‹ Napoléon III: manuscrits inéditsChapitre 35 sur 44 · I. — Ap.iisemenl. — II. — i»rilre. — III. Libéralisme · texte numérisé non relu

I. — Ap.iisemenl. — II. — i»rilre. — III. Libéralisme

L»,' prince sepnsentiit à li Fr.in:e sous le triple caractère de i»açilicateur, d'homme d'ordre et de partisan d'institution-^ démocratiques. Son draiN.'au, était le drai>eaud'Aroole, d'Austorlitz, d'Iéna. Dans l'état pathologique de la France en l'Six, au milieu de la confusion générale, la victoire était cerlîiine à courte échéance, avec un pareil programme. Bi».'n inutile au prince de se uiettre, comme on le lui conseillait, à la r»:*mon[ue d'un parti. Il était parti lui-même et n'avait à être la dupe ni le complice de personne *.

u L'i Révolution de Février avait eu un profond contrecoui» dans les lies Britanniques, ainsi que dans toute l'Europe. Les Ghartistes, ses représentants de l'idée révolutionnaire en An^rleterre, or^'anisérent à Londres plusieurs manifestations imposantes et causèrent de vives inquiétudes au «iouvernement anglais.

» <:e tlern'.er, pour conjurer les «langers dont il se croyait menacé, eut alors recours à un homme extraordinaire ; il invita les habitants de Londres, opposés au mouvement libéral, à donner main-forle aux hommes de police (policenn*n), à se faire inscrire et à prêter serment dans les paroisses en qualité de constables (officiers anglais de police). Un t:rand nombre de défenseurs de l'aristocratie anglaise, de la royauté et de la féodalité capitaliste, industrielle et mercantile répondirent à cet ap4»el.

i. Cf. Histoire de Cent ans. par Alfred Berthezème.

APPENDICE — NOTES ET POSTFACE ïiS

» Mais ce qui paraîtra plus qirextraordinaire, c'est do rencontrer par.niles défenseurs dos ])rivilèges monstrueux, qui servent de base à la société anglaise, l'homme qui venait féliciter le Gouvernement provisoire du triomphe de la République ot de l'assurer de son dévouement et de sa sympathie. »

Voici la traduction française de l'acte constatant le serment prêté par l'héritier du martyr de Sainte-Héléno.

« Londres, paroisse S. -Jacques, le 31 octobre LSW.

» Le avril, le prin c Louis-Napoléon, «lemeurant King Street, n© 3, Saint Jacques, a prêté serment comme corntable spécial, pour deux mois, à la cour de ]>olice de Marlborough Street, entre les mains de P. Bynghans écuycr, et il était en fonction de consfa6/e pour la paroisse de Saint- Jac^(ues, le 10 avril, pendant le meeting chartiste, sous le commandement du comte de Greyi. »

Elu président le 10 décembre, Louis-Napoléon, le 20 du même mois, prêta le serment constitutionnel. Du haut de la tribune, il prononça une harangue tout à la gloire de la République. 11 conclut : « Soyons les hommes du pays, nous les hommes d'un parti et. Dieu aidant, nous ferons du moins le bien, si nous ne pouvons faire de grandes choses!... »

Les grandes choses et le bien qui se fit se traduisirent par le coup d'Etat de 1N51, l'Euipire et Sedan.

Portrait de Napoléon 111, tiré du Const tuiionnel :

« Le front est élevé et large, soigneusement modelé; comme dans un palais c'est le fronton «jui est le plus étudié et le plus significatif...

» Sous son apparence unie, les facultés en sont aussi nombreuses et aussi inexplicables pour l'ignorance que les

1. Cf. Vllisfoire du Xoaveau César par P. Vésinier, continuateur dos Mystères du Peuple d'Eugène Sur, — Londres, 1886.

roua/es et les cylindres à l'intérieur d'un chronomètre...

» Il n'a pas de hâte avec les événements qu'un peuple impatient voudrait précipiter. C'est à ceux qui attendent le Messie d'être pressés; le Messie était calme et radieux. Il voit les célébrités dépliées à ses pieis et n'en choisit aucune qui pourrait lui faire envie...

» Sans vanité, il laisse attribuer aux autres l'action qu'il a dirit,'ée et laisse complimenter l'armure par ceux qui n'ont pas reconnu le bras. Il permet aux nombreux wagons qui le suivent à la file de faire tout le bruit et toute la poussière possibles sur la voie, il se contente d'être la machine qui les mène...

» L'œil est petit et grand à la fois; c'est à n'y rien comprendre. Le regard n'y est pas; c'est comme le jour sans soleil des belles matinées d'hiver. Cet œil est le puits de science qui sait tout et ne dit rien, de cette grande figure diploiiiutiqne.

