‹ Napoléon III intimeChapitre 94 sur 114 · Vie du cardinal de ttonneckoêf. T. t. p · texte numérisé non relu

Vie du cardinal de ttonneckoêf. T. t. p

4. Lettre (lu vicomte de Melun à M. de Laenuibe. 7 ao6t IS68.

30e NAPOLÉON m INTIIIE

pays, disent les jeunes royalistes du Gaulois, un chef militaire, démocratique et populaire... Le pays n'a d'autre conception de ta monarchie que l'Empire, avec ou sans Bonaparte... La monarchie ne peut £tre aujourd'hui que démocratique et impériale... M. le comte de Paris devra être un roi militaire, un empereur dons le vrai sens du mot », c'cslà-dire, « exercer un pouvoir personnel, autoritaire, religieux et militaire*. » PUis prudemment, leurs aînés émettent à peu près le m£me avis. M. Hervé, dans le Soleil, engage M. le comte de Paris à s'approprier « ce qu'il y a de bon dans l'héritage des Napoléons, c'est-à-dire la conception d'une démocratie organisée ». M. Vacherot réclame dans le Cofrespondant une » monarchie démocratique » où on ne laisse le Parlement « ni gouverner, ni administrer ».

he Journal des Débats proteste, il est vrai. C'est pour lui un « triste spectacle » de voir un parti, si ardent jadis A comhattrc l'Kmpirc, » déclarer maintenant qu'il s'étiût trompé, et que le régime politique qu'il a tant attaqué est l'idéal auquel il faut revenir ». Mais ce triste exemple, il se verra forcé de le suivre, lui-même, en une certaine mesure. Son optimisme, après avoir longtemps résisté à la leçon des faits, fmira par y céder; il y a peu de mois, il en faisait le pénible aveu'. Quant à la Revue des Deux Mondes, elle

il^piit^ qui i'eiupri>*sait auisilAl d'aller \t mnlcràla l'alrit, <fat Ma Idtal ilu (louvRrnriiii-nt Ëlait ■ In ronnlitiitiim de ISSi. i:'cit-Â-dirv l'irrotpuBMliilili des uiinittrei. ■ — Un île k-i amis, M. l^sKUillicT, (|ui fut loua-tecré- Inire d'I^lal, nu rraignnil |ias, liii,ilc le dire (ont liaut,>lu rëcrire luânteen INR] : ■ La *érilab1e cauip <lc l'eiagiralion dci dépenses, «lu déOcU, c'eit que dan* noire lyilèine pi)lilique aeluel, la respnnMbiliU u'eiiate nulle part... Tel que niiui lu praliqimni, lu rt|j'<>iB parivuicnlairo ait le plus ilétcilable dei régimci. ■ I. Artirlfs de MM. Lniiii Tesie et Cornély, publidi en ISU. i, ■ Depuis vin^I ans nmis nvnn* jierdu t|u<-lqiii's-iiiiri de m» illuslMia.

Notis avi>ns appris qnr! !<■ (T'iuvprncnieiil pnrlii iliiin-, fi regretté Ja

lï-litc ilu laFratin- au tciiipii de Nnpuléun III, peut è Ire fauMC, liênaturé,

pervrrti dans In pratique, mi iiuiiit ilc nimiironiellrc le bon iirilra adnlt-

': uiilralif et dnlToilitir h ]\'tct». [iinui les fourtionnaircs, couinte dan* la

\ public, le lenliuienlili' l'niitunlv. ■ J. hitlt. Journal dti IHbali, i7 OClobrc

Tavail prôcédô dans celle voie douloureuse, adineltanl comme un fail « absolument ccrlain » que « le régime parlemenlaire, dans un élal démocratique, est incapable de faire de bonne politique étrangère * » ; qu'il ne fait pas de meilleure politique intérieure; qu'il revêt « les formes d'un gouvernemeit libre », et sous « ce déguisement », cache en réalité u un absolutisme impersonnel » ; qu'on s*élait donc bien trompé jadis en s'imaginant le contraire. « Il semblait de loin qu'en remettant le pouvoir aux mains de la nation, on aurait un gouvernement plus dégagé de vues particulières, plus libre de l'esprit de coterie, plus ménager de la fortune publique ou n'en disposant qu'au proGt de tous, un gouvernement, en un mot, plus préoccupé de l'intérêt général. Naïve erreur, dont Texpérience a partout fait justice!' » A ces aveux, suivis de bien d'autres, elle vient d'en ajouter un plus net encore, en déclarant qu'entre le parlementa- ; risme et la démocratie il y a une incompatibilité <c naturelle », / qui doit « inévitablement » les mettre aux prises; que u la / démocratie aime l'état autoritaire ci le nécessite »; que, d'ailleurs, dans les conditions où se trouve TEurope moderne ; il ne saurait plus y avoir que » des démocraties centralisées ^ et aulorilaircs ou des dcspotismes purs et simples'. » Et j voilà comment les libéraux-conservateurs comprennent/ aujourd'hui la France npucelie. Si Prévost-Paradol revenait en ce monde!...

Les malheurs du pays et leur propre expérience ont dessillé leurs yeux. Ils disent maintenant, avec Bl. Jules Simon :

1. K. lit Lavrlitc. Le Bégime ParUmentairt ei Ut Démocratie. N* du 15 (léceiiibre 1R82.

i. W Lciiot-Ueai i.ir.iî. Le» Mécompte» du LibéralUme. N* du 15 mai I8S5. PfndAiit (|iir M. P. Lrroy-Beauliru parlait ainfi dam la tietue de» beuj- Monttrt, ton friiT dirait, dani lEconomUte : • Pour qu'une aascuibléo ccmc do f^n^iùllrr rtdc tout dcfi(iriraniirr, îl faut qnr net pouToîn «oîrnt réduits. Oui. il faut réduire Irs pf^uvoin flnancirri. peu t -être uiî^uie les attributions lrj:i«l.ili>r< ilr 1.1 Clmuihrf*. •

M. Kr. MrMcunrd allait plut loin dans le Figaro, Constatant • la faillilr inronlr^tnble • du lilicralisme, il demandait qu'on supprimât la publicité des Bi-anrr!i. ~ roiiiuir avant le 21 novruibrr ISGO!..

3 F*orrr. Tocqurvillf. .%• du l''férrier 1894.

« Le devoir, c'est la patrie; la liberté même vient après ^ » Ce sentiment les honore : mais pourquoi ne l'ont-ils pas éprouvé plus tôt? Pourquoi a-t-il fallu que leur tardive éducation se fit à nos dépens? S'ils avaient compris autrefois ce qu'ils comprennent enfîn; s'ils avaient considéré le régime parlementaire comme ils le considèrent à cette heure, ils n'auraicntsans doute pas, à seule fin de le conquérir, exploité, aggravé les difficultés extérieures du gouvernement impérial et l'auraient plutôt aidé à en sortir. Nous n^aurions pas perdu deux belles provinces. Le budget de la France, le budget de Paris, qu'ils se flattaient de réduire sensiblement, n'auraient pas été doublés. Les intérêts religieux, qu'ils croyaient servir en faisant le jeu des libres-penseurs, ne seraient pas opprimés; le Pape, qu'ils croyaient défendre, en le dissuadant de la moindre concession, ne serait pas prisonnier au Vatican, etc.. Ceux dont les ce naïves erreurs » ont eu de si graves conséquences, ne devraient-ils pas se montrer modestes, indulgents et contrits?

S'ils pouviiicnt faire leur examen de conscience à fond, se juger sans faiblesse, sans ménagement, — comme on juge le prochain, — ils en conviendraient. Ils ne le peuvent; un homme, fût-il empereur, confesse parfois ses fautes; un parti, jamais ^ Attendons ! Ce qu'ils n'avoueraient pas, l'impartiale postérité le dira pour eux. Elle cassera le cruel verdict prononcé contre Napoléon III par les partis coalisés qui Tavciicnt détrône et se montrera, nous en sommes certain, plus favorable à l'accusé qu'aux accusateurs.

Nous avons bien le droit d'escompter cette justice de l'avenir; car on lui a déjà dicté son arrêt de révision. Qui

1. Ce iiiHt termiimit un article publié par M. Jules Simon, dans le Jour» nul (tes Itébats, sur 18fi, le beau livre de M. II. Iloussayc.

