Baron Larrey, Madame-Mère, t
Naissance de Louis -Napoléon. — Son départ pour l*exil. — Foyer désuni.
— Le père en Italie, la mère à Aiz, A Constance, en Bavière, en Suisse. —' Le cabinet noir. — Le roi Louis réclame son fils aîné. — Ses sentiments pour le second. — Légende réfutée par lul-m^me. — Intérêt qu'il prend aux études de Louis-Napoléon. — Divergence entre les idées du père et celles du fils. — Opinion du roi Louis sur la guerre et le métier militaire. — Ses deux fils prennent part au soulérement de 1831. — Mort du prince Napoléon. — A-til été tué T — Douleur du prince Louis.
— Il se console par le travail. — Preuilèrcs publications. — Ce qu'en |icnse son père. — Griefs et rècrimiuatious.
Charles-Louis-Napoléon élaii né au mois d'avril 1808, à Tapogéc de la fortune impériale. L'empereur, à peine revenu de Venise, où il avait reçu les hommages do tous les princes d*lialie, était alors à Bayonne, où Charles IV lui offrait la couronne d'Espagne ; il allait bientôt partir pour Erfurt.
Il n'avait pas encore d^héritier direct. Joseph n'avait que des filles. La couronne semblait promise à la descendance de Louis. La naissance du nouveau prince fut célébrée dans toute l'étendue du vaste empire avec une grande solennité. Son parrain fut TEropereur, sa marraine, l'Impératrice.
Sept ans plus tard, on ramenait à la Malmaison, où Napoléon vaincu, détrôné pour la seconde fois, s'était retiré
12 NAPOLÉON m INTIME
presque seul ; TEmpereur Tembrassait à plusieurs reprises avec une émolion profonde et mouillait son front d'une larme... Puis, avec sa mère, qui n'y devait plus revenir, il quittait Paris, il quittait la France pour aller mendier une hospitalité précaire aux anciens vassaux de son oncle, devenus ses ennemis.
Il ne 'devait pas avoir la consolation d'y vivre, comme il Teût voulu, entre son père et sa mère, à côté de son frère Napoléon, Tètre qu'il aimait le plus au monde et de qui il était le plus aimé. Le roi Louis' et la reine Hortense allaient s'installer loin l'un de l'autre, sans que les cinq puissances eussent à s'en mêler. Leur incompatibilité d'humeur suffisait à leur imposer cette séparation. Elle était absolue. Jamais deux natures n'avaient été moins faites pour se plier à la vie commune.
Le roi Louis était intelligent, instruit ; il avait l'âme droite etfière; mais un esprit inquiet, enclin à la contradiction, un caractère morose et défiant, qui le poussait à mal interpréter les choses les plus simples, à exercer autour do lui une surveillance minutieuse et blessante, à rendre ainsi malheureux, comme il Tétait lui-même, ceux qu'il aimait le mieux. Napoléon, déplorant, à Sainte-Uëlène, son humeur <( insupportable », son esprit « porté à la bizarrerie et au travers, gâté encore par la lecture de Jean-Jacques », ajoutait qu' a il n'était pas méchant »; que d'ailleurs le triste état de sa santé » dérangée de bonne heure et dans des circonstances atroces » devait avoir « singulièrement agi sur son moral ». Les « cruelles infirmités » dont il était atteint déjà, qui déjà le rendaient « à peu près perclus d'un côté », allaient s'aggraver avec le temps, et, en exaspérant ses souffrances, le rendre de moins en moins sociable.
Après un séjour à Rome, il avait dû se fixer à Florence, y vivant dans un cercle étroit et se rétrécissant de jour en jour. Plus les années s'écoulaient, plus il s'éloignait du monde et cherchait à s'en faire oublier. En 1828, il allait passer quelques semaines auprès de Madame-Mère; mais
LOUlS-NAPOLÊON ET SON PÈRE 13
rcnirô chez lui, pour s'oxcusor do Tavoir quillée il lui écrivait qu'il avait besoin de retrouver <« le repos de la tête et de Tesprit, en sMsolant du bruit et de Téclat des voix de femmes et de l'agitation des enfants '. »
La reine Hortense était une créole, élevée, comme les femmes du dix-huitième siècle, pour briller dans les salons, pour s'y plaire, et, par la faute de cette éducation première, un peu frivole ; maïs, naturellement douce, aimable et généreuse, elle avait le go&t, presque le besoin de la société, de la causerie, des soins empressés dont, depuis son enfance, on Tavait gâtée. Après la première abdication deTEmpereur, elle s'était laissée retenir à Paris par toutes ces attaches mondaines; et, même en 1815, — comme elle le conGa plus tard à M"* Récamier, son amie ', — elle avait vivement
regretté de n'y pouvoir rester C'est à peine si elle avait
pu rester en Europe ! Et, pour la suite de cette étude, il n'est point sans intérêt de rappeler quels traitements elle eut alors à subir.
Sommée, le 14 juillet, de quitter immédiatement le territoire français, la duchesse de Saint-Leu, — car c'est le nom que portera désormais la reine Hortense, — se rend à Genève ; on la prie d'en partir ; elle se réfugie à Aix, où elle attendra que son sort soit fixé. Le 2 septembre, M. Decazes, — ancien secrétaire de Madame-Mère, devenu Ministre de la Police générale du royaume, — écrit au baron Finot, Préfet du Mont-Blanc : « Dans une conférence tenue, le 27 août, par les ministres des cours alliées, et dans laquelle on a réglé la résidence future des membres de la famille Bonaparte, il a été déterminé que la duchesse de Saint-Leu serait autorisée à séjourner en Suisse, sous la surveillance des missions des quatre cours et de celle de S. M. Très Chrétienne près la Fédération helvétique'. » Quelques jours plus tard,
I, Lettre citée par le baron Larrey, Mùdam^-Mért^ t 11, p. 331. 1. SoHvenin de M^^ RAcasii», t II, p. T7.