» Le nez a la courbure d'un bec d'aigle; il est un peu long, coiiiiiie il devrait être chez tous ceux qui doivent se mêler des affaires des autres. La lèvre, discrète aux coins, s'abair^sc comme un pont-levis pour laisser passer, comme de la forteresse d'une intelligence bien gardée et bien approvisionnée, l'éloquence la plus brave et la mieux armée.

» L«' buste est long, droit et fier; les jambes semblent attendre que le cheval vienne exhausser le cavalier.

» Les pieds bien è<;artès en dehors, divergent leurs pointes élègaiinnenl. D'un geste hardi, il a chargé César sur ses épaules coinnie Enèe portait Anchise, ce qui témoignait autant en faveur de sa piété filiale que de sa force réelle... a

Et, (lai)rès le vicomte de Beaumonl-Vassy (illcmoirci secrets du Xix*' siècle y 1874) :

«... Il était de taille moyenne; son visage ne reproduisait en rien le type connu de Napoléon 1®*"; il n'y avait même pas h\ un air de famille. Des cheveux châtain clair, peu abomlants, des yeux d'un gris bleu, petits et d'un ovale allongé, un nez aquilin et très prononcé, des moustaches épaisses retombant sur la l)Ouche et dont les extrémités

n'étalent point alors, comme elles le furent depuis, amincies, roulées et prolongées à la hongroise : tels étaient les principaux [détails qui frappaient à première vue. Mais, lorsqu'on s'arrêtait un instant à considérer attentivement cette tête plus développée en hauteur qu'en largeur, c'està-dire plus anguleuse que carrée, on remarquait de suite que toute la physionomie en était dans les yeux, qupique, par le fait, les yeux glauques n'exprimassent rien de précis, d'affirmatif, de certain. Perdus dans le vague et n'indiquant la pensée intime que par certaines lueurs passagères, si rares qu'il eût été superflu de compter sur elles, pour deviner ou surprendre les désirs, les intentions, les espérances du personnage, ces yeux qui rappelaient beaucoup, par lu nuance et par la forme, ceux de la reine Hortense, me parurent tout d'abord devoir être en politique une force immense, un inappréciable avantage. Quoique, tout d'abord aussi, l'impression produite par Louis-Napo^ léon ne fût pas favorable, cependant ses yeux et sa taciturnité me donnaient beaucoup à réfléchir, tandis que je descendais l'escalier de l'Elysée. « Il y a peut-être là un homme d'£tat! » me disais-je... Hélas! »

Caractère de Napoléon III, d'après M. A. Morel :

« Un physiologiste anonyme vient de livrer à l'attention publique un travail d'un genre spécial qui ajoute un trait nouveau, certain, expressif, à ce que nous avions appris d'autre part. Par une suite d'inductions savantes, ce maître raisonneur a pu deviner les moindres particularités, congénitales et acquises, de l'être physique chez Napoléon III.

» Nousjne voulons prendre de ses conclusions qu'un point : le tempérament de l'Empereur est lymphatico-nerveux. Il le tient de sa mère.

))Les nerfs et la lymphe se mêlent donc chez lui, comme il arrive souvent chez les femmes de notre Occident européen; ce qui éclaire un mot connu de madame Gordon. On

lui demandait, i»nr nianit^re de plaisanter^ si elle aimait Louis-Napoléon : « Je l'aime i>olitiquenient^ » réponditelle avec un sourire. Et elle ajouta : « A dire vrai, il me fait l'effet d'une femme. »

» LA où les nerfs dominent, l'intelligence est facile, compréhensive, féconde en projets, l'imagination portée au idalsir.

»Si c'est la lymphe, l'esprit estlent, les sens sont obtus, et, comme on l'a dit, il faut les écorcher pour les chatouiller.

» Supposez unis ces éléments : de leur fusion naît un nouveau caractère qui participe des deux principes et les modifie l'un par l'autre. Alors un homme est tout ensemble intelligent et gourd, téméraire et calculateur, modeste et fastueux, preste et tardif, voluptueux et insensible, mystique et scei»tique, curieux et indifférent, mobile et tenace, indiscret et secret, crédule et méprisant, affable et hautain, résistant et blet, balbutiant et verbeux, glorieux et insouciant ; il peut vous tenir et vous lâcher; on le tient, et il vous échappe; on le noie, et il surnage; on le domine, et il domine. Au total, une personnalité qui serait confuse, sans une idée, qui ramasse toutes ses propriétés divergentes en un objet unique : vivre.

» Ajoutez à cette idée celle d'une place, d'un rang, d'une élévatiun, où la vie lui semble commode et flatteuse, vous avez le personnage au complet.

» Ce n'est i»as notre faute si l'homme que nous avions à décrire se trouve ainsi complexe. Il est tel et le voilà.