2. Nous en avons enotire eu tout réccuinient la preuve «laus un récent article de M. II. de Laconibe, où nous avons lu, — et uiruic relu, pour^tre bien sur (pie nous ne nous trompions pas, — ce (|iii suit : « M. Emile Ollivier écrit que •< les défaillance;* du pouvoir furent rendues niortellet par les acharnements de Topposition. •• Où? Ouiiment? A f|ncllc date? Sur (|uelle question ? » i'urits}Hjndant, lu décembre 18UI.

donc? Quelque officieux de l*Empiro7 NuUemcnl; un de SCS anciens ennemis, ayant partagé jadis les illusions, les préventions do tous les autres, s*en étant repenti, et ayant eu le rare courage de le dire : le comte Armand de Pontmartin, qui, peu de temps avant sa mort, écrivait cette page éloquente :

« La fatalité qui s'acharne contre la France depuis soixante ans n'a pas eu de symptôme plus caractéristique et plus sinistre que le vent de folie qui souffla après le coup d'État et Tavènement de l'Empire sur l'élite de la société parisienne. Quand la véridique histoire dira qu'il y a eu un moment où Napoléon, le plus doux, le plus débonnaire des tyrans, passa pour un Néron, où, en dépit, de la terrible leçon du 24 février 1848, les gros bonnets de la droite se coalisèrent avec les éternels fauteurs d'anarchie politique et sociale; quand elle ajoutera... que l'Académie française, oubliant le précepte de la sagesse : c< L'abus de la faiblesse n'est pas plus permis que l'abus de la force », s'ingéniait matin et soir en taquineries puériles contre l'Empire*; que Uerryer patronna la candidature académique et néfaste de Jules Favre et fut son parrain, qu'il prit part, presque octogénaire, a la souscription Uaudin; qu'cuQn un des esprits les plus éminents, les plus justes et les plus fms de notre époque, M. Vitet, sous la pression de nos désastres, en face des Prussiens vainqueurs, de Paris assiégé et affamé, de la France envaliie,

I. Le» acadéuiicient, quand ils ne comparaient pai Napoléon III à Néron, le comparaient à Vitelliui, — maii pour le mettre au-deiioui. On croit que nous eiagérons? Nullement Aprri avoir rap|>elé que Vîtelliu» ruinait ^on empire m feitini, qu'en huit mois il avait ronsarn^ 180 millioni de iiotrr mnriimie à sa table. M. Ileulé ajoutait : ■ Cette fai^on de dévorer est pourtant plus innocente que d'autres familières aui despotes. • Os autres faisons, que très clairement mais très c«Jomnieusement il attribuait au gouvernement impérial, il Ici définissait ainsi : • Accabler le présent d'impôts et l'avenir de dettes... accabler de mépris les honnêtes frens p<»ur (aire fleurir les audacieux et les coquins... inspirer à un |>euple le dégoût de ses devoirs et de la lil>erté. l'endormir dans une incurable molleise, le livrer éuervf^, vicieux, amolli aux révolutionnaires et aux usurpateurs: vnilà bien dos manières de dévorer qui sont plui fuoeslei aui empires que I appétit d'un Vilellius. •

ugonisanle, mutilée, écrivait cette phrase monstrueuse : <c La chute de l'Empire nous dédommage des malheurs de la guerre ! » — quand l'histoire racontera tout cela et bien d'autres choses encore, on refusera de le croire, ou, si on le croit, il sera trop fîxcile de s'expliquer les catastrophes finales \ »

i. Souoenin d'un vieux critique. T. 1, p. 120.

.ÏJ.

L'opinion souTer&inc, niaii irresponsable. — A Berlin! — Si Ton y était allé ? — Napoléon III Toulait-il la guerreT — Comment Taurait-il Toulue? 1^ Plébiscite. — La santé «le l*Euipereur. — Où elle avait commencé à s'altérer. — Maladie inconnue. — Consultation du SO Juin 1810. — > Pourquoi Napoléon 111, quoique malade, voulut partir avec raruiéc. — Dans quel but l'opposition caresse et impose Baxaine. — Ce qui en résulte. — > Napoléon III ne commande plus. — Ce qu'il prévoit et ne peut empêcher. Torture physique et morale. — Sedan. — Napi>léon III sur le champ de Iwtaille. — Le drapeau blanc. — Entrevue de Napoléon 111 et du roi de Prusse. — ■ Une page d'histoire • comme on en écrivait alors. — Deux lettres de l'Empereur après la capitulation. — > Blessure mortelle.

Au mois de novembre 1879, un député radical, qui fut depuis Président du Conseil, faisait un crime au ministère exisUintd*avoir nommé des fonctionnaires hostiles à la 1(6publique, — qu*il leur avait pourtant recommandés de sa main : il n'avait pas le temps, il ne pouvait so donner la peine d*examiner si ceux qui sollicitaient son appui le méritaient; mais, le ministre aurait dû « se renseigner sur eux » avant de les accueillir, et « être assez ferme pour no pas faire de telles nominations. » Ce protecteur furieux de rintérét témoigné à ses protégés, étonné qu*on n*ait pas la fermeté de repousser les recommandations qu*il avait lui-

mftmc la faiblesse d'accorder, parut fort plaisant; et le public s'amusa pendant quelques jours à ses dépens.

C'est ainsi pourtant qu'en 1870 Topinion se comporta à l'égard de Napoléon III. Endoctrinée par les meneurs de l'opposition, elle l'avait contraint à se dépouiller de son pouvoir. Elle avait voulu mener les affaires, par la presse, par la Chambre, et prétendait les mener beaucoup mieux que l'Empereur, étant plus sage et plus éclairée que lui. Au moment où surgit la question Hohenzollern elle avait le gouvernail en mains. Le Journal des Débats le constatait avec joie : « On aperçoit ici, disait-il, la différence fondamen^ taie qui existe entre le régime parlementaire et le régime personnel en ce qui concerne les affaires extérieures... C'est à l'opinion publique qu'il appartient en ce moment de manifester sa volonté » : la Chambre et le ministère y de» vront obéir.

Dans quel sens se manifesta cette volonté, nul ne l'ignore. Surexcitée, chauffée à blanc par les journaux lies* tiles au gouvernement qui, pour le discréditer, lui jetaient sans cesse à la face « l'humiliation de Sadowa », l'opinion était peu disposée à subir un nouveau camouflet de la Prusse ' . Le gouvernement semblait-il vouloir éviter le piège tendu, par une transaction acceptable ? Une protestation véhémente de ces journaux la soulevait de nouveau : « Bismarck s'est trompé, disaient ces fauteurs d'indignation publique, — que nous ne voulons pas nommer, mais que nous citons très exactement ; — nous ne sommes plus en 1866. La France républicaine ne supporterait pas un tel affront; la France monarchique doit-elle le supporter?... » « Ce serait la pire des humiliations »; ce serait la «honte »; il n'y aurait plus « une femme au monde qui acceptât le bras d'un Français » etc. A de telles excitations notre tempéramentimpressionnable et nerveux ne pouvait résister; à plein'

1. « Aprt^s ravoir désarmé, ^ disait M. Cornély, en 1887, — Toppoii-^ tion poussait TEiiipirc à lu guerre, en 1 affolant par ses interpellâtiont^' en l'accusant de laisser infliger un affront & rorgiicil national. •

gosier et d'une seule voix la foule s'écria : « A Berlin ! Celait « un entraînement universel » auquel le gouvernement dut céder. « La France est debout, nonlaFrance d*autrefois, la France d'il y a quelques années, qui subissait une politique; mais la France qui vient de renaître à la liberté. » Même après nos premiers désastres, même après le 4 septembre, un journal républicain qui prodiguait à rEmpereur les outrages les plus sanglants, eut la franchise, alors exceptionnelle, de reconnaître sur ce point la vérité : a Ce n'est pas Napoléon III, disait-il, qui a, de [son chef, déclaré la guerre : nous lui avons forcé la main. »

Que nos troupes entrent « à Berlin », ceux qui ont ainsi forcé la main à Napoléon III en revendiqueraient naturellement le mérite et Thonneur. Entre « la France d'il y a quelques années » et « la France qui renaît A la liberté », ils feraient une comparaison, qui tournerait à leur gloire, A la confusion du gouvernement personnel. N*avaient-ils pas raison de vouloir prendre les réncs ? N*était-ce pas à leur résolution, à leur énergie qu'on devait cette revanche?... Mais nous n*cntrons pas à Berlin; les Allemands au contridre marchent sur Paris et vont y entrer : tout le monde aussitôt se dérobe ! Un aurait signé des deux mains la victoire, on ne se soucie pas de signer la défaite. C'est à Napoléon III seul qu'on doit Timputer. Si l'opinion a été irréfléchie, imprévoyante, en poussant l'Empereur à la guerre, l'Empereur ne pouvait-il avoir de la raison pour elle? Au lieu de se laisser troubler par ses vociférations belliqueuses, au lieu de céder à « l'enlralnement universel », ne devait-il pas avoir « la fermeté » d'y résister?... Gomme le député radical dont nous parlions tout à l'heure, Topinion et les meneurs de l'opinion étaient furieux d'avoir été obéis.

