‹ Napoléon III intimeChapitre 97 sur 114 · Mérimée et sa amis, p · texte numérisé non relu

Mérimée et sa amis, p

2. Ce que rimpératrice-Hégente faisait dire, par M. de Plennei, aux députés de la Gauche, elle le disait elle-niôuie à tous ceux qui l*approchaient, cnuiuie Vont attesté, devant la couiuiission d'enquête parlementaire, M. liurKirr : « L'iiiipérntrico écoula avec l>cancoiip de calme et do dignité les observations que je lui présentai et répondit: «... L'avenir de la dynastie est aujourd'hui ce qui me préoccupe le moins »; — par le général de Ciiabald-Latoiir : « C'était dans la nuit du 7 au 8 août. On venait d'apprendre Forbach et ReischofTen. Je fus appelé chez les minisires avec l'Impératrice. Elle tint le langage le plus noble, le plus digne ; elle nous dit : « 11 ne s'agit pas de sauver l'Empire, il s'agit de sauver la Krauce » *, — par le général Trochu, lui-même : « L'Impératrice a montré du caractère, du cœur, des sentiments bien plus français qu'impérialistes, s

3. 11 assista m^me avec les membres de l'ancienne majorité, à la réunion qui eut lieu dans l'après-midi à la Présidence. Prié d'aller, en leur nom« faire une dernière tentative  l'Hôtel de Ville, il s'en défendit, en disant : « Je m'étais promis de ne pas paraître k l'IlAtel de Ville. C'est une promesse que je voulais tenir. Je ne voulais pas qu'«»n me vit là. J'hésite tlonc beaucoup. » Ernest 1»réouj[. La jouîmes du 4 septembre, au Corps légiS' latif,

4. «... Napoléon n'avait pas fait, en tout ceci, l'ombre d'une allusion

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èlro désagrôablo. Nous avons vu quo, quand il éUit sur le trôno, il avail une assez nombreuse clientèle de quémandeurs prussiens. Beaucoup de ces quémandeurs, — le croiraitron?— lui restèrent fidèles après sa chute, envoyant leurs demandes à Wilhelmshœhe, comme ils les envoyaient jadis aux Tuileries. Mels indigné voulait écrire « un article virulent contre ces misérables. » L'Empereur le lui défendit, en disant : « Gomme vous comprenez mal tout ceci I Ne sentez-vous pas que ces hommes doivent avoir de moi une opinion bien haute et que je voudrais pouvoir justifier, si j'en avais le moyen? Ils me supposent capable d'oublier, devant leur misère, les insultes de leur naUon, les infamies de leurs journaux, la douleur d'avoir été vaincu par les leurs. Ces pauvres gens sont, sans s'en douter, plus flatteurs que ceux qui m'adressaient des compliments quand j'étais aux Tuileries. » Et pour que ces lettres ne restassent pas « dans les mains d'un Français », il les remit à Mels; puis, comprenant que celui-ci, toujours furieux, serait capable de les publier un jour, il le décida à les jeter, sur l'heure, au feu. f< Indifférence I insensibilité ! rien ne pouvait plus l'émouvoir », diront les gens qui cultivent leurs préventions et seraient désolés de les perdre : ils se tromperaient, une fois de plus. Si indulgent pour les calomniateurs et les renégats. Napoléon III savait témoigner très vivement sa reconnaissance aux fidèles : « Ce brave O...^ écrivait-il, par exemple, le 15 mars, m'a adressé une ieiire touchante de dévouement. Ces témoignages-^à font plaisir ! » A ceux qui remplissaient un devoir bien simple en lui restant attachés, il savait beaucoup plus de gré, qu'il n'en voulait à ceux qui, comblés par lui, l'abandonnaient. Ces ingrats, on doit le dire, étaient assez rares; et les fidèles ne l'étaient pas. Un

aux ffrirrii personnels qu*il devait certainement avoir contre l'ancien hôte de Biarrits. Jamais, ni à WilhelmBh(Phe, ni» plus tard, à Chislehurst, je n'ai entendu, de la bouche de l'Empereur un root de récrimination contra l'homme éminent, de qui, — je dois le dire quoi qu'il m'en coûte, — Napoléon avait tant à se plaindre. » A. Mils. Wilhêlmêhahe, p. lOS.

