‹ Napoléon III intimeChapitre 96 sur 114 · MéwuHre$ tTmne Inconnue^ p · texte numérisé non relu

MéwuHre$ tTmne Inconnue^ p

2. La foule allemande ne se contentait pas de Tociférer. Dés qoe le train s'arrêtait, elle se précipitait sur les marchepieds du wagon où se tn»uvait TEmpereur, pour llnsulter de plus prés et lui montrer le poing avec colére« s*étant laissé persuader par M. de Bismarck et par son ingénieuse falsificaUon de la dépêche d*Ems que TEmpereor était seul respon-

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S* « il n*e$t ptre misère qu'un souvenir heureuœ dans les Jours de douleur », — comme le disent, traduits par Alfred de Musset, ces vers du Dante, que Louis-Napoléon aimait à citer dans sa correspondance de jeunesse, — le séjour de Wilhelmshœhe lui sera particulièrement pénible ; car il y retrouvera partout des souvenirs de Theureuse et brillante époque où il est né. Napoléon y avait reçu la fastueuse hospitalité de Jérôme, roi de Westphalie, et y avait couché dans le lit qui va être le sien ; lui-môme y avait, tout enfant, demeuré quelques jours. Les meubles qui le garnissaient, les tableaux qui en ornaient les murs, à cette époque, y sont restés depuis. Le lendemain de son arrivée, « après une nuit qu'il a passée à se promener dans sa chambre, » on offre à Napoléon III de lui faire visiter le château. Dans l'une des salles qu'il parcourt avec indifférence, il s'arrête brusquement « comme un homme frappé en pleine poitrine » : en face de lui il vient de voir le portrait de la reine Ilortensc. Il prie les personnes qui raccompagnent de se retirer, et, pendant une demi-heure, il reste seul, devant rimagc de cette mère, de cette amie, de cette confidente, qu'il avait vivement regretté de ne pouvoir associer à son bonheur, à laquelle il demande sans doute maintenant le courage de porter sa lourde croix. Avec le souvenir de sa mère, Taffection de Tlmpératrice et du Prince Impérial peuventseuls désormais le soutenir... Et les jours, les semaines s'écoulent lentement sans lui apporter de leurs nouvelles. L'Impératrice lui a pourtant écrit plusieurs fois; mais ses lettres se sont égarées, Tofficier sous le couvert duquel elles devaient être adressées ayant quitté Wilhelmshœhe. Le 17 septembre seulement, après quinze jours d'une cruelle attente, elles sont remises à Napoléon III, qui, rasséréné pour un instant, répond aussitôt : « fai éprouve une bien douce consolation en recevant hier soir et ce matin tes

table de la guerre. D'après ceux qui arcompagualeot Napoléon III dani ce douloureux voyage, rien ne saurait donner l'idée du caractère de sauvagerie de ces scènes plusieurs fois répétées.

leùtf*^ du 3, du i4 et du iS. Les expressions tendres de ces U^tf^ m'ont fait grand bien; car fêtais très peiné de ton sU^nee. Certes, le malheur qui nous frappe est bien grand; tnais ce qui f aggrave, c'est Cétat dans lequel va se trouver la Fmncej en proie à Vinvasion et à f anarchie. Je suis l^ien de ton avis de ne rien ftiire, si ce n*est de réfuter les calomnies dont nous sommes abreuvés. »

Les lettres suivantes arriveront désormais régulièrement, à la grande joie de l'Empereur, — qui ne saurait plus en avoir d'autres : « A quoi puis-Je me rattacher, — écrit-il le 29, — si ce n'est à ton affection et à celle de notre fils? Il paraît que tu as été malade en anHvant en Angleterre; vas-tu bien maintenant? Tout le monde fait t éloge de ton courage et de ta fermeté dans des moments bien difficiles. Cela ne m'étonne pas. »

S'il avait longtemps attendu des nouvelles d'Angleterre, Napoléon III avait plus vite connu ces « calomnies » dont il était « abreuvé » en France ou en Allemagne, par les journaux qu'on lui communiquait et où elles étaient complaisamment reproduites. Elles étaient fort variées, ne se ressemblant que par la niaiserie du fonds et la grossièreté de la forme. Les hommes qui, pour le renverser, et ne s'en cachant pas, avaient fait échouer ses projets militaires, les hommes que la défaite de Reischoffen avait remplis d' « espoir »; les hommes qui en demandaient avec instances <c encore une ! » — devenus subitement des foudres de patriotisme, — accusaient Napoléon III d*avoir provoqué par un « caprice de despote » une guerre « dynastique », d'avoir livré Sedan, livré 80,000 hommes pour sauver sa tète et sa couronne.

