‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 18 sur 44 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

La question est dans les affaires humaines ce qu'est l'ontologie dans la question du salut : c*est une hypothèse qui, faisant du gouvernement une chose, non de raison, mais d'habileté; non de science, mais do sentiment (appelez ce sentiment comme vous voudrez, ambition, orgueil, dévouement, ou patriotisme), deux volontés, l'une qui pense, l'autre qui exécute.

Or, s'il est une chose prouvée dans la philosophie et dans l'histoire, c'est que, de quelque manière que se fasse le partage, quelque équilibre que l'on mette entre les attributions; qu'on fasse la nation tout entière législatrice ou souveraine, et le roi simple mandataire de ses volontés; ou bien que le despote veuille et ordonne seul ce qu'auront à exécuter ensuite tous les citoyens; ou bien, enQn, que la puissance législative soit confiée à une ou plusieurs assemblées de représentants, et la puissance executive à un conseil de directeurs ou de ministres : toujours, par cela môme qu'il y aura distinction, il y aura

opposition, antagonisme, impossibilité; toujours il y aura révolution et catastrophe.

La pensée et l'action doivent être dans le gouvernement, comme dans Thomme, indivisiblemenl unies : voilà le point de départ de la nouvelle critique. En conséquence de ce principe, l'Assemblée nationale^ représentant la nation exerce tous les pouvoirs, le pouvoir exécutif comme le pouvoir législatif, non point par délégation à des ministres, comme le supposaient et l'amendement Grévy et Tamendement Flocon, comme le supposent encore la plupart des démocrates, mais par elle-même, en divisant le travail entre ses comités, lesquels nomment chacun leur rainisire et leurs agents, sauf ratification et contrôle de l'Assemblée.

De plus, tous les citoyens étant égaux, tous étant censés, par conséquent, participer au gouvernement et à la loi, il résulte que le gouvernement et la loi doivent découler d'une science exacte et mathématique, qui n'ait plus rien de personnel, d'occasionnel, de circonstanciel, mais qui, absolue dans ses principes et ses conclusions, implique le consentement et l'adhésion de tous les citoyens, ce mode de participation au gouvernement et à la loi étant le seul possible dans une démocratie de 30 millions d'hommes!...

Voilà, encore une fois, ce qu*ontdit, sur la politique, les nouveaux réformateurs, plus connus généralement sous le nom de socûiiisies.

Les socialistes sont opposés aux politiques, comme les idéalistes, ceux (|ui nient l'ontologie, le sont aux malérialist(»s et aux psychologues. Pour les premiers, la politique est tour à tour et indifféremment anar-

NAPOLÉON m 185

chie ou arbitraire; comme Tontologie est pour les idéalistes, tour à tour et indifféremment, le culte des indulgences ou le doute obsolu. Quant aux politiques^ l'arbitraire est tout ce qu'ils veulent : sans l'arbitraire, en effet, il est évident qu'ils ne seraient rien.

Le socialisme aspire à gouverner la société par une science positive : la politique n'est que fantaisie.

Le socialisme dit, par exemple : Tant que le salaire du travailleur ne sera pas égal à son produit, le travailleur sera spolié, et la production au lieu de donner la richesse, créera la misère. Cela est démontré, cela est aussi sûr que deux et deux font quatre. Il faut donc trouver une formule d'opérations industrielles qui, en respectant toutes lesjibertés, faisant la part de toutes les aptitudes, donne moyen d'équilibrer le travail et le salaire. — C'est possible, dit la politique ; mais ces choses-là ne sont pas bonnes & dire; il faut s'en déférer à la tradition révolutionnaire. Occupons-nous de dégommer les ministres cft de changer les préfets 1

Le socialisme dit : La vraie et réelle fraternité des nations consiste dans la libre communication de leurs idées, dans la circulation de leurs produits et dans le juste équilibre de leurs échanges. Tant que vous n'aurez pas, d'un seul coup et par une même opération d'économie générale, aboli les douanes et garanti le travail national, les peuples, quoi que vous fassiez, seront divisés d'intérêts, séparés par des barrières : ils seront ennemis. — C'est encore possible, répond la politique; mais je ne connais rien à votre balance du commerce, et je m'en soucie comme de cela! Commençons par déchirer les traités de 1815 ; marchons

IGG NAPOLEON III

au secours de l'Italie et de la Pologne; envoyons une garnison k Ancone!...

Le socialisme dit encore : 11 faut centraliser le crédit^ réduire le tarif de lintérèt, organiser rechange direct et mutuel.

Car le droit au travail n*est autre chose que le droit au capital ;

Le droit au capital^ aujourd'hui que tout est approprié^ ne peut s*exercer, pour ceux qui ne possèdent rien^ que par le crédit ;

Kl le crédit^ là où manque Thypothèse, c'est rechange.

Tant que vous n'aurez pas trouvé moyen de créer la richesse pour tous par la facilité de la circulation^ l'extension du débouché, la gratuité de l'échange, le peuple sera misérable, mal nourri^ mal logé^ mal vêtu, vicieux, crapuleux, ignorant, sujet à toutes les infirmités du corps et de l'âme. Cela est prouvé par A plus B; c'est certain comme une proposition d'algèbre. — Et qu'y a-t-il de commun entre l'algèbre et moi? s*écrie sur ce coup la politique. Je ne connais rien à vos X. Je m'en vais décréter 400 millions d'assignats, tant pis pour les derniers porteurs ! prendre un milliard aux riches, tant pis pour les citoyens qui ne seront pas pauvres 1 abolir l'hérédité, tant pis pour les pauvres qui auront des parents riches ! imposer les objets de luxe, tant pis pour les ouvriers de luxe ! faire des ateliers nationaux, tant pis pour l'industrie libre 1 la liberté n'est pas nationale. Je m'y connais, allez, en économie politiquel Ne porte-t-elle pas mon nom? ne suis-je pas sa marraine ?...

Le socialisme reprend : Les affaires d*une nation doivent être administrées comme celles d*une société anonyme, suivant les règles de la science économique et de la comptabilité, par des agents dont les attributions soient rigoureusement définies, relevant directement de l'assemblée des actionnaires, et contrôlées à toute heure par un conseil de surveillance. L'autorité doit rester une, impersonnelle; les fonctions être séparées, le travail divisé, les emplois coordonnés...

— Je vous dis que l'économie politique est la servante de la politique, répond celle-ci, et vous, vous êtes un endormeur du peuple, vous n'êtes point révolutionnaire. Je vous parle constitution, constitution^ entendez- vous? c'est-à-dire séparation des pouvoirs, et vous me répondez parla séparation des emplois I.,, 11 s'agît de gouvernement, et vous vous occupez d'équilibre f Nous sommes dans la hiérarchie, et vous faitesdel'économie !... Laissez donc, socialiste rêveur^ le monde aller comme il va, et mêlez-vous de vos affaires !

— Ah I s'écrie le socialisme, politique menteuse, politique hypocrite, je te connais, je sais ce que tu demandes! Tu es aujourd'hui ce que tu étais il y a soixante ans ; tu veux toujours recommencer l'histoire; sous le nom de démocratie, c'est la royauté que tu appelles. Tiens, te reconnais-tu dans ce tableau phrophétique ? Regarde :

EPÛ-jL'ES PARALLÈLES DE l'hISTOIRE DE FRANCE

i:SC*-18»Xi 1848

Louis XVI. roi Louis-Philippe, roi.

Mirabeau Lamartine.

Lafayette Cavaignac.

Robespierre Ledru-Rollin.

Barras Thiers.

Bonaparte, empereur Bonaparte, empereur.

Est -il clair, à présent, qu'en votant pour la présidence tu voles pour la monarchie? Est-il clair que Lamartine, Cavaignac et Ledru-Rollin, qui ne s*en doutent guère, te mènent droit à Bonaparte ? Veuxtu, oui ou non, politique maudite, être du peuple? veux-tu être socialiste?...

Il est deux choses que les moins éclairés du peuple ont comprises: c'est, d'un côté, que la présidence est la pierre d'attente de la monarchie, tous les démocrates l'avouent : d'autre part, que, pour opérer une révolution, il faut des principes. En 89, la révolution était plus spécialement politique; elle a eu ses principes politiques qui nous régissent encore. En 4848, la révolution est plus particulièrement économique et sociale; l'idée politique étant épuisée, il faut donc découvrir de nouveaux principes, absolus en théorie, mais que la société appliquera selon la mesure de ses forces et de ses besoins.

Les d<';mocrales, conduits par leur lanterne politiquC; n'en sont pas là.

Ainsi, après des votes réitérés contre la présidence, ils votent la Constitution, c'est-à-dire la présidence, puisque sans distinction des pouvoirs, en un mot sans

présidence^ il n'y a pas de Constitution; — c'est-àdire qu'ils votent la monarchie.

Ceux qui ne votent pas s'abstiennent : c'est -à dire que sur la question monarchique, nettement posée par la Constitution, ils n'ont pas le mot à dire^ ils sont indifférents.

Et ceux en très petit nombre — dix ou douze I — qui ont voté contre la Constitution^ n'en trouvent pas moins très bon, très légitime, très démocratique^ de poser ensuite une candidature à la présidence, c'està-dire d'adhérer à la Constitution! Le principe est sacrifié à l'homme, la politique immolée à la politique!

Quant aux principes qui doivent régir la société nouvelle, les démocrates s'en inquiètent peu, ou plutôt ils les nient. Ils déclarent qu'ils sont avant tout hommes politiques, qu'ils veulent vivre de la vie politique. Seulement, comme le peuple n'est pas tout à fait du même sentiment, ils se disent, en murmurant, qu'il serait impolitique de repousser ouvertement le socialisme, et vile ils publient un manifeste y le plus socialiste, à les en croire, de tous les manifestes.