3. Cet f itrait de la correspondance adminiitratiTt , — connut tout ceux qui luirrout, — est tiré des Arthiptê SaiionaUi,
6n effet, la duchesse de Saint Leu reçoit un beau firman, — — signé : Castelreagh^ Hardemberç, Humboldt, Rasouinoski, Capo (fistria, Melternich, etc., — lui permettant de s'installer, « dans le canton de Saint-Gall, sous Tengagegcment de n'en plus sortir, ainsi qu'il a élé convenu au sujet des autres personnes de la famille Bonaparte. »
Les quatre cours daignaient donc Tautoriser à demeurer... chez le voisin, sans savoir si le voisin y consentirait. La duchesse de Saint-Leu tient à être fixée sur ce point. Le Préfet, condescendant au désir « de cette dame », écrit au colonel fédéral de Sonncnberg pour l'interroger ; et le colonel lui répond aussitôt que la Haute-Diète est bien décidée « à ne souffrir en Suisse aucun membre de la famille Bonaparte. » Le Préfet de l'Ain, fait savoir, d'autre part, à son gouvernement que « le séjour de M"** Hortense » dans un pays aussi voisin de la France « aurait de graves inconvénients. »
La duchesse ne peut donc aller en Suisse, encore moins rentrer en France ; et le gouvernement sarde, à qui la Savoie va être livrée, la renverra certainement d'Aix : le baron Finot se demande donc ce qu'il peut faire de « cette dame » embarrassante ; mais la dame elle-même indique une solution : si elle ne peut rester sur le territoire suisse, elle peut le traverser; elle ira donc à Constance. Là du moins, dans les Etats de sa cousine Stéphanie, elle espère être bien reçue. A peine y est-elle arrivée que le Grand-Duc, ne voulant pas se brouiller avec son voisin, le Boi de France, la prie poliment d'aller chercher gîte ailleurs. A force d'instances, elle obtient pourtant d'y séjourner temporairement, — sous l'œil vigilant de la police française.
Celle-ci se fait minutieusement renseigner sur ses moindres démarches et ses moindres paroles, où elle ne constate d'ailleurs rien de repréhensible. Le comte de Bouthellier. Préfet du Bas-Bhin, interceptant, lisant ses lettres, «Q reconnaît également la parfaite innocence. Il n'y trouve •qu'une trace des mauvais sentiments de H"* de Saint-Leu : «lie a osé se réjouir de l'évasion de La Valette I
Ayant reçu du Directeur de la police bernoise une liste complète des personnes avec lesquelles correspond la duchesse, le zélé préfet réquisitionne les lettres adressées par ces personnes ou reçues par elles et demande à Paris ce qu'il faut en faire. Le Ministre écrit : « Cette correspondance
doit Aire envoyée à M. d'IIcrbouvillc. * » Et les préfets
voisins s'en mêlent ! « Un de mes correspondants, dit celui du Doubs, m'envoyant ofGcieusement la liste des lettres expédiées ou reçues par M*"* Hortense Bonaparte, depuis le 8 février jusqu'au 8 mars, je Tenvoie à Votre Excellence, qui décidera si je dois stimuler le zèle de cet offlcieux, ou bien le remercier. » « Stimulez I Stimulez ! lui répond Son Excellence, et communiquez-moi tout ce que vous recevrez ainsi. »
On ne surveille pas seulement la reine Hortense, mais tout ce qui Tentoure et tout ce qui rapproche. M'^ Cochelet, sa lectrice, se rend, en mars 181 G, à Paris pour des affaires personnelles : ordre est donné de la Gler avec soin. Trois mois plus tard, le comte Auguste do Talleyrand, notre Ministre ù Berne, adresse au duc de Hichelieu, qui la transmet à son collègue Decazes, la communication suivante : « Un tailleur nommé Joseph Gruber, qui a travaillé pour le fils de M"^ Hortense f doit partir incessamment pour Paris. Ce tailleur est un homme peu délicat, passionné pour l'argent et grand bavard. Peut-être Votre Excellence pourraitelle s'en servir utilement. >»
Disons tout de suite, — aOn de n'y plus revenir, — que ces marques d'intérêt données par la police française à la Reine, A ses Dis, A leur entourage ne cesseront pas de longtemps. Ainsi, pour citer seulement quelques faits parmi mille autres, l'ambassadeur de France à Rome avisera, au mois de mai 1820, le Ministre des Affaires étrangères, — et celui-ci, le Ministre de la Police, — et celui-ci, le Préfet de la Seine-Inférieure, — qu'un sieur Castelain lui a demandé
1. M. il'llerboiiville éUit le Dirtctcur-Oéraot des Postât» A Parit.
lé NAPOLÉON III INTIME
un passeport pour aller recueillir, à Yvetot, la succession de son père, et que, « comme il a été maître de mathématiques du fils de Louis Bonaparte » on doit avoir ToBil sur lui ; rœil de l'administration constate que le sieur Castelain, — s*il ne « se cache pas » d'avoir donné des leçons à un jeune Bonaparte, — a cependant une attitude irréprochable et s'occupe exclusivement de son héritage. Et la correspon-^ dance consacrée à cette grave affaire formera un important dossier !
Quoiqu'en revenant toujours bredouille la police française ne se lassera pas de cette chasse. En 1822, un fourgon rempli de meubles etd*objets d'art, traversant Vesoul, et se dirigeant vers Arenenberg, sera signalé à l'autorité supérieure : l'auiorilé supérieure le fera venir à Belfort, puis à Golmar et fouiller de fond en comble ; mais « les vérifications les plus minutieuses n'ayant pu rien faire découvrir, cette voiture
est repartie pour la Suisse. » Encore quatorze lettres
minutées et copiées pour rien I
De 1820 à 1827, M. Philippe Lebas, homme de grand mérite, chargé, avec Tabbé Bertrand, de l'éducation du prince Louis, ira passer régulièrement ses vacances à Paris. Chaque année « cet individu » et sa femme seront, bien à tort, honorés d'une attention particulière de la police secrète* Parfois même le Préfet du Bas-Rhin s'occupera d'eux luimême, en faisant faire, • — et toujours inutilement, — « une perquisition exacte dans les effets et papiers de ces deux voyageurs. » En le félicitant de son zèle, le Ministre l'engagéra pourtant à réclamer, la prochaine fois, l'assistance des douaniers, pour sauver les apparences. On verra même, en octobre 1827, le Préfet de Police opérer en personne et se vanter d'avoir directement interrogé un ancien domestique, congédié par la reine Hortense, — qui ne lui en donnera point d'ailleurs pour son argent, car il lui dira simplement que la duchesse de Saint-Leu reçoit un certain nombre de visites, (c qu'elle fait beaucoup de bien dans le pays et y est fort aimée. »
L0U18-NÀP0LÊ0N ET SON PftRE 17
Revenons à Constance, vers la On de 1816. La reine a appris qu'elle n*y pourrait rester davantage. Cédant aux instances de la Légation française, le Grand-Duc a dû le lui signifier le plus doucement possible. Le ministre de Bade en Suisse, se trouvant alors en congé à Carlsruhe, y surprend cette intéressante nouvelle, et en instruit aussitôt son collègue le comte de Talleyrand, par un billet « très confidentiel »> , que celui-ci s'empresse d'expédier èParis. Renvoyée par son cousin, sur la demande du gouvernement français, la reine acceptera Tasile que le prince Eugène et son beau-père lui assurent en Bavière; elle s'installera à Augsburg, où le prince Louis pourra suivre les cour^ d'un excellent collège; — mais elle ne s'y installera pas sans esprit do retour.