Mais puisqu'on devait avoir encore besoin de la fermeté de l'Empereur, pourquoi lui avait-on enlevé tout moyen d'action efricace?« I^ France m'a échappé des mains », disait Napoléon III au lendemain de sa chute : de ses mains ligotées comment pouvait-il la retenir?

K'ti

V^us\ |HMir son compte, il ne désirftt pas la guerre, à .>o itK^itii^nl du moins, on daigne enfin le reconnaître'. On kiàwnx |ui le deviner, en lisant sa proclamation à l'armée, ,(iiiiouc»nt une guerre « longue et pénible ». Il ne croyait imrt \a victoire impossible ; (et elle ne l'était pas, après tout : tv moindre succès, au début de la campagne, aurait pu chaiiKt^r radicalement la face des choses;) mais il la croyait Ii6a iiici^rtaine; (et, quoi qu'en dise une autre légende, liuipAratrice ne voyait pas avec moins d'angoisses s'engager ct*ite redoutable lutte*}. Il la savait inévitable, sentant la Prusse bien résolue à nous pousser à bout'. Biais, pour l'affronter, il voulait avoir ses mains « pleines d'alliances », Hcs magasins pleins de canons RefTye; il voulait surtout attendre un cosiâs belU^ où l'intention de nous provoquer fAt assez manifeste pour nous assurer les sympathies hésitantes de l'Europe. Dans les conditions où elle se présentait, en juillet 1870, il la jugeait périlleuse. Au moment de partir, il le laissait clairement entendre à Mgr Darboy : « Le jour môme du départ de l'Empereur, l'archevêque de Paris se rendit à Saint-Gloud pour y dire la messe... Un dernier entretien avec le souverain laissa à Mgr Darboy une impression de tristesse, qui venait autant de la solennité des circonstances que de l'accent grave et doux avec lequel

1. « L*Rinpcrciir répiif,'nait pcnonnclleiiicnt A la guerre. » {tje Temps, 7 mai 1887K — «A ccUe heure, niun opiniou est faite : ce n'est pas Napolét»ii m, malgré une certaine légende, qui a voulu la guerre. • Comte de Kératry (Figaro, 24 Janvier i8U4.) — « Napoléon III ne voulait pat la guerre; \\ Ta subie... Ce souverain autoritaire céda devant le vœu populaire. » (Ch. Léser, Gil /}(a«, 2 Janvier 1888. •

2. « L'Impératrice a toujours pmtesté contre ce mot : • C*eit ma guerre... » Ce qui est certain, c'est quVi la sortie du conseil où venait de se décider le S4>rt de la guerre et de la d^nfiastie, elle demanda anxieaie- Hient û M. de Parieu ce qu'il pensait des résolutions prises : « Je peoM, Madame, dit le président du Conseil d*Êtat, que si l'Angleterre devait trouvrr demain une formule qui lui permettrait d'éviter la guerre, elle aurait bien mérité de la France. — Je suis bien de votre avis, répondit l'irapératrice. » G. Uotiuii, V Allemagne et Vltalie.

3. M. de llismarck l'a souvent avoué depuis. 11 y a trois ans, à M. Ilugoea Leroux, venu pour Vinlem^iever, il disait : « J'avais besoin d*une guerre pour refonilre toutes ces vieilles monnaies allemandes. Le premier prétexte a été bon. Si celui-là n'avait fias été bon, — un autre!»

le chef do rÊlat parla de la guerre el de ses hasards*. >» Pourquoi Napoléon III, d'ailleurs, eûl-il été si impatient d'en finir? Pour rasseoir plus solidement son trône ébranlé? Gomment 1 Le lendemain du Plébiscite ? Quand ce nouveau verdict national venait de constater Timmense majorité de ses partisans, Tinfime minorité de ses ennemis coalisés, il aurait été jouer le sort de sa dynastie raffermie sur une carte aussi chanceuse *! Qu'on Tait dit en 1871? soit! On peut tout dire, au lendemain d'une révolution, et tout faire croire : aujourd'hui, qui l'admettrait?... L'Empereur avait, au surplus, une autre raison pour ne point désirer la guerre, pour souhaiter même qu'elle fût ajournée — étant bien résolu, si elle éclatait, à y prendre part, — c'était son état physique. Ce qu'il était alors, et depuis plusieurs années déjà, nous devons le rappeler avec quelques détails.

Napoléon 111, né chétif, avait vite acquis une constitution vigoureuse; par l'habitude de tous les sparts il Tavait constamment fortifiée, jusqu'au jour où à une vie active avait succédé pour lui le repos de la prison. A ce brusque changement d'existence, à l'installation défectueuse de son logement où l'air se glissait de tous côtés, aux vapeurs malsaines s'élevant des fossés qui bordaient et des plaines marécageuses qui entouraient le fort, cette robuste santé n avait pu résister. Le 20 août 1815 le prisonnier de Ham écrivait à son père : « J'ai de fortes douleurs rhumaiiS' maies, que /attribue à r humidité du pays et au manque d'exercice. » C'était le germe d'une maladie, affectant les nerfs de la peau, — hyperestésie locale — qui, toute sa vie, devait le faire fréquemment et violemment souffrir.

t . HUtoirt de la n> de Monteigneur ikirboy, {var Mf Foulon.

i. Dam uo livre animé d'une Tiolente hostilité contre l'Euipire, on lit : - Ui lenilrmain du vote l'était produite cette détente qui suit lei crises lifoloii^éci. . . Il paraissait que le plébiscite avait fait à l'euipire et aux parti! une situation que. p<iur de longs Jours, rien ne pouvait changer.... Les rt^pulilirains, déçus dans leurs espérances, pensant que, de longtrnip*. l'm ration devait leur manquer pour diriger contre Teuipire une «ttaqiir rouniic crilr dont il venait de triompher, restaient découragés. • Th. Uuret, Iliitoire de ^ualrt oju, p. 10.

4H NAPOLÉON III IMINE

Oimine il n'aimait point à se plaindre, on le sarailpea. niAtnc autour de lui. Plus d'une fois les invités des Toile- Tum, les personnes de sa maison virent l'Emperear eolrer Hourinnt dans la Salle des Maréchaux, sans soupçonner qnel elTort de volonté il lui fallait pour retenir une grimace de douleur, sans se douter que, pour bïre devant eux bonne contenance, il venait de se griller la main ou le bras i la flamme d'une bougie, dont la brfilure lui procurait un soulagement momentané ! Pendant longtemps on ne le soigna que pour cette affection. A peu près chaque année il allait prendre, & cet effet, des eaux qui devaient provoquer, on, du moins, développer activement en lui une autre maladie plus grave, se manifestant par des malaïsus plus fréquents, des souffrances plus vives, sans que les médecins, — à l'examen desquels le malade se prêtait peu d'ailleurs, — pussent en indiquer exactement le caractère. Au mois de mai 1861» Napoléon 111 écrivait à l'Impératrice : € Je me sens mieux; cependant je t'avove que ces douleurs sourdes que réprouve dans les jambes m'tnquièlent, parce que je tuis persuadé que cest le symptôme d'un mal quonpourratt guérir si les médecins savaient en découvrir la cause ■.

l>a maladie, vaguement soupçonnée par les uns, niée par les autres, et qu'une opération opportune aurait pu enrayer, suivait son cours. En ISCJ, au camp de Chàlons, une crise violente, — et sur laquelle l'Empereur ordonnait au médecin qui le soignait alors de garder un silence absolu, — en trahissait déjà les progrès alarmants. Elle fut suivie de plusieurs autres, supportées avec un courage, une énergie, qiû en dissimulaient à tous la gravité. Parfois cependant le mal triomphait de cette rare énergie et l'Empereur devait s'avouer vaincu par lui. Le 2 octobre 18(î7, il écrivait : * Je me remets tous les jours. C^endant il me faut encore beaucoup de ménagements, j'ai fait aujourd'hui une grande promenade à pied, mais je n'ai pu rester en voiture » ; « et deux ans après, au mois d'octobre 1869: « Tout te monde me fait compliment sur ma bonne minet

mats mes forces ne reviennent pas^Je naipu continuer les chasses quoiqu'elles fUsscnt très raccourcies ».