Si Mac-Mahon n'est pas revenu, comme il le voulait, de Chûlons sur Paris, c'est que « par malheur l'empereur était là : ses instances d'abord, ses ordres ensuite contraignirent Mac-Malion à modifier ses plans » : le journal qui l'affirme est le plus modéré, le plus bienveillant de toute la presse; sympathique à l'Empereur jusqu'à sa chute, il ne

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doil pas tarder à le redevenir : par celui-là, qu*on juge les autres!... L'Électeur Libre, dirigé par les frères Picard, apprend à ses concitoyens que « Terapereur faisait fabriquer de faux billets de banque »; on a découvert et on publiera « plus lard » des pièces a l'établissant de la manière la plus authentique. » D'après un autre, on a constaté, dans les comptes de la Liste Civile un déficit de... « sept milliards ! » Aussi TEmpereur a-t-il mis de côté une jolie somme. Le Bulletin de la République, organe du Gouvernement, en indique le chiffre : « L'histoire dira qu'au lieu d'armer son peuple contre l'étranger, il n'a songé qu'à s'armer contre lui et qu'après avoir sauvé, pour sa part, 200 millions d'économies, il a laissé la France aux abois avec l'inçt milliards de dettes. » Et ces économies frauduleuses, il les emploie à <c conspirer, de concert avec l'ennemi, contre la France qu'il a vendue. » Le Bulletin de la République est trop modéré : Ce n'est pas 200 millions, — assure un rédacteur du Bien Public, organe intime de M. Thiers, — que l'ex-Empereur a ainsi prélevés, tant sur les fonds de la Liste Civile que sur ceux qu'il détournait, f( comme tout le monde le sait, » du Ministère de la guerre, — mais bien 800 millions : et ce rédacteur est en mesure de le savoir, puisque, jusqu'au 3 septembre, il émargeait aux fonds secrets (300 francs par mois : les reçus existent encore.) D'autres vont même jusqu'à 1,200 millions, — dont « cent millions de propriétés, en Italie seulement. » Et, pour prouver, par des détails précis, qu'on n'invente rien, on cite une longue liste des banques étrangères où ont été disséminés ces dépôts clandestins : il y en a en Angleterre, en Amérique, en Autriche, en Russie, en Hollande, au Mexique, il y en a partout. Les banquiers protestent : qu'est-ce que cela prouve? ils doivent couvrir leur client ! Enfin, comme « il est de notoriété publique que Louis Ronaparte a versé des sommes importantes à l'étranger », et que ces sommes « sont le produit d'une inf&me dilapidation >», le conseil municipal d'une grande ville,. —

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sur la proposilion d'un conseiller qui rimait platemenl naguère des cantates officielles, — somme le gouvernement de les faire saisir par nos agents diplomatiques : commission difficile qui leur est heureusement épargnée. . Parmi ses insulteurs du lendemain, Napoléon III a la douloureuse surprise d'apercevoir, — en petit nombre il est vrai, — des hommes qui auraient dû avoir, sinon le courage de la gratitude avouée, du moins celui du silence. Lui, que nous avons vu, sur le trône, si courtois, si bienveillant, même pour ses ennemis, il est, à cette heure, attaqué, injurié par quelques-uns de ceux qu'il a le mieux accueillis. A ses amis, les maîtres du jour, qui lui reprochaient d'avoir accepté les subsides de César et de s*en être caché, le poète Leconte de Lisle a répondu : « Quand on va aux latrines a-t-on besoin de le crier sur les toits? » Edmond About, 'ancien courtisan de Gompiègne, — qui définissait jadis 'Empereur a un homme de génie, doublé d'un homme de bien », qui s'indignait « qu'un absurde préjugé » prêtât des goûts frivoles à l'Impératrice, « cette femme sérieuse, laborieuse, héroïque à l'occasion », — les accable maintenant de sanglantes railleries.