Le Conseil du canton de Thurgovie, en eQ!pt, — après une longue discussion, s'est décidé à lui offrir l'hospitalité; et, le 10 février 1817, elle a acheté, pour la modique somme de 30,000 florins, la villa d'Arcncnberg. En apprenant cette acquisition, le comte de Talleyrand s'est ému; il songe déjà à retourner le conseil de Thurgovie, et M. Pasquicr, son ministre, est disposé à le suivre dans cette voie : M. Uccazcs lui écrit de s'en bien garder; que sur sa colline d'Arcncnberg, il surveillera M"** de Saint-Leu, plus facilement que partout ailleurs. C'est donc là, qu'après y avoir fait exécuter dindispensables travaux, la reine compte revenir; et c*est là qu'elle revient en effet, trois ans plus tard, pour s^y fixer définitivement, pour y mourir.
Un tel séjour ne semblait pas cependant fait pour elle et devait lui paraître doublement sévère. Cette modeste résidence, alors d'un accès moins facile qu*aujourd*hui, était située dans un pays pittoresque et riant, mais dont le climat, pendant Thiver, même pendant l'automne, est fort rigoureux. Elle ne devait y trouver ni ce commerce du monde que réclamaient ses goûts, ni celte douce température qu'exigeait sa santé V
1. DaiiR aoe lettre qac M** ViclUariJ adrctMiU d'Areneoberg. le 23 octobre I8J4, à M*« EL Giraade«u, ta »cDar, elk écrivait : • Noat âToo«
18 NAPOLÉON m INTIME
Ce qui Ty soutiendra, ce qui y prolongera sa vie de quelques années, c*est le souci de ses enfants; car, si elle n'avait pas été une épouse irréprochable, elle sut toujours remplir ses devoirs de mère avec une tendresse, une conscience, un dévouement sans pareils.
Ses deux fils avaient dû se séparer, comme leurs parents, Louis vivant, en Suisse, avec elle, {Napoléon, avec son père, en Italie. Mais, chaque année. Napoléon venait passer quelques semaines à Arenenberg, pendant que Louis allait le remplacer à Florence, — de sorte que les deux frères, si attachés Tun à l'autre, n'avaient presque jamais le bonheur de se trouver ensemble.
Si Napoléon avait dû suivre son père, c'est parce qu'il était Talné. Dans ce choix si naturel, on voulut voir Tindice d'une préférence marquée pour lui, d'une sorte d'éloignement pour son frère, dont la chronique mondaine indiquait malignement la cause. Ce que certains se bornaient à insinuer, d'autres, plus hardis, l'affirmaient. Dans un livre récent, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, on écrit, comme un fait notoire, que c< le mari de la séduisante Hortense n'avait jamais voulu reconnaître Louis-Napoléon pour son fils », et qu' « à Florence le portrait du prince manquait dans la collection des effigies de famille ' ».
Les légendes, chez nous, les légendes scandaleuses surtout, naissent facilement et elles ont la vie dure. Les gens qui prennent la peine de réfléchir sentaient bien que le roi Louis, avec sa nature soupçonneuse et jalouse, n'eût jamais donné ni laissé donner son propre prénom à l'enfant dont il ne se serait pas cru le père. Mais, si sérieux que parût ce raisonnement, il fallait davantage pour convaincre les sceptiques. S'ils ne tiennent pas à conserver leur opinion erronée, nous les engageons à lire une charmante étude de M. Lucien
Id an temps affreux et le Teot Bonfne comme Je ne l'ai entendu nulle part. Il parait que cVst Tordinaire dans cette saison. Mais il faut convenir que c*est triste pour la Reine d'habiter un pays si peu abrité l'hiver. »
I. LouU' Napoléon prisonnier au fort de Uam^ par P. Hachet-Souplet. Paru 1893.
LOUIS-NAPOLÉON ET SON PÈRE If
Porey, qui les édiGcra*. Ils y verront, en effet, que dans l*année qui précéda la naissance de Louis-Napoléon, au mois de juin 1807, le roi et la reine de Hollande, rapprochés par la mort de leur Ois aîné, vivaient à Gauterets dans la plus affectueuse intimité; qu*à cette époque le personnage dont la chronique devait faire le véritable père du futur prince, était si peu avant dans la faveur de Leurs Majestés Hollandaises, qu*il se faisait recommander à elles par un homme honoré de leur amitié : le préfet des Basses- Pyrénées; — et tout cela, clairement établi par des lettres, jusqu'alors inédiles de ce préfet, le comte de Castellane.
Une preuve aussi catégorique paraitrait-elle insufflsante ? On en trouvera une autre, plus intime, plus directe et plus décisive encore, dans la propre correspondance du roi Louis, dont nous donnerons plus loin divers extraits.