Lisez plutôt :

Organisation du travail par l'Etal ;

item des banques par l'Etat ; Exploitation des chemins de fer par l'Etat;

item des canaux par TËtat;

item des mines par l'Etat;

item des assurances par l'Etat ; Colonisations par l'Etal ; Apprentissage par l'Etat; Etc., etc., etc., par l'Elat; Rien par les citoyens, tout par l'Etat I

En vain le socialisme leur crie que ce qu'ils veulent esl monarchie pure^ pur despotisme; ils n'entendent pas. L'Etat, par lui-même, est improductif; il ne travaille point; n'importe, on le fera organisateur. L'Etat est obéré : c'est lui qui donnera crédit. Les travaux confies àTEtat coûtent 30 pour iOOplus qu'ils ne valent : on chargera TEtatdes exploitations les plus difficiles.

Ajoutez à ce système des inventions comme celles-ci :

Abolition des octrois, — qu'on remplacera par une autre taxe ;

Abolition de l'impôt direct, — précisément le seul normal, le seul conforme aux principes, le seul démocratique et égalitaire, quand on l'aura établi sur sa véritable base;

Substitution de l'impôt direct et progressif à tous les autres : — ce qui est précisément reconnaître la suzeraineté du capital et consacrer le privilège.

Le socialisme dit qu'il faut faire produire au peuple, par la réforme économique, la liberté, l'égalité et la fraternité, comme il produit, par le travail, la richesse. La politique confisque la liberté, prend d'une main à la propriété ce qu'elle donne de l'autre au prolétariat; et elle appelle cela du socialisme.

Comment est-il possible que le peuple, étourdi, démoralisé, tiraillé en tous sens, ne prenne à la fin une résolution funeste?

Comment, pour ne parler ici que de politique, alors que la prudence et les principes commanderaient de s'abstenir en masse, et de renvoyer à l'Assemblée nationale la nomination du président de la Républi-

que, comment la nation ne tomberait-elle pas dans le piège tendu à sa bonne foi? Comment échapperaitelle à la contradiction? Comment^ après avoir voté la République en avrils ne voterait-elle pas la Monarchie en décembre? Comment à une question mal posée, ferait-elle une réponse raisonnable?...

C'est en vain que le socialisme, qui, lui, cherche la paix avant tout, qui ne veut triompher que par la discussion, qui ne s'adresse qu'à la raison, montre les conséquences funestes du vole politique sur la présidence, l'essor donné aux espérances royalistes, les coups d'Etat, la guerre civile !

La politique ne veut rien entendre. Suivant elle, Vagitation est nécessaire à la vie politique; il lui faut de l'éclat, des manifestations, du mouvement. Quand elle n'y trouve pas matière à portefeuilles, elle y trouve matière à discourir : elle a son compte, elle est satisfaite.

Ce que cherche la politique, hélas 1 à moins que le bon sens populaire ne vienne déjouer ses intrigues, elle l'obtiendra. La Constitution y passera. Examinons, s'il vous plaît, ce chef-d'œuvre de la politique.

En faisant la Constitution, l'Assemblée nationale, il faut lui rendre justice, a montré plus de bonne volonté que de jugement. Elle a pris toutes les précautions imaginables pour empêcher l'usurpation du président. Elle a enlacé, emmaillé, garrotté le chef du pouvoir exécutif, de manière à faire de lui un instrument passif, docile, obéissant. Par malheur, ^'Assemblée nationale ne s'est pas aperçue que ces précautions tournaient contre elle-même, et qu'en

vertu des principes qu'elle a elle-même posés^ si le président de la République^ le jour de son arrivée au pouvoir, s'emparait de Tautorité et jetait les représentants par la fenêtre, il ne ferait, après tout, que se conformer à la Constitution, violée dans ses propres articles et par ses propres auteurs.

Si j*étais président de la République, voici la harangue que je ferais pour ma bienvenue à l'Assemblée nationale :

« Citoyens représentants,

» La Constitution est renfermée tout entière dans » les articles 20 et 43, que je vais vous rappeler :

» Art. 20. Le peuple français délègue le Pouvoir » Législatif à une Assemblée unique.

» Art. 43. Le peuple français délègue le Pouvoir » Exécutif à un citoyen qui reçoit le titre de président » de la République.

» Ces deux articles préexistaient à votre mandat. Ils résultaient en faitj de la volonté du peuple qui demandait une Constitution, et qui vous a envoyés pour en faire une; en droite du principe reconnu par vous, article 19, et hors duquel il n'y a pas de Constitution, savoir, que \d. séparation des pouvoirs est la première condition d'un gouvernement libre.

» Ur, la Constitution que vous avez faite, citoyens représentants, est d'un bout à l'autre la violation de ce principe, de ce droit et de ce fait. Et le premier actie do mon autorité sera de revendiquer vis-à-vis de vous les droits que je tenais du peuple avant que je fusse désigné par ses suffrages, avant même que vous eussiez proclamé la Constitution, droits que vous

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avez arbitrairement, abusivement, frauduleusement sacrinés et méconnus.

» Par votre article 41), vous obligez le président de la République à prêter serment à la Constitution, en présence de C Assemblée nationale,

» Je suis prêt à jurer devant Dieu et les hommes^ mais à condition que vous prêterez à votre tour serment entre mes mains. Car les pouvoirs de TEtat sont égaux, émanés tous deux du suffrage universel, également soumis à la Constitution, et réciproquement responsables, comme double manifestation de la souveraineté du peuple. Pourquoi, je vous le demande, le président de la République serait-il tenu de jurer, quand les représentants ne jurent pas?

» Par votre article 48, vous limitez la durée de la présidence à quatre ans, de même que, parParticleSl, vous avez borné à trois années la durée de votre propre mandat. A cela je n*ai rien à dire. Mais vous ajoutez que le président de la République ne pourra être réélu, qu'au bout de quatre autres années, pendant que les représentants demeurent, eux, toujours et indéfiniment rééligibles.

» Je serais indigne des suffrages du peuple, si je ne m'opposais à cette inégalité de conditions entre les pouvoirs, à cette insultante contradiction. Ou je suis votre égal, citoyens représentants, ou je ne suis rien; je m*en réfère à l'article 19.

» Vous dites, article 50 : Le président dispose de la force armée sans pouvoir jamais la commander en personne.

» Je vous demanderai, citoyens, comment vous accordez ensemble la libre disposition et la privation

de rautoriio; l*inlerdiction du commandement et la qualité de chef du pouvoir exécutif, ct^ qui plus est, de chef respousable? Qui donc commaodera^ si je ne commande? Sera-ce vous, citoyens? sera-ce le pouvoir législatif? Entre vous et moi, il n'existe pas, il ne peut exister d'autorité mitoyenne : je demande la réforme de cet article.

» L'article î>3 porte :

» Le président de la République négocie et ratifie les traités — mais, ajoute-t-il aussitôt, aucun traité n'est définitif qu'après avoir été approuvé par t Assemblée nationale.

» Quelle différence, je vous prie, mettez-vous entre V approbation et la ratification?... Evidemment ce n'est plus ici le pouvoir exécutif qui exécute, c'est rAsseinbloe. Car l'approbation, c'est tout. Quediriezvous d'un conseil de surveillance qui, dans une société en commandite, ferait acte d'administration? Vous diriez que dans cette société les pouvoirs ne sont pas divisés, mais confondus; que surveillance et gérance, étant même chose, ne sont plus rien... Je demande sur Tarlicle 53, que le second paragraphe soit supprimé.

» Art. 51. Il veille à la défense de tEtat, mais ne peut entreprendre aucune guerre sans le consentement de l'Assemblée nationale.

» Donc encore, c'est l'Assemblée nationale qui veille à la défense de l'Etat; ce n'est pas le président de la République, qui n'est plus qu'une sentinelle en faction devant l'ennemi.

» Ou conservez par devers vous tous les pouvoirs, citoyens représentants; ou bien, si la charge vous

semble trop lourde^ ot que vous teniez à la ConstitutioD, vous supprimerez le second membre de cet article, qui, sans cela, serait une violation flagrante du principe constitutionnel.

» Art. 53. // a le droit de faire grâce , mais il ne peut exercer ce droit qu'après avoir pris l'avis du conseil d'Etat. — Les amnisties ne peuvent être accor^ dées que par une loi.

» Toujours des mais! — Mais le conseil d'Etat est votre créature, citoyens représentants; mais le conseil d'Etat est un bureau établi par vous, afin de vous assister dans vos travaux; mais, si le président de la République doit, pour l'exercice de son autorité, prendre Tavis du conseil d'Etat, le président de la République n'est plus que le procureur de l'Assemblée nationale I Croyez-moi, rayez ce mais et ce qui s'ensuit.

» Par les articles 37 et 58, sous prétexte que vous seuls avez le droit de légiférer, vous ôlez au président de la République le droit de faire opposition à vos décrets, alors même qu'il les trouverait inexécutables, et ne lui accordez qu'un mois pour la pro mulgation.

» Ceci est de la tyrannie, citoyens représentants. Si vous pensiez que le chef du pouvoir exécutif put répondre de l'exécution des lois qu'il n'aurait point faites, tandis que les auteurs mêmes de la loi demeuraient irresponsables, il fallait retenir par devers vous l'exécutif aussi bien que le législatif, et supprimer la Constitution. Citoyens, vous allez faire de deux choses l'une : ou vous accorderez le veto au président de la République; ou bien, à défaut du vélo vous

VOUS donnerez à vous-mêmes une seconde Chambre pour contrôle et contre-poids : sans cela, nous ne pouvons marcher d'accord et je déclare dès aujourd'hui que je m'oppose à la promulgation de vos lois, je ne les exécuterai pas.

» Art. 59. — A défaut de promulgation par le président de la République^ dans le délai déterminé par l'article précédent, il y sera pourvu par le président de V Assemblée nationale.

» Usurpation de pouvoirs, conflit d'autorités. Je vous défends, citoyens représentants, de promulguer quoi que ce soit ; sinon, je m'oppose à vos délibérations.