Napoléon III, — déception plus cruelle, — se voit mémo outragé par deux des hommes qui avaient le plus de raisons pour le défendre : par Viollet-Leduc, comblé, comme artiste, de fructueuses commandes, comme hôte familier, comme ami, d'attentions de toutes sortes ' : — par un officier dont on pouvait présager dès lors la triste fin, le colonel d'A..., qui avait appartenu à sa maison, qui y avait reçu des marques de sa grande libéralité, même des marques de son

1. « Que se passa-t-il dans cet esprit, jusque lÀ si sympathique, et pourquoi, tli^s le lendemain de la chute, renier si violemment son maître? Le coup parut dur au prisonnier de Wilhelmshœhe. Ceux qui l'ont vu alors assurent que jamais un autre nom que celui-là ne sortit de ses lèvres pour une plainte; le nom de Tami des meilleurs jours dont il n*avait pas prévu l'abandon est le seul qu'il ait prononcé avec une apparence d'amertume. ■ P. HÉ CnEN?iBviÈRBs. Souvenift d'un ancien Directeur dê$ Beaux* Aris.

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oxtrôme indulgoncc, — mais qui connaissait Irop son ancien maître pour redouter, môme en Tinsultant, la moindre indis- C7'étion de sa part.

De telles provocations ne purent vaincre, en efTet, Tindicible mansuétude de Napoléon III. En lui faisant connaître, le 26 décembre, ce témoignage d'une ingratitude sans pareille, il écrivait simplement à Tlmpératrice : « Je t'envoie une vilaine lettre de d'A...; mais, au fnoins il te rend justice, et, à cause de cela, Je lui pardonne. » Jamais, sur aucun de ceux qui Tinsultaient, si bien armé qu'il fût pour se défendre, il ne s'exprima plus vivement. Nous pouvons le prouver, non seulement par l'unanime afGrmation des fldèles qui partageaient sa captivité, mais par le témoignage, plus précis, d'un étranger qui le vit alors de près, l'interrogeant sur tout et sur tous, recueillant, consignant aussitôt ses moindres paroles.

Napoléon 111 était depuis peu de jours à Wilhelmshœhe lorsqu'un publiciste allemand, nommé Mets, lui demanda une audience, sans lui en dissimuler le but. Chargé par le Times de lui adresser quelques lettres sur a l'impérial prisonnier », il souhaitait vivement de pouvoir lui poser quelques questions. Qu'une pareille demande fût indiscrète, qu'il fallût la laisser sans réponse, que, sous ce prétendu correspondant du Times, se cachât sans doute un correspondant secret do M. de Bismarck, — tel fut l'avis de tous ceux qui entouraient l'Empereur, mais non de l'Empereur luimême. Toujours rebelle à la méfiance, refusant toujours de croire au mal avant qu'il fût prouvé, disant qu'il n'avait rien à redouter même de la curiosité d'un espion. Napoléon 111 accorda l'audience demandée; et, dès cette première entrevue, conquis par la bienveillance de son accueil, frappé surtout par l'élévation de son langage et la dignité de son attitude, Mels se sentait aussitôt attiré vers lui par un sentiment de sympathique admiration, qui devait se transformer peu ù peu en une enthousiaste ferveur. Il se fixa dans le village voisin du château, oii il se rendait, presque chaque

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jour, nolant avec soin tout co qu'il y voyait, tout ce qu'il y entendait. De ces notes il alimenta d'abord une correspondance adressée à plusieurs journaux. Plus tard, il en fit un volume* rempli d'intérêt, et confirmant, avec quelques détails, ce qu'on avait vaguement appris, d'autre part, sur les sentiments du souverain détrôné, — comme il est luimême confirmé, par les témoignages plus précis, plus directs que nous donnons ici.

Mels s'attendait à entendre l'Empereur récriminer amèrcvment contre tout le monde, se plaindre avec aigreur d'avoir été mal servi par ceux-ci, perfidement combattu ou trahi par ceux-là, distribuer enfin entre les uns et les autres la lourde responsabilité qu'on se plaisait à faire peser sur lui tout entière. Il n'entend rien de tel. Loin d'accuser ses ministres, Napoléon III les défend avec chaleur. Ils n'ont pas voulu, plus que lui, lu guerre; « M. de Bismarck le sait mieux que personne. » Il rend un hommage particulier au caractère de M. Emile Ollivicr qui a fait son devoir d'honnête homme et de bon Français, en se rapprochant de TËmpire, — au lieu de s^en éloigner comme d'autres, — à mesure que l'Empire se rapprochait de ses idées : « Pour agir ainsi, il lui a fallu, dans un pays comme la France, une conviction telle que peu d'hommes politiques la possèdent et un courage qui n'est pas commun*. »

C'est à peine s*il se plaint de ceux qui travaillaient depuis si longtemps à le remplacer et y sont parvenus, aux dépens de la France : « Il aurait fallu Tentendre quelques semaines après le 4 septembre, s'exprimer sur Jules Favre, Gambetta, Trochu, Rochefort, etc. On aurait cru que tout <^ela s'était passé en 1670. Jamais ces hommes qui, en énervant TEmpire pendant des années et en le renversant en face de l'ennemi, ont facilité les victoires allemandes, n'ont été jugés plus impartialement, je devrais dire plus charita-

t. WilheUnihahê, Souveninde la Captivité de Napoléon !!l, par A. Mils, 2. Wilhelmêhœhe, p. ABï.

