Im Paix de VUlafrunca, p. 2U
3. Dépérhe du dur de i;rumont, 9 avril 1861, Correspimdance con/ldem' tiellt de II. Thouvenet.
cesser cette spoliation; et, quand le général Fleiiry va signifier à Victor-Emmanuel la reconnaissance du royaume d'Italie, il a mission d'insister tout particulièrement sur ce point. Enfin, sous le prétexte délicat de satisfaire une fantaisie personnelle, l'Empereur rend un nouveau service à François II en lui achetant, pour son compte personnel, le palais des Césars et les jardins Farnèse.
Ainsi s'explique que le jour où Napoléon III mpurut à Gbisleburst, Tun des premiers visiteurs de Camden-Place et des plus émus ait été Toncle du roi de Naples, le comte d*Aquila, disant à haute voix : « Je pleure l'Empereur comme un parent. » Près de lui devait assister à la cérémonie funèbre un représentant du vieux duc de Parme, — père du dernier duc régnant, en faveur de qui il avait abdiqué : on le vit lui-même au service célébré à Nice pour le repos de Tâme de Napoléon III. Quelques années plus tard, nous eûmes l'honneur de lui être présenté à Luchon. Les premiers mots qu'il daigna nous adresser, devant de nombreux témoins, furent ceux-ci : « Je sais que vous avez connu l'Empereur, monsieur?... C'était un bien galant homme ! Je l'aimais beaucoup. Je ne traversais jamais Paris sans aller lui rendre visite ».
On n'apprécierait bien les sentiments de sympathique estime de tous les princes d'Europe pour Napoléon III que le jour où seraient publiées, — mais le seront-elles jamais? — les lettres que ces princes lui avaient adressées, les lettres qu'ils adressèrent, au lendemain do sa mort, à l'Impératrice : en lisant le Journal de la reine Victoria, — publié avec la permission de sa Gracieuse Majesté, — on peut deviner du moins quel genre de séduction l'Empereur avait exercé sur eux.
La Reine d'Angleterre n'était guère prévenue en faveur de son « bon frère >» des Tuileries. Alliée à la famille d'Orléans, ayant toujours entretenu avec celle-ci les plus affectueuses relations, elle croyait bien n'avoir jamais avec les nouveaux souverains des Tuileries qu'un commerce officiel d'amitié
politique. Du jour où elles les connut, du jour où elle reçut leur première visite, elle se sentit attirée vers eux par un sentiment personnel, qui ne devait jamais se démentir. Après cette entrevue de Windsor, la Reine note ainsi ses impressions :
Nous les conduisons à leurs appartements. I/Emperear me met tout de suite à Taise, au dîner, par le charme de ses manières traii- <iuilles... Sa voix est basse et douce; et il ne fuit pas de phrases... Hien de plus poli, de plus aimable que ses façons ; il est si bien élevé, si plein de tact!... Ce beau rêve heureux et brillant a passé comme tout passe en ce monde. La nation est satisfaite; et moi très contente de connaître cet homme extraordinaire, qu*il est impossible de ne pas aimer et même admirer lorsqu*on vit près de lui *.
Après son propre voyage en France, la Reine écrit de nouveau sur son journal :
Qui aurait pu croire que cet homme, envers qui nous nMUons certes pas bien disposes en 1851, pourrait, par la suite des événements et par sa propre sincérité dans sa conduite envers notre pays, devenir non seulement le plus ferme allié de l'Angleterre, mais aussi notre ami personnel?... Albert, qui est par nature plus calme que moi et subit moins les influences personnelles, convient que Ton s'attache extraordinaircmcnt à TEmpereur, lorsqu'on vit près de lui, à Taise et dans Tintimité... Il est si calme, si simple, si content d'apprendre ce qu'il ignore, si doux, si plein de tact, de dignité, de modestie!... Sa société est singulièrement agréable ; il a quelque chose de mt'laucolique, de sympathique qui attire et retient, en dépit des préventions qu'on peut avoir, et sans l'aide do gi*ands avantages extérieurs, quoique pour moi j'aime son visage. Il a, à un degré extraordinaire, le don d'attacher les gens. Les enfants l'aiment beaucoup ; il a été si bon pour eux ; mais judicieux dans sa bonté!... Enfin ce séjour en France restera toujours dans mon souvenir comme un des plus agréables et des plus intéressants moments de ma vie, grdce au temps passé près de l'Empereur, bien autant qu'à ce que j'ai vu de ravissant et de splendide.
1. • Lord Adolphiis Kitz-Gnrrncc m*A rncont^ que le déport de TEmpereur et de riiiipt^ratrire, ce iiiutni, a été très attemlrtssAnt Tout le monde u pleuré, inéuie la suite ; les Inruies oui couiuiencé par les enfants de la reiue, pour qui Tliupératrice avait été très bonne, puis elles ont gagné la souveraine et les demoiselles d'honneur. » Lord Malmesbiiiy, Jlémoiret, 21 avril 1855.
Devant tous les témoignages, tous les faits que nous venons de rappeler, il faut bien reconnaître que si Napoléon III s'était fait une pareille place dans la famille monarchique ;que si, dans cette période de son règne, il avait porté h une telle hauteur sa propre fortune et la fortune de la France, il le devait à la vigueur de son esprit, à la noblesse de son caractère et môme, pour une certaine part, à la séduction de ses manières... Mais ses détracteurs ne pouvaient, ne peuvent encore en convenir; et ils tiennent à lui contester ce mérite comme les autres. Les succès qu'il obtint à cette époque, où il gouvernait seul, sans entraves et presque sans contrôle, — pure affaire de chance! « La fortune Tavait comblé », dit l'un; « il avait à son service une diplomatie vigilante, une armée expérimentée, une marihe aguerrie* ». — « Il avait été constamment protégé par la fortune, durant ces années si pleines », écrit un autre*. Un troisième accentue la note : « S'il avait d'abord paru habile c'est qu'il était servi par les circonstances et porlé^ pour ainsi dire, par les événements*». Un quatrième enfin, contestant ce que nous venons de faire toucher du doigt, ajoute : <« Par un comble de fortune, encore plus que de politique, la France sortit du congrès de Paris presque réconciliée avec la puissance qu'elle avait combattue* ». De quelle étrange façon le servaient les circonstances et le portaient les événements quand il prit la couronne, nous l'avons suffisamment montré pour n'y plus revenir.
Môme sous son règne, on jugeait souvent ainsi les succès de Napoléon III. Le général Ducrot, auquel on n'aurait pu sans injustice, — sa correspondance récemment publiée ratlcslc, — attribuer un excès de bienveillance pour son souverain, ni pour ses chefs, ni pour ses camarades, ni