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CHAPITRE VII

Séjour dans la prison de Ham.~ Jugement de M. Louis Blanc sur le prince Louis-Napoléon. — Les Fragmenta historiques ou comparaison des révolutions de 1688 et 1830. — V Analyse de la question des sucres. — VExlinction du paupérisme.

Louis-Napoléon resta six ans à Ham. Sa captivité fut du reste adoucie autant qu'elle pouvait l'être. Car c'est une justice à rendre au gouvernement de juillet que s'il a commis de grandes fautes, on ne peut du moins l'accuser de s'être montré cruel envers ses ennemis. Pendant ces six années de captivité, le prince pût recevoir de nombreuses visites, et particulièrement celles des principaux chefs du parti républicain avec lequel il n'avait pas cessé d'être en coquetterie. (M. Louis Blanc qui lui avait toujours témoigné beaucoup de sympathie (i) fut du

(1) Le portrait du prince, tel que l'a esquissé Tauteur de Y Histoire de dix ans, et le jugement tout au moins fort indulgent qu'il porte sur la tentative de Strasbourg, attestent cette sympathie dont M. Louis Blanc devait après la révolution de février encore donner une preuve manifeste en insistant pour le rappel des décrets de bannissement des membres de la famille Bonaparte, sans exception. Le portrait du prince fait honneur aux bons sentiments de

nombre de ses visiteurs et il a publié, il y a quelque temps, le récit de son entrevue avec le prétendant impérial.) On lui permit de conserver auprès de lui son médecin, le docteur Conneau, avec le concours duquel il put s'évader six ans plus tard et se rendre en Angleterre. En attendant, il utilisa les longs loisirs de sa captivité, en écrivant plusieurs brochures, telles que : Fragments

l'historien ; mais peut-être ne donnera-t-il pas une idée aussi haute de la sûreté de son jugement.

« Des deux fils de l'ancien roi de Hollande, frère de Napoléon, l'aîné avait succombé, dans les troubles d'Italie, à une mort aussi mystérieuse que prématurée. Et quant au plus jeune retiré en Suisse, il s'y était appliqué sans relâche à préparer de loin des projets qui souriaient à son orgueil et répondaient aux

plus vives aspirations de son âme Mais l'entreprise était hasardeuse, et le

prince qui l'avait conçue n'avait pas encore tout ce que devaient lui donner plus tard les enseignements de la mauvaise fortune.

«Savoir commander à son cœur, être insensible et patient, n'aimer que son but, dissimuler; ne pas dépenser son audace dans les projets et la réserver tout entière pour l'action ; pousser au dévouement sans trop y croire, traiter avec la bassesse en la devinant, mépriser les hommes ; pour devenir fort, le paraître; et se donner des créatures, moins par la reconnaissance qui fatigue le zèle, que par l'espérance qui le stimule ; là est dans le sens égoïste et vulgaire du mot, le génie des ambitieux. Or, le prince Louis Bonaparte n'avait, soit en qualités soit en vices, presque rien de ce qui le compose. Sa sensibilité, facile à émouvoir, le livrait désarmé aux faux empressements des subalternes. Il lui arrivait quelquefois de mal juger les hommes par précipitation on par bonté. La fougue de ses désirs le trompait et l'entrainait. Doué d'une droiture nuisible à ses desseins, il avait, par un rare assemblage, et l'élévation d'âme qui fait aimer la vérité, et la faiblesse dont profitent les flatteurs. Pour augmenter le nombre de ses partisans, il se prodiguait. Il ne possédait, en un mot, ni l'art de ménager ses ressources ni celui d'en exagérer habilement l'importance. Mais, en revanche, il était généreux, entreprenant, prompt aux exercices militaires, élégant et fier sous l'uniforme. Pas d'officier plus brave, de plus hardi cavalier. Quoique sa physionomie fut douce plutôt qu'énergique et dominatrice, quoiqu'il y eût une sorte de langueur habituelle dans son regard, où passait la rêverie, nul doute que les soldats ne l'eussent aimé pour ses allures franches, pour la loyauté de son langage, pour sa taille, petite comme celle de son oncle, et pour l'éclair impérial que la passion du moment allumait dans son œil bleu. Quel nom d'ailleurs que le sien î » {Histoire de dix ans, t. V, chap. V.)