Sans doute, elles étaient souvent sèches, parfois dures, ces lettres paternelles; et Louis-Na[K>léon eut beaucoup à en souffrir. Son &me sensible et tendre avait besoin d'affections, surtout de ces affections domestiques, qui linrcnt et gardèrent toujours une si grande place dans sa vie. Les rares joies, les nombreuses douleurs de sa famille, il les sentait très yivement. Nous en citerons, parmi beaucoup d'autres, un seul exemple. Lorsqu*en 1823, sa mère avait été soigner, à Munich, le prince Eugène, atteint de la maladie qui, en apparence, conjurée, devait remporter Tannée suivante, Louis-Napoléon lui écrivait, le 16 avril : « Nous sommes tous d'une tristesse mortelle. J'espère pourtant que Dieu exaucera nos vœux, en nous conservant un oncle, qui est l'objet de notre plus vif amour et de notre respect le plus tendre. Soignei-le bien, ma chère maman, mais ne vous fatiguez pas trop. » — Le 21 : « Comment exprimer la joie que je ressens en apprenant qne mon cher oncle va mieux I » — Le 27 : « Que Dieu est bon de nous l'avoir conservé 'I »
1. • La Reine Uorieose. m ^ Vie dfnitmporamê, !•' féTrier Itfl. I. En lui aDDODÇânt, le 19, qoe le prince Eugène tembleit MUTé, U Reine lui ditaii quelle était été Tanxiété de la population kiaTaroiee lee
18 NAPOLÉON m INTIME
Ce qui Ty soutiendra, ce qui y prolongera sa vie de quelques années, c'est le souci de ses enfants; car, si elle n'avait pas été une épouse irréprochable, elle sut toujours remplir ses devoirs de mère avec une tendresse, une conscience, un dévouement sans pareils.
Ses deux fils avaient dû se séparer, comme leurs parents, Louis vivant, en Suisse, avec elle,2Napoléon, avec son père, en Italie. Mais, chaque année. Napoléon venait passer quelques semaines à Arenenberg, pendant que Louis allait le remplacer à Florence, — de sorte que les deux frères, si attachés Tun à l'autre, n'avaient presque jamais le bonheur de se trouver ensemble.
Si Napoléon avait dû suivre son père, c'est parce qu'il était l'alné. Dans ce choix si naturel, on voulut voir l'indice d'une préférence marquée pour lui, d'une sorte d'éloignement pour son frère, dont la chronique mondaine indiquait malignement la cause. Ce que certains se bornaient à insinuer, d'autres, plus hardis, l'affirmaient. Dans un livre récent, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, on écrit, comme un fait notoire, que « le mari de la séduisante Hortense n'avait jamais voulu reconnaître Louis-Napoléon pour son fils », et qu' « à Florence le portrait du prince manquait dans la collection des effigies de famille ' ».
Les légendes, chez nous, les légendes scandaleuses surtout, naissent facilement et elles ont la vie dure. Les gens qui prennent la peine de réfléchir sentaient bien que le roi Louis, avec sa nature soupçonneuse et jalouse, n'eût jamais donné ni laissé donner son propre prénom à l'enfant dont il ne se serait pas cru le père. Mais, si sérieux que parût ce raisonnement, il fallait davantage pour convaincre les sceptiques. S'ils ne tiennent pas à conserver leur opinion erronée, nous les engageons à lire une charmante étude de M. Lucien
id on temps affreux et le Tent sonfAe comme je ne l'ai entendu nulle part. Il parait que cVst Tordinaire dans cette saison. Mais il faut convenir que c*est triste pour la Reine d'habiter un pays si peu abrité Thiver. »
I. LouU' Napoléon prisonnier au fort de Uam^ par P. Ilachet-Sonplet. Paris 1893.
Pcrcy, qui les ëdîQcra'. Ils y verront, en eOct, que dans Tannée qui précéda la naissance de Louis-Napoléon, au mois de juin 1807, le roi et la reine de Hollande, rapprochés par la mort de leur Qls aîné, vivaient à Gauterets dans la plus affectueuse intimité; qu*à cette époque le personnage dont la chronique devait faire le véritable père du futur prince, était si peu avant dans la faveur de Leurs Majestés Hollandaises, qu*il se faisait recommander à elles par un homme honoré de leur amitié : le préfet des Basses- Pyrénées; — et tout cela, clairement établi par des lettres, jusqu*alors inédites de ce préfet, le comte de Castcllane.
Une preuve aussi catégorique paraîtrait-elle insufGsante ? On en trouvera une autre, plus intime, plus directe et plus décisive encore, dans la propre correspondance du roi Louis, dont nous donnerons plus loin divers extraits.
Sans doute, elles étaient souvent sèches, parfois dures, ces lettres paternelles; et Louis-Napoléon eut beaucoup à en souffrir. Son &me sensible et tendre avait besoin d*affections, surtout de ces affections domestiques, qui tinrent et gardèrent toujours une si grande place dans sa vie. Les rares joies, les nombreuses douleurs de sa famille, il les sentait très vivement. Nous en citerons, parmi beaucoup d'autres, un seul exemple. Lorsqu*cn 1823, sa mère avait été soigner, à Munich, le prince Eugène, atteint de la maladie qui, en apparence, conjurée, devait remporter Tannée suivante, Louis-Napoléon lui écrivait, le 16 avril : « Nous sommes tous d'une tristesse mortelle. J'espère pourtant que Dieu exaucera nos vœux, en nous conservant un oncle, qui est Tobjct de notre plus vif amour et de notre respect le plus tendre. Soignez-le bien, ma chère maman, mais ne vous fatiguez pas trop. » — Le 21 : « Comment exprimer la joie que je ressens en apprenant qne mon cher oncle va mieux I » — Le 27 : « Que Dieu est bon de nous Tavoir conservé ' I »
1. « La Reine Uorieoie. • — Vie Conitimperainê, {•* février IMI. 1. En lui aDDODÇAnt, le 19, que le prÏDce Eugène temblait sauvé, la Reioe lui dieail quelle avait été raniiélé de la population bavaroite les
18 NAPOLÉON m INTIME
Ce qui Ty soutiendra, ce qui y prolongera sa vie de quelques années, c'est le souci de ses enfants; car, si elle n'avait pas été une épouse irréprochable, elle sut toujours remplir ses devoirs de mère avec une tendresse, une conscience, un dévouement sans pareils.