grand nombre de fonctionnaires, au risque de perdre leur emploi, désiraient aller lui témoigner eux-mêmes leur respectueux attachement,, et avaient sollicité du gouvernement prussien Tautorisation de se rendre à Wilhelmshœhe. Avant de la leur accorder, on voulut savoir si leur visite serait agréable à l'Empereur ; et l'Empereur répondit négativement. Comme Mels s'étonnait de cette réponse , il la lui expliqua : « Le devoir d'un souverain, dit-il, ne finit pas avec sa chute. Le mien est de conserver à la France le savoir et l'expérience de ces hommes qui voulaient venir à moi. Tout cela serait autant de perdu pour le pays. Les partis ne leur pardonneraient pas. On dirait « retour de Wilhelmshœhe », comme on disait jadis « retour de Gand ». J'ai sauvé des forces vivantes pour la France en les empêchant de venir. Je vous prierai même de ne pas parler de cela dans les journaux. On ne comprendrait pas le sentiment qui me guide. On dirait que je songe à introduire mes créatures dans le gouvernement pour conspirer*! »

Ses successeurs, pour dénoncer ses «conspirations», n^avaient nul besoin de ce nouveau prétexte. Ils craignaient de s'être un peu trop pressés en remerciant la Prusse de les avoir débarrassés de l'Empire : si la Prusse

i. L*année suivante, Napoléon 111, traitait de nouveau cette question, avec le même désintéressement : « Un matin, & Chislchurst, quelques courtisans du malheur déploraient la facilité avec laquelle plusieurs favoris des beaux jours avaient tourné après le A septembre. L'Empereur paraissait très mécontent de ces diatribes intempestives contre des gens qui, après tout faisaient leur métier de ierviteun de VÊtat, en le serrant sous tous les régimes. Un Journaliste parisien, qui se trouvait là, et qui, n*ayant pas été A la curée pendant le règne, pouvait se permettre une respectueuse franchise après la chiito, dit à rfimpereur : « Sirel c*est votre Majesté, qui a manqué, le 4 septembre, à tous les serments qn*on lui avait prêtés. Vous manquant, beaucoup de fonctionnaires ont pu se croire déliés. — Vous avex raison, Monsieur X, répliqua le souverain déchu. Cétait Toplnion de Napoléon !•'. Il Ta consignée éloquemment dans la proclamation du Golfe-Juan. Quand vous seres de retour À Paris, faites donc un article pour bien expliquer cela. • J. Hichard. Comment on a restauré VEmpire, p. 253. (Ne serait-ce pas un souvenir personnel que M. J . Richard racontait UT)

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allnil 80 raviser 1 Tous les moyens leur avaient paru bons pour renverser l'Empereur : comment l'Empereur ne voudrait-il pas, à son tour, employer tous les moyens pour remonter sur le trône ? Se méprenant bien sur son carao ière, ils l'avaient craint dès la première heure. Ils le craignaient surtout depuis qu'ils avaient appris ce que TEmpereur faisait pour les soldats prisonniers. Rien de plus simple et de plus naturel cependant pour qui le connaissait.

Napoléon 111 aimait, il avait toujours aimé passionnément Tarmée, non comme un instrument de règne et de conquête, mais pour elle-même, pour ses mâles vertus. Dès le commencement de 4854, Tlmpératrice appelle en souriant cette armée, dont l'Empereur lui parle et s'occupe sans cesse, sa « rivale ». Quelques mois après, venant d'apprendre l'échec sanglant du Mamelon-Vert, Napoléon III lui écrit : « Celie pauvre armée a bien souffert; cela me navre le cœur. » Plus tard, du camp de Ghâlons, il lui avouera qu'au contact de sa chère armée son àme est plus joyeuse e) sa santé même meilleure : « Mon s^our ici agit toujours sur moi d*une manière favorable. Je me trouve dans un milieu où l'on se sent à Caise. Dévouement, abnégation^ sympathie j voilà ce qu'on respire ici. »

Très sensible à ses maux, même à ceux dont la guerre est faite, il avait peine à en supporter le spectacle; et cette impression douloureuse compensait, dominait presque en lui la joie de la victoire. De Verccil,le 31 mai 1859, il écrivait: « Nous avons déjà pris dix canons, et environ 800 prisonniers : c'est un bon début. Mais quelle triste chose que de voir des blessés^ des mourants ! » Et, après la bataille de Solfôrino, il n'avait pu, malgré son rare, empire sur luimême, retenir ses larmes, en parcourant la plaine jonchée de cadavres : la gloire de la France, à ce prix, lui semblait cli^reincnt achetée... Mais payer d'un tel prix la défaite et rhuriiilialion de la patrie! Le souvenir du champ de bataille, des rues de Sedan, où il avait vu décimer cette armée déjà vaincue et maintenant prisonnière, le hantait sans cesse &