Ce jugement peut servir, croyons-nous, à expliquer pourquoi jusqu'au dernier moment certains républicains se sont obstinés à considérer Louis-Napoléon comme un esprit ambitieux peut-être mais peu dangereux.

historiques ou comparaison des révolutions de 1688 et de i 850, publiés en 1 841 . — A nalyse de la question dessucres, 1842. — Projet de loi sur le recrutement de l'armée, 1843. — Réponse de Louis Napoléon à M. de Lamartine, 1844. — Kxtinciion du paupérisme, 1844. Il continua, en outre, son grand ouvrage sur l'artillerie, et il se mit en relations avec M. Degeorge, directeur d'un journal républicain, le Progrès du Pas de Calais £ qui il envoya de nombreux articles sur toutes les questions à Tordre du jour. Le secret, assez transparent d'ailleurs, de ces communications non signées fut divulgué par le journal même auquel elles étaient adressés. Sous le titre de « profession de foi démocratique du prince Napoléon Louis Bonaparte, le Progrès du Pas de Calais publia (dans son n° du 28 octobre 1845) une lettre adressée par son illustre collaborateur au Journal du Loiret, qui lui avait demandé à quel titre, il rentrerait dans la grande famille française si les portes de sa prison lui étaient ouvertes et si sa famille se trouvait relevée de la sentence d'exil qui pesait sur elle.

Jamais je n'ai cru et jamais je ne croirai, répondait le prince, que la France soit l'apanage d'un homme ou d'une famille ; jamais je n'ai invoqué d'autres droits que ceux de citoyen français, et jamais je n'aurai d'autre désir que de voir le peuple entier, légalement convoqué, choisir librement la forme de gouvernement qui lui conviendra. Issu d'une famille qui a dû son élévation au suffrage de la nation, je mentirais à mon origine, à ma nature et qui plus est, au sens commun, si je n'admettais pas la souveraineté du peuple comme base fondamentale de toute organisation politique... J'ai réclamé il est vrai, une première place mais sur la brèche. J'avais une grande ambition, mais elle était hautement avouable, l'ambition de réunir autour

de mon nom plébéien tous les partisans de la souveraineté nationale, tous ceux qui voulaient la gloire et la liberté. Si je me suis trompé, est-ce à l'opinion démocratique a m'en vouloir? Est-ce à la Erance à m'en punir?

Croyez, monsieur, que, quel que soit le sort que l'avenir me réserve, on ne dira jamais de moi que pendant l'exil ou la captivité, je n'ai rien appris ni rien oublié.

À la fin de 1845, son père étant gravement malade, il écrivit au ministre de l'intérieur pour demander la permission d'aller lui rendre les derniers devoirs, en donnant sa parole d'honneur de revenir dans sa prison. On la lui refusa. Le 14 janvier 1846, il écrivit au roi. Nouveau refus. Alors, plusieurs députés, et, en particulier, M. Odilon Barrot, l'engagèrent à adresser au roi une espèce de demande en grâce, en lui promettant de la faire réussir. Mais il repoussa vivement cette ouverture, afin de ne pas enchaîner un avenir dans lequel il persistait à avoir foi.

Depuis bientôt six. ans, écrivait-il à cette occasion à M. Odilon Barrot (2 février 1846), je supporte sans me plaindre une réclusion qui est une des conséquences naturelles de mes attaques contre le gouvernement. Je la supporterai encore dix ans s'il le faut sans accuser ni le sort ni les hommes.

Jetons maintenant un coup d'œil rapide sur les publications de cette période de captivité.

Les Fragments historiques ou comparaison des révolutions de 1688 et de 1850 furent écrits dans les premiers mois du séjour du prince à Ha m. Ils devaient, dans sa pensée, servir de justification à une tentative qui venait d'échouer si malheureusement et qui le livrait, sans défense, aux sarcasmes de ses ennemis.

H me suffit, pour venger mon honneur, dit-il dans sa préface, de prouver que si je me suis embarqué audacieusement sur une mer orageuse, ce n'est pas sans avoir d'avance médité profondément sur les causes et les effet3 des révolutions, sur les écueils de la réussite comme sur les gouffres du naufrage.

Pendant qu'à Paris on déifie les restes mortels de l'empereur, moi, son neveu, je suis enterré vivant dans une étroite enceinte; mais je me ris de l'inconséquence des hommes, et je remercie le ciel de m'avoir donné comme refuge après tant d'épreuves cruelles , une prison sur le sol français. Soutenu par une foi ardente et une conscience pure, je m'enveloppe dans mon malheur avec résignation, et je me console du présent en voyant l'avenir de mes ennemis écrit en caractères ineffaçables dans l'histoire de tous les peuples.

Il examine donc les analogies qui existent entre la situation de l'Angleterre de 4688 et celle de la France de 4830. Il voit dans les deux pays des intérêts anciens et des intérêts nouveaux, qu'il s'agissait de concilier. Cette œuvre les Stuarls ne la comprirent pas, et ils succombèrent pour ne l'avoir pas comprise. Guillaume III au contraire en eut l'intelligence, et il réussit à fonder un gouvernement stable et fort parce que ce gouvernement était en harmonie avec les besoins du temps et du pays. Si Guillaume III s'était conduit autrement, s'il avait essayé de replâtrer le vieux système des Stuarls, il aurait été renversé à son tour, et Ton aurait, mais certes bien à tort, proclamé la nation anglaise une nation ingouvernable.