» Art. 65. Il a le droit de suspendre ^ pour un délai qui ne pourra excéder trois mois, les agents du pouvoir exécutif élus par les citoyens .

» Suis-je donc le chef du pouvoir exécutif, ou n'en suis-je que V instrument? Suis-je responsable ou non?.. . Je demande formellement la suppression do cette incidente, pour un délai qui ne pourra excéder trois mois.

» Il ne peut les révoquer que de l'avis du conseil d'Etat,

» Je vous défends, une fois pour toutes, à vous et à votre conseil d*Etat, do vous ingérer dans mes attributions.

» Art. G8. Le président de la République^ les minist)*es, etc., sont responsables,

» Je vous rappelle, citoyens représentants, au principe de la séparation et de l'égalité des pouvoirs. — Ou le président de la République no répondra de l'exécution que comme TAssemblée nationale répond

lie la législation: c'est-à-dire que sa personne sera déclarée constitulionnellemcînt inviolable et élevée au dessus de toute responsabilité eiïective; ou bien, il participera à la confection de la loi, et la loi résultera du concours des deux pouvoirs, comme disait notre ancien droit public : Lex fit comensu populi et constitutione régis. Vous ne pouvez sans injustice, sans péril pour l'autorité présidentielle et pour Inr- «Ire public, le vouloir autrement.

» Toute mesure par laquelle le président de la République devant t Assemblée nationale, la proroge, ou empêche l'exercice de son mandat, est im crime de haute trahison.

» Ajoutez donc, citoyens représentants :

« Ttuit empiétement de rAssiMublée nationale dans » les attributions du président de la Uépublique : » toute usurpation dans ses pouvoirs, tout empécbe- )) ment à l'rxrrcicc de son autorité, est un crime de » liante traliison. »

» Par ce seul fait, le Président est déchu,.., le pouvoir exécuf if revient de plein drf)it à F Assemblée nationale.

)) Je demanda la radiation de ces nmls : Le pouroir exécutif revient de plnn droit à IWssembléc nationale. comme in(*onstitutionnels, et impli(|nant cette idée anarchii|ue ([ur? le pouvoir «'xécutifest une déirjjîition tlu léijislatil'.

» Art. 7î). Le conseil d'Etat est consulté sur les projets de lois du gouvernement.

» (hii, si tel est le bon plaisir du président «le la ilépul)li<pie.

» // (le conseil d'Etat) propose les règlements (Tadministration publique.

» Oui, encore, lorsqu'il en sera requis par le président .

» // fait seul ceux de ces règlements à l'égard desquels l'Assemblée nationale lui a donné une délégation spéciale.

ï) Je renouvelle à votre conseil d'Etat toutes inhibilions et défenses d'intervenir en rien dans l'administration, dont je suis seul chef plénipotentiaire et responsable.

• » Tels sont les principaux articles de la Constitution pour lesquels je requiers une révision immédiate; avec les modifications indiquées par moi.

» Mais ce n'est pas tout, citoyens.

» Le décret du 28 octobre, par lequel vous avez fixé le jour de mon élection, et auquel je dois l'insigne honneur de représenter devant vous le peuple français, ce décret renferme une série de nullités sur lesquelles j'appelle votre attention patriotique.

» Le jour où vous avez voté la Constitution, citoyensreprésentants, ce jour-là, bien que non appelé encore, bien que non élu, j'existais. J'existais, dis-je, avec la plénitude de mes droits, comme l'enfant au sein de sa mère existe avec la plénitude des droits du fils de famille. Vous n'étiez plus alors, en attendant ma venue, que les dépositaires de mon autorité, que vous deviez conserver intacte, et me remettre dans son intégrité. Comment donc avez-vous pu, en votant le décret pour la nomination du président de la République et la mise à exécution du pacte national, vous réserver, pour un temps indéfini, l'exercice

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d'une partie de mes pouvoirs? Comment avez-vous pu donner et retenir? faire à la fois du provisoire et du définitif; d'un coté, amoindrir mon autorité, et puis confisquer, le reste?

» Vous dites dans votre décret :

» Art. 6. Aussitôt après qu'il aura été proclame par {^Assemblée nationale, le président de la République -exercera les pouvoirs qui lui sont conférés par la Constitution à l'exception toutefois des droits qui lui sont attribués par les articles 55, 56, 37, 58, le droit de promulgation étant réservé au président de C Assemblée nationale.

» Usurpation!

» L Assemblée nationale constituante conservera, jusqu'à f installation de la prochaine Assemblée législative, tous les pouvoirs dont elle est saisie aujourd'hui, sauf le pouvoir exécutif, confié au président,

» Usurpation I

)) Art. 7. Jusqu'à la constitution définitive du conseil d'Etat y une commission de trente membres, élus par V Assemblée dans les bureaux, au scrutin secret et à la majorité relative^ exercera les pouvoirs attribués au Conseil d'Etat par les articles 54, 64 et 69 de la Constitution.

» Usurpation I

» En vain prétendez-vous que les lois organiques font partie intégrante de la Constitution, que jusqu^à ce que ces lois soient votées, votre mission n'est pas remplie, et que vous gardez la plénitude de vos pouvoirs.

» Les lois organiques sont des lois comme toutes les autres, ainsi que nous l'a dit un homme qui s'y

enleiKl, riionorable M. Barrot. Toutes les lois .sont de nature organique, vous dis-je. regardez-y de plus près, et vous en resterez convaincus.

» Klles sont si bien organiques, qu'il ne vous est pas possible de déterminer rationnellement le nombre, Tobjel ni Timportance de celles auxquelles vous prétendez réserver cette qualilication, et que le provisoire (jue vous avez arbitrairement créé pourrait ne jamais iinir !

» Ou plutôt, la seule cliose qui soit véritablement organique, c'est la séparation de nos pouvoirs respectifs. Hors du là. toute loi est loi, indistinctement, et comme telle elle doit être délibérée en conmiun entre l'Assumblée nationale qui la vote et le président de la Républiipir, seul n^sponsable de l'exécution.

» Vax saisissant le pouvoir qui m'est confié par la (]o^slilnli^^^, je déclare donc solennellement, à l'Assrmhlrt; nationale et an peuple, qu'à dater de ce jour" hHionslilution est en vigueur, et que vos pouvoirs sont expirés, .b* vous invite, en conséquence, citoyens, à V(Mis <lissoudre et à faire place à l'Assemblée légiï^*lalive ([ui doit vous succéder immédiatement. Des ordres soril donnés pour faire fermer le lieu de vos séances !... »

r.ioil-on (|ue rAs.semblée nationale constituante t'ùl (jucbjue chose à répli(|uer àc<da?Etsi la politi(|ue, qui n'est autre chose ([ue la tacli<iue de l'arbitraire, (|ui ne vit (|ue de divisi(»n do pouvoirs et de conllits d'aulorilés ; si celle polilicpie qui, après six mois de bavardantes, est enlin a<îcoucliéc de la Charte-Marrast, di^iie sœur de la Charte-Bérard, devait prévaloir dans h*s conseils du pays, croit-on que le peu-

pie dût protester contre les prétentions du président et remuer un passé pour la défense de ce chef-d'œuvre ?

A Dieu ne plaise que j'excite le peuple au mépris, pas plus qu*à Pémeute, pour ce chiffon de papier qu'il appelle aujourd'hui sa constitution I Et puisque nous sommes condamnés, de par la politique, à prendre parti sur cette ridicule question de la présidence, puisque nous avons la main forcée, à Dieu ne plaise que je conseille aux citoyens de rester dans Tinaction t...

La politique Ta voulu : il faut voter! Votons donc, non pour choisir, mais pour protester. Votons, puisque la monarchie esta nos portes, et que chaque vote qui se dérobe donne une chance de plus au candidat monarchique. Votons, par égard pour nos législateurs, par respect peur Tordre et la paix publique I Votons : mais n'oublions pas que si, aux termes de la Constitution, la présidence, la royauté, aurait tout droit contre l'Assemblée nationale, ce droit tombe devant la souveraineté du peuple, qui seul peut dire en quelle mesure il entend donner son pouvoir et conférer son autorité.

CHAPITHK XII

Pouniiioi nous avons combattu la candidature de Louis-Napolt'on. — Le comité électoral central de Paris. — Cavaipnac consid^'Té romnn* pis-aller do la démocratie. — Lqs responsabilités dr réb'clion. — La loi du Vote. — Retour vers 1»> système inouarchico-ronstitutionnel. — Les trois pouvoirs balancés. — Napoléon se trompt' de route. — Quel est lo passif? — Le manifesta aux électnirs. — Silène»» prudent. — Vive la République! et Amnistit*! — Résultat exagéré des impôts. — 11 faut dégrever lo ]>rolétariat. — M. Léon Faucher et les socialistes. — Le président a tué lif prét«'ndant. .— La Révolution» c'est moi! ^ Idée constitutive du pouvoir.

Nous avons conihatlu la candidature de Louis .Napoh'oii par les moyens qui liaient en notre puissance^ la poléniiqur et le vote.

Toute (|ues(ion de personnes mise à part^ nous savions, et iml ne pouvait l'ignorer, que l'élection de Louis-^^lpol^nn, posre par la réaction, ne pouvait profiler qu'à la réaclion. .4 priori donc^ nous devions nous prononcer contn* cetl(^ candidature.

D'accord ensuite axoc le comité électoral central de Paris, qui <îrut devoir au liru de s*al)stenir, interve-

nir dans le vole, nous voulûmes, en choisissant un candidat, élever le chiiFre de la majorité absolue, et par là rendre plus difficile Tavénement de Bonaparte.

Tout le monde, dans le parti démocratique et social, semblait si bien d'accord de cette tactique, que, lorsqu'il s'agit de choisir un candidat, symbole do leur protestation, il fut unaninftîment reconnu que l'homme, sur lequel seraient appelés les suffrages des démocrates ne pouvait être qu'un candidat honoraire : M. Ledru-Rollin, dans un<» lettre adressée au comité, l'a formellement reconnu.