WilhelmshoDhe : «c Quand Je pense à tous les braves gens que f ai vu mourir inutilement, — écrivait-il le 17 septembre, — cela me ftndlecasur! »

Ceux qu*a épargnés le feu de rennemi vont connaître un autre genre de souffrances. Ils sont si nombreux, hélas ! que, même en s*y efforçant, Tadministration prussienne ne pourrait les loger, les habiller, les nourrir comme il le faudrait. Prévoyant toutes les privations quMls auront à subir, TEmpereur a fait ce qu*il a pu pour atténuer leur misère. Le 2 septembre, il restait dans ses fourgons 900,000 francs : il a fait distribuer presque entièrement cette somme aux soldats. Qu'était-ce pour tant de besoins ? On apprend bientôt tout ce que ces malheureux prisonniers ont à souffrir. L*Empereur voudrait leur venir en aide. Mais comment le ferait-il efficacement ? Bien qu'on eût déjà vendu ses chevaux et ses , voitures de campagne, qu'avait-il alors entre les mains ? Dans la lettre du 17 septembre, dont nous citions déjà plus haut, quelques lignes, il l'apprenait à Tlmpératriée, — arrivée elle-même en Angleterre, les mains vides : « Jen'ai avec moi que 260,000 francs ; mais, comme toi, je suis fier de tomber du trône sans avoir placé de l'argent à f étranger. »

Pas d'argent à l'étranger? Où se trouvent donc les économies de l'Empereur? Nulle part ! Il aurait pu très légitimement en faire, nous l'avons dit ; mais il nq s'en est pas soucié. Ce qu'il aurait eu le droit, peut-être le devoir d'épargner est tombé dans les innombrables mains tendues devant lui... Non, pas tout cependant : une faible partie a été employée à des acquisitions, faites soit pour satisfaire une fantaisie de collectionneur, — comme celle du musée chinois de Fontainebleau, ou du cabinet d'armes de Pierrefonds ; soit pour conserver une demeure historique et remplie de souvenirs, — comme celle de La Malmaison; soit pour être agréable à un souverain détrôné, — comme celle du Palais des Césars ; soit pour encourager les progrès agricoles, — comme celle des fermes modèles de Champagne,

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des Landes, ou d*Alg6rie *. En achetant ioul cela, Napoléon III ne songeait certes pas à faire un placement pour Tavenir; tout cela cependant lui créerait maintenant des ressources nécessaires, — ^,si tout cela, sauf le Palais des Césars, n'était sous séquestre et n'y devait rester longtemps : ce qui en sera rendu ne le sera qu'à Tlmpératrice, après la mort de Napoléon III.

La paix conclue, un ofQcieux, voyant avec peine à quelle situation se trouve réduit l'Empereur, lui suggérera un moyen de rentrer immédiatement en possession de ces biens personnels : c'est d*en faire dire un mot par le roi Guillaume au gouvernement de Paris; et une lettre du 17 février racontera comment a été accueillie cette étrange idée : cr Je reçois les propositions les plus absurdes. Quelqu'un me conseillait de demander à celui qui est le maître aujourd'hui d'intervenir pour qu'on me rendit mes propriétés! f ai répondu que je m'humilierais presque, s il le fallait i pour obtenir de meilleures conditions pour la France^ mais que, pour fnoi personnellement, je préfère^ rais ne manger que du pain noir plutôt que de rien de* mander dans un but d'intérêt privé. Je ne conçois pas qu'il y ait des gens qui ne comprennent pas la dignité qu'on doit garder dans le malheur. »

Napoléon III a heureusement une autre manière de se procurer quelques fonds. Par Tenlremise de son ancien et Qdèle ami le comte Arese, il vend le Palais des Césars au gouvernement italien, pour près d'un million, en stipulant celte clause, — où l'on retrouve son invariable sollicitude pour tous ceux qui l'ont approché, — que le chevalier Pietro Rosa en restera le conservateur et pourra y continuer ses fouilles. Du produit de la vente il est fait deux parts égales; Tune est expédiée à Chislehurst, Tautre reste à Wilhelmshœhe : elle n'y restera pas longtemps I