L*Iropéralrice s'inquiétait vivement des progrès de ce mal dont le principe restait inconnu. Ayant entendu vanter le talent du docteur Sée, la sûreté de son diagnostic par M"** la duchesse de Mouchy, elle conjura l'Empereur de le voir. Napoléon 111 flnit par céder à ses instances, après y avoir résisté longtemps, — d'abord parce qu'il aimait peu les flgures nouvelles, ensuite et surtout parce qu'il craignait de blesser ses médecins ordinaires, en paraissant suspecter leur clairvoyance.

Le docteur Sée fut appelé à Saint-Gloud, le 20 juin 1870. 11 ne Qt pas connaître à Napoléon III son diagnostic; mais, dans la conférence qu'il eut ensuite avec les autres médecins, il le leur indiquait nettement : L'Empereur avait la pierre, on aurait déjà dû l'opérer. Les raisons sur lesquelles il appuyait son opinion ne semblaient pas décisives à ses confrères. Ceux-ci admettaient bien l'utilité, mais non l'urgence d'un sondage. A l'Impératrice, qui attendait avec anxiété le résultat de leur conférence, n'ayant pas voulu, par égard pour eux, interroger directement le docteur Sée, ils répondaient simplement que celui-ci était tout à fait d'accord avec eux sur la nature de la maladie, comme sur le traitement à suivre; et, rassurée parleur réponse, l'Impératrice s'empressait d'écrire à la duchesse de Mouchy pour la remercier d'avoir eu la première idée do cette consultation, qui mettait fin à ses cruelles inquiétudes.

Pendant ce temps, le docteur Sée consignait son diagnostic dans une note qui devait être signée par les autres médecins. Cette note fut adressée au docteur Conneau le .'J juillet, c'est-à-dire le jour où le duc de Gramont demandait des explications par télégramme à Berlin, sur la candidature llohenzollern. Parmi les papiers qu'après le 4 septembre, on saisit chez le docteur Conneau, on retrouva la lettre que celui-ci avait reçue, encore cachetée et ne portant que la signature du docteur Sée. On s'empressa de la publier

4011 NAPOLÉON III 1>TIUE

dans le recueil des Papiers secrets'. L'impératrice n'en sut rien, se souciant peu de connaître ce recueil que d'ailleurs on ne laissait pas arriver jusqu'à elle. C'est plus tard seulement qu'elle en fut instruite. Causant, vers la fin de décembre, avec M™ la duchesse de Moucby, des mauvaises nouvelles que, le jour même, elle avait reçues de l'Empereur, rimpéralrice les attribuait au climat fort rude de WillielmshoBhe ' et exprimait l'espoir qu'il se trouverait mieux de celui d'Angleterre. Par sa réponse, la duchesse do Mouchy laissait voir qu'elle partageait peu cet espoir et qu'une opération lui paraissait inévitable. « Une opéraUon ! s'écria vivement l'Impératrice, très troublée... Que vouletvous dire? L'Empereur aumit besoin d'être opéré? — La consultation du docteur Séc ne le prouve que trop I — Quelle consultation? » Et la duchesse de Mouchy, comprenant que l'Impératrice ignorait encore la vérité, eut la douloureuse obligation de la lui apprendre.

C'est en de telles conditions, — ne se sachant pas sans doute atteint de 1» pierre, mais étant en proie aux atroces douleurs causées par cette maladie, ne pouvant, certains jours, rester à cheval, ni même en voilure, sans en éprouver une recrudescence, — que, par un caprice intéressé, l'Empereur eût provoqué celle guerre " longue et pénible », en eût volontairement affronté tes fatigues et les risques I Des adversaires aveuglés par la passion pouvaient seuls le dire : le croyaicnt-ils eux-mêmes?

Pourquoi donc, en un tel état de santé. Napoléon III allait-il se mettre lui-même à la tête des troupes?... Quand il avait

1. Pourquoi le docteur Oioiicaii. le pliii honm^le eX te plu* c(inicl«IHl«ux (le* hi>iuu)c*, ■vait-il |;arilé re sccrel piiurlui?lteil mort uni vouloir ■'«• (iliqucr à i-eICKard. Il avail cru ccrlalnumuiit aoiriiuur le mteui.et, Mlon toute «iipareuce, avait craint de tr»ultlur, à une piirultle licuro, l'intpératrkc et rKuiiuTCur. en leur faliaut coiiiintlri! un (liii);iio*Iic, doDlIviconcluiioni lui icuililiient bcaucau]i trop aluriuiitui.

2. Il yavail^â Willii-lmahoilir, li In (Inde <iûccmtiru, ajdegrft de froUl.el rEuipcrcur, ri.-venaiit il'AlKéric, en IHtiS, diMit que la chaleur de ce paja lui avail fait grand tiieu : •■ le vouilrai* loujoura vivre aoua 80 degré» Kalirciuliot ■, ajouluit-iL

voulu commander Tarmôe de Grimée, quand il avait com*> mandé celle d'Italie, on avait prétendu que c'était par gloriole, pour le seul plaisir de voir son proQl lauré sur les pièces de cent sous. Mois, en 1870, à la veille d'une campagne plus redoutable et dont il savait Tissue plus douteuse, n*avait-il pas un intérêt manifeste à se reposer sur les lauriers de Magenta et de Solférino?... Le sentiment qui le poussait en Allemagne, comme il Tavoit conduit, en Italie, était plus élevé : c'était le sentiment du devoir, dont il était pénétré, auquel, en toute circonstance, il avait obéi, et qu'il poussait, à cette heure, jusqu'à l'abnégation, jusqu'à l'héroïsme. Parmi ceux qui allaient bientôt Taccabler d'ignobles injures, combien, atteints du mal qui le rongeait, eussent été capables d'un pareil effort?

Napoléon 111 estimait en effet que là où étaient les soldats de la France, il devait se trouver lui-même. Plus il redoutait pour eux les épreuves de cette campagne, plus il tenait à les partager avec eux, et même, — sacriGce bien plus méritoire encore, — à y associer son Gis. Ayant pour ce Qls, tendrement, passionnément aimé, le même genre d'ambition qu'il avait eu pour lui-même, Napoléon III voulait qu'il se montrât digne de son nom, digne du trône, où il rêvait de le foire monter prochainement à sa place. Sa dernière joie, en ce temps douloureux, fut de voir avec quelle vaillante insouciance, cet enfant de quatorze ans avait entendu, pour la première fois, le sifflement des balles : joie noble et louchante qui devait être pourtant méconnue, travestie et raillée! « Ils n'ont pas même compris cela! » répéliiit, — nous assuret-on, — l'Impératrice, plus sensible à cette injustice qu'à aucune autre.

