A. SoRKL, Lectures historiquei, p
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pour personne, reconnaissait cependant, au début de la guerre d'Italie, que le mouvement combiné par Napoléon 111 ' pour tourner Tarmée autrichienne était « une des plus belles manœuvres qui aient été faites dans les temps modernes » ; mais après les premières victoires assurées par cette belle manœuvre, il en concluait que l'empereur avait... « un bonheur providentiel ».
Si du moins on attribuât aux circonstances ^ aux événements^ à la fortune, les désastres de la fin comme les triomphes du début ? Mais on s*en garderait bien ! Dans les triomphes. Napoléon III ne fut pour rien ; des désastres il fut le seul ou le principal auteur. — Nous allons voir si cette seconde assertion est plus justifiée que la première.
1. Cette manœuvre, appréciée pnr le vieux Joiuini connue par le général Ducrot, était liieii la conception personnelle et exclusive de Napo— léon III. L'amiral Jurien delà Gravirrc nous a rac(»nté qu'il avait transporté à Gènes les maréchaux et généraux devant commander les divers corps; qu'il les avait entendus chercher entre eux les meilleures manières d'engnf(er les opérations et qu\iucun d'eux ne soupçonnait encore collo «pie 1 Kuipereur avait depuis longtemps udt»ptée.
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A quelle cause attribuer les échecs de la politique impériale 7 Est-ce à TiuipréToyance de Napoléon III T — Est-ce au gouTemeuient personnel ? — Vérité en deçà du Rhin, erreur au delà. — Le réquisitoire d'un ancien diplomate, r^^'Cuté par lui-niAuic. — La vraie faute de Napoléon III. — Le pacte do IMombirrcs. — LVxpéditJon du Mexique. — Le prestiffr de TEinpirc jusqu'en 1866. — Sadowa.— Prophéties rétrospectives. — Napolédn m « paralysé • par M. Thiers. — Les pronostics. — Surprise générale. — Les pruuicsses de la Prusuc. — Ilien d'écrit I — Protestations royales — «Noire ingratitude ». — Trop de bicnlaits I — Quel rôle Jouent M. do Bismarck et M. de Golti. — > Pourquoi nous ne sommes pas intenrenus militairement apn^s Sadowa. — Le pi^ge du Luxembourg. — Les bonnes paroles de 1867. — Où la diplomatie change de nom. — La Prusse •p^rulo sur nos divipions. — Ce qu'il faut, d'après Louis Diane, pour se faire rcs|>ccter au dehors.
Attribuer la décadence du second Empire & la fortune contraire, quand à la fortune propice on attribue sa grandeur, ce serait, nous le répétons, la stricte équité : serait-ce la stricte vérité? Nous en doutons. Expliquer une série d'échecs succédant à une série ininterrompue d'éclatants succès par la bonne ou la mauvaise chance, c^esl, après avoir raillé le fatalisme de Napoléon III, se montrer beau-
rilairc que le roi Guillaume, éloblissant son budget par ordonnances pour constituer son armée, et traitant son Parlement eomme une quantité négligeable : exemple que son successeur sans doute imiterait à Toccasion*.
C'est sur cet axiome que, selon la mode du temps, un ancien diplomate au service de TEmpire, M. G. Rothan, s'appuyait pour démontrer, dans une série de nombreux ouvrages, que Napoléon III était le principal sinon le seul auteur de notre déchéance : c'est donc à lui-môme, aux aveux lui échappant çà et là que nous allons demander la réfutation de son volumineux réquisitoire.
Prétendons-nous que TEmpereur ne se soit jamais trompé? Nullement. Il a commis, nous le reconnaissons, une erreur grave^ — inspirée, sans doute, comme toutes ses idées, tous ses actes, par un mobile généreux, selon le mot de M^^ de Ronnechose, que nous rappelions au début de ce livre, — mais qui devait avoir de fatales conséquences : prêtant aux autres les sentiments élevés qui l'animaient luimême, il a trop compté sur la justice, sur la bonne foi, sur la reconnaissance des hommes. Il a cru qu'en France il désarmerait l'opposition, au lieu de la surexciter, par ses concessions volontaires; et qu'en face d*un péril national elle seconderait ses efforts, au lieu de les entraver. Il a cru qu'au dehors les souverains qu'il avait obligés, qui avaient solennellement promis de lui en témoigner leur gratitude, se souviendraient de leur promesse. Il a cru qu'une nation.
