XVI II
WILHELMSHŒHE
Pluf Empereur que jauiaii. — Souvenirs d'enfance retrouvés à Wilheloi* shœhe. — Calomnies et injures. — 200 millions d'économies, ou 8007 — Divers modèle^ d'ingratitude. — Ce qu'en dit Napoléon III. —Un historiographe allemand. — Jugement de Napoléon III sur M. Emile Ollivier. — Sur Jules Kavre et tiambelta. — Sur M. Grévy. — M. Grévy et M. Thiers avant le 4 septembre. — Les quémandeurs prussiens à Wilhelmshœhe. — Hommages de fldélité généreusement déclinés.— Sentiments de Napoléon 111 pour l'armée. — Ce qui reste A l'Empereur après vingt ans de régne. — Où passent ses dernières ressources. — Bienfaisance Anonyme. — Ce f|u'ou appelle les ronspirntiuns de Chislchurst et de Wilhelmshœhe. — Hemcrclments secrelset insultes publiques. — Le roi Guillaume, la reine Augusta, M. de Bismarck. — L'Impératrice à Wilhelmshœhe. — Le traité de paix apprécié par Napoléon III. — Napoléon III sera-t-il mis en liberté avant le 16 mars? — Napoléon III et les offlriers allemands qui le gardent. — Les serviteurs du chAteau. — Comment Napoléon III apprit la déchéance. — Comment il apprit la proclamation de la Commune. — Départ pour l'Angleterre.
Au prisonnier de Ilam, son parrain, M** Cornu écrivait, en juin 1841, qu'on ne pouvait bien juger les hommes tant qu*ils restent heureux et qu'un de ses proverbes favoris était : t< Dis-moi comment tu as souffert, je te dirai qui tu es. » Napoléon I*' avait su [bien souffrir. Sans la campagne de France, Fontainebleau, Sainte-Hélène, on ne l'aurait pas connu tout entier. Ceux qui pleurent « des larmes de sang »», au souvenir de son agonie de six années, — comme
M*"* Cavaignac, V Inconnue^ dont on publiait récemment les curieux Mémoires, — s'en consolent comme elle, en pensant que Sainte-Hélène ajouta encore à la gloire de leur héros et le montra « aussi grand dans Tadversité par le caractère, qu'il l'avait été jusqu'alors par le génie » ; qu'après avoir dominé le monde il avait su s'y dominer lui-même: « jugeant ceux qui l'avaient trahi, non avec cette magnanimité hypocrite et fastueuse qui aggrave encore les crimes qu'elle feint de pardonner, mais avec une impartiale indulgence qui cherche et met en avant les motifs les plus plausibles de compatir et d'excuser*. »
Napoléon III ne sut pas moins bien traverser les jours d'épreuve qui lui restaient à vivre ; il le sut encore mieux. C'est à Wilhelmshœhe, à Chislehurst qu'il faut surtout l'admirer; c'est là surtout qu'il montre une âme supérieure, une Ame auguste, une âme impériale ; et jamais on ne vit mieux qu'à cette heure où la couronne venait de lui échapper, combien il était digne de la porter.
« Que m'importe où je vais? » avait-il écrit. Pour luimême, au delà de l'abîme où il tombait, il ne voulait plus rien espérer, rien attendre : sa vie était brisée. Mais la France, cette France qu'il avait voulue, qu'il avait faite si prospère et si grande, qu'allait-elle devenir? Et les siens, qu'il aimait d'une si profonde affection?... Comment l'Impératrice était-elle sortie de cette horrible crise? Où était-elle? Le Prince Impérial pourrait-il la rejoindre ? Et quand luimême serait-il rassuré sur leur sort? Napoléon III se posait toutes ces questions avec angoisse, en se rendant, — à travers les sympathiques acclamations du peuple belge et les vociférations injurieuses des Allemands *, — au château où il allait subir une captivité de six mois.