Cavuignac était donc le pis-aller de la démocratie, qui, mieux inspirée alors qu'elle n(5 le fut plus tard, voulait avant tout, en sauvant l'intégrité de la forme, se ménager le travail plus facile pour la réforme du fonds...

Xous entrâmes franchement dans cette voie dont nous n'avions point pris l'initiative : et, eu faisant lo sacrifice de notre opinion personnelle, nous donnâmes Tiîxemple de la discipline. Le but de notre vote ainsi marqué, peu nous importait lo candidat ; il était même égal pour nous qu'il y en eût deux ou un seul: toute la question était de connaître nos forces et d'écarter Napoléon.

Depuis, nous n'avons pu juger, à la vivacité de l'opposition qui nous fut faite au sujet de la candidature deRaspail, que plusieurs de nos coreligionnaires politiques, tout en signant la foi démocratique et sociale, et faisant serment de haine à la présidence, cachaient la pensée, coupable à nos yeux parce qu'elle était aussi contraire au socialisme qu'à la démocratie, de faire aboutir leur candidat. La candi-

18'i NAPOLÉON III

daliirc de M. Lfîdru-Rollin, qui ne devait être, coinni»* celle de ilaspaii, qu'une simple protestation, devint loul'à coup une candidature sérieuse,, aussi sérieuse, par conséquent aussi menaçante, aussi hostile pour nous que celles de IS'apoléon et de Cavaignac. C'était uncî apostasie contrj^ laquelle notre devoir était de protester, une combinaison machiavélique que nous avons combattue de tous nos efforts, mais que nous ne nous vantons pas d'avoir fait échouer : la minorité flagrante du parti démocratique et social rendant, pour le moment, Téchec inévitable.

Au reste, pour mettre tout le monde à Taise et ne rien déguis(»r de notre pensée, nous dirons sans feinte qu'indéptmdamment de notre fidélité inviolable au principe antiprésidentiel, si la candidature de M. Ledru-lloUin avait eu la moindre chance de succ«>s, et qu'il eut dépendu de nous de la faire avorter, nous l'eussions fait. Nous n'avons pas plus de confiance aux idées que représente aujourd'hui M. Lcdru-Rollin qu'à celles représentées par le National et Cavaignac. M. liedru-Uollin, — nous voulons dire la fraction démocratiipie dont il est le chef, — n'a pas fait une assez longue quarantaine dans le lazaret socialiste pour que nous le croyions déjà transformé, purifié de cette rouiUe politiqu(î qui a produit tous les échecs de la Uévolution depuis février.

Ainsi donc, si aujourd'hui I^ouis-Napoléon Bonaparte est élu président de la République, la responsabilité ne peut nous en revenir. Elle est tout entière à ceux qui, mangeant le mot d'ordre, ont voulu exploiter à h'ur profit l'horreur qu'inspirait Cavaignac, et qui, ne pouvant faire croire à leur succès, ont pré-

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cipilé vers Napoléon la plupart des démocrates.

Qu'on essaie^ maintenant, d'atténuer la portée du vote ; qu'on l'explique, qu'on le torture, qu'on l'excuse, il n'en demeurera pas moins vrai que le fruit appartient tout entier à la réaction : car, eiî toute guerre, ceux-là seuls profitent de la victoire qui ont tenu le drapeau dans le combat. La démocratie socialiste a commis la même faute que le parti légitimiste, qui, lui aussi, a voté, par tactique, pour Napoléon, croyant servir les intérêts de Henri V, et qui n'a fait autre chose que couronner le prétendant bonapartiste à la place du sien.

Quoi qu'il en soit, Louis-Napolécm Bonaparte est président. C'est le président de la réaction, non pas de la réaction légitimiste, qui s'est annihilée en lui portant ses voix ; non pas de la réaction jésuitique, réduite, depuis 89, à se dissimuler sous tous les gouvernements et à chanter le Domine salvum fac pour tous les princes ; non pas même de la réaction financière et bourgeoise, qui depuis juin s'était personnifiée en Cavaignac ; mais de la réaction monarchiqueconstitutionnelle, qui, sur ce pivot de la présidence, s'apprête à reconstruire le système à bascule brisé en février.

Voilà ce que, de par la loi du vote, est pour nous Napoléon.

En vain vous protesterez, démocrates ; en vain vous essaierez de pallier votre défaite par les calculs d'une misérable tactique. Louis-Napoléon vous dirait, le sénatus consulte de 1804 et l'acte additionnel de 1815 à la main : Je suis le vrai monarque constitutionnel qui devait régner sur la France. Louis XVIII, Char-

les X et I.ouis-Pliili[»p«» n'ont ét«'î que des intrus, des usurpateurs, contre lesquels le peuple a protesté en juillet 1830 et frvrier 1818, comme il vient de prolester, en me choisissant pour président, contre la K6pul)li(|ue du Luxernhour*^ et des i.j centimes. La restauration et le dernier règne n'ont été qu'une surprise de Thistoire. un vol l'ait à la famille du grand Napoléon. Kst-il surprenant que cet admirable system(î constitutionnel, (ruvre de Sieyès et de TEmperour, exploité par Ir mensonge, n'ait produit que le mensonge, et qu'il ait été balayé par deux révolutions V Kranrais, vous n'avez pas vécu depuis 1811 : A n'cnmniencer avec moi !...

Tri pourrait être le discours de Louis-Xapoléon, appuyé sur son parrain le Consiiiufionnel et sa marraine la Prrsse. vi escorté de cinq millions et demi de suiïra^^es! Ke(*onnn(Mirons donc, puisqu'ainsi l'a voulu le peuple. La voix du peuple, dit-on, est la voix de Dieu : (*(;lte idée nous revient sans cesse depuis (puî nous voyons fonctionner le suffrage universel. Il faut rniivenir pourtant (|uele peuple a parlé comme un linruMM» ivre. Mais, dit le proverbe, il est un Dieu pcMir les ivroirnes. Kecoinmençjons. Combien durera l'expérience / (i'i'st <'e (ju'il s*agit de calculer.

S'il n'est pas douteux (pu» l'élection de Napoléon- LiMiis suit, un retour v(»rs le système monarchicoroiistitulioiiiiel. aux trois [K)uvoirs balancés, à l'allure éipiivoqiH' <'t lM»ur';<M»ise, il est certain aussi qu'il y a dans relie élection (|U(»l(|ue chose qui en amortit sin<;uliérenient reilel, disons mémo qui en condamne l(» [)rincip(\ Njipoléon le Jeune, do, même que Napoléon le <iran(l, porte avec lui l'idée, le dard qui le

tuera. Notre devoir, à nous démocrates socialistes, loyaux adversaires qui ne voulons pas la mort du> pouvoir, mais qu'il se convertisse, est de dégager publiquement cette idée. Notre plan de campagne était fait d'avance contre Cavaignac : nous allons dire quel il sera contre Napoléon, si, dans le labyrinthe où il vient de s'engager, Napoléon se trompe en route I

Dans rélection de Louis Bonaparte., nous faisons deux parts, ou, pour employer le style des gens d'affaires, nous établissons deux comptes : Tun qui comprend tous les progrès de la réaction triomphante sans l'emblème de Bonaparte et qui se résume dans cette expression décisive : Monarchie Constitutionnelle ; l'autre, qui contient toutes les obligations contractées envers le pays et les électeurs par le prétendant. Le premier de ces comptes forme, pour ainsi dire, V actif, le second forme le passif do la présidence.

Nous savons suffisamment par l'expérience de ces trente-trois dernières années, en quoi consiste l'actif : voyons un peu quel est le passif.

Dans son manifeste aux électeurs, Louis-Napoléon Bonaparte a dit, entre autres choses, que son unique ambition était, après avoir rendu la République heureuse et prospère, de rendre, à l'expiration des quatre années de sa présidence, le pouvoir, tel qu'il le reçoit aujourd'hui, à son successeur.

Par ces paroles, Louis-Napoléon a Tait acte d'adhésion formelle, non seulement à la République, mais à la Constiuttion. Il s'est engagé à respecter et à faire respecter la Constitution. Il a abjuré toute prétention monarchique, toute arrière-pensée contre-révolution-

nairo. Et ceux (|ui oui volé pour lui onl fait comme lui acle d'adliésion à la Hcpubliquey à la Constitution, (i'est une première obligation, une première dette, qui engage l'avenir de Louis-Bonaparte, qui l'arrête tout court sur la ligne où le porte fatalement le sens politique de son élection. — Louis Bonaparte, par le principe de sa candidature, bien plus encore que par S(»n inclination, tend à rétablir la monarchie constitutionnelle, et, comme Louis-Philippe, à fonder une autre dynastie. Par les articles de son manifeste, au contraire, et par le principe de vote, il s'est obligé à rendre au bout de quatre ans la Constitution présidentielle en l'état où il l'aura reçue : je voudrais savoir conmient lui et ses conseillers pensent satisfaire en même temps au vœu du principe et au devoir de l'engagement ?...

(le n'est pas tout. Louis Bonaparte, qui, depuis son entrée à l'Assemblée nationale, a constamment gardé un silence prudent; qui a su avec tant d'habileté se taire, alors que tout le provoquait à parler; Louis Bonaparte n'a pas eu toujours la même réserve. Il a eu <lans sa vie le malheur d'écrire : il a écrit des choses singulièrement hasardées, et ces choses-là, bien loin de h^s dissimuler, il les a reproduites à l'occasion de s;i candidature ; il s'en est servi comme d'un levier électoral ; elles font partie do son manifeste, car elles l'accompagnaicmt. Nous voulons parler ici surtout de la brochure intitulée : Extinction (lu pauporisme.