1. Ati nioii de férricr 1888, M. Magnanl écrivait dam le Figaro : « Cria cni tritte a dire : ce n'est piu parla discuMion, par le luivardage, parce» chiiiitTCfi plut aédiiitantcii de loin que de prêt, que ae font Jei nationi fortes et puituantei. Avec dei chambre», avec des orateurs éminents et broutés, avec dos ordres du Jour et des commissions d'enquAte fur ses nbun de pouvoir, M. de Bismarck n'aurait «'lé que le ministre aventureux d'un souverain allemand de mince importance. •• (> n'est pas seulement lit Krnncr, en 1810, maii l'Autriche, en 1866, que le régime persimnel de la Pnisiie a vaincu. Le comte de Latour, ancien officier autrichien, «écrivait à re sujet, dan« Tf/nirert : • Pendant que la traniif<innalion prussienne, ce f;rnud événement militaire, ■accomplissait à Berlin, les docteurs du parlement autrichien travaillaient à désarmer et à désorganiser l'armée, sous prétexte de faire de léconomie dans les finances. •
dont il avait brisé le joug, tiendrait à reconnaître cet inappréciable service... Napoléon III, à travers les vicissitudes do sa vie, était demeuré tel qu*à Tépoque où sa mère lui écrivait : « Ton défaut étant trop de confiance, il faut que jo sois la froide raison et que je te répète souvent : « Méfietoi ! » Il avait gardé des illusions, peut-être naïves. Biais pour cette naïveté, si cruellement déçue, Thistoire sera moins sévère assurément que pour Tingratitude et l'astuce triomphantes.
Le rang qu'elle avait reconquis au dehors sous Napoléon III, la France ne le perdit qu'en 1866. Avant Sadowa pourtant la politique impériale avait déjà subi de graves déconvenues. En Italie elle s'était vue débordée, compromise par les menées de ceux qu'elle voulait servir, mais non à nos dépens. L'Empereur avait signé le pacte de Plombières avec une entière bonne foi, « avec l'intention formelle de n*cn pas dépasser les limites, convaincu qu'en se prêtant à la confédération de l'Italie du Nord, il assurait à son pays une alliée fidèle et reconnaissante; » M. de Gavour, au contraire, « avec Tarrière-pcnsée de le faire avorter à la première occasion », soit « par les moyens révolutionnaires », soit « en cherchant une autre alliance », pour s'affranchir de la notre'. Napoléon III, qui, — au témoignage du comte de Heust, de Lord Palmerston, de tous les hommes d'état ayant entretenu des relations avec lui, — était un allié si loyal, si correct et si sur. Napoléon III, qui reconnaissait si largement les plus légers, les plus lointains services, n'avait pas prévu cette façon de tenir les engagements pris et de payer les dettes contractées. De là une première source d'embarras, singulièrement accrus par une autre circonstance H laquelle l'Empereur ne s*attendait pas davcintage : « Les libertés qu'il avait spontanément accordées n'avaient servi qu'à fournir des armes aux partis hostiles*; » et, loin de l'aider àapla-
\, G. IloTiuïf, La l'oliiique française en 1M66^ p. 9i. S. /6i(/., p. U.
nir DOS difflcullés extérieures, ces partis hostiles les aggravaicDt eD les « exploilaDt » à la tribuDeoudans la presse.
La campagDe du Mexique dous avait valu de Douveaux déboires, dûs presque eutiërenaeDt à la même cause. Si Ton D*avait pas alors combattu avec acharuement les « expéditions lointaines », pour lesquelles on a montré depuis tant de goût; si Ton avait voulu comprendre alors, comme beaucoup Tout compris et quelques-uns ont osé le dire depuis *, que ridée de relever Tinfluence latine en Amérique était une idée juste et féconde, — Lamartine disait « une idée grandiose », — l'entreprise eût très probablement réussi. Pour en assurer le succès, il eût fallu sans doute reconnaître les Ëtats du sud en guerre avec ceux du Nord. L'Empereur le voulait : le journal de Lord Malmesbury et la correspondance de M. Thouvencl le prouvent'; « mais il trouva contre sa politique tout ce que la France comptait d'hommes éminents : Thiers, Berryer, Montalembert, etc. », présentant la cause du Nord comme celle de la liberté, de la civilisation, soulevant en sa faveur l'opinion publique'; et devant ce mouvement d'opinion, provoqué par ces hommes éminents, il crut devoir y renoncer.
