹ Napoléon III intimeChapitre 69 sur 114 · I. Il*« UcUve Feiillcî, (Jnelffuet annét» de ma Vie, p · texte numérisé non relu

I. Il*« UcUve Feiillcî, (Jnelffuet annét» de ma Vie, p

338 NAPOLÉON 111 INTIMB

oublié : « fai été bien ému de son chagrin ^ écrit-il. Que Je serais heureux de le revoir! Dis-moi bien ce qu'il jfàit. Je désire qu'il ne pense pas à moi\ car^ à son âge, il ne faut pas trop développer sa sensibilité. »

Ni rémotion des combats, ni l'ivresse des victoires, ni les frénétiques acclamations du pays qu'il vient d^affranchir ne chassent un seul instant du cœur de Napoléon III le souvenir de ceux qui l'attendent à Paris : « Je n*ose songer, écrit-il, de Milan^ le 1 1 juin , au bonheur que f aurai de vous revoir tous deux: aujourd'hui, il ne faut pas m* amollir par de semblables pensées^.

Plus son fils grandit, plus TEmpereur, le trouvant « si gentil et si affectueux n , parait s'attacher à lui, éprouver de peine à s'en séparer. En 18G0 le petit Prince, dont les goûts militaires commencent à poindre , aurait grande envie d*accompagncr l'Empereur à Ghûlons ; et l'Empereur ne serait pas moins heureux de l'y emmener. Mais serait-ce bien raisonnable? L'Impératrice étant alors aux Eaux-Donnes, Napoléon III lui écrit : « Si je trouve l'emplacement des baraques convenables, je le ferai peut-être venir au camp. Cependant il est plus sage de ne pas exciter son imagination, car il est bien jeune ». Le quartier impérial, depuis l'année précédente, a subi de grandes améliorations; l'Empereur constate que son fils pourra y être suffisamment installé ; le Prince arrive donc tout joyeux ; mais « il se trouve trop bien logé et voudrait coucher sot^ la tente ».

A dater de ce moment le Prince Impérial ira, presque chaque année, passer quelques jours au camp, où peu à peu il apprend le métier militaire et se fait adorer des soldats. Dès 1809 il peut prendre part aux manœuvres, y faire une fort bonne figure et l'Empereur s'en montre tout fier : «< Revenant dans cette vaste plaine, escorté par les cent^ gardes, il faisait vraiment un grand effet. H était seul^ en avant, galopant sur un joli petit cheval, /aurais voulu qu'on pût photographier ce spectacle ».

A celle époque , Tespril des Parisiens , conslamment li'avaiilé par les journaux d'opposilion, coromençail à se monler, sans Irop savoir pourquoi; el nous avons déjà rappelé qu'une grande manifeslalion avail élé provoquée pour le 26 oclobre, qu'elle avail pilcusemenl échoué. Napoléon III écrivil, le jour même, à Tlmpéralrice, alors en Egyple, pour lui raconler les incidenls de celle journée ; mais il oubliail bienlôl la polilique, pour ne parler que de son fils, donl un déplacemenl de deux jours l'avail séparé la semaine précédcnle : « Ce cher enfant^ disail-il, est tous les jours plus gentil. Aussi il m'en a coûté de rester quarante-huit heures sans le voir ».

' Ahl cerlcs, il était gentil/ El Napoléon III, — résolu ^ depuis longtemps à lui céder la couronne, dès qu*il aurait \ Tâge viril, — pouvait être fier en conslalanl que, chaque jour, il s'en monlrail plus digne.

Napoléon III aurait-il pu, à lui seul, former celle Ame vraiment royale? Poussant parfois la bon lé jusqu'à la faiblesse, no sachant rien refuser aux inslances d'un indifférent, il n'aurait sans doute pas su résister aux inévilables caprices de cet enfant adoré, ni, par une fermeté nécessaire, lui apprendre à se dominer, pour devenir apte à conduire les autres. Mais se défiant de lui-môme et sachant quelles mâles vertus riropératrice souhaitait à son fils, avec quelle vigilance elle s'appliquerait à les développer,^ TEmpereur lui laissait la meilleure |>arl de celle lÂche, — qui fut assurément bien remplio 1

Deux verlus surloul leur semblaient, à l'un comme à \ l'autre, essenlielles : la droiture et la bonté.

C'est en faisanl appel, dès son enfance, au sentiment le plus élevé de l'homme, — l'honneur, — que Tlmpératrice appril à son fils la franchise absolue, la fidélité aux engagements pris : « J*ai la^parole, lui disailrelle ; tu ne voudrais pas y manquer; je suis donc tranquille. » Et elle pouvait Télre, en cfTel... Si, par exemple, le Prince, venant d'être indisposé, n avait obtenu d*oUe U permission d^aller jouer

avec des amis, qu'à la condition de revenir à une heure fixée, cette heure venant le surprendre au milieu de la partie la plus animée^ il suffisait de lui montrer la pendule, pour qu'il se retirût subitement, sans un murmure, sans une apparence de regrets : il avait promis ; c'était sacré.

La bonté, comme la droiture, est sans doute un don naturel ; mais les meilleures terres gagnent à être bien cultivées. L'Impératrice s'attachait à développer les instincts de bienfaisance et de générosité de son fils, avec une conscience dont les traits suivant nous paraissent un suffisant témoignage.