Un Bonaparte doit savoir ce qu'il dit. L'extinction du paupérisme, c'est l'émancipation du prolétariat; c'est le droit au travail; c'est la société sens dessus

dessous. Bonaparte, en un mot, n'a fait ni moins ni plus que Ilaspail et I.edru-Rollin : pour obtenir des voix, il s'est fait socialiste. Ainsi l'ont compris les paysans et ouvriers qui ont donné leurs voix à Louis- Xapoléon.

Vive la République! criaient les uns; Amnistie! disaient les autres. A bas Cavaignac ! A bas les riches ! c'était le refrain de la majorité. Les plus déterminés ajoutaient : Nous lui donnons six mois! doublant le terme assigné au gouvernement provisoire par les insurgés de février.

Tout cela, qu'est-ce autre chose que le commentaire du Manifeste et de VExtincf^on du paupérisme?

Vive la République! donc, à bas l'Kmpire î à bas la monarchie' constitutionnelle, bâtarde de l'Empin» et de la République !

Amnistie! c'est-à-dire : Rendez-nous Barbés, Ilaspail, Hlanqui. Caussidiére, Louis Blanc. Rendez-nous les transportés de Brest, de Cherbourg et de Rochefort. Oublions nos querelles de mars, d'avril, de mai, de juin, de décembre ! Amnistie ! Ah ! président de la République, si vous avez jamais prtîssé la main du prolétaire, si votre cœur a battu sur sa poitrine, ce sera de toutes vos dettes la plus douce à acquitter, la moins périlleuse! L'amnistie vous fera durer autant que vos cinq millions de suffrages.

A bas Cavaignac ! c'est-à-dire à bas le capital î ^1 bas les riches! traduisez : A bas les pauvres ! à bas l'exploitation de l'homme par l'homme ! à bas la misère ! — Les représentants du peuple, dévoués à la conservation du monopole», étai(*nt allés solliciter en faveur de ('4avaignac. — Xon ! non! point de (lavai-

gnac, Irur ont répondu les paysans : Vive Napoléon ! A bas les riches !

Lallépnblique^ la Conslilution^ Tamnistic, rextinction (lu prolétariat^ Torganisation du travail ; voilà ce que nous appelons, nous, le passif de la présidence.

Maintt^nant, il s agit, pour le nouv(d élu, do faire fionneur à sa signature. Avec quoi paiera-t-il, le citoyen président ? Comment pensez-vous qu'il satisfasse à toutes CCS demandes, qu'il remplisse ces pro- UH^sses, qu'il acquitte ces obligations, qu'il évite le protêt à l'échéance ? Croyez- vous que ce soit avec la remise do quelques impôts, qu'il faudrait immédiatement remplacer par d'autres, que Louis Bonaparte donnera le chang<? à ses créanciers?...

L'impol sur le sel, la gabelle, produit au Trésor oG millions. Je suppose cet impôt intégralement aboli et la consonunation doublée : ce sera comme si Louis Honaparte faisait don au peuple, qui l'a élu, de 116 millions par an.

L'impôt sur les boissons produit 103 millions. Je suppose cet impôt aboli, et la consommation doublée, c'est-à-dire l'usage ou bénéfice du vin augmenté du doubbî pour le consommateur qui s'en prive et par consécpicnt la vente doublée pour le vigneron qui ne sait (ju'en faire : ce sera comme si Louis Bonaparte faisait un nouveau don au peu[de de 206 millions.

Je porte à 100 millions les droits d'octroi et de douane sur la viande, les céréales et autres substances alimentaires, supposant ces droits abolis et la consommation doublée : bénéfice pour le peuple : 200 millions.

Les droits sur les sucres produisent 70 millions.

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Supposons celle perceplion abolie el la consominalion doublée ; ce sera un nouveau surcroît do bien-être pour le peuple de liO millions.

Ensemble 6G2 millions, dont il faudra dégrever immédiatement le budget des communes et de l'Etat, dans rintérêt du bien-être et de la santé publics !

Six cent soixante-deux millions divisés par 36 millions de citoyens, et 365 jours dont se compose Taûnée, donnent au quotient — comme expression arithmétique de l'amélioration physique^ morale et intellectuelle du peuple obtenue par l'abolition de 662 millions d'impôts — cinq centimes dix millièmes par jour et par tête !...

Mais ce résultat est exagéré, parce que 662 millions défalqués au profit de la classe travailleuse devront èlre reportés sur la classe riche : c'est-à-dire que pour combler le déficit du budget, il faudra toujours augmenter ou créer d'autres impots; or, c'est ici que la question se complique et que l'embarras augmente.

L'impôt foncier nci peut pas subir d'accroissement : ce ne sont pas seulement les 43 centimes de la République qu'il faudrait en retrancher, ce seraient plutôt 90 centimes.

La patente est dans le même cas.

La personnelle et mobilière peut être rendue progressive au moyen d'un impôt sur le revenu : on évalue à 60 millions la recette qu'on en tirerait.

L'enregistrement et le timbre sont déjà excessifs : seulement on pourrait, par le procédé Goudchaux, faire rendre davantage au droit établi sur les successions collatérales : soit 20 millions par an.

Tabacs, postes, droits do navigation et trajisit., déjà trop forts : pas d'augmentation possible.

Soit donc 80 millions à déduire des G(>2 dont il faudrait dégr(»ver la consommation du peuple ; ce qui ramène à cincj centimes, au lieu de cinq centimes six dixièmes, la somme de bien-être que pourrait donner an peupbî l'abolition des ({uatre catégories d'impôt quo nous avons précédemment énuméréos : impôt sur le sel. impôt sur la viîinde et les céréales., impôt sur b's sucres.

Ainsi, pour doimer au peuple cinq centimes de revenu par jt)ur et par tète, on endetterait chaque année l'Ktal de ;>S2 millions. Mais, comme l'Etat ne peut pas plus sc! |)assrr d • budget que la société ne peut se passer (le irouvernement , il arriverait infailliblement, avant Tcxiiiration de la première année, ou (|uo tous 1rs impôts srrairnt rétablis, et par conséquent la misère ramenée au statu (fno\ — ou que TKtat ferait ban(|uritMile. c'est-à-dire (|ue la nation n'aurait plus de gouvern'Mnenl . chose impossible dans une républit|iie à présidence.

Au lieu de (^Wl millions, ne diminuez que la moitié, h' tiers ou le quart ; laites telle combinaison et compensation (pie V(mis voudn.»z : vous ne sortirez jamais de cv cercle de la misère du peuple et de la ban(|uenMile de TMlat.

On |)arle en ce moment d'un emprunt de oOO millions à II 0, sous la eaulion de r«»mpereur Nicolas ! — .l'admets (pu» cet empi'unl soit rempli demain. (,)uaiid vous aui'e/ comblé le (léli(îit déjà connu pour Tannée I8is, el le délicit prévu pour l'année 18iî), il ne restera divs ."»()() millions empruntés. «pTune rente

annuelle de 30 millions à ajouter au budget de la République et à répartir entre les travailleurs. Tel est le résultat le plus clair, le plus net qui puisse nous advenir de la nomination de Napoléon.

Je demande donc à Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République française:

Avez- vous de quoi faire face à vos obligations électorales ?

Et, sans m'enquérir des questions politiques, faciles à résoudre, quand vous aurez résolu le problème de la misère, pouvez-vous, dites-moi, réduire des trois quarts votre budget, doubler la production nationale, quadrupler la riioyenne du revenu du tra^ vailleur ?

Pouvez-vous dégrever le prolétariat, non pas momentanément, de SOO millions, qu'il vous faudra lui redemander ensuite, à peine de livrer le pays à Tanarcbie, mais à perpétuité, de cinq milliards de rente que le travail paie au capital.

Pouvez-vous créditer les associations ouvrières, faire cesser l'antagonisme industriel, garantir à tous l'instruction, le travail, la sanlé, la richesse, la liberté ?

Si vous le pouvez, hàtez-vous de nous le faire connaître et de justitier le choix du peuple : car nous sommes vis-à-vis de ceux qui nous gouvernent, impatients et impitoyables. Sinon, je vous le déclare au nom de ce même peuple, vous n'êtes qu'un emprunteur de mauvaise foi, un misérable faussaire, (|ui, le jour mémo où il signe son contrat, rêve déjà aux moyens de faire banqueroute.

C'était il y a trois jours le 29 janvier. On parlait

(lu coup d*Ktat; car depuis que vous êtes président, on en parle, et tant que vous serez président on en parlera. J*étais curieux de savoir s*il était vrai que Ton songeât à l'Elysée, à célébrer ce glorieux anniversaire. Je me rappelais cette journée mémorable où vous parûtes tout à coup à cheval, au milieu des canons « des clairons, des tambours, prêt à enlever de votre opéo jésuitique ot absolutiste cette couronne qui ilort sur la tombe du grand empereur. M. Léon Faucher sonnait Thallali contre les socialistes; un réquisitoire, signé Barocht\ venait d'être fulminé conlre un représentant du peuple, votre serviteur, qui, dans un article de journal, avait mal parlé de vous. i>n s'attendait à un 18 brumaire. Eh bien ! citoyen président, t)ù en est aujourd'hui le thermomètre bonapartiste? Quel progrès a fait depuis un an ridée impériale?

iJrace à Dieu, grâce surtout à votre loyauté et à voire patriotisme, la Révolution est désormais hors de [»éril. L'audacieu.x aventurier s'est éclipsé devant l'hoMune d'Etat : décidément le magistrat l'emporte en V(Mis sïir le conspirateur. Ce que sollicite instamnuMit oehii-oi est obstinément refusé par celui-là; et nous sommes forcés de convenir que la République, cette ('haste liancée du peuple, pour mettre sa vertu i\ l'abri des entreprises du prince Louis et le tenir à dislanre respectueuse, n'avait rien do mieux à faire que <le le prendre iH>ur chaperon. Le président a tué le prétendant : là est le secret de votre situation; là est la pensée de notre gouvernement. Le sociedisme, j)ar ma bouche, vous en félicite et vous en remercie.