t . Dans une remarquable étude, publiée en 1889, le Moniteur Unitertel^ après avoir rappelé la note du 3 Juillet 1862, où Napoléon III arait résumé les causes elle but^de l'expédition du Mexique, ajoutait : « Lorsqu'il traçait f es ii^ncfl. Napoléon 111, convrnons-en, voyait Juste, très Juste; la preuve, c'est que tout récemuicnt la question soulevée par lui a été reprise et qu'elle réveille partout en Kurope de vives appréhensions... Le danger auquel il voulait obvier n'était pas chimérique. Il a grandi depuis lors, il se rapproche de nous ; vers la (in du siècle il déchaînera en Europe une crific économique fonuidable. J'insiste sur ce point parce que l'histoire, daufi son impartinlité, ne saurait Juger rex|)édiUon du Mexique comme la jugèrent les contemporains. ■
2. Mémoires d'un ancien ministre. Il août 1862. — Carrttpondamce confidentielle de M. Thoyoenel, t. Il, p. 389.
3. Lord One, — c'est-à-dire le prince de Valorl, — Paris^aurmat, 1876 — qualilinit l'expéilition du Mexique d* <■ éclair de génie •. Plus tard, dans le (iautoiê, Henri de Pène disait que • Napoléon III avait eu la vision d'un grand rôle politique et économique à Jouer • ; mais que, pour le remplir, il aurait dCi « prendre parti pour le Sud • et qu'en ne le faisant pas, il avait été inconséquent ». Moins inconaé<|ueot que ceux qui l'en avaient détourné.
11 poursuivît toutefois sa tentative, — mais avec moins de résolution qu'il ne Teût fait quelques années plus tôt, quand il sentait ses mouvements plus libres. Ne voulant demander au Corps Législatif, assez parcimonieux, que des sacrifices restreints, des sacrifices insuffisants, il n'osa faire tout de suite TelTort nécessaire. L'empire mexicain n'en fut pas moins établi, à la satisfaction de la très grande majorité du pays, avec Tacquiescement tacite du gouvernement do Washington K Ce qui ébranla, ce qui finit par renverser ce trùne, un instant fondé, ce furent moins les fautes, graves et nombreuses, du malheureux empereur Haximilien que la bruyante campagne menée en France contre « Taventure mexicaine. » Si les juaristcs écrasés reprirent courage, si les États-Unis se déclarèrent ouvertement contre le nouvel empire, — leur ambassadeur à Paris Ta avoué, — c'est parce qu'ils se sentirent, au Corps Législatif et dans la presse française, des alliés inconscients, dont l'ardeur devait entraver notre intervention et en hùter la fin '.
Ce double échec n'avait pourtant pas amoindri sensiblement notre influence au dehors. Pour comprendre quelle place, à la veille de Sadowa, l'Empire occupait encore en Europe, on n'a qu*à lire le compte-rendu du séjour de l'Impératrice Eugénie à Schwalbach, en 1864, fait par M"»* Carotte, qui s'y trouvait près d'elle. On y verra que rimpéralrice, — ou plutôt la comtesse de Pierrefonds, car elle avait désiré faire ce voyage incognito, — recevait suc-
1. On trouvera des informations très précises sur ce point dans Un essai d'Empire au Me^ri^u^ /par M. Masseras, niicien directeur de VEre nou" velle de Mexico; et dans Le Mexique If l (juil est, par Bl. Doiuenech, ancien fonctionnaire du gouvernement de Maximilicn. Voir notauinient sur 1<'S dispositions des Américains pcMir un régime qui eût été favorable au développement de leur commerce et de leur industrie, pp. 169 et suiv.