Ce n'était pas seulement pour partager, quel qu'il fût, le sort de son armée, que Napoléon III allait se mettre à sa tête, — comme allait faire le roi Guillaume, âgé de soixantetreize ans, comme avait fait, en 1866, le roi Georges de Hanovre, valétudinaire et aveugle. Il savait, comme eux, qu'à la guerre la première garantie du succès est l'unité de

110 NAI'ULËON 111 INTIUE

direclion, la prompte obéissance de tous au commandement supérieur. Il saviùt que, devant un ordre de l'Empereur, un ordre donné, en son nom, par son chef d'état-major, s'effaceraient aussitAt ces rivalités entre chefs de corps, ces velléités d'indépendance et d'initiative individuelle, qui furent si fatales, à d'autres époques, et se reproduisirent, pour notre malheur, dés qu'il eut résigné son commandement. Mais ce qu'on trouvait bon de la part des autres, il fallait le trouver mauvais de la sienne. Le roi de Prusse faisant campagne, malgré son grand âge et le roi Georges V, malgré sa cécité, — comme Saint-Arnaud s'cmbarquant, presque moribond, pour la Crimée, — avaient donné, de l'aveu de tous, un noble exemple : on bidmail Napoléon III de l'avoir suivi, au lieu de rester A Saint-Cloud pour soigner ses maux I

Blême intéressé d'ailleurs ! Manoeuvre de parU se cachant sous une apparence de patriotisme ! De nos revers, — que certains d'entre eux souhaitaient plus décisifs', — les ennemis de l'empire étaient bien décidés h tirer un parti quelconque. Kn ïorçanl rKmpcrcur à abdiquer le commandement, l'Opposition voulait le donner non nu plus habile général, mais au plus sûr, — pour elle, — à celui dont elle attendait le plus. Razaine était, il devait élre son homme. Son attitude au Mexique, oh il avait cédé à des arrièrepensées d'intérêt, lui avait valu une sorte de disgrAcc. « Il n'en fallut pas davantage pour souder ensemble Rozainc et l'opposition. Grâce aux efforts des Favre et des Ganibetta, Bazaine était positivement populaire au moment où éclata la guerre. » C'est la gauche qui « l'imposa à Napoléon III, bien qu'il n'eût aucune des qualités d'un généralissime*. »

1. ■ Il nmi» fiiiil rnroro une ili'-railc ■, <lj«ail un ûk cci palriolc*. Un l'i'-ilni-tcur (In lliuli>-at ^ilnni avs Souvenii-a du i irplemhi-r) n riiil coniiallre et [in>j>[>», «n nommant nvliii i|ni In liii nvail tenu. VÊlecImr Lihrt, jiiiirnal de M. Krnest l'îcnnl, le 11 jiiuvmt 1)111, fniKalt l'aveu iiiiTant : a HciicliiilTiin fut pour nous un Irnil il« liimièrR. Ili'-sri|ii'r£« avant l'ouver» lure (le la canipaKue, iKiuK-iinrfimri aiissltùt de la d^raile l'attenta «l'un» ■neilleure dustiiiéf . ■

i. J. C«HN>.i.r, U tlauloit, 1B67.

Toute la gauche, — y compris M. Thiers, qui « Taccablaii do prévenances et lui faisait une place à part, dans son salon de politique de combat contre TEmpire. » On avait compris qu'en exploitant son ambition, son dépit, on le gagnerait aisément, et qu'ayant jadis sacriflé l'intérêt national à des visées personnelles, il pourrait recommencer, à Toccasion. C'est pour avoir méconnu au Blexique son devoir de soldat, qu'en perdant les bonnes gr&ces de l'Empereur, il avait conquis celles de ses adversaires. Avait-il donné à ceux-ci des gages plus positifs? Nous l'ignorons. Nous savons seulement que M. de Bismarck lui ayant dit, pour Tamener à composition : « J'ai de bonnes raisons de croire que Bazaine demeure fidèle à TEmpereur », — Jules Favre « interrompit vivement le comte », pour répondre : « Je crois avoir de meilleures raisons de penser le contraire*. »

La conséquence? On ne la connaît que trop. Elle est avouée par des membres du parti qui avaient inventé ce généralissime, déplorant, eux aussi, leur « naïve erreur» et déclarant que si Bazaine s'était comporté en soldat, non en politicien ambitieux, le résultat de la guerre eût été tout autre*!

A l'abdication militaire, qu'en alléguant Tintérôt national on exigeait de lui, Napoléon III s'était, résigné — comme à Tabdication politique qui Tavait précédée, et provoquée,

I . J. Favnr, l^ Gouptrnrmeni de ta déftnêe nationale^ t. I, p. 180.

t. Ott U Malin diftaiit. dam un article anonyme : « Sam Daiaine let luccèi de Tannée allemande auraient pu te tramforuier en détastret ». — C'c»t M. Duquel déclarant, dam ton livre Le» Grandet HalailU» de Metz, que Biuainr, • iuipoté par le rri populaire •, avait • trahi cyniquement la Franco cl rRui|>rreur • — ri montrant quellei occa«iont de vaincre il avait pcrduct À plaisir. — Ott M. Lockmy, écrivant en août I8«i, dant t'Êcl4Ùr : m Vingt fois la victoire nout a gUtté entre let maint. • Par quelle faute ? Par celle de îlaxaine : « Il n'avait ni la tête d'un grand général ni le cuMir d'un grand patriote... Let petits httmmet ne tont teniiblet qu'aux petites rhoMct... Autti bien quand il laitte écrater Frottard à Splckeren que lorsqu'il renonce à marcher tur (Ibâiont aprèt (îravelotte, Daiaine ne Kcuible avtiir pour but que de te venger de l'Empereur et de la cour Imprrinlc... Son plan éUit arrêté. Il voulait t itoler, rentrer sont Mets, ne plus tr rrlnuivcr avec rem|iereur, té|iarer ton armée de la Franco cl conrlure seul lu pan. •

lli NAPOLÉON III INTIMB

— loyalement, sans arrïère-pcDséc. Conûrmaot la déclaralion, très nette, du maréchal de Mac-Mahon à cet égard '. J.-J. Wciss écrivait, en 1812 : « Quel tableau digne de Schakcspeare que celui de ce souverain qui, après avoir été par deux fois, en 18(S6 et en 1859, l'arbitre des destinées de l'Europe, placé tout à coup sous la tutelle plutét que sous la protection de son plus illustre lieutenant, moins ' encore soldat que prisonnier dans sa propre armée, témoîa impuissant de marcbes qu'il déconseille, est entraloé, d'étape en étape, & travers l'invasion de son pays, vers de suprêmes désastres qu'il lui est défendu de conjurer I... l/bistoire n'offre pas un autre exemple d'un fondateur de dynastie, qui, sous la pression d'une opinion publique, aveugle contre elle-même, se soit abstenu, avec un détachement aussi complet, des événements où se décidait l'avenir de sa race. »

Comme le maréchal de Mac-Mahon, l'Empereur juge la marche sur Metz, prescrite par le ministre de la guerre, hasardeuse et téméraire : il le dit, sans vouloir toutefois imposer, son avis, ne croyant plus en avoir le droit; et quand le maréchal, sur des informations rassurantes, se décide à exécuter ce mouvement, le même scrupule l'empôclie seul de s'y opposer*.

Plus l'armée s'avance vers l'est, plus Napoléon III .Comprend quel grave danger lu menace. Il pourrait personnellement s'y soustraire. Quand il arrive à Sedan, << on lui propose de continuer sa route sur Mézières et de profiler du chemin de fer qui est encore libre, d De là, il pourrait « rallier le

1. ■ l^raqu'il m'a Dninmfiu comniamlciiienl i)e l'anii<cde Chiloii*,Ja mi* allé Iruuvcr l'Eiuiiurciir et je lui ai deiiiaiidé qucli rnpp»rti de*alei>l viiiler filtre lui, •nuvvrun, et lu ruiituianilaiit eu cliut île cellu année. Il m'a ré|H)uilu qu'il élail décidé â Taire abdroclioii de la periuunalilé et que j'flaii ciiiupliïteuieul lilire de rairo ce que j'entendraii. Il no l'eit pu» du tout ucrnpé <Il-( iiiouveiucnti que J'ai urtliuinéa. ■ [liiptuitioii du «laricSal dt Mac-UuhuH à i'enqutltparlemenlain! dr tilt.

3. ■ A Ueiui*, au Clu^ne pupuleux, l'Euipcrcur était d'avii de reporter l'armée lur Parii. <:'eit uitii icul qui ai prcK-rit lu mouvement du» U direction de l'Eil. > [liipotilion da mitréthal de Uac-ilakom.)

corps du général Vinoy et établir un nouveau centre de résistance, dans une place forte du Nord. » Mais il sait comment on interprète, à cette heure, ses pensées et ses actes : a On Taccuserait de mettre sa personne & couvert*.)» Tout plutôt que de s'exposer à un tel soupçon ! Il suivra donc Tarmée jusqu'au bout, jusqu'à la dernière station du Calvaire !

