‹ Napoléon III intimeChapitre 7 sur 114 · I. MimairtM tfOutrt^Tombê · texte numérisé non relu

I. MimairtM tfOutrt^Tombê

Mais ces actes do courageuse courtoisie, dont Chftteaubriand se faisait justement honneur, étaient exceptionnels. Aucun ministre, aucun ambassadeur des cinq puissances ne se souciait de Timiter; aucun ne l'aurait os6. Pour faire le moindre déplacement, les membres de la famille Bonaparte éprouvaient donc des difBcultés, dont on jugera par la lettre que, le 20 novembre 1825, le prince Louis-Napoléon, — alors âgé de dix-sept ans, — écrivait, d*Augsbourg, au roi Louis :«'Mon cher papa, malheureusement ce n*est pas pour vous annoncer notre départ que je vous écris, mais pour vous dire que nous sommes obligés d'attendre encore quinze jours pour avoir nos passeports. Tout était emballé, nous étions prêts à partir, la Bavière avait donné des passeports et la permission de TAutriche était venue lorsqu'il s'est élevé de nouveaux obstacles... Bientôt il faudra un congrès pour que nous puissions changer de place * ! »

Même d'un Congrès les membres de la famille Bonaparte n'auraient pu obtenir la faculté de se réunir; car on les a disséminés à dessein.

Madame-Mère habite Rome, où Pie VII, oubliant Savone et Fontainebleau, pour ne se souvenir que du Concordat, lui a fait le meilleur accueil. La plupart de ses enfants pourront, à diverses reprises, passer quelque temps auprès d'elle. De Trieste, où ils avaient été relégués, le roi Jérôme et la reine Catherine seront même autorisés à vivre pendant plusieurs années à Rome ; mais ils en seront éloignés de nouveau, et, en 1834, la reine Catherine n'obtiendra pas d'y faire une simple visite.

Quand Madame-Mère sent la mort venir, elle voudrait embrasser, une dernière fois, les quatre enfants qui lui restent. Un seul pourra se rendre à son appel et lui fermer les yeux. Louis est retenu par la maladie à Florence. Ni Joseph, ni Caroline, malgré leurs démarches réitérées,

1. OUe lettre eit eitraite det Archivée de U ramllle impériale, coomit cellei qu'on trouTera plat loin, — toutes ioéditet, Muf qaelquee-uoes, qui leroot ipécialemtot iodiquéet.

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leurs instances, leurs prières, n*obtiendront rautorisatibn de revoir leur mère agonisante.

Pendant que sa femme et ses filles habitaient Bruxelles, sans pouvoir se rendre en Suisse, dans leur propriété de Prangins, Joseph a dû se réfugier aux États-Unis, — où il a été interdit à Lucien de le rejoindre. En 1832 seulement, il a été autorisé à se rendre en Angleterre, mais pas ailleurs. Seul on a tenu jusqu'alors à l'éloigner d'Italie, sa grande ressemblance avec Napoléon rendant sa présence trop dangereuse dans ce pays, où la maladresse des princes restaurés avait bien vite fait regretter la domination française.

Quant à Caroline, elle a été, comme Élisa, internée près de Trieste, sans pouvoir s'en éloigner, même pour aller dans les Pays-Bas ou en Suisse.

Ce n'est pas seulement pour le choix de leur résidence ou pour leurs déplacements temporaires que les Napoléonidcs étaient ainsi placés sous la surveillance de la haute police européenne. Leurs moindres actes étaient soumis à ce contrôle humiliant. La princesse Èlisa désirant prendre pour son fils un nouveau précepteur, les cinq puissances avaient dû en délibérer et cette grave affaire occupa longuement leurs chancelleries. Plus tard, déjà titulaire d'une loge au Théâtre de Trieste, elle avait voulu en avoir une seconde; cette faveur lui avait été refusée. Deux loges ! Elle croyait encore être princesse : il fallait lui rappeler qu'elle se trompait !

Quand le roi Louis ayant perdu son fils aîné, — dans des circonstances que nous rappellerons plus loin, — voulut lui faire une sépulture, il rencontra les mêmes oppositions : « J'ai été indigné, — lui écrivait à ce sujet Louis-Napoléon, — en pensant que vous aviez eu des difficultés à faire mettre une inscription lapidaire sur la tombe de mon frère.» (15 juillet i 831.)

Quand mourut Madame-Mère, — Mater Bbgum, comme dit ladmirable épitaphe trouvée par Champollion, — la

Cour do Romo exigea « que In côrôinbnie roorluairo c&l une exlrômc simplicité » ; elle interdit d*apposer sur la porto extérieure de Téglise les armes impériales. Elle témoignait pourtant aux Bonaparte une bienveillance relative ; mais elle craignait « de porter ombrage au gouvernement français * » ; à ce gouvernement qui entretenait lui-mémo le culte de son Qls et qui, quatre ans plus tard, allait lui faire de si splendides funérailles.

Avant d'aborder notre véritable sujet, nous devions rappeler ce qu'on vient de lire et montrer quelle période de tracasseries et d'humiliations succéda pour la famille de l'Empereur à une période d'incomparable éclat. Le souvenir de ce contraste, et la vive impression qu'en avait reçue son enfance devaient laisser en ciTet dans l'esprit do Louis-Napoléon une trace inelTaçahle, exercer sur la formation de ses idées la plus grande influence, inspirer les principaux actes de sa jeunesse, orienter toute sa vie.

Revenons à lui maintenant, pour ne plus le quitter.

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