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blcinonl que par co prince qu'ils vcnaicDl do dôlrôner *.»

De M. Grévy, Napoléon 111 parlait beaucoup mieux que de tous les autres vainqueurs de septembre. En apprenant son élection à la présidence de la Chambre, il dit : a Je n'aurais pas cru qu'on fit un aussi bon choix... » Mels n*en demanda pas davantage. S'il avait voulu savoir la cause do son estime particulière pour le nouveau président, Napoléon 111 lui aurait sans doute raconté ce qu'il savait déjà, co qui était et est resté peu connu du public : Aux derniers jours de la Régence, l'Impératrice avait cru devoir faire, sans beaucoup d'espoir, un suprême appel au patriotisme des députés de la gauche. Elle avait d'abord envoyé Mérimée près de son ami M. lliiers. Comment celui-ci le reçut-il? Son biographe, très bienveillant, va nous le dire en faisant parler M. Thiers lui-même' : « H n avait pas été écouté; et maintenant on lui offrait de prendre sa responsabilité dans les désastres! Que lui demandait-on, d'ailleurs? Des conseils, il n'y en avait plus à donner; de sa part, ils paraîtraient toujours suspects; et il ne les donnerait pas lui-mônic avec tranquillité. » M. Thiers comprenait apparemment qu'on lui reprocherait d'avoir songé devant la France en détresse, à sa petite responsabilité personnelle; et le rôle qu'il avait joué, en celte occasion, ne lui semblait pus sans doute inattaquable; car, en racontant la scène plus tard, il en changeait sensiblement la date : il prétendait que son concours lui avait été demandé, qu'il l'avait refusé.

1. Wilhelmêhœhe, p. 56. ^ Un autre JournaJiitr, ayant été rr^u en 1811 à WilhelnishcFlie, y avait éprouvé la ujéme lurpriie. Peu de Jours apr^i la uiort de Napoléon III, il écrivait à son journal, le Commercial AdvertUer : «La prospéhti^ n'est ims la pierre do touche des caractères d'or pur comme le sien. Ils ne brillent de leur plus bel éclat que dans l'adversité... «Nous Pavons vu A Wilhelmshcrhe, nous avons longuement causé avec lui et ni>us n'avons pas entendu une parole aunTc contre ses ennemis, |ias une réf'huiinnhoii contre ceux rpii l'avaient trahi, pas un reprtK*he p4*ur les allirs (|ui avaient promis de le soutenir et (|ui l'avaient laissé seul au premier revers... Il était plus grand encore dans sa retraite que sur le IrAne. •

2. Ch. Di MA7.A0B. Monsienr ThUrt. Hevue des Deui-Mondet, 15 décembre

— après la bataille de Sedan. Par une de ces opportunes défaillances de mémoire qui lui étaient familières, il se trompait de plusieurs jours : M. A. Filon Ta nettement démontré*. Sans se laisser décourager par cet échec, Tlmpératrice pria le marquis de Piennes, son ancien chambellan, député de la Manche, de voir les autres membres de la Gauche et de leur dire : a II ne s*agit pas, à cette heure, de la dynastie, il s'agit de la France*. Notre seule chance de salut, c'est Tunion. Serrez-vous autour du gouvernement pour faire face à Tennemi. Ensuite vous réglerez, comme vous voudrez, vos comptes avec lui. » Tous les collègues du marquis de Piennes le reçurent comme M. Thicrs avait reçu Mérimée, — sauf un; M. Grévy répondit sans hésiter : « Vous avez raison ; c'est notre devoir. » Et voulant faire jusqu'au bout ce qu'il estimait son devoir, il ne se rendit pas, le 4 septembre» à l'Hôtel de Ville, avec ceux qui allaient y proclamer la République '.

Même à l'égard des Allemands qui venaient de le battre, en l'attirant dans un piège préparé de longue date^ Napoléon III ne se départait pas de son inaltérable modération \ Il eut pourtant une occasion, bien imprévue, de leur

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