L'ascension est rude, car tout se réunit pour l'accabler. Il souffre dans sa fierté de Français, dans son orgueil de souverain longtemps heureux, dans sa tendresse de père et d'époux : et à toutes ces tortures morales s'ajoute encore une torture physique.

En quittant Paris, il espérait, à force de volonté, maîtriser la maladie. Y parviendrait-il? C'était sa constante préoccupation. Le 29 juillet, il écrivait à l'Impératrice: « Pourvu que nia santé et mes forces se maintientveni ! » mais déjà il n*y devait plus compter; car, très peu de jours après, nous étions appelé pour une affaire de service, à Metz; c'était le 2 août : l'Empereur avait dû rester quelques heures A cheval pour le léger engagement de Sarrebruck; et, dans la soirée que nous passâmes au quartier impérial, sa physionomie altérée, son corps affaissé nous indiquaient trop clairement son état de douloureuse fatigue. Cet état, depuis, n*avait fait que s'aggraver. Napoléon III ne mangeait plus; il ne dormait plus. I^ valet de chambre qui fit, pendant toute la campagne, son service personnel, — et, pourquoi ne le dirions-nous pas? c'est lui-même, encore tout ému à ce souvenir, qui nous le racontait récemment, — chaque nuit, couché à la poKe de son maître, l'entendait pousser de sourds gémissements. « Que de fois, nous disait-il, Sa Majesté m'appela, s'excusant toujours de me faire relever, de me donner tant de peine et me remerciant ensuite, comme si je n*avais (ms été à son service!... Avec sa douceur, son calme ordinaires, il disait seulement : « Je souffre

!. Lri forctt militairu de In Franct, en 1S70.

41i NAPOLÉON ni INTIME

beaucoup; » cl Ton voyait de grosses gouttes de sueur perler sur son front ! »

C'est après une quinzaine de ces journées douloureuses et de CCS nuits sans repos, que le 1*' septembre il montait, non sans peine, à cheval, pour aller sur le champ de bataille de Sedan et y rester près de cinq heures !... (de neuf heures A onze heures trois quarts.) « Comment Ta-t-il pu? disait, plus tard, le docteur Gull, après avoir constaté la grosseur de la pierre qui lui déchirait les entrailles. Un tel effort semble au-dessus des forces humaines ! »

EfTort inutile ! Napoléon III, voyant se préparer la catastrophe qu'il avait redoutée, qu'il ne lui avait plus été {lermis de conjurer, avait cherché la mort, allant où il la voyait faire le plus de ravages. La mort frappait autour de lui, éclaboussant son cheval du sang des victimes frappées à ses côtés : « Elle ne voulait pas de lui' ». 11 envoie son état^ major derrière un mur qui Tabritera; puis, suivi de trois de ses ofnciers seulement, il monte sur une éminence, où ce petit groupe se détachant sous le ciel sert de point de mire à Tenncmi. L'artillerie prussienne, — bien des témoins peuvent encore TafTirmer, — ne cessera plus de (faire pleuvoir autour de lui les obus, et elle atteindrait [certainement le but qu'elle vise avec tant de persévérance, si, la terre étant détrempée, beaucoup de ses projectiles ne s'y enfonçaient sans éclater.

Mémo à cette heure, attendant la balle ou l'obus qui lui épargnerait la douleur, Thumiliation suprêmes, au milieu d'une torture morale et physique, comme peu d'hommes sans doute en ont éprouvé, Napoléon III pouvait s'oublier

1. « Napoléon III, ^ écrit rabl»é Lanutse, auuiAnicr île Saiot-Cyr, ayant assisté À la bataille do Sedan, — était reste de lonf^iios heures sur le rhauip de tmlaille, désirant, recherchant la ui(»rt... Il va se placer sur un luauiflim, nrcompuf?né seulement du général Pajul, de deux autres . ufliciert... Il s'éloigne enc4»re de quelques pas iIp ce groupe, couinie pour être plus aeiiL Oui, seul, THuipereur des Français!... Il n'attendait plus une victoire, il attendait la mort. Kt la mort ne voulait pas venir!» [Sedan, VUtm^ Suprême^ p. 30i.)

* LA GUERllE 4t5

encore, pour s'iniôresser aux autres el prendre part à leurs peines. Un ancien ofQcier, M. Ulrich de Civry, nous en a donné la preuve, dans une lettre adressée au Figaro\ non pour témoigner que ce jour-là TEmpereur montra « le courage calme et le sang-froid qu'il avait montrés toute sa vie », — ne daignant pas réfuter la légende contraire, qui n*était « pas même une calomnie : une niaiserie » ; — mais simplement pour raconter ce trait : « Sa Majesté, m*apercovant, m'ordonne d'approcher, et, avec une bonté, une présence d*esprit, que je n'oublierai pas plus que la lividité de son visage où étaient peintes les plus vives souffrances, Elle me dit : « J'ai appris hier, avec une peine profonde, la mort de votre cousin de Brincourt. C'est un vaillant officier de moins. Donnez à votre famille l'assurance de mes regrets. »

A bout de forces Napoléon III dut rentrer à Sedan, pour y prendre quelques instants de repos. Puis il voulut retourner sur le champ de bataille, où l'armée écrasée faisait, le sachant inutile, un dernier effort : il ne put même atteindre la porte de la ville, ni percer la foule épaisse qui obstruait les rues, sous la pluie des obus'. Chaque projectile, tombant sur cette masse, y faisait une large trouée. Des maisons brùhiient. U^'un des caissons agglomérés sur une des places fût atteint et la ville entière allait être en flammes. Napoléon III devait-il assister, d'un œil sec, à ce carnage? Ah I certes, il aurait pu laisser h un autre le soin d'y mettre fin, et pour dégager sa responsabilité personnelle, profiter de l'impuissance à laquelle on l'avait réduit. Chaque minute eût aug« menlé, par centaines, le nombre des victimes; mais de la suspension d*armes, prélude de la capitulation fatale, inévitable, on naurait pu lui attribuer l'initiative. Il était incapable d'un aussi vil calcul ; et, s'il l'eut fait, ne lui eût-on pas reproché, justement reproché, d'avoir prolongé, par

t. N- (lu 17 •rpteujbre 1892.

2. Il aTiiit voulu tortîr de nouTeau pour Toir si U mort touUU de lui enfin. Il n'avait pu réAhter ce pmjel n cause de l'enrcfiubreiuenl lodetrriplibic «le In ville. • (L'nbbé i«\!iift^K. .Se<iaJi, Vlhurt «if/>#*^iii#, p. 301).

égoïsme, un inutile massacre? N'écoutant que sa conscience et son cœur, faisant, comme toujours, passer son devoir avant son intérêt, Napoléon III ressaisit, pour une minute, Tautorité dont il s'était laissé trop docilement dépouiller, et ordonna de hisser le drapeau blanc. Le feu cessa. Peu après un conseil de guerre reconnaissait qu'on ne pouvait songer à le reprendre et que la capitulation s'imposait'.