Que le vulgaire vous reconnaisse et vous raille;

que les badauds sifflent ces velléités de consulat et d'empire qui échappent toujours, comme des bouteilles rivresse, à la faible nature de Thomme, malgré les rebuffades du chef de l'Etat ; que les chauvins de la démocratie maudissent la lâcheté et l'hypocrisie qui forment le fond de votre système; les vrais révolutionnaires savent apprécier vos services ; ils rendent justice, citoyen président, à la profondeur de vos vues; et tandis que les imbéciles déplorent l*liumiliation de la patrie, ils applaudissent à vos succès. Ils savent que, comme il y a en vous deux hommes, Tun, ambitieux, sans vergogne, bohémien de haute lignée, qui ne vise à rien de moins qu'à régner sur la France, et par droit de scrutin, et par droit de naissance; l'autre, magistrat incorruptible, occupé les trois quarts de son temps à réprimer cette ardeur usurpatrice : de môme, pour assurer le triomphe de la Révolution, il n'y avait qu'à suivre une seule politique, vous l'avez adoptée du premier coup avec un désintéressement suprême.

Puissance du droit, puissance du devoir, ce sont là de vos miracles 1 qui nous dira comment, en quatorze mois, le président de la République est parvenu à dompter en lui le vieil homme, à faire taire le prétendant, à museler le conspirateur? Car, nous pouvons le dire, à présent que nous ne le craignons plus, ce n'était pas un esprit ordinaire, que cet échappé de Ilam, couvert des huées de la Constituante, et qui, trois semaines après, recueillait cinq millions et demi de suffrages.

Il avait parfaitement compris le héros si ridiculement dédaign»'; de Strasbourg et de Roulognc, el il

avait Ole seul à le comprendro, que le nom de Napoléon était une force capable* de précipiter une dynastie, d'escamoter une République, et de révolutionner TEurope. En cela il s'était montré plus intelligent mille fois que Louis-Philippe et tous ses ministres : l'élection du iO décembre Ta fait voir. Napoléon, revenant d'Egypte, ou de Tîle d'Elbe, n'avait pas jeté à la nation un regard plus puissant.

11 était merveilleusement inspiré, le neveu du grand homme, en juin 1818, quand il faisait appuyer sa rentrée en France par des républicains de la veille et drs socialistes; comme aussi lorsqu'il chercha à se rapprocher de la Montagne, et n'en fut empêché que par la rivalité de sa candidature avec celles de Haspail et Ledru-Rollin. Il savait que le jacobinisme est essentiellement dictatorial : or la dictature, c'est l'empire, témoin Jules César., proclamé du même coup par la plèbe dicfator et imperator; témoin Napoléon lui-même, renégat du jacobinisme, et que madame de Staid appelait Robespierre à cheval. L'afGnité entre Louis Bonaparte et la Montagne était si vraie, que, ne pouvant s'exprimer par une alliance, elle se résolut en un antagonisme : la cause première du 13 juin est là.

N'avait-il pas raison encore, au point de vue de son ambition, Louis Bonaparte, quand, après l'éleclion de décembre, il voulait que le président do la République mil à la porte celte assemblée d'eunuques, s'omparàl résolument de l'autorité, et, au lieu de (lescen»lre bourgeoisement à l'Elysée, se fit proclamer chef inamovible de l'Etat? Qui donc, en ce moment, lui eut résisté? Le 23 décembre Louis Bo-

napartc était aussi fort que le prolétariat le 24 février.

Et le 29 janvier, trente six jours après son installation au domicile présidentiel, pensez-vous qu'il fût déjà trop tard? La proposition Râteau, si mal développée, si mal appuyée, ne fournissait-elle pas à un acte de vigueur un magnifique prétexte? Un homme résolu se fùt-il niaisement retiré, comme firent 0. Barrot devant Tattitude passive de TAsscmblée, et Changarnier devant le calme du peuple? La victoire du 13 juin, remportée dans des conditions bien plus difficiles, a donné la mesure de ce que pouvait oser Louis Bonaparte, dans les quarante jours qui suivirent son élection. Le succès était certain : le président et ses conseils n'ont pas voulu.

Depuis lors, la chance pour Louis Bonaparte, et conséquemment le péril pour la République, n*a fait que diminuer : honneur, encore une fois, en soit rendu au président, dont la vertu civique nous a servi de sauvegarde. Mais Louis Bonaparte manquait-il de clairvoyance, le 8 mai, en applaudissant aux efforts de l'armée d'expédition; le 18 août, en parlant de haut à la papauté; le 31 octobre, en flétrissant une Assemblée rétrogade, et tout récemment en publiant le premier numéro de Napoléon, donnant à entendre, par chacun de ses actes, que la politique suivie par le Gouvernement du 10 décembre était diamétralement contraire aux vœux de son ambition, et que, plus le temps l'éloignait du jour do son élection, plus il perdait de son prestige, plus s'évanouissaient ses espérances ?...

Il faut le dire et le proclamer bien haut : Louis

i'JS NAPOLÉON III

Bonaparle a été, après février, l*uiiiquc danger de la République; el rien que Louis Bonaparte, élu par le suifrage universel ne pouvait nous en délivrer. Le président seul a triomphé du prétendant. Louis Bonaparte a commencé de déchoir du jour où il lui a fallu lutter avec le rôle que lui faisait son mandat; le premier do ces échecs a été son élection. L'empire lui était assuré, si, par un accident de scrutin^ Cavaignac ou Ledru-Ilollin avaient été élus, ou si l'Assemblée constituante avait déclaré la candidature de I^ouis Bonaparte comme celles de Joinvillc et de Chamhord, inconstitutionnelles. Pour arriver aux Tuileries, avec le fanatisme des masses, ce n'était pas la route de Télection qu'il fallait prendre; c'était comme conmie à Strasbourg, à Boulogne, celle de la conspiration.

(iloire à vous donc, citoyen président, qui avez su remporter sur vous-même la plus belle victoire I ^'()us avions admiré Cavaignac vous remettant le pouvoir, quand il n'eût peut-être tenu qu'à lui de le garder? Vous, en ne prenant du pouvoir que ce que vous en accorde la Constitution, vous avez surpassé (îincinnalus. Nous n'aurons point d*empereur; l'occasion est é('ba])pée ; Louis Bonaparte ne la rattrapera pas.

Que si^ de la considération de l'homme, je passe à celle du système, je trouve encore que la Révolution, le socialisme, la <lémocratie européenne vous doivent, citoyen président, une impérissable reconnaissance.

La Constitution votée, le chef du pouvoir exécutif élu, Louis Bonaparte devenu plus que jamais redoutable à la liberté, deux politiques s'offraient au pré-

sident : Tune consistait à amortir, à annihiler la Révolution, en s'en faisant hardiment le chef et Torgane; l'autre à généraliser Tidéo révolutionnaire, et à lui donner une impulsion irrésistible en Tirritant. Ici encore Louis Bonaparte s'était montré d'une habi* leté consommée : l'abnégation du président a déjoué ses calculs.

Louis Bonaparte avait compris, avec cet instinct rapide et sûr, qui est le propre des grandes ambitions, deux choses : c'est d'une part, que le nom de Napoléon était, avant tout, un nom révolutionnaire, et, de l'autre, que, l'ancienne féodalité vaincue, lo champ de bataille de la Révolution n'était plus dans la politique, mais dans les intérêts. Il s'était, de longue main, préparé pour cette situation : comme la majorité de ses électeurs, mais avec plus de conscience que ses électeurs, Louis Bonaparte était socialiste; socialiste, dis-je, non pas du lendemain, et pour le besoin de sa candidature, mais socialiste de la veille, socialiste dogmatique, qui avait jugé le problème du siècle, et qui en avait essayé, comme tant d'autres, la solution.

Supposons que le nouvel élu, plus fidèle à ses appétits Napoléoniens qu'à son mandat constitutionnel, se fût fait, comme son passé littéraire et son intérêt évident l'y poussaient, le héraut du socialisme; qu'il eût dit, à l'exemple de son oncle, la Révolution c'est moi! et qu'appuyé sur les masses, il eût rompu en visière avec la majorité conservatrice et réactionnaire de l'Assemblée : par cette simple manœuvre, les vieux partis étaient éliminés, les chefs d'école balayés, Louis Bonaparte porté en triomphe. Le gage

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de l'empire, pour Tx)uis Bonaparte, était dans la garantie que son nom donnait à Tidée révolutionnaire ; le progrès du socialisme, qui s*est depuis dix mois accompli parmi les paysans, montre à quel point une manifestation en ce sens était de sa part attendue^ avec quelle ivresse elle eût été accueillie. Avec ces deux noms, Napoléon et Révolution^ accouplés ensemble comme un mot de passe, Louis Bonaparte mettait la République démocratique et sociale dans sa poche; il devenait en trois jours plus puissant que cinquante victoires n'avaient fait son oncle, l'empereur. L'exemple de celui-ci, fournissait, du reste, un argument : ce fut à force de se montrer révolutionnaire, terroriste même, à Toulon, à Saint-Roch, à Campo-Formio, aux Pyramides, que Napoléon réussit à prendre le consulat à Saint-Cloud, et, quatre ans après, l'empire à Noire-Dame. Louis Bonaparte le sentait : le président seul l'a empoché.