Ses deux fils avaient dû se séparer, comme leurs parents, Louis vivant, en Suisse, avec elle,2Napoléon, avec son père, en Italie. Mais, chaque année. Napoléon venait passer quelques semaines à Arcnenberg, pendant que Louis allait le remplacer à Florence, — de sorte que les deux frères, si attachés Tun à l'autre, n'avaient presque jamais le bonheur de se trouver ensemble.
Si Napoléon avait dû suivre son père, c*est parce qu'il était l'atné. Dans ce choix si naturel, on voulut voir l'indice d'une préférence marquée pour lui, d'une sorte d'éloignement pour son frère, dont la chronique mondaine indiquait malignement la cause. Ce que certains se bornaient à insinuer, d'autres, plus hardis, l'affirmaient. Dans un livre récent, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir, on écrit, comme un fait notoire, que « le mari de la séduisante Hortense n'avait jamais voulu reconnaître Louis-Napoléon pour son fils », et qu' « à Florence le portrait du prince manquait dans la collection des effigies de famille ' ».
Les légendes, chez nous, les légendes scandaleuses surtout, naissent facilement et elles ont la vie dure. Les gens qui prennent la peine de réfléchir sentaient bien que le roi Louis, avec sa nature soupçonneuse et jalouse, n'eût jamais donné ni laissé donner son propre prénom à Tcnfant dont il ne se serait pas cru le père. Mais, si sérieux que parût ce rmsonnement, il fallait davantage pour convaincre les sceptiques. S'ils ne tiennent pas à conserver leur opinion erronée, nous les engageons à lire une charmante étude de M. Lucien
ici un temps affreux et le ^ent sonfne comme je ne l'ai entendu nulle part. Il parait que cVst Tordinaire dans cotte saison. Mais il faut convenir que c'est triste pour la Reine d'iiabiter un pays si peu abrité l'hiver. »
I. LouiM' Napoléon priêonnier au fort de Ham^ par P. llachet-Soaplet. Paru 1893.
Pcrcy, qui les ëdiQera*. Ils y verront, en eOct, que dans Tannée qui précéda la naissance de Louis-Napoléon, au mois de juin 1807, le roi et la reine de Hollande, rapprochés par la mort de leur flls aîné, vivaient à Cauterets dans la plus affectueuse inlimité; qu*à cette époque le personnage dont la chronique devait faire le véritable père du futur prince, était si peu avant dans la faveur de Leurs Majestés Hollandaises, qu*il se faisait recommander à elles par un homme honoré de leur amitié : le préfet des Basses- Pyrénées; — et tout cela, clairement établi par des lettres, jusqu'alors inédites de ce préfet, le comte de Castellane.
Une preuve aussi catégorique paraîtrait-elle insuffisante ? On en trouvera une autre, plus intime, plus directe et plus décisive encore, dans la propre correspondance du roi Louis, dont nous donnerons plus loin divers extraits.
Sans doute, elles étaient souvent sèches, parfois dures, ces lettres paternelles; et Louis- Napoléon eut beaucoup à en souffrir. Son âme sensible et tendre avait besoin d*affections, surtout de ces affections domestiques, qui tinrent et gardèrent toujours une si grande place dans sa vie. Les rares joies, les nombreuses douleurs de sa famille, il les sentait très vivement. Nous en citerons, parmi beaucoup d'autres, un seul exemple. Lorsqu'on 1823, sa mère avait été soigner, à Munich, le prince Eugène, atteint de la maladie qui, en apparence, conjurée, devait remporter Tannée suivante, Louis-Napoléon lui écrivait, le 16 avril : « Nous sommes tous d'une tristesse mortelle. J'espère pourtant que Dieu exaucera nos vœux, en nous conservant un oncle, qui est l'objet de notre plus vif amour et de notre respect le plus tendre. Soignez-le bien, ma chère maman, mais ne vous fatiguez pas trop, n — Le 21 : « Comment exprimer la joie que je ressens en apprenant qne mon cher oncle va mieux ! » — Le 27 : « Que Dieu est bon de nous l'avoir conservé'! »
1. • La Reine Ilortense. • -^ Vie Comiempcrainê, {•* féTiier 1894. S. En lui aDDOOÇânt, le t9, que le prince Eugène tembleit Muvé, U Reine lui diteil quelle avait été Taniiélé de la population baTaroiee lee
NAFOLtON lU INTIME
KjM»uvAUl un aussi vif sentiment pour un oncle qu'il n'a ,iMiVi* \u, le prince Louis a pour son père une affection tout ittitr%\ une affection que ne doivent ni décourager ni refroidir k\s ïiixMulcries les moins justifiées, mais qu'il voudrait voir iKuor d^uao effusion égale à la sienne. L'effusion, la nature du rsM Louis ne la comporte guère. Il écrit à son second fils conuM à rainé, comme à ses frères Jérôme ou Joseph ". Avec uul atttri> il n*est plus onctueux;
Kl jusqu'à « Je voui aime! » il dit tout froidement.
Certains jours, cependant, — jours bien rares, — il sait W dire au prince Louis autrement, avec une réelle tendresse, une réelle chaleur. C'est ainsi qu'à la veille de sa première communion, le 9 avril 1821, il lui écrit :
ï%\ reçu ta lettre du 13 mars, mon cher enfant. Je remercie
maman, ton gouTemeur et Tabbé de t*avoir préparé à remplir le
Mt'mier devoir solennel que te présente la religion. Je te donne ma
bénédiction de tout mon cœur. Je prie Dieu qu*il te forme un cœur
pur et reconnaissant envers lui, qui est Tauteur de tout bien, qu*il
\t donne les lumières nécessaires pour remplir tous les devoirs que
l»euvent t'imposer ton pays et tes parents et pour pouvoir toujours
discerner le bien d'avec le mal... Adieu, cher ami, je t'embrasse de
tout mon cœur et je te renouvelle, dans cette occasion solennelle,
U bénédiction paternelle, que je te donne, par la pensée, chaque
matin, chaque soir, et toutes les fois que mon imagination se porte
vers toi.
Ton affectionné père,
Louis.