2. Au mois d*ao(kt 1855, il y a à Jackson une réunion de soi-disant patriotes mexicains, à. TelTet « d'aviser au meilleur moyen de réaliser uoe souscription dtmt le produit servira à Tachât de deux cannes d pommes d\>F et de deux montres destinées îk MM. Jules Favrc et Ernesl Picard, <|ui n*out pas craint d'adresser de si vertes paroles à leurs infAmes compatriotes. •* (Le Courrier de San Francisco du 3 septembre rendant compte de cette réunion, cité par Em. Oomenech, Le Mexique tel qu*ii et/, p. 169.)
ccssivomcDl les visilcs do la rcino do Ilollando, partie pour les eaux d*Évian el ayant fait ce détour pour la voir un instant, du roi de Prusse insistant en vain pour obtenir sa visite à Berlin, do TEmpereur de Russie ayant quitté Darmstadt pour la saluer, du grand-duc de Bade, lui faisant promettre de ne pas rentrer en France sans s'arrêter à Garlsruhe, — où le roi Guillaume viendra l'attendre, où la reine de Prusse la comblera <c de prévenances et de témoignages affectueux*. »
On le comprendrait encore en se rappelant ce que disaient les journaux étrangers de la France et de son souverain, dans les années qui précédèrent le succès décisif de laPrusse ; ce que disait, par exemple, le Globe, en 18G3, à propos de ridée de Congrès lancée par TEmpereur : « Ce n'est que du maître suprême des immenses ressources de la France que pouvait venir un tel projet... L'Empereur Napoléon III occupe une situation exceptionnelle; il est lui-même une instiLution européenne; et il se sert avec un grand tact des forces de cette situation; » — ce que disait, en 1864, la Gazette de Berlin, après avoir rappelé nos succès militaires de Crimée et d'Italie : « Ce qui dépasse tous ces faits glorieux pour l'Empereur des Français c'est l'époque actuelle, où la France n'a rien fait et où pourtant elle dirige d'après sa volonté tous les cabinets de l'Europe; ce fait manifeste son influence d'une façon plus évidente que tout ce qui est arrivé jusqu'ici; » — ce que disait, le 29 août 18C5, le Morning Post : « Quand nous considérons tout ce qui a été fait par l'énergie et la sagacité personnelles de l'Empereur, nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître que la France a élu un grand homme pour son chef... Elle doit être fière de son choix; >» — ce que disait, à la même époque, le Mot^ing Chronicle : « Quand l'Empereur des Français parle, le monde entier écoute. Le premier des Césars dont il a étudié la vie n*a jamais concentré entre ses
1. Souvenin inlimei de ta cour de» Tuileritê^ t. III, p. 10 à 5S.
:f,vA< uno pareille puissance. Napoléon III ne 8*en sert que
;;v r;ùrt> progresser la France et Thumanité. » Si nous ne v^>Ati;iuons (le fatiguer le lecteur, nous pourrions continuer f.uUMluiment ces extrais.
M« lo comte Bernard dllarcourt, ancien ambassadeur !«v'OH M. 'Hiiers, et sous le maréchal de Hac-Hahon, a donc parrailement raison de dire que « le déclin commence à Topoquo de Sadowa » ; que jusque là « Tautorité de Napo- It^oii III n'était pas contestée, l'Empire conservait tout son prestige » ; que « si 1870 a mérité le nom d'année terrible, 1 8Ur> fut Tannée décisive ' »... Et cependant l'Empereur avait tpielque droit d*espérer qu'elle serait Tune des plus heuroiisos et des mieux remplies de son règne ! « Gomme la plupart du monde ne s'attache qu'à l'apparence des choses, l'événement seul règle leurs jugements ; et jamais un dessoin no leur parait bien formé, ni bien suivi lorsque l'issue n'est pas favorable * ». Les prophéties rétrospectives sont faciles. Les événements accomplis, tout le monde déclare qu'ils ne pouvaient manquer de s'accomplir et se vante de les avoirprévus,alors qu'il eût souvent suffi de bien peu pour Icur^ donner un autre cours. Malgré son issue défavorable nous persistons à penser que le dessein de Napoléon III à cette époque avait été u bien formé et bien suivi »; que s'il perdit cette partie décisive, ce ne fut pas faute d'avoir réuni entre ses mains, avec une rare habileté, les meilleurs atouts; qu'il pouvait se croire à la veille d'obtenir à la fois, et peut-être sans un seul coup de fusil : le règlement de la question italienne, la conclusion d'un accord durable avec la Prusse et la rectification de nos frontières de l'est.
Comme il n'avait pas précisément pour la .souveraineté pontificale les mauvais sentiments qu'on se plaisait à lui attribuer, u la délivrance de Venise avait pris chez lui le ca*