‹ Napoleon III publicisteChapitre 8 sur 12 · JOS · texte numérisé non relu

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pire que d'accepter par des traités les frontières restreintes qui devaient exposer la France à sabir les dédains et les menaces que l'étranger se permet aujourd'hui. Je n'ai pas respiré un seul jour dans l'oubli de tels enseignements. La proscription imméritée et cruelle, qui pendant vingt- cinq ans a traîné ma vie des marches du trône sur lesquelles je suis né jusqu'à la prison d'où je sors en ce moment, a été impuissante à irriter comme à fatiguer mon cœur ; elle n'a pas pu me rendre étranger un seul jour à la gloire, aux droits, aux intérêts de la France. Ma conduite, mes convictions l'expliquent.

Il terminait ainsi celle allocution demeurée célèbre :

Un dernier mot, messieurs. Je représente devant vous un principe, une cause, une défaite. Le principe, c'est la souveraineté du peuple, la cause celle de l'Empire, la défaite, Waterloo. Le principe, vous l'avez reconnu ; la cause vous l'avez servie, la défaite vous voulez la venger. Non il n'y a pas de désaccord entre vous et moi...

Son interrogatoire n'offrit rien de saillant. M. Berryer, en présentant sa défense, argumenta surtout de ce que le principe tulélaire de la légitimité n'existant plus en France, le prince pouvait se croire autorisé à invoquer le principe de la souveraineté nationale en s 'appuyant sur les 4 millions de voles de 1804, contre la déclaration des 219 députés qui avait établi en 1830 la dynastie d'Orléans. 11 s'emparait encore, habilement, des excitations données à l'esprit militaire de la France, par la rentrée des cendres de Napoléon pour excuser la tentative de l'héritier de ce grand nom.

Le ministère a voulu, disait l'illustre avocat, qu'elle fut montrée à la France cette grande épée qui avait presque courbé le* Pyramides et qui avait presqu'entièrement séparé l'Angle-

terre du continent européen. Toutes les sympathies impériales, tous les sentiments bonapartistes ont été profondément remués, pour réveiller en France cet esprit guerrier. La tombe du héros, on est allé l'ouvrir , on est allé remuer ses cendres pour les transporter dans Paris et déposer glorieusement ses armes sur un cercueil... Est-ce que vous ne comprenez pas ce que de telles manifestations, ont dû produire dans l'esprit du jeune prince?... S'il y a eu crime, n'est ce pas vous qui l'avez provoqué par les sentiments dont vous avez animé les Français et entre tout ce qui est Français l'héritier de Napoléon lui-même ?

C'était à coup sûr fort adroit. Aussi le Moniteur ne reproduisit-il que des fragments du discours de M. Berryer, sous le prétexte à peine spécieux que la voix de l'orateur — une des voix les mieux timbrées de France — n'était pas parvenue jusqu'au sténographe (1).

(1) Parmi les autres accusés, M. de Persigny se signala par son audace. Ainsi on l'accusait de s'être jeté sur le capitaine Goll Puygelier, avec l'intention de le tuer. Il n'hésitait pas à convenir du fait, en y mettant même de l'insistance.

■ D. Lorsque le capitai ne des grenadiers s'est présenté pour entrer à la caserne, ne tous êtes -vous pas élancé sur lui dans l'intention de le tuer?

R. Je n'étais pas à côté de lui quand il est entré ; j'étais au fond de la cour près du prince; je me suis précipité sur lui pour l'arrêter. Sans le lieutenant Aladenize qui m'a arrêté, j'aurais tué le capitaine.

D. Ainsi votre intention était de le tuer?

R. Oui, monsieur.

D. Ainsi vous reconnaissez bien que votre intention était de tuer, et tuer ainsi, c'est assassiner.

R. Le tuer en l'attaquant face à face et non en assassin. Mon fusil était chargé mais je me présentais devant lui avec la baïonnette.

D. Mais l'attaquer avec un fusil et sa baïonnette lorsque vous étiez entouré d'hommes également armés, c'était l'assassiner.

R. Je n'ai rien de plus à dire ; j'ai apporté ma tête ici. »

Dans une des séances suivantes, Persigny voulut présenter lui-même sa défense ; mais l'exaltation de son langage et la longueur de son discours qui ne formait rien moins qu'une brochure déterminèrent le chancelier M. Pasquier à lui ôter la parole.

« Je sais fier, disait l'accusé avec un délirant enthousiasme, je suis flor d'avoir

La cour, influencée probablement par le retour passablement malencontreux des « cendres de l'empereur, » se montra indulgente. Il n'y eût point de condamnations à mort. Louis Napoléon fut condamné à la détention

pris la devise de ce généreux roi de Bohême qui Tint mourir à Crécy pour la cause de la France , cette devise modeste mais qui a aussi sa grandeur : je sers.

• L'Idée napoléonienne, poursuivait-il, qui fut l'expression la plus sublime de la révolution française, qui rattache les siècles passés au nouveau siècle, qui du sein de la démocratie la plus agitée fit surgir l'autorité la plus gigantesque, qui remplace une aristocratie de huit siècles par une hiérarchie démocratique accessible à tous les mérites, à toutes les vertus, à tous les talents, la plus grande organisation sociale que les hommes aient conçue ; l'idée napoléonienne qui, prodigue d'égalité veut assurer aux peuples les plus grandes libertés, mais ne leur en accorde la jouissance complète qu'après les avoir élayées de solides institutions, associant ainsi les doctrines de liberté aux doctrines d'autorité ; l'idée napoléonienne qui songe surtout au peuple, ce fils de sa prédilection, qui ne le flatte pas, mais s'occupe sans cesse de ses besoins, et place sa plus grande gloire dans l'extinction de la mendicité et dans l'organisation du travail; l'idée napoléonienne qui marche à la télé des voies industrielles que sa glorieuse épée débarrasse de toute entrave, et appelle l'Europe à une vaste Confédération politique, l'idée napoléonienne, cette grande idée du xix* siècle, légitimée par le génie, illustrée par la victoire, sanctifiée par le martyre, vous la connaissez, etc.»

Après ce préambule, l'accusé commençait à passer en revue la politique de la France et de l'Europe depuis la chute de l'Empire, lorsque le chancelier l'engagea à abréger la lecture de son discours-brochure. M. de Persigny (alors simplement Fialin Persigny) s'interrompit en protestant et il céda la parole à son défenseur.

La défense des autres accusés ne présenta rien de remarquable, si ce n'est peut-être celle du jeune lieutenant Aladenize sur lequel pesait la plus grave des accusations. Aladenize était, en effet, ce jeune officier du 42*, qui trahissant son serment avait introduit le prince et ses complices dans la caserne du régiment et essayé d'en train er les soldats. Son éloquent avocat M. Jutes Favre, s'appuya à son tour pour excuser ce malheureux jeune homme sur les belliqueux souvenirs de l'Empire que le gouvernement lui-m^me avait prisa tâche de réveiller, et on peut signaler dans son discours une brûlante tirade sur les « limites du Rhin » considérées comme le but que doit se proposer tout français patriote.

Au commencement de l'Empire M. Aladenize a été nommé consul à Nice, et en 1859, l'empereur lui a fait don d'une somme de 300,000 fr. pour services rendus au prince Louis Napoléon. Il avait déjà doté une des filles de M. Aladeniie.

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perpétuelle; ses complices le furent A des peines graduées de 2 à 20 ans d'emprisonnement.

Le 7 octobre 1840, le prince était transféré de la prison du Luxembourg dans la forteresse de Ham.

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