‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 20 sur 44 · L - ' ri :.:. i !■ iv :r — lli-ti-ir.- J*Kl;it. — Faift · texte numérisé non relu

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l'exercice des droits politiques^ crée la plus immense anarchie dont riiistoiro fournisse l'exemple; cette révolution, si grosse déjà do préparatifs, ne pouvait donc consister, d'une part, que dans l'abrogation, partielle ou totale, en tout cas progressive, des grands organismes qui à l'origine des sociétés servirent à dompter la nature rebelle des peuples; en second lieu, dans l'extinction des dettes, la propagation du bien-être, la transformation de la propriété, l'annihilation des partis; enfin, et pour tout dire d'un seul mot, l'éducation sociale et égalitaire des masses.

Ainsi la religion, symbolique de la société, fut de tout temps la première manifestation intellectuelle du peuple; le sacerdoce, son premier maître.

Sans que la révolution témoignât la moindre haine pour le culte, il y avait lieu de se demander, en 1818, si, d'après le principe de la liberté religieuse et le progrès de la raison publique, on devait entretenir plus longtemps, aux frais de la nation, un corps aussi redoutable que le clergé; si le temps n'était pas venu pour la société française de commencer la renonciation au culte, considéré comme principe de morale et instrument d'ordre ; s'il ne convenait pas à cette heure, dans l'intérêt des mœurs elles-mêmes, et sans dogmatiser aucunement, de transporter Tautorité religieuse au père de famille, comme on venait de transporter l'autorité politique au citoyen; d'apprendre aux masses que la prière n'est qu'un supplément de la réflexion, à l'usage des enfants et des simples; les sacrements et les mystères, une allégorie des lois sociales; le culte, un emblème de la solidarité universelle; de leur dire, enfin, que l'homme qui n'a

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de vertu privée, de fidélité aux engagements, de dévouement à la patrie, que par crainte de Dieu et du liourreau, loin d*ètre un sainte est tout simplement un scélérat?

Car. si Ton continuait de penser, avec quelquesuns, que le peuple ne peut se passer de culte ; que s'il ne va pas à la messe il dévastera les campagnes, brûlera les granges, pillera les magasins; qu'en admettant même, comme fait notoire, la décadence du catholicisme, la seule conséquence à tirer de ce fait serait de remplacer la religion officielle par une autre plus vu harmonie avec les besoins et les idées, nullement d'abandonner un intérêt si grave à l'arbitre des consciences; qu'en attendant il était de bonne politique d'appeler les prêtres à la bénédiction des drapeaux de la liberté et aux funérailles de ses martyrs; si, dis-je, tel devait être le jugement de la démocratie sur l'importance des cultes,alors on avait eu tort de chasser la dvnastie d'Orléans; il fallait s'en tenir à la réforme demandée par M. Duvergier dellauranne, appuyer simplement MM. OdilonBarrot et ïhiers. La théorie démocratique do la liberté est incompatible avec la doctrine théologique de la grâce : il faut chosir entre Augustin et Pelage, deux maîtres qui s'excluent réciproquement. Point de révolution dans l'Kglise, point de république dans l'Etat.

Pour moi, j'avais une telle foi dans la moralité du [leuple, malgré l'influence délétère du paupérisme, que je n'eusse point hésité à appuyer la liberté la plus entière, et en respectant les croyances individuelh's. à mettre définitivement la religion hors l'Etat, c'est-à-dire d'abord hors du budget. Et certes.

Topinion des chefs de la démocratie sur rimportance ultérieure des idées religieuses ne peut non plus être un doute pour personne : leur principe leur défendait d'avoir du peuple une opinion si dégradante.

Mais ils n'osèrent assumer la responsabilité d'une décision aussi grave; ils crurent devoir en référer à la nation. Nous ne sommes pas le souverain, pensaient-ils; la religion est une de ses propriétés; il ne nous appartient pas de préjuger les dispositions de la conscience, encore moins d'attirer sur la démocratie la réprobation qui de tout temps s'est acharnée aux athées!... Le peuple, l'Assemblée nationale décidera.

C'est ainsi que les souvenirs sanglants et obscènes de l'hébertisme arrêtèrent le parti républicain sur la pente de la liberté. Le passé de la Révolution écrasait le présent: or, la question renvoyée au jugement populaire, l'Eglise était sûre du triomphe.

La même chose devait arriver pour le gouvernement . Qu'est-ce que le gouvernement dans la société ? Le maillot, si j'oso ainsi dire, d'un peuple au berceau; après le culte, l'organe principal de l'éducation des masses; aux époques d'antagonisme, l'expression armée de la force collective.

Déjà le problème de la réduction à opérer dans le pouvoir central avait été posé en 89. A moitié résolu par la formation spontanée des gardes nationales et des fédérations de province, il avait rendu possible les journées des 14 juillet, 5 et 6 octobre et 10 août. C'est sous l'influence de ce principe que la France tout entière fut révolutionnaire pendant les années 89, 90, 91, 92, et jusqu'au 31 mai 93; que se formé-

rent les bataillons île volonlaires, et que le peuple se leva en masse sous la Terreur. Affirmé, quoique obscurément, par le parti de la Gironde, combattu à la fois par les royalistes de l'Assemblée et par la Montagne^ il succomba dans la guerre civile allumée par la journée du 3 1 mai. On peut dire qu'à dater de cette époque la France a été ravée de nouveau de la liste des nalions libres; en changeant de «gouvernement, elle n'a plus fait (pie changer de tyrannie. Désorganisée, désarmée, muselée, sans point de ralliement, sans cohésion d'intérêts, ailleurs que dans l'Etat; ne reconnaissant d'autorité que celle du centre; accoutumée à le suivre comme le soldat suit son chef de file, elle a perdu jusqu'à la notion de son indépendance et de ses droits. Depuis soi.xante ans elle assiste aux tragédies de son gouvernement, réduite, pour toute initiative, à poursuivre tour à tour ses maîtres do ses vœux et de ses malédictions. Toute action propre lui est ôlér; toute tentative pour la ressaisir et que n'appuie pas l'un au moins des pouvoirs constitués, est réprimée à l'instant et impitoyablement.

C'est ce dont on peut juger d'après le tableau de nos révolutions pendant les soixante-quatre dernières années.

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