1. Quant AUX « propriétés d'Italie •, ellei te réduisaient à celle de QTita-NuoTa, léguée par le roi Louis à son fils et qui ne Talait pas précisément • cent millions! •

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Quand il ne pouvait presque rien envoyer lui-même aux prisonniers, Napoléon III avait voulu du moins recueillir de Targent pour eux ; et, le 17 novembre, il avait prié Tlmpé- . ratrice de Ty aider : « Je compte créer à Bruxelles une société gui recef>ra des offt'andes pour donner aux prisonniers finançais des vêtements chauds et des sabots. Je souscrirai 10^000 flrancs pour moi et 5,000 pour toi. Je voudrais bien qu^à Londres on fît la même cliose, car les besoins sont' grands et le nombre des prisonniers est im^ mense »... Maintenant qu'il est riche j il peut se montrer plus généreux, — si généreux que, le 23 février, il devra lui-même confesser ses fblies, sans la moindre contrition d'ailleurs : « fai dépensé beaucoup pour venir au secours des officiers et des soldats ; et quand Je vois combien avec

peu de cJiose je faisais d* heureux^ je ne m'en repcnspas. » On pourrait croire que cette bienfaisance était intéressée, et qu'en soulageant les prisonniers Napoléon III cherchait à entretenir parmi eux d'utiles dévouements. Et« bien entendu, on le disait alors en France. On fit même tant de tapage à ce sujet que V Indépendance Belge^ écho du gouvernement de la Défense Nationale, et confident de ses appréhensions, somma la Prusse de mettre un terme aux « intrigues » de Wilhelmshœhe. « C'était trop I cela révolta l'entourage de l'Empereur et quelques-uns de ses amis qui lui en écrivirent. On voulut lui persuader de cesser tout acte de bienfaisance envers les prisonniers. » Se priver de ses dernières ressources pour fournir une nouvelle arme aux calomniateurs, c'était vraiment, lui disait-on, une duperie : Napoléon III ne se laissa pas persuader. « Pour taire taire ces bavardages stupides, il fallait faire choix entre divers sacrifices : ou bien cesser les secours, comme on le lui conseillait; — ou bien s'abaisser jusqu'à faire publier dans les journaux des rectifications qui ressembleraient à des réclames ou à des excuses; — ou bien enfin éteindre le sentiment de la reconnaissance dans le cœur des infortunés, en leur dissimulant l'origine des bienfaits. San» .

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hésiter, sans écouter aucun conseil, Napoléon choisit ce dernier parti. Les secours ne furent pas suspendus un seul instant, mais on s'arrangea pour que la source en demeurât inconnue '. » H. Alfred Pommier, « grand industriel français, établi depuis des années à Leipsick, » devint le distributeur des bienfaits anonymes de Wilhelmshœhe. « Il sut remplir cette mission de haute conQancc avec tant de dévouement, une discrétion si absolue que Napoléon 111 se déclara plus d*une fois son obligé' » ; — et que V Indépendance Belge se déclara satisfaite : « Voyant qu'il ne pouvait pas corrompre le républicanisme de Tarmée, Tcx-cmpereur avait sagement cessé ses distributions d'argent qui déshonoraient le soldat français. »

Mais, à en croire les nouveaux maîtres de la France, cette distribution de déshonorants subsides était la moindre des « intrigues » de Wilhelmshœhe et de Ghislehurst. Voulant reconquérir le pouvoir à tout prix, on n*y reculait devant aucun moyen. On y conspirait avec Tennemi pour entraver la défense nationale. Si la France manquait d*armcs pour repousser Tcnvahisseur» ccn*élait pas parce qu^autrefois les républicains avaient empêché l'Empereur de lui en donner, mais parce qu'aujourd'hui l'Empereur empêchait les républicains d'en acheter. Nous n'inventons rien. Le !•' novembre 1870 (qu'on retienne cette date !), du balcon de la Préfecture de Tours, Gambetta déclare que le gouvernement fait tous ses efforts pour se procurer des fusils, des canons, mais qu' « il rencontre sur les marchés étrangers la concurrence ennemie » et que « cette concurrence est faite par l'homme de Sedan. >» Du balcon de la Préfecture de Bordeaux, le 1*' janvier 1871 , il adjure le pays de ne pas oublier que « la fortune adverse contre laquelle se débat son génie » est « l'œuvre des intrigues de Bonaparte au dehors. »

En racontant, avec preuves à l'appui, ce qui s'était fait, depuis le 4 septembre, à Ghislehurst et à Wishelmshœhe,

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