— Non, a dit l'élu du 10 décembre, se parlant à luimémo, tantôt par la bouche d'Odilon Barrot, tantôt par celle de Dufaure ou Changarnier : cette Révolution appartient au peuple; il faut qu'elle s'accomplisse exclusivement par le peuple. L'Etat ni le prince n'y doivent en rien intervenir. Le véritable empereur, aujourd'hui, c'est le prolétaire, sorti tout à coup du sol on frvrior; le prolétaire, qui, en posant la question du travail, a reculé de cent mille lieues riiorizon politique; le prolétaire, qui déjà, par l'iminensilé de ses idées, fait paraître si mesquine l'épopée do Sî) et î)3, et pâlir l'astre impérial. Nul n'a droit de parler de la Révolution que le prolétaire ; nul, hors lui, ne sera sacré empereur. C'est à lui qu'il

faut faire gagner les grades; c'est lui qu'il faut conduire, par la persécution, à la victoire. Donc, ni consul, ni empereur, et pas de coup d'état; mais, au nom de la liberté, réaction à Tidée de Février. Guerre au socialisme ; respect à la Constitution t

— Eh quoi, a dû, mainte et mainte fois, répondre au stoïque président l'impétueux Louis Bonaparte : vous, le neveu, l'héritier de l'empereur, vous continuerez la politique du gouvernement provisoire; vous suivrez les errements de la Constituante et de Cavaîgnac I Vous vous ferez, par dévouement au socialisme, le bouc émissaire du juste-milieu; vous serez l'âme, damnée des doctrinaires et des jésuites ! Pour la gloire de cette République que répudia l'empereur, vous livrerez au mépris du monde le nom de Bonaparte I Pour attiser le feu des révolutions, et laisser au prolétariat le temps de grandir et de prendre la robe virile, vous vous ferez, pendant quatre ans, eunuque volontaire, quitte, à l'expiration de ce temps, de vous retirer avec les économies obtenues sur vos appointements et les menus profits de la place!

— 11 le faut : les temps sont venus où la liberté, moyen et but des Révolutions, doit renouveler toutes choses. Jadis, on distinguait le pouvoir en spirituel et en temporel : le pape, vicaire de Dieu, avait le premier; l'empereur, image du peuple, tenait le second. A présent, le pouvoir se divise également en deux, mais sous une autre formule : le matériel et V idéal. Ce n'est rien d'avoir pour soi la force des canons et des baïonnettes; de disposer dos armées; de faire courir des myriades de procureurs et de mouchards. Tel qui passe sa vie entre les murs d'une prison est

plus puissant, avec sa plume et un carré de papier, que le président de la République avec toutes les forces de TEtat. Le vrai pouvoir, c'est l'idée : ce que vous appelez pouvoir, et qui excite si fort votre convoitise, n*en est que le capul mortuum.

Or, ridée constitutive du pouvoir, c'est la liberté. Liberté! ànie du monde^ principe créateur^ conservateur et régénérateur, vie des nations, force universelle, idée absolue, devant laquelle les autres idées sont comme des étincelles voltigeant dans l'infini, sans laquelle Dieu lui-même est le mal, et la propriété le vol!...

Mais l'idée de liberté est encore vague : le gouvernementalisme dépravant les nations, l'esprit d'indépendance s'est éteint au cœur des masses. Pour que la liberté pénètre de nouveau les âmes, il faut la chasser de vive force avec le marteau de la persécution et le coin de la calomnie. Le pouvoir d'un côté; la liberté, ou pour mieux dire, l'humanité de l'autre : il ne faut pas moins que cette opposition suprême, pour soutenir la Révolution, avortée de février. Du des[)olisme, encore du despotisme., et toujours du despotisme, tel <'si Tordre de la Providence, telle est l'œuvre suprême des gouvernements au xix* siècle. Depuis trop longtemps bercé par ses tribuns et ses empereurs., le peuple sommeille : lève- toi, bonhomme Jacques; lève-loi, John Bull; lève-toi, Hans le Têtu, tes princes et les prêtres te défient : c'est ton président, ton mandataire, ton serviteur qui t'appelle, qui te sollicite, à force d'oppression, à conquérir ta liberté. Hurrah, le prolétaire!...

Merci donc à vous, citoyen président, merci ! Per-

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sévérez dans votre guerre liberlicide. Le peuple maudira voire mémoire : celui qui règne là-haut^ et qu'adorent les Thiers, les Montalembert, les Faucher récompensera vos mérites. Sans vous, le pouvoir, tombé aux mains de quelque empereur populaire, eut obscurci longtemps encore la pure notion de la liberté. L'idée est mûre à présent; vous pouvez lâcher la bride à votre sosie. Louis Bonaparte, grâce à vous, méprisé, coulé, rjiiné, n*est plus à craindre pour la démocratie. Faites le coup d*Etat qu'il vous demande : chassez-moi ces vieux parlementaires, installez-vous aux Tuileries, et proclamez-vous, de votre pleine autorité, empereur. Ce sera pour le pays engourdi, comme la nouvelle d'une invasion de Cosaques. Les républicains attendent de vous ce dernier bienfait, pour vous dire ce qu'ils ont dans la tête et dans le cœur. C'est maintenant chose assurée, nous aurons un coup d'Etat. Louis Bonaparte a fait un pacte avec le Diable. Le Diable, après avoir coupé en cinq ou six tronçons la majorité parlementaire^ ainsi que le constate ce matin le Crédit, d'après le témoignage des Débats, du Comtitutionnely de VOr* dre, de \ Assemblée nationale, a écrit lui-même, sous la figure de M. Véron, et signé de sa griffe la cédulo par laquelle il garantit l'empire à Louis Bonaparte. Le Constitutionnel d'avant-hier contenait une copie de l'acte que tout Paris a lu, et qui, dénoncé hier par divers journaux, n'a reçu ce matin ni explication, ni désaveu. Ce que le Diable a écrit est donc écrit : nous aurons un empereur, nous aurons un coup d'Etat. Voici ce que dit le Père du Mensonge, le Vieux de la Calomnie, l'Enterreur des dynasties

ot (les républiques, qui s*appelle le Diable ou le Constihifionnel :

« Au milieu des pouvoirs mobiles qui, après la Révolution de février, ont été dévorés en moins d'un an, le pouvoir élu au 10 décembre lire un surcroît d'inHut.'nce de sa seule durée comparative. Sans doute il a amélioré notre situation par la sagesse de ses ucti's politiques; mais le seul fait d'avoir franchi plus d'une année depuis son installation doit être compté comme une des causes de ce qu'il a rendu de sécurité au pays.

» Lu renaissance du travail et du bien-être a été en (pielque sorte progressive, comme la durée du pouvoir, image croissante de la stabilité politique. Pout-on so flatter que cette progression parallèle dans la durre du pouvoir et dans la confiance publique se ' continuera? Il faut bien reconnaître que non. Nous sommes menacés de voir se produire un effet tout conlrairo; car, tandis que nous serions naturellement conduits à nous confier davantage à mesure qut* lo pouvoir s'éloigne de ses commencements, nous nous in(iuiét<>rions au contraire davantage, à mesure qu'il s'approcliora do sa fin. Le repos d'esprit que sa durée oiroclive iumis donnerait, sa durée légale nous le relire. »

A coup sur. ee n'est pas M. Thiers qui a dicté cet

enlorlillage.

C'est ([uel(jue Allemand ou Suisse, faisant son apprentissage (le g(»nt de lettre politique et quotidien, comme ([ui dirait, le journaliste. Traduit du velclie en franeais, l'apologue du Cofistitutionnel signifie :

Que la pnispérité et la confiance ont été, depuis le

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10 décembre, toujours croissantes : — Opinion du Consiiiuiionnel;

Que eut accroissement de la confiance et de la prospérité est dû à la durée, comparativement plus longue, du pouvoir de Louis Bonaparte : — Assertion du Conslilittionnel'y

Qu'il n*y aurait plus de bornes à la prospérité et à la confiance, si le pouvoir de Louis Bonaparte devait durer toujours :

— Foi du Constitutiormel.

Mais que, vu la cessation, dans deux ans, du pouvoir de Louis Bonaparte, la confiance et la prospérité s'éteindront infailliblement sous peu : — Prédiction du Constitutionnel.

Donc, conclut le Constitutionnel, ou plutôt Satan :

« Là est, qui pourrait le nier? V énorme inconvénient de la CONSTITUTION. Le pouvoir ne se fonde qu'avec du temps; et la Constitution, il faut le dire, lui a refusé lo temps. Si encore elle avait changé profondément ses attributions 1 Mais non : elle lui a laissé tout ce qu'il embrassait; elle lui a maintenu son rôle immense dans l'ensemble de ractivito nationale. Elle a continué aie charger de tant de choses, que pouvoir et société sont unis, dans toutes leurs chances d'ordre ou de trouble, par la plus étroite des solidarités. »

En vérité, citoyen président, vous vous plaignez de graisse. Mais, si vous trouvez qu'il y en a trop, qui donc vous empêche de partager le fardeau? Qui vous oblige à gouverner et administrer seul ? Pourquoi n'avez-vous souffert dans vos ministères que des commis? Vous aviez dans Odilon Barrot une fièro

monture; dans M. Dufaure un vigoureux limonier : pourquoi vous êtes-vous défait de ces deux excellentes bûtes?

« Et c*est ce pouvoir^ auquel la société tient par tant de points, c*est ce pouvoir qui ne peut être ébranlé sans que toute la société en ressente les contrecoups, c'est ce pouvoir, disons-nous^ qu'on a créé dans les conditions d'un instabilité personnelle.

» Les défiances de la Constituante ont été excessives. Elle a craint de donner trop de force en donnant trop de temps au pouvoir exécutif, et, en lui en donnant si peu, elle nous a ùté ce qui est le nerf d'un peuple travailleur, la foi à Tavenir. C'est cette inquiétude du lendemain qui est le mal de notre situation actuelle... »

Suit un tableau lamentable de la situation, duquel il résulte, contrairement à ce qu'on nous disait tout à riieurc, (jue, depuis le 10 décembre, grâce à Vinstabilité du pouvoir, il n'y a, dans ce pays, ni prospérité, ni condance. Car c'est à cela que le diable se reconnaît : il nr peut parler sans mentir, et il ne peut mentir sans se couper : ainsi l'a voulu la justice divine. Je termine ma citation :

« On pourrait presque dire qu'on n'a pas donné à la duriM* du pouvoir politique en France l'espace de temps que demande une opération rurale pour s'accomplir : là est, en grande partie, le secret des souffrances de nos compagnons. On nous dira peut-être que, si Tinstabililé du pouvoir est un mal, c'est un mal sans remède, au moins immédiat, puisque c'est la Constitution (jui le contient. Il n'en est pas moins permis d'ÉTiDiER la situation. Un jour ne viendra-t-il

pas, d'ailleurs, où on aura le droit de raméliorer?... » Etudier la situation est joli, — surtout en attendant le jour où l'on aura le droit de raméliorer! — Belzébuth, mon ami, vous ne dites pas toute votre pensée. Quel crapaud avez-vous donc là, sur le cœur, qui n*ose pas sortir? Le Diable aurait-il de la pudeur ? Allons, je m'en vais vous servir d'interprète.