S'il ne savait pas souvent témoigner de la sorte à son fils ses sentiments pour lui, — l'eût-il fait une seule fois d'ailleurs que cela suffirait à réfuter la fameuse légende, — le
Jonrs précédents : « Tont d'intérêt prouve tout co que vanl riiommc par lui-même, et c*ett quand oo a été sur le point de le pcrJrc qu'où eu a conou tout le prix. Ici les églises étaient pleines, on n'entendait que des sanglots et tout le peuple a passé la nuit sur la place. •
1. Répondant k une de ses lettres, le roi Joseph lui écrivait, le !•' août 1834 : • Go aggrave les douleurs en s'étudiant à voir tout en mal, et on ne remédie à rien par la mauvaise humeur. » (Cité par le baron Dacaaae, Uê rois fréree (U Napùiéan,) .
roi Louis les lui prouvait constamment par Tintérôt qu*il prenait à sa vie, à sa santé, à ses travaux.
Il ne prétendait point diriger, de si loin, les études du jeune prince, mais il les suivait avec attention, indiquant des travaux à faire, des livres à lire, voulant savoir quels ouvrages contenait la bibliothèque de son fils, lesquels y manquaient, et mille autres choses. Louis- Napoléon le remerciait de cette affectueuse sollicitude, en lui écrivant le 17 novembre 1827 : « Plus je deviens grand, plus je sais apprécier mon bonheur d'avoir un aussi bon père, qui m'instruit par ses conseils... Je m'applique beaucoup aux mathématiques, et je m'arrête attentivement aux calculs d'intérêt composé, suivant votre recommandation ; » — le 23 juin 1 828 : « Je vous promets de suivre exactement le système d*études que vous me proposez. Dès aujourd'hui j'ai pris dans la bibliothèque de maman les œuvres de Condillac... je compte faire un cours de chimie. Je me lève tous les matins à cinq heures et je me couche à dix heures. Je vais une fois par semaine à la chasse, etc.. »
En surveillant les éludes du jeune prince, le roi Louis espérait modeler son &me et son esprit, lui faire adopter ses propres sentiments sur les hommes et sur les choses. Mais, plus le fils grandissait, plus il semblait penser, sentir à sa façon, — que le père jugeait déplorable.
Entre ce vieillard désenchanté, maladif, terminant dans un douloureux isolement sa vie jadis si brillante, et ce jeune homme plein de vigueur, plein de sève, impatient d'avoir, lui aussi, sa part de glorieuses aventures, l'écart était grand en effet, plus grand encore qu'entre la reine Ilortense et son mari. Le fossé qui les séparait devait se creuser chaque jour davantage. Le prince, en redoublant d'affectueuse déférence envers son père, s'appliquait en vain à s'en excuser; le roi n'en pouvait prendre son parti; et cette déception ajoutait à ses souffrances, de plus en plus vives, une nouvelle cause d*irritation, que le ton de sa correspondance accusait sans ménagements.
Tout est entre eux une occasion de désaccord. Le père rumine le passé; le fils rêve à Tavenir. Le père cherche à se faire oublier; le fils, à se faire connaître. Le père se défie de tout le monde; le fils accorde trop aisément sa confiance. Le père, bien que sa famille doive tout au peuple, ne voit plus de la démocratie que ses vices et ses égarements ; le fils s'exagère sa sagesse et sa générosité. Le père, revenu de toutes les « chimères », voudrait que son fils songeât un peu moins à la gloire, un peu plus à ses intérêts matériels, qu'il ménageât sa modeste fortune, en cherchant à Taccrottre par un mariage avantageux ; — et, de tous les conseils du père c'est celui que le fils aura le plus de peine à suivre.
L^argcnt ! Pour son compte, n'ayant aucun goût de luxe, de parade, le prince Louis n'y tient guère. Le peu qu'il en a, il ne sait pas le garder. Le donner est son plus grand plaisir. Dès sa plus tendre enfance, il avait cet instinct, encouragé par sa mère. Il avait huit ans lorsqu'à Constance M"* Cochelet, lectrice de la reine Hortense fut témoin du joli trait qu'elle raconte dans ses mémoires : « Un jour qu'il s'était échappé, je fus la première à le voir revenir de sa petite fuite; il arrivait en manches de chemise, les pieds nus dans la boue et dans la neige. Il fut un peu embarrassé de me trouver sur son passage lorsqu'il était dans un accoutrement si différent de ses habitudes, je voulus savoir pourquoi il était dans cet état; il me conta qu'en jouant à rentrée du jardin il avait vu passer une pauvre famille si misérable que cela faisait peine à voir et que, n'ayant pas d'argent à leur donner, il avait chaussé Tun des enfants de ses souliers et habillé l'autre de sa redingote* ». Il poussait môme parfois cette noble faiblesse jusqu'à donner ce qui ne lui appartenait pas, comme il s'en confessa plus tard, sans trop de contrition d'ailleurs, au comte de Falloux : un jeune étudiant suisse se désolait de ne pouvoir acheter une boite de compas
^ 1. Mimoirt» »ur la Rêim Horleniê^ t IV, p. 303.
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nôccssniro pour sos éludes ; lo docteur Gonncau en avait une dont il ne se servait jamais : le petit prince avait trouv6 tout naturel de la prendre au docteur pour la remettre à Tétudiant... Voir une main tendue sans y rien mettre, et faire des économies, il était déjà, il devait être toujours incapable d'un tel effort.