A peine le Prince commençait-il à épeler ses lettres, qu*en ^uise de bons points et comme la plus enviable des récompenses, son père et sa mère lui donnaient de l'argent. •• pour ses pauvres, en lui faisant bien observer que, s'il travaillait mal, les malheureux en pâtiraient. Un peu plus tard, une souscription fut ouverte pour les victimes d'un sinistre quelconque. Le Prince, — il avait alors quatre ans, — vînt dire à sa mère qu'il voudrait bien <c souscrire comme les autres ». — C'est très bien, mon enfant, répondit l'Impératrice ; mais as-tu de l'argent? — Ah ! non, maman, je crois qu'il ne m'en reste plus. — Alors, comment feras-tuî — Je vous en demanderai. — Mais, si je t'en donne, ce n'est pas ton argent, c'est le mien que lu enverras A ces pauvres gens : ce serait trop commode défaire ainsi la charité. — J^aurais pourtant bien voulu souscrire : il n'y aurait pas un moyen? — Si, peut-être ; je vaisje chercher ; si je trouve, je te le dirai, ce soir. » Le petit Prince avait, celte année-là, un beau costume d'Ecossais, qui faisait sa joie, qu'il n'aurait pas voulu quitter un instant. Le soir, Tlmpératricc lui dit : « Louis, j'ai trouvé un moyen de te procurer de l'argent qui soit bien à toi, et que tu puisses donner toi-méine : veux-tu me vendre ton costume? — Mon costume d'Ecossais! — Oui, je t'en donnerais une belle somme, que tu enverrais à la souscription. — C'est vrai, maman, c'est une idée... » Mais le pauvre petit Prince en aurait évidemment préféré une autre. Le

sacriQco, — cl c*cslccqu'avaitvoulusa mèro, — lui coulait. Il hésita un instant, pas bien longtemps, et accepta le marché. L'Impératrice Tcmbrassa sur les deux joues, avec une vivo émotion, lui remit un portefeuille bien garni ; — mais elle prit le costume et ne le rendit jamais.

Et c*est ainsi, en ne négligeant aucune occasion de le pousser vers le bien, vers le mieux, que d'un baby charmant l'Empereur et l'Impératrice avaient fait un Prince accompli, — « un Prince sublime », comme a dit un écrivain qui ne fut jamais un de leurs courtisans*.

i. M. llRimi DRA llovx, UMaiim, Mai 1886.

Lk DIGNITÉ NATIONALE

nKMiàmK p^Ariodk : ok i««a a i««i

Le point de départ — Défiances de l'Europe ; conToitiiet de la RuMie ; froideur de rAngleterre. — Le mariage de Tcuipercur. — L'entente cordiale avant 1848. — L'houime et le cheral. — L'eu lente cordiale après 1852. — Où Napoléon III on arrive c comme par enchantement. • L'Europe à la naiMaiice du Prince Impérial. — 30 mars 1814 et 30 mars I8r»r». — • L'arbitre du ronlinenl ». — L*Euro|)e après l'attentat d'Omini.— I*reuiicrs nuagci de l'enlrnlo rordialr. — (>>uiment Ils sont dissi|»és. — Ni sacrifices ni rupture. — A quoi aboutit la Conférence de Varsovie. — Ce qu'on dit alors de Napoléon III. — Les causes de sa suprématie. -- Modération. — Simplicité. — Génémsité. — Courtoisie. — Napoléon 111 et rEui|>ereur de Russie. — Napoléon II I et l'Empereur d'Autriche. — Napoléon III et le roi de Naples. —Napoléon III regretté par des princes de la maison de Bourbon. — Napoléon III Jugé par la reine d'Angleterre. — A qui nous avons dA nos succès. — A qui nous avons dft nos revers.

De quelle façon Napoléon III s^appliquail à exécuter les divers articles de son programme de |K)liUquo intérieure, nous venons de le montrer. Quant à son programme de poli* tique extérieure, il Pavait résumé en un mot : « Dignité Nationale ». Comment le remplit-il, dans celte première période de son règne où il gouverna seul, c'est-à-dire depuis le jour où il monta sur le trône jusqu'au jour où il signa

spontanément les décrets du 24 novembre ; et comment^ dans la seconde période, toute différente, où TEmpire autoritaire se transforma peu à peu en empire libéral ? C'est ce qu'il nous reste à examiner.

Avec quelle inquiétude les grandes puissances avaient vu renaître cette dynastie des Bonaparte, autrefois délrdnée par leurs communs efforts ; quelle peine elles avaient eue à accepter ce nom de Napoléon III, première atteinte, — semblant en présager d'autres, — aux stipulations de 1815; de quelle mauvaise grâce les souverains accoutumés à régenter rEurope avaient accueilli parmi eux ce prince habile et résolu, dans lequel ils pressentaient, sinon un maître, du moins un dangereux rival, — on ne Ta pas oublié.

(( L'Empire, au mois de janvier 1853, bien que reconnu après de laborieux efforts, n'en restait pas moins suspect aux gouvernements %. Dans ce mois de janvier en effet, « la Russie reprenait, avec une sorte d'ardeur fébrile, ses tentatives de 1840 et de 1844, pour isoler la France*». Dans ce mois de janvier, un nouveau cabinet se constituait à Londres « sous la direction de Lord Aberdeen, et sous les auspices les moins rassurants pour le nouvel Empire Français ' ». Dans ce mois de janvier enfin, au lieu d'épouser ce une princesse inconnue, dont l'alliance eût eu des avantages mêlés de sacrifices » le nouvel Empereur épousait, « une femme d'une naissance élevée, française par le cœur, par l'éducation S), et « douée de toutes les qualités de

i. J. RoTiiAïf, L'Europe et rauènemenl du Second Empire, p. 416« 2« CouUe T»E CiRHft, L'Europe et le Second Empire.

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