Napoléon III n'avait pas épuisé le calice. Il lui restait à subir la plus cruelle épreuve. Gomme ses troupes, il était prisonnier de guerre ; comme elles, il devait déposer ses armes entre les mains du vainqueur. Il rendit son épée, ce dont on lui fit un crime : aurait-il donc pu faire autrement? Eût-on préféré qu'il se la laissât arracher, en lançant quelques belles phrases à la Jules Favre?... Peut-être! Et ainsi serait justifiée l'opinion de ceux qui regrettaient qu'il ne posât pas davantage, qu'il ne sût pas mieux se mettre en scène et se draper. Son caractère s'y opposait. Il fut simple dans le malheur, comme il l'avait été dans la fortune ;

1. Dûs le mois d*avril 1812, le 7«mp« avoimit qii^il était iiupossibloc d*éT|ter la rcdilitiun des rinquaiitc ou soixante mille hoiiiiues entassés dans la ville ctolTerts aux coups de rartillerie enucuiie comme dans un rharnlcr • ; (|ue le conseil de guerre « Toruié de tous les généraux qn*on put réunir fut obligé de reconnaître l'inêhictAble nécessité de se rendre •; — qu'a ce conseil de guerre « appartient surtout la responsabilité du fait même de la capitulation. »

A la niôuio époque, J.-J. Weiss écrivait dans le Paris - Journal : • Toiil était perdu... ce n'était pas la tlcrouto c'était le massacre et le carnage en lourftirme la pins hideuse; «on marchait, dit le correspondant du Niéc/e, sur les blessés... «Devant les scènes qu'il avait sous les yeux, l'Kmpereiir, la veille encore, simple soldat dans son armée, se s«iuviiit à la fln qu'il était rRmpcreur et qu'A lui seul il serait demandé compte de tant d'horreurs inutiles, si, par nous ne savons quel scrupule insen^ de compétence, il les laissait se continuer une heure de plus. Il commanda et le ramage s'arrêta. C'est lA ce qu'on appelle la boue de Sedan! Nous ferons à cette métaphore l'honneur de la discuter, le jour où l'on nous aura démontré que le mot épouvantable du correspomlaut du Siècle: • on marchait sur les blessés ■ n'était lui-mt^me qu'une figure de rhétorique. •

Kt peu après, le président Drouet d'Arq, résumant les débats d*un grand procès politique, qui avait lieu devant la cour d'assises de la Seine, disait : « Quant au drapeau blanc, il est certain que l'initiative de celle mesure appartient à l'Huipereur; mais ce fut là une question d*humanité. Je dirai mrme une œuvre de charité, devant laquelle, û quelque parti que nous appartenions, nous devons tous nous incliner. »

devant la force qui Técrasait, devant le fait inéluctable, il s'inclina, cherchant à maîtriser sa douleur, — comme nous l'avions vu refouler ses larmes devant le cercueil de sa mère, — ne voulant pas que Tennemi pût lire sur son front la détresse de son &me.

S'il désire voirie roi Guillaume, est-ce pour stipuler des avantages personnels ? Oh ! non : il refuse même de traiter avec lui de la paix : c'est seulement pour intercéder en faveur de ses troupes et pour obtenir que de moins dures conditions leur soient faites. Napoléon III sait, hélas ! en quelle monnaie la cour de Prusse paye les services rendus et règle ses dettes d' « éternelle gratitude » : peut-être pourtant a-t-il encore le vague espoir qu'en voyant devant lui, tombé de si haut, le souverain auquel il avait prodigué les promesses et les protestations le roi Guillaume cédera à un élan de générosité. Ah ! si les rôles eussent été intervertis ! Combien la scène eût été différente 1 Quelle grandeur lui eût donnée la chevaleresque courtoisie de TEmpereur, refusant Tépée du roi, s'efforçant d*atténuer l'humiliation de son armée !

Le roi est plus positif; et ses conseillers civils ou militaires le surveillent de près. Il est sans doute ému, sincèrement ému du malheur de Napoléon III ; il l'avoue à la Reine*, il l'avoue à son entourage; cette émotion l'empêche même de dire à TEmpcreur, comme il en avait le projet, qu'il s'éiait perdu à plaisir par ses concessions libérales*. L'intérêt du vainqueur pour la personne du vaincu devait se manifester de diverses façons pendant le séjour de Napoléon 111 à Wilhelmshœhe. Il se manifesta même secrètement

i. A la reine AugiiiU il écrivait : • Je ne puis décrire leffel qui te pn>fluiiit en moi â la vue de l'Euipereur qu'il y a iroii ani seulement J avait vu au faite det grandeun. • Au chef de ton cabinet civil (dont on vient de publier lr« lellrrt) il ditail : • Otte entrevue m'a été eilraordinairement l»éniblr; uin teulr rontolation a été de ne pat avoir amené ou rherrhé la guerre. • [M. de Htiuiarck non plut, t«nt d«»ute?)

S. Le roi (iuillaume le raconta plut tard, lui-même, à on de not compa> Iriotct.

parUtioérairc fixé pour l'y conduire. Le roi Gtiillaume espérait, on l'apprit plus tard, que Napoléon III, se trouvant en Belgique, c'est-à-dire en territoire neutre, y passant la nuit, refuserait d'aller plus loin : croire qu'après avoir perdu sa liberté sur le champ de bataille il voudrait la reconquérir par un tel expédient, en manquant à la parole donnée, c'était peu le connaître!.. Mais dans la question militaire notre vainqueur ne laisse aucune part au sentiment; il veut user sans ménagement de sa victoire ; il ne fera pas une concession qui puisse en amoindrir, aux yeux de son armée triomphante, l'importance et l'éclat.

Pendant que Napoléon III buvait cette dernière gorgée du calice, ses anciens adversaires de France,, devenus maîtres du pouvoir, el s'emparant de l'opinion affolée, achevaient de lui broyer le cœur avec une cruauté sans pareille. Pendant que l'Europe entière s'apitoyait sur celte douloureuse agonie d'un grand règne, ils traînaient dans la boue le souverain qui jadis avait placé si haut la France, et qui, moins ardemment combattu par eux, aurait su la maintenir à son rang.

Ceux qui, biçn nourris, bien chauffés, fumant d'exquis cigares, allaient héroïquement verser le sang des autres, l'accusaient de toutes les vilenies et de toutes les bassesses. Il avait livré Sedan, qui ne demandait qu'à se défendre, et son armée résolue à vaincre, afin de sauver sa propre vie. Il avait accompli ce forfait avec une cynique insouciance. Au milieu des matédiclions de ces soldats qu'il venait de vendre & l'ennemi, il était allé, la cigarette aux lèvres et le visage souriant, courtiser son vainqueur, obligé de lui donner une leçon de dignité. Sous ce litre audacieux « Une Page d'histoire » toute la presse ' reproduit, en garantissant la scrupuleuse exactitude, un article emprunté au journal d'Edmond About : récit minutieusement détaillé de l'entre-

▼ue ontro les doux souverains, par un prétendu témoin oculaire qui fait jouer au nôtre le rôle le plus plat, et le plus fier à celui de la Prusse *.

Pour faire pénétrer plus profondément Todieuse légende dans les esprits, on veut Tillustrer. Un artiste de talent, — qui regrettera bientôt de s'être prêté à cette mauvaise action,

■Dinaut, 5 sept. 1870.

1. • Ecoutez; ceci est une page d'bUtoire. Napoléon III ayant écrit au roi de Prusse la lettre que Ton connaît, le roi Guillaume répondit : « QuUI vienne lui-même, nu bien il sera traité en simple soldat, quoiqu'il ne le mérite guère. » Napoléon se rendit alors de la manic^re que Ton sait dans la ferme où le roi avait établi son quartier général. La calèche étant arrivée à la porte de la maisonnette. Napoléon mit pied à terre, éteignit sa cigarette et entra seul dans la chambre basse où le roi, casque en t^te, se promenait fiévreusement, ayaut les mains derrière son dos. Il faisait sombre. L'ex-Bmpereur mit le chapeou n la main et salua le mi en se servant de la langue allemande Guillaume ne répondit ni par un geste, ni par un mot; il fit encore quelques pas, puis il vint se placer debout, droit, terrible, devant Tex-Empereur, qui se tenait Incliné, la tète découverte. — Sire, dit celui-ci, toujours en allemand. Je viens répéter de vive voix à Votre Majesté ce que j'ai eu Thonneur de lui transmettre par écrit, hier soir. — (Test bien, monsieur, — répondit le roi, dont le visage était fortement coloré, et dont la parole sifflait, tant il faisait d'cITorts pour se contraindre, — J'ai déridé que Spnndau vous serait assigné |N»ur prison... pour résidence, vcux-Jc dire, reprit (■uillaiimr ; vous attendrez là lues ordres ultérieurs. — Sire... — C'est dit, monsicnr! exclama le roi en frappant du sabre sur le plancher poudreux de la salle. — Au revoir donc, monsieur mon frère ««dit l'ex-Empereur, en bon fronçais cette fois. Et il sortit de la salle aussi calme que s'il venait de présider l'ouverture des chambres. Arrivé dehors, il tira une cigarette, qu'il alluma au cigare d*un cuirassier blnnr, etc.. Sans l'intervention du prince royal et celle du comte de Bismarck, le roi était résolu à faire fusiller l'ex-Empereur tant était grande son exaspération contre l'homme qui, seul, avait causé la mort de tant de braves gens, disait-il. •