Une occasion se présenta bientôt où cette constante divergence entre les velléités généreuses du prince et les résolutions positives du roi Liouis devait se manifester nettement... Étrange coïncidence I En 1877 la Russie et la Turquie étaient en guerre; le Prince Impérial, impatient de voir le feu, désirait ardemment faire campagne avec Tarmée russe; on Ten détourna, non sans peine, en invoquant des considérations politiques, qu'on ne put, hélas I lui opposer, plus tard, pour Tcmpécher d'aller se battre au Zululand : c'est dans des circonstances analogues, en s'enrôlant sous la drapeau russe pour guerroyer contre les Turcs, que son père avait tenté, sans pouvoir l'obtenir davantage, de faire ses premières armes. Le 19 janvier 1829 il écrivit au roi Louis :
Mon cher papa, j*ai pris un grand parti, que, j^espère, vous ne désapprouferei pas; il est trop beau et trop noble. Permettei que je T0U8 le dise, à yous que j*ainie de tout mon cceur et qu*a?ant tout je demande votre permission. Je désire, au delà de toute expression, faire, au printemps prochain, la campagne contre les Turcs, étant comme Tolontairc dans Tarmëe russe. Maman, à qui j*en ai parlé, a beaucoup balancé, mais sentant combien cela pouvait m*éU^ uUle, elle a consenti entièrement. L'empereur serait, d*aprèt ce que maman a pu juger par ses relations avec elle, très bien pour moi ; je serai sans doute dans son état-major. Maman choisirait, pour m*accompagner, un ancien militaire. Enfin je ferais quelque chose de digne de vousl Si vous consentes tout ira à merveille et maman s*occupera de faire les démarches auprès de TEmpereur. Ah ! mon cher Papa, penses que vous n*aviei pas encore mon âge et que déjà vous vous éties couvert de gloire I En faisant cette campagne comme volontaire, (ce qui ne mengage à rien) j*aurai Tavautage de m*instruire parfaitement, de montrer au monde le courage que j*ai reçu de vous, en naissant, et de m'attirer par là Tintérèt général. Ma tante, la grande-duchesse de Bade, à laquelle j en avais parlé,
il y a quelques mois, m*avait bien engagé à tous en demander la permission, disant que c^étaitune action bien digne de quelqu^un qui est votre flls.
Enfln, mon cher Papa, répondez-moi, je vous en prie, le plus tôt possible. Pensez que je désire tellement faire cette campagne que si vous ne me donniez pas votre consentement, et votre bénédiction avant de partir, j'en mourrais de chagrin.
' Adieu, mon cher Papa, je vous en prie encore, au nom de ce que TOUS avez de plus cher, permettez-moi de me rendre digne de mon nom*
Le roi lui répondit :
Je me doutais bien que les grandes victoires des Russes sur les barbares musulmans éveilleraient ton ardeur guerrière. Mais tu as tant d'esprit el d'heureuses qualités qu*un peu de réflexion te calmera entièrement. En efTet, mon ami, rien n*est plus beau que la gloire militaire. Savoir que son nom est partout répété, commander absolument et disposer d'un grand nombre de ses semblables, voir, sous ses yeux et dans un vaste champ, se changer la destinée des peuples et des Etats, et cela dans un instant et par TefTet des plus savantes combinaisons, tout cela est sans doute beau et attrayant et doit exalter l'imagination de tout jeune homme bien né ; mais malheureusement il y a une vérité bien certaine et tout aussi contraire à cette noble exaltation, c'est que la guerre, hors le cas de légitime défense, c'est-à-dire si elle n'est pas faite pour le salut de sa patrie et la défense de ses foyers, n'est qu'une barbarie, qu'une férocité, qui ne se distingue de celle des sauvages et des bétes féroces que par plus d'art, de fausseté et de futilité dans son but...
En voilà assez sur ce chapitre. Je ne veux conclure de tout ceci que ce que je t'ai dit souvent, savoir : Qu'on tiê doit faire la guerre que pour son pays. Ceux qui agissent autrement sont des aventuriers, des ambitieux, ou des méchants, pour ne pas dire plus.
Ma santé n'est pas bonne...
Si dur que lui fut le refus de son père, le prince raccucillit, comme il accueillait ses remontrances et ses critiques, avec une respectueuse soumission. Une lettre, qu'il lui adressait le 3 mars suivant, se terminait ainsi : « Adieu, mon cher Papa, croyez à mon sincère attachement; je vous en ai donné une véritable preuve, en renonçant à mon projet; car
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si jo ne VOUS avais pas tant aimé, je n'aurais pas pu résister au désir de Taccoroplir même contre votre volonté. » Et, le 21 avril : «...J'ai aujourd'hui vingt-et-un ans; je suis majeur; roaisje n'y vois qu'une raison de plus pour toujours vous obéir, et, suivant vos conseils, me rendre digne de vous. Je ne puis mieux employer cette journée qu'en écrivant à mon cher père pour l'assurer de nouveau de mon sincère attachement et de ma tendre reconnaissance. »
11 s'est remis au travail, attendant une autre occasion d'employer son énergie, son courage à quelque noble cause. En apprenant la révolution de 1830, il croit un moment pouvoir les consacrer à la cause nationale, en la servant sous n'importe quel titre. Celte illusion dure peu : le Gouvernement de Juillet semble résolu à traiter les Bonaparte, comme les traitait la Restauration, en ennemis.
Mais, entraînée par l'exemple de la France, rilalie fermente à son tour. Elle aussi voudrait secouer le joug de 1815, dont bien plus durement que la France, elle a senti le poids. Regrettant ces administrateurs éclairés, ces institutions démocratiques auxquelles lavait habituée le régime napoléonien et qu'elle a appréciées surtout en les perdant, elle avait espéré que la France de juillet, la France du drapeau tricolore l'aiderait aies reconquérir. Privée de son appui, si ce n*est de ses vagues encouragements, elle avait déjà Tambitionde fUredà se... Combattre la domination autrichienne avec les Italiens qui se disent sym[Kilhiques à la France, sympathiques au souvenir de TEmpereur, prêts à restaurer une partie de son œuvre ; faire une première brèche à ce régime de 1815, dont leur famille avait eu tant à souffrir, c'était pour le Prince Louis et son frère Napoléon une tentation trop forte : ils y cédèrent et se rendirent à Tappeldes bandes mal organisées, mal armées, des Constitutionnels.
Pour mieux comprendre une aussi téméraire entreprise, un pareil élan d'enthousiasme irréfléchi, il faut se reporter à cette époque, si différente de la nôtre. Ahl oui, Gambetta eut bien raison de le dire : « Les temps héroïques sont
Éprouvant un aussi vif sentiment pour un oncle qu'il n*a guère vu, le prince Louis a pour son père une affection tout autre, une affection que ne doivent ni décourager ni refroidir les gronderies les moins justifiées, mais qu'il voudrait voir payer d'une effusion égale à la sienne. L'effusion, la nature du roi Louis ne la comporte guère. Il écrit à son second fils comme à l'alné, comme à ses frères Jérôme ou Joseph *. Avec nul autre il n'est plus onctueux;
Et jusqu'à « Je vom aime ! » il dit tout froidement.