» Dî'S lors, vous avez l'explication de tout son règne, qui, pareil i\ la manière d'opérer de certains négociants, paie l'arriéré ou le néglige, solde à temps ou prend des délais, laisse protester ou conteste l'obligation. »

Le prince était i\gé d'un peu plus de quarante ans lorsqu'il vint, chef reconnu du pouvoir exécutif, s'établir à l'Elysée. Dans ce même palais où Napoléon P"*, en 1815, avait signé sa seconde abdication, Louis-Napoléon reprenait, avec un titre légal, mais insuffisant encore, la suite interrompue des affaires de la dynastie. C'est là que com-

mençaient pour lui la fortune et la domination. Aussi vrai que la logique devrait un jour, en sui»posant qu'il vécût valide durant quelques années encore, le conduire aux alentours de Mont-Saint-Jean [»our y chercher la revanche de Waterloo, les pratiques qu'il allait suivre étaient tout indiquées après son élection présidentielle de 18i8.

La Constituante, cette naïve assemblée qui l'avait laissé libre d'obtenir le premier poste de la Ré[)ublique, devait être avant tout congédiée. Si faible qu'elle fût, elle conservait une certaine puissance morale, un dernier reste de crédit sur l'opinion. Il fallait qu'elle disparût.

L'assemblée qui viendrait ensuite serait ou hostile ou favorable au rétablissement de l'Euïpire Favorable, elle serait doucement conduite à i>roclamer cette restauration; hostile, on la briserait.

Dans le pays on exploiterait les souvenirs, les passions, les craintes, pour organiser sur de larges bases un grand parti- nai>oléonien.

Autour de soi on rallierait les fonctionnaires de tout ordre; ce qui serait facile. La Constitution, imprévoyante, avait par avance livré au Président la bureaucratie, la magistrature, le clergé, l'armée, la clef du Trésor public, la police. C'était plus qu'il n'était nécessaire pour qu'un Coup d'Etat devint facile

Le jmrti républicain certainement était nombreux et énergique ; mais divisé, déjà décimé par ses propres mains, alîaibli par des récriminations intestines, comptant peu d'hommes clairvoyants, souvent timoré dans sa conduite lors<iu'il était hasardeux dans ses paroles, il devait succomber aiirés un temps assez court, pourvu que le prince ne négligeât pas ses propres avantages.

Le nombre en était considérable.

Une partie de la France était, en eifet, gagnée déjà au bonajMirtisme. C'était, sans doute, la masse brute de la nation qui donnait son cœur et son enthousiasnie ; mais les simples sont un excellent point d'appui. Avec un entêtement tenace, les gens de campagne, la plupart des petits commerçants, les artisans des petites villes, étaient déci-

dés a tout, môme à la violence, pour conduire leur Napoléon jusqu'au suprême pouvoir. A peine investis par la République du droit de sutTrage, ils en usaient pour la tuer, comme si leur émancipation et le règne de l'égalité leur paraissaient un vol fait à quelque représentant du ciel. On leur avait fabriqué une légende na^voléonienne dont ils étaient les dupes et les apôtres : fanatiques dévots d'un culte pareil à celui du vieux Teutatés, ils se croyaient sacrilèges tant qu'ils n'auraient point établi lidole sur l'autel, deux fois détruit par la guerre, maintenant relevé par leurs bras.

Une foule d'ambitieux subalternes ne demandaient d'ailleurs <|u'à seconder ce zélé et à former dans les grandes villes des cohortes d'impérialistes.

Enûn les bourgeois ignorants et pesamment frivoles, loin d'être remis de leurs longues alarmes, voyaient plus que Jamais sur l'horizon assombri gambader un spectre rouge (jui les frappait de terreur. N'est-ce pas une singularité de notre temps qu'en ce pays de France, où nulle fortune patrimoniale ne se soutient pendant trois générations consécutives, où sans cesse les petits-fils sont forcés, soit de mourir misérables, soit de refaire la fortune laissée par le grand-père, anéantie par le fils, tant de gens soient en i»oliti(iue et théoriquement des conservateurs farouches, eux ({ui, mêuie en l'absence de toute révolution, ne sauraient rien conserver... *?

Nîipuléon III a dé[>eint ainsi ceux qui se louent comme serviteurs à la force s'emparant du pouvoir : « Aux époques (l<î transition, dit-il, et c'est là l'écueil, lorsqu'il faut choisir entre un passé glorieux et un avenir inconnu, les hommes audacieux et sans scrupules se mettent seuls en avant... Des gens, souvent sans aveu, s'emparent des passions lM)nnes ou mauvaises de la foule... Pour constituer son p.irti, César reroiirut quelquefois, il est vrai, à des agents peu estimables ; lo meilleur architecte ne peut bâtir

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