Guillaume III satisfit aux exigences de son époque et rétablit la tranquillité publique; mais s'il eût suivi la politique des Stuarts il eut été renversé, et les ennemis de la nation anglaise, en voyant encore de nouveaux besoins de changement, eussent

accusé 4e f>euplfe ffinconséqueitte et de légèreté, au Keu d'aeotser les gouvernants d'aveuglement et de perfidie; ils eussent dit que l'Angleterre était une nation ingouvernable; ils l'eussent appelée, comme Jacques II la nomme dans ses mémoires, une nation empoisonnée. \

L'exemple des Stuarts prouve que l'appui étranger est toujours impuissant à sauver les gouvernements que la nation n'adopte pas.

Et l'histoire d'Angleterre dit hautement aux rois :

Marchez à la tête des idées de votre siècle, oes idées Toua suivent et vou3 soutiennent.

Marchez à leur suite, elles vous entraînent.

Marchez contre elles, elles vous renversent.

Les allusions auxquelles se livre l'auteur de ces fragments sont aussi transparentes que possible. le Guillaume III qui est renversé en France pour avoir suivi le système des Stuarts et s'être appuyé sur l'étranger, c'est, Aien entendu, Louis-Philippe. La révolution de 1830 diffère en conséquence de celle de 4688 en ce qu'elle ne résout rien; en ce qu'elle rend nécessaire au contraire une révolution nouvelle, qui devra être accomplie tm "terminée, conformément aux besoins de la France nouvelle, par un vrai Guillaume III. Cette révolution nécessaire le prisonnier de Ham avait voulu la tenter à l'exemple de son modèle. Il n'avait pas voulu abandonner aux masses elles-mêmes le soin de l'accomplir, parce qu'il -pensait que :

En général les révolutions conduites et exécutées par un chef tournent entièrement au profit des masses ; car , pour réussir le chef est obligé d'abonder entièrement dans le sens national, et pour se maintenir, il doit rester -fidèle aux intérêts -qui ¥mt Mt triompher ; tandia qtfsu 'contraire, te réwlntion»

feifces par ta masses ne profitent souvent qu'ans: cae&> parce que le peuple croit le lendemain de la victoire son ouvrage achevé, et qu'il est dans son essence de se reposer longtemps de tous les efforts qu'il lui a fallu pour vaincre.

Il a échoué dans sa tentative ; mais comme la situation n'a point changé, une révolution n'en demeure pas moins nécessaire et comme il l'écrivait dans sa préface : « il se console du présent en voyant l'avenir de ses ennemis écrit en caractères ineffaçables dans l'histoire de tous les peuples. »

Ses pressentiments et sa confiance en son étoile ne Font pas trompé. Mais l'histoire dira-t-elle qu'il a mieux satisfait aux besoins de la France nouvelle que ne l'avait fait Louis-Philippe? Sera-t-il, lui, le vrai Guillaume III? L'avenir nous le dira.

Aux Fragments historiques succède un travail d*un tout autre caractère, Y Analyse de la question des sucres, qui est surtout intéressante en ce qu'elle renferme un exposé assez complet des opinions économiques de l'auteur. Ces opinions, il faut le dire, ne sont pas précisément des plus avancées. L'économie politique comme la politique de l'héritier des Idées napoléoniennes, date de l'Empire. L'industrie du sucre indigène dont il défend la cause dans cette analyse était, du reste, une création napoléonienne.

Lorsque la mer ent été fermée à la France, l'empereur, dit-il, prit une de ces résolutions qu'un grand homme seul peut concevoir et accomplir, il voulut transporter les colonies en Europe en chargeant la science de trouver dans nos climats les équivalents des produits de l'équateur.