S'il est une chose certaine, indubitable, et vous qui savez tout vous ne l'ignorez point, c'est qu'en 1852, Louis Bonaparte, président actuel de la République, ne sera pas réélu ; il ne reviendra pas seulement avec le titre de représentant du peuple; il n'y aura pas de conseil municipal, de comice agricole qui veuille de lui. La Constitution sera révisée pour sûr. De savoir, après cela, quel nouvel élu sortira de cette revision, si ce sera Ledru-Rollin, Cavaignac, Changarnier, Joinville ou Chambord; de savoir même si le peuple se donnera un élu, c*est une autre question, que je n'ai nulle envie d'examiner en ce moment. Tout ce que je vous puis dire et prédire, c'est que l'élu ne sera pas, cette fois, un Bonaparte. J'ai de votre esprit assez bonne opinion, citoyen Satan, pour croire qu'en traitant avec Louis Bonaparte, vous tablez là-dessus.

Or si, comme vous le dites, la durée et la stabilité du pouvoir, tranchons le mot, si la prolongation, si l'hérédité du pouvoir présidentiel est indispensable à la confiance et à la prospérité publique; et si, en même temps, cette prolongation ou hérédité du pouvoir, à supposer qu'elle résulte d'une revision de la Constitution, n'a pas la moindre chance de profiler, dans deux ans, à Louis Bonaparte, il est évident d'un

coté, qu'en hoininc ilKlal dévoué à son pays, Louis Bonaparte ne doit point attendre jusqu'à Tannée 1852 de provoquer la revision de la Constitution; d'autre part, (|ue, candidat prudent et avisé, il ne peut se laisser souffler l'élection.

Donc, la prospérité et la confiance exigeant un coup d'Ktat, et Louis Bonaparte n'ayant de ressource que dans un coup d'Ktat, vous voulez un coup d'Etat. Je défie le grand diable d'enfer de raisonner plus juste.

Eh bien! vous voulez un coup d'Etat, nous le demandons aussi; et ce qui vous surprendra bien davantage, c'est que nous sommes des vôtres. Vienne le coup d'Etat, vous dis-je, nous marchons avec vous, au même cri, sous la même enseigne.

.N'y a-l-il pas de l'inhumanité, en effet, à attendre encore deux ans le bien-être du peuple, quand nous pouvons, avec l'aide do Louis Bonaparte, faire la chose tout de suite? Que risquons-nous? Le prolétariat n'a rien à perdre, et tout à gagner; la bourgeoisie, quasi ruinée, tient peu à conserver ce qui lui reste : pour elle, la meilleure spéculation est de jouer son va-lout et d'en finir. Tout est d'accord pour un hranle-has universel : le pouvoir, la bourgeoisie, le peuple. II n'y a(|ue les légitimistes, les orléanistes, les rapitalisics et h*s jésuites qui puissent faire quelque (lifliculté. Combien sont-ils? pas un sur cent. Va donc pour le «oup d'Etat, et Vive i/Empereur!

Vive l Empereur! — Vous nous permettrez, n'est-il pas vrai, citoyen j)résident, de crier à votre joyeux avènement : Vive ll^mpereur! Vous voulez bien que le pcuplt' vous acclame, et n'entendez point être seul de la fête. \ous irons tous, la ville, les fau-

bourgs, la banlieue, vous donner une sérénade.

Vive r Empereur! A bas t Assemblée nationale I — IVous avions résolu de la respecter et faire respecter jusqu'à la fin, parce qu'elle aussi, elle est, quoique indigne, l'élue du peuple. Ceux que nous avons engendrés, voyez-vous, nous les aimions à la perdition de nos unies — Vous nous avez fait changer d'avis, citoyen président. Nous pensons aujourd'hui, sur le compte de l'Assemblée nationale, exactement comme vous. A bas les hommes des vieux partis, les idéologues, les avocats! Ils sont là quatre à cinq cents (|ui méritent bien, n'est-il pas vrai, (jue le peufde. en proclamant son em[>ereur, leur fasse une petite visite domicih'aire ?

Vive i Empereur! A bas l impôt! — Vous nous l'aviez promis, ciloy«Mi ; (*t nous ne sommes pus moins empressés de toucher le prix de notre sullVaf^e, que vous de rrmj)lir votre promesse. Les financiers vous ont fait man(|uer de parole, les scélérats! Dites un mot, faites un geste, et comptez sur nous ! En un clin d'œil, les bureaux des jiercepleurs, dire«.*leurs, contrôleurs, recev(»urs généraux et payeurs, dévastés; les rôles des conirihutions brûlés: les octrois démolis; h' nuir d'enc<'inte ouvert en dix mille en«lroits : les lis<*aux n'en reviendront pas, je vous jure, ou ils seraient plus malins (juc nous!

Vive l Empereur! A bas l'usine! A bas les dettes! — Juscju'à présent, nous avions horreur de la banqueroute : plutôt {|ue (h» mancpier aux engagements contractés en notre nom par l'Ktat, nous élions résolus de Iravailler à mort, de vivre au pain et à l'eau, et (Tacipulter nos dettes. De tout temps la classe

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exploilro a fait fi î du l»ien d*aulrui : ronïmonl dauc sans cela st*rait-i*lle exploitée? Voire iiiinistro FouKi,. nous (lunuaiit. à entendre que nous étions dupes, a quelqiu' peu niudiiié. sur ce point, nos sentiments. Et puis, citoyen président, vous n** voudriez pas que tout fut pour vnus. Le peuple, vous faisant la part du lion, peut bien prétendre aux miettes du festin. Au prrmier signal du coup d'Etat, nous mettons garnison à la nan(|ue. nous prenons la Bourse d*assaut, nous brûlons le (îrand-Livre,, nous jetons à Teau les H'gistresde Thypotlièque : nous détruisons, aux cris de vive l'Empereur! les dossiers des notaires, avoués, greffiers, tous les titres de créance, de propriété. Du trmple de IMutus. de la citadelle capitaliste, il ne restera pas pierre sur pierre.

Vive tEmpf*rPur! A ban le^ calot ins, les Jésuites, les ifjtwrantins ! — Ils ne l'auront pas volé. Nous voulions bien leur continuer leur traitement, ainsi que leur casuel : quarante millions pour le budget des culles. sans compter deux ou trois cents millions escroqués aux familles, en dépit de Tarticlc 40.*) du (Iode pénal : c'(»st payer cber, qu'en dites-vous, la liberté de conscience. Nous les enfermerons si bien dans leurs capucinières, leurs évéchés, leurs cbapitrès, leurs séminaires, qu'il ne leur prendra jamais fanlaisie devons traliir, citoyen président, comme ils ont trabi tour à tour Eouis-Pbilippe, Louis XVIII et TEmpereur.

Vive V Empereur et Mort aux tyrans ! — On dit que les têtes couronnées veulent vous forcer de vous coaliser avec elles pour expulser de la Suisse Mazzini, Félix Pyat, et quelques autres proscrits, amis

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du peuple. Entendez bien ceci, président. Le jour où nous irons vous prendre à TElysée, déclaration de guerre sera faite aux empereurs d'Autriche et de Russie, aux rois de Prusse, de Bavière et de Saxe ; signification au pape, au roi de Naples et au duc de Sardaîgne, d'avoir à déguerpir, instanti quo, parce qu ainsi le veut le peuple français. Ah ! nous sommes un peu plus avances aujourd'hui que nous ne Tétions en février. Nous savons ce que nous voulons et ce qu'ils veulent.

Nous ne demandions pas mieux qu'une Révolution lente, progressive, pacifique : on nous souffle la terreur et la guerre.

Nous ne voulions, quand nous étions les maîtres, que deux choses, deux choses qu'aucune société n'a le droit de refuser, même aux malfaiteurs, du travail et du pain : on nous a donné du sang et du plomb.

Plus d'hypocrisie, plus de merci ! Faites votre coup (l'Etat, les travailleurs vous appuieront. Pas n'est besoin de les provoquer en coupant, sous leurs yeux, des arbres de liberté.

La liberté, elle est dans le cœur du prolétaire : elle ne pend pas à vos mâts de cocagne.

Paraissez seulement au balcon des Tuileries, ert costume impérial ; et la société, qui devait renaître du développement régulier de ses institutions, broyée sous nos mains frémissantes, commencera sa palîngénésie par le chaos.

t.llAI'lïUH XIII

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Il y a <l«*s ::»'iis «nii, à propos du 2 Jt'cembre, coiiiiiHMilaiil hi bt'cfnU'uce des RomuinSj vous disont h» plus sri'it.'uscincnl du uioudc : La nalion franraise f'sl «;«»i roiMpu<', d«''i:i'ut''rtr. làcht'. Kilo a trahi sa iiiissiou |)ro\ i»leulit'll«', rvxùv sa i!l«»iri'. 11 n" y a plus rien à alt«'n«IiH* d'ollr : qu'uut' auln» prenne sa place, et rrriiivr sa cniironur î '.

lîraucouj) de l'rain;ais rrpMenl ces sottises^ tant ils sont ju'ouipls à niCMlire (reux-nièmcs !

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