Certains jours, cependant, — jours bien rares, — il sait le dire au prince Louis autrement, avec une réelle tendresse, une réelle chaleur. C'est ainsi qu'à la veille de sa première communion, le 9 avril 1821, il lui écrit :
J*ai reça ta lettre du 13 mars, mon cher enfant. Je remercie
maman, ton gooTemeur et Tabbé de t*avoir préparé à remplir le
premier devoir solennel que te présente la religion. Je te donne ma
bénédiction de tout mon cœur. Je prie Dieu qu*il te forme un cœur
pur et reconnaissant envers lui, qui est Tauteur de tout bien, qu*il
le donne les lumières nécessaires pour remplir tous les devoirs que
peuvent t'imposer ton pays et tes parents et pour pouvoir toujours
discerner le bien d'avec le mal... Adieu, cher ami, je fembrasse de
tout mon cœur et je te renouvelle, dans cette occasion solennelle,
la bénédiction paternelle, que je te donne, par la pensée, chaque
matin, chaque soir, et toutes les fois que mon imagination se porte
vers toi.
Ton affectionné père,
Louis.
S'il ne savait pas souvent témoigner de la sorte à son fils ses sentiments pour lui, — l'eût-il fait une seule fois d'ailleurs que cela suffirait à réfuter la fameuse légende, — le
Jours précédents : « Tont d'intérêt prouve tout co que vaut riiommc par lui-même, et c*cst quand ou a été sur le point de le pcrJre qu'où en a conou tout le prix. Ici les églises étaient pleines, on n'entendait que des sanglots et tout le peuple a passé la nuit sur la place. •
t. Répondaut à une de ses lettres, le roi Joseph lui écrivait, le !•' août 1834 : « On aggrave les douleurs en s'étudiant i voir tout en mal, et on ne remédie à rien par la mauvaise humeur. • (Cité par le baron Dacasse, Les roi* frèrtê de Napoléon,) . .
roi Louis les lui prouvait constamment par Tintérôt qu*il prenait à sa vie, à sa santé, à ses travaux.
Il ne prétendait point diriger, de si loin, les études du jeune prince, mais il les suivait avec attention, indiquant des travaux à faire, des livres à lire, voulant savoir quels ouvrages contenait la bibliothèque de son fils, lesquels y manquaient, et mille autres choses. Louis- Napoléon le remerciait de cette affectueuse sollicitude, en lui écrivant le 17 novembre 1827 : « Plus je deviens grand, plus je sais apprécier mon bonheur d*avoir un aussi bon père, qui m'instruit par ses conseils... Je m'applique beaucoup aux mathématiques, et je m'arrête attentivement aux calculs d'intérêt composé, suivant votre recommandation; » — le 23 juin 1828: « Je vous promets de suivre exactement le système d*études que vous me proposez. Dès aujourd'hui j'ai pris dans la bibliothèque de maman les œuvres de Condillac... je compte faire un cours de chimie. Je me lève tous les matins à cinq heures et je me couche à dix heures. Je vais une fois par semaine à la chasse, etc.. »
En surveillant les éludes du jeune prince, le roi Louis espérait modeler son àme et son esprit, lui faire adopter ses propres sentiments sur les hommes et sur les choses. Mais, plus le fils grandissait, plus il semblait penser, sentir à sa façon, — que le père jugeait déplorable.
Entre ce vieillard désenchanté, maladif, terminant dans un douloureux isolement sa vie jadis si brillante, et ce jeun« homme plein de vigueur, plein de sève, impatient d'avoir, lui aussi, sa part de glorieuses aventures, l'écart était grand en effet, plus grand encore qu'entre la reine llortense et son mari. Le fossé qui les séparait devait se creuser chaque jour davantage. Le prince, en redoublant d'affectueuse déférence envers son père, s'appliquait en vain à s'en excuser; le roi n'en pouvait prendre son (uirti; et cette déception ajoutait à ses souffrances, de plus en plus vives, une nouvelle cause d'irritation, que le ton de sa correspondance accusait sans ménagements.
Tout est entre eux une occasion de désaccord. Le père rumine le passé; le fils rêve à Tavenir. Le père cherche à se faire oublier; le fils, à se faire connaître. Le père se défie de tout le monde; le fils accorde trop aisément sa confiance. Le père, bien que sa famille doive tout au peuple, ne voit plus de la démocratie que ses vices et ses égarements ; le fils s'exagère sa sagesse et sa générosité. Le père, revenu de toutes les « chimères », voudrait que son fils songeât un peu moins à la gloire, un peu plus à ses intérêts matériels, qu*il ménageât sa modeste fortune, en cherchant à Taccrottre par un mariage avantageux ; — et, de tous les conseils du père c'est celui que le fils aura le plus de peine à suivre.
L'argent ! Pour son compte, n'ayant aucun goût de luxe, de parade, le prince Louis n'y tient guère. Le peu qu*il en a, il ne sait pas le garder. Le donner est son plus grand plaisir. Dès sa plus tendre enfance, il avait cet instinct, encouragé par sa mère. Il avait huit ans lorsqu'à Constance M"* Cochelet, lectrice de la reine Hortense fut témoin du joli trait qu^elle raconte dans ses mémoires : « Un jour qu'il s'était échappé, je fus la première à le voir revenir de sa petite fuite; il arrivait en manches de chemise, les pieds nus dans la boue et dans la neige. Il fut un peu embarrassé de me trouver sur son passage lorsqu'il était dans un accoutrement si différent de ses habitudes, je voulus savoir pourquoi il était dans cet état; il me conta qu'en jouant à rentrée du jardin il avait vu passer une pauvre famille si misérable que cela faisait peine â voir et que, n'ayant pas d'argent à leur donner, il avait chaussé Tun des enfants de ses souliers et habillé l'autre de sa redingote' n. Il poussait même parfois cette noble faiblesse jusqu'à donner ce qui ne lui appartenait pas, comme il s'en confessa plus tard, sans trop de contrition d'ailleurs, au comte de Falloux : un jeune étudiant suisse se désolait de ne pouvoir acheter une boite de compas