idem, ibidem
4. Heaucoiip de penonnei crurent] que Napoléon III, en parlant ainsi, eiagérait un peu, pour rendre plus sympathique aux Français leur nouvelle souveraine. Ilicn n'était pourtant plus exact. S'étant rallié franchement à la cause française, ayant nuiibattu jusquVi In dernière heure soui les aigles impériales, le comte do Montijn avait voué un v«Tital)lc culte â la uiémuire de l'Kmpereur. Son hùtel de Madrid était, du haut en baf, rempli de souvenirs napoléoniens. Henri Heyie (Stendhal; étant reçu dans sa famille, quand elle était enfant, la future impératrice ne se lassait pas de lui faire raconter « des histiiires du f^rand empereur >, de les lui faire répéter, quand il u*ea avait plus de nouvelles à dire.
TAmo », vers laquelle il s'élall senti aliiré par le scnlimeni le plus vif. El, pour justifier cette préférence, il disait avec une fière simplicité :
La France, par ses révolutions successives, s*est toujours séparée brusquement du reste de l'Europe ; tout gouvernement sensé doit chercher à la faire rentrer dans le gîron des vieilles monarchies; mais ce résultai sera bien plus sûrement atteint par une politique droite et franche, par la loyauté des transactions que par des alliances royales, qui créent de fausses sécurités et substituent souvent l'intérêt de famille à Tintérèt national....
Quand, en face de la vieille Europe, on est porté par la force d*un nouveau principe, à la hauteur des anciennes dynasties, ce n'est pas en vieillissant son blason et en cherchant à s'introduire à tout prix dans la famille des rois qu'on se fait accepter. C'est bien plut4>t, en se souvenant toujours do son origine, en conservant son caractère propre, et en prenant franchement vis-à-vis de l'Europe la position do parvenu, titre glorieux lorsqu'on parvient par le libre suffrage d'un grand peuple*.
Pour écarter tous les obstacles que lui créaient et son nom inquiétant et notre passé révolutionnaire et ce titre de souverain parvenu, par lequel il semblait s'en réclamer ; iK)ur entrer, pour faire rentrer la France « dans le giron des vieilles monarchies » défiantes, Napoléon III ne pouvait donc compter que sur son habileté ; — son habileté suffit ! Non par droit de naissance, non par droit d'alliance, mois par droit de conquête, il sut forcer, en moins de trois ans, ce giron fermé, pour y prendre sa place ; et quelle place I Au milieu de Tannée 1853, la France n'occupait encore en Europe qu'une situation précaire; avant la fin de Tonnée 4855, elle y tenait le premier rang; et cette supré-
1. Privant, le 31 jaiiTier IS53, à ion frérc, Lord Paliuertlon lui disait qu'à ton «vif Napoléon III avait eu parfaitemeol raiaon d'épouier « une feiDUK* qu'il cnnoaiitait et qu'il aimait •. et non une princeaie, laide l>euti*'(re, • r( qu'il n'aurait jaiuait vue avant de lui être présenté roinme ttanré -; puis, il ajoutait :• J'atluiire la franchise avec laquelle il se (léclart* un parvenu ; et rassrrti«in de celle vérité, tout en cbo(|uaot pn>hableuicnt les préjugés de Vienne et de Berlin, servira A le rendre cher A la uiAiir de la nation française •. [lA^rd I*alm€rêi9m^ m eoireêpamlantê intime, t. II. p. 40ri.)
MU NAPOLÉON 111 INTIMK
luuUo, reconquise « comme par enchantement d ' n'était pas H(*uleinent reconnue ; elle était acceptée par les autres puissHiicos. I/histoire offre-t-elle beaucoup d'exemples d*un pareil changement à vue dans la fortune d'un peuple ?
WniT répondre aux tentatives de la Russie en Orient le neveu de Napoléon avait commencé par tendre la main A r Angleterre, et renouer avec elle V entente cordiale^ — niais non dans les conditions onéreuses où nous l'avions autrefois connue. De Ham il avait nettement indiqué déjà de quelle façon il la comprenait : a Nous désirons qu^une honne intelligence règne entre les deux peuples les plus eivilisés du globe, mais à condition que la dignité et les droits de chacun auront été pesés du même poids et dans la m Ame balance ' ».
(i*est ainsi qu'arrivé au pouvoir il entendait la pratiquer ; et c'est ainsi qu'il la pratiqua toujours. M. de Talleyrand Pavait bien comprise comme lui : << I/alliancede la France et de l'Angleterre, avait-il dit, est aussi naturelle que celle de riiommect du cheval ; seulement il faut faire en sorte de ne pas Atre le cheval. » Mais, devenu ambassadeur h Londres, après la révolution de juillet, le prince de Bénévent ne put guère y déployer son tiilent d'écuyer ; il dut souvent, au contraire, sentir la cravache et l'éperon. Lord Palmerston, ayant a tout fait )>, de l'aveu de sir Henri Bulwer, « pour le dégoûter », y réussit; et le vieux diplomate, à bout de patience, abandonna la partie. Son successeur, le maréchal Sébastiani, n'eut pas beaucoup plus de satisfactions '. Plus son gouvernement faisait d'avances à l'Angleterre plus celle-
i,'fl. KoTiiAïf, l/Europe et Vavhttment du Second Empire^ p. 416.