A celte ingénieuse composition d'un faux témoin il est intéressant d'opposer le récit d'un vrai témoiu, le comte Lepic, qui a été publié il y a peu d*années par le Gaulois : • Le roi descendit de cheval et monta le perron : À ce moment, l'Empereur se leva ; je le vois encore et je ne l'oublierai jamais. Sa figure pAlc comme une cire était de marbre. Le képi sur la ItMe, la main sur In garde de son épée, il s'avança Jusqu'à la porte du lioudoir et attendit. Le Koi monta vivement l'escalier, et, en entrant, mit moq casque sous s^m bras. Il était troublé et ému. Il ne vit d'abord que l'étal-major debout pour le recevoir. Il nous salua... Tout à coup il aperçut l'Empereur, qui attendait II rut un moment de saisissement. Marchant vivement vers lui et lui tendant la main : • Eh ! bien. Sire, lui dit-il d'une voix forte, le sort des armes a déridé. "Ils entrèrent dans le petit salon. Nous fermâmes la (Hirte sur rux,ctr... • L'entrevue terminée, les deux souverains allèrent jusqu'au perron. Lj'i, le lloi donna la main à l'Empereur, remontai cheval, le salua enc(»re et s'éloigna. •

UO NAPOLÉON m INTIME

— la traduit en un dramatique tableau, qu'on fait reproduire jMir tous les moyens, même par une image d'Ëpinal, jetée & profusion dans le pays'. Et quand Ace torrent d'odieuses f alomnies le général Pajol voudra opposer une lettre contenant le simple récit des faits dont il a été témoin, racontant la journée de Sedan comme la racontera l'histoire, comme on la raconte depuis longtemps déjà ', le gouverne ment de M. Thiers lui refusera l'estampille du colportage sans lequel il ne peut la répandre*! '

S'il restait encore quelque niais, croyant à cette criminelle cigarette, nous lui dirions que le pauvre Empereur,

— comme il a cru devoir, bien inutilement, l'affirmer luimême, — ne soDgeMt guère alors à fumer; qu'il ne songeait mémo pas à manger ! A onze heures et demie, le jour de la fameuse entrevue, épuisé par les émotions, les fatigues de la nuit précédente et de la veille, il n'avait encore rien pris. A un oflîcier de sa maison, qui le lui reprochait, le voyant à bout do forces. Napoléon III répondait : « Lo Roi doit venir, je ne sais à quelle heure : il me répugnerait

1. Cette iiDBge, éditée par 1> malaon Pinot et Sagftira, d'Ëpinal, était accompagnée d'une longue légende, où on liMlt: «... Malgré ion incapacité évidents l'ex-Euipereur avait coniervé le commandement lupérieur: il ttllail oliéir... L'empereur Napoléon, obéltiant aux ordrei du roi de PrutBe, Iravena Ici débrii de l'année Trançaise, en voiture ilécouverte, fuiuanl ton éternelle cigarette. Partout 11 fut reçu par un ailence menaçant, le mépri* et une rage concentrée. Napoléon comprit qu'il n'était que temps pour lui de le lauver ctiei le* ennemil. Il fut reçu avec hauteur par le roi de Pruaie. Le giniral Wlmpfen, nbéiiianl aux ordrea d« l'Empereur, capitula et livra prlionniére l'armée francalie rrémiasanle et Indignée. ■ L'image avait pour titre: ■ L'ii-ehmiikuh NAPottOH uvhi AUX PnuBaïut» mt Anatt at 80.000 ironais. ■

3. CoNiine elle eit racontée ootitumenl, tauldei ineiacliludci de délail, dan* la DiMcU. M. Zola, fort peu impérialiste, apréi avoir interrogé dé nombreux témoin* de celte journée, dont Iwaucoup l'étaient (uni peu que lui. nous montre Napoléon III • l'avançant leul, au milieu dei balle* et de* oliui, allant au-devant de ion destin, san* hile, de sa uiCme allure mome et i ml i Ré rente. > H reconnaît que si le feu n'avait pas élé suspendu, •■ Sedan tout entier se leralt allumé comme uue torche • et que • l'impérieu*e nécessité • de la ctpituialian s'imposa mfme • aux nfllcjers le* plus témérairei. •

3. Une circulaire de M. Calmon, en date du 14 aobt IB11, preacritrait aux préTet* de requérir de* poursuite* contre lea individu* qui propageraient c-elte brochure.

trop quMI mo trouvât attablé. » Cet officier sortit alors, alla acheter un morceau de pain, une fiole de vin, les rapporta dans une poche de sa capote et força pour ainsi dire TEmpereur à faire ce frugal repas.

S'il y avait encore quelque niais, reprochant à Napoléon 111 d'avoir vu, avec une cynique indifférence, Tennemi s'emparer de ces aigles qu'il avait menées à Magenta et à Solférino, nous l'engagerions à lire ces deux lettres, — encore inconnues, — que, dans la journée et la soirée du lendemain, il adressait à l'Impératrice :

Quartier Impérial, 2 leptembre 1810.

Ma chère Eugénie, il in*est impossible de te dire ce que j*ai souf- Tert et ce que je soufTre. Nous avons fait une marche contraire à tous les principes et au sens commun; cela devait amener une catastrophe. Elle est complète. J aurais préféré la mort à être témoin d'une capitulation si désastreuse, et cependant, dans les circonstances présentes, c'était le seul moyen d'éviter une boucherie de 60,000 personnes.

Et encore si tous mes tourments étaient concentrés ici ! Je pense à toi, à notre flis, à notre malheureux pays. Que Dieu le protège ! Que va-t-il se passer à Paris?

Je viens de voir le Hoi. Il a eu les larmes aux yeux en me parlant de la douleur que je devais éprouver. 11 met à ma disposition un de ses châteaux près de Hcsse-Cossel. Mais que m'importe où je vais !... je suis au désespoir. Adieu, je timbrasse tendrement.

NAPOLi^o:<f.

Bouillon, le S teptembrc 1870.

Ma chère Eugénie, après les malheurs irréparables dont j ai été le témoin, je pense aux dangers que tu cours et je suis bien inquiet des nouvelles que je recevrai de Paris.

I^ catastrophe qui est arrivée devait avoir lieu. Notre marche était le comble de Timprudence et de plus elle a été très mal dirigée. Mais je n'aurais jamais cru que cette catastrophe fiU aussi épouvantable. Figure-toi une armée entourant une ville fortifiée et étant elle-même entourée par des forces très supérieures. Au bout de quelques heures nos troupes ont voulu rentrer en ville. Alors la ville sVsl trouvée remplie d'une foule compacte, et sur cette a;;^'lo> mération de tètes humaine?, les obus pleuvaient de tous côtés,

tuant les personnes qui étaient dans les rues, renversant les toits, incendiant les maisons.

Dans cette extrémité les généraux sont venus me dire que toute résistance était impossible. Plus de corps constitués, plus de munitions, plus de vivres. On a tenté de faire une trouée, mais elle n'a pas réussi... Je suis resté quatre heures sur le champ de bataille.

La marche d^aujourd'hui au milieu des troupes prussiennes a été un vrai supplice. Adieu, je t'embrasse tendrement.

L'Empereur devait vivre deux années encore. Mais dès ce jour-là il était frappé à mort. L'immense douleur qu*il avait éprouvée le 1^ septembre, allait être constamment entretenue par les outrageantes accusations qui le poursuivaient sans relâche. Il en gardait peu d'amertume, — on le verra tout à Theure, — il excusait même ceux qui, oubliant tout son passé, y ajoutaient foi; mais il n'en souffrait pas moins. Souvent un lambeau de phrase, lui échappant, comme malgré lui, trahissait à son entourage l'obsession de cette idée fixe, qui devait le hanter jusqu'à la tombe. « Conneau!... — disait-il d'une voix éteinte et à peine intelligible un instant avant de mourir, — Conneau ! vous étiez à Sedan? >' Ce mot, le dernier qu'il ait prononcé, devait mettre à nu la plaie toujours ouverte !

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