Dans ce but, l'empereur ordonna par un décret du

25 mars 4811, que 32,000 hectares seraient consacrés à la culture de la betterave, et il mit un million de francs à la disposition du ministre de l'intérieur pour encourager cette industrie, ainsi que la culture du pastel qui devait remplacer l'indigo. Ces créations d'industries artificielles n'eurent d'abord qu'un médiocre succès, et le sucre de betteraves ne suppléa que fort imparfaitement au sucre de canne. Cependant des capitaux importants avaient été engagés dans cette industrie. La Restauration ne crut pas devoir l'abandonner. Elle l'exempta de toute taxe, tandis que les sucres des colonies étaient soumis à des droits élevés et les sucres étrangers à des droits prohibitifs. Grâce à cette énorme prime d'encouragement, la sucrerie indigène se développa en se perfectionnant tandis que la production sucrière des colonies, enrayée par l'esclavage, demeurait à peu près stationnaire. Alors, les colonies se plaignirent , et sur leurs réclamations la sucrerie indigène fut à son tour soumise à des droits. Malgré ces droits, elle continua de se développer, au grand désespoir des colons qui finirent par demander la suppression de leur rivale. Un projet fut même rédigé portant qu'une indemnité de rachat de 40 millions serait accordée aux producteurs de sucre indigène. Ce projet ne fut pas adopté; on se borna à augmenter les droits sur le sucre de betterave, jusqu'à les niveler avec ceux qui grevaient le sucre des colonies. Grâce à l'abondance de ses capitaux, à la perfection de ses machines, à l'intelligence des travailleurs libres qui la desservent, l'industrie indigène a pu néanmoins se soutenir contre la concurrence du sucre de canne. Il est vrai qu'en France, la lutte n'a porté qu'entre le sucre des colonies et le sucre indigène, que le sucre étranger a été écarté de l'arène par des

droits prohibitifs, et que les consommateurs ont été ainsi obligés de supporter un lourd impôt par le renchérissement artificiel et permanent d'une des denrées qui contribuent le plus au bien-être des masses. Mais on sait que l'intérêt des consommateurs a été toujours laissé à l'arrière plan dans les questions d'impôts et de douanes.

L'auteur de Y Analyse de la question des sucres s'oppose, et certainement avec raison, à la suppression de la sucrerie indigène; mais d'un autre côté, il fait bon marché des intérêts de la masse des consommateurs, en demandant l'expulsion des sucres étrangers, ou tout au moins, en réclamant l'application aux sucres du régime de Y échelle mobile.

La première décision à prendre, dit-il, c'est d'expulser les sucres étrangers en les tenant en réserve au moyen d'un droit mobile et proportionnel au prix courant, afin de permettre leur entrée dans le seul cas où les productions françaises ne suffiraient pas à la consommation.

Cette solution n'atteste pas chez l'auteur des connaissances économiques bien approfondies. On connaît les effets désastreux de l'échelle mobile appliquée aux grains, et il est permis d'augurer que ce régime ne donnerait pas un meilleur résultat si on l'appliquait aux sucres. L'auteur, du reste, n'attribue au commerce extérieur qu'un rôle inférieur, subordonné, dans l'économie d'une nation. Et chez lui c'est encore de tradition.

L'empereur Napoléon, dit- il, a fait la classification suivante qui montre les bases sur lesquelles l'économie politique de la France doit être fondée :

L'agriculture est la base et la force de la prospérité du pays.

L'industrie est l'aisance, le bonheur de la population.

Le commerce extérieur, 1* surabondance, le bon emploi des deux autres.

Celui-ci est fait pour les deux autres, les deux autres ne sont pas faits pour lui. Les intérêts de ces trois bases essentielles sont divergents, souvent opposés.

Cette classification si claire indique quelle est pour la France l'importance des intérêts qui se rattachent à ces trois grands éléments de la prospérité des peuples.

L'agriculture et l'industrie étant les deux causes de vitalité, tandis que le commerce extérieur n'en est que l'efet, un gouvernement sage ne doit jamais sacrifier les intérêts majeurs des premiers aux intérêts secondaires du dernier.

Sur ce point, notons-le en passant, l'économie politique napoléonienne est en désaccord complet avec l'économie politique pure et simple, qui prétend comme on sait, qu'il y a harmonie et non opposition d'intérêts entre l'agriculture, l'industrie et le commerce. — Mais poursuivons. Aux yeux de l'auteur, le commerce extérieur n'est donc qu'un intérêt secondaire, qu'il faut savoir sacrifier, au besoin, à la prospérité des autres branches et surtout aux intérêts de la classe ouvrière.

Le premier intérêt d'un pays ne consiste pas dans le bon marché des objets manufacturés mais dans l'alimentation du travail. Créer le plus d'activité possible, employer tous les bras oisifs, tel doit être le premier soin d'un gouvernement, protéger le consommateur aux dépens du travail intérieur, c'est en général favoriser les classes aisées au détriment de la classe indigente, car la production o'est la vie du pauvre, le pain de l'ouvrier, la richesse du pays. L'intérêt du consommateur, au contraire, oblige le fabricant à devenir oppresseur. Pour dominer la concurrence et livrer ses produits' au plus bas prix possible, il faut qu'il maintienne des millions d'individus dans la misère;

qu'il réduise journellement les salaires, qu'il emploie de préférence les femmes et les enfants, et laisse sans occupation l'homme valide qui ne sait que faire de sa force et de sa jeunesse.

L'Angleterre a réalisé le rêve de certains économistes modernes ; elle surpasse toutes les autres nations dans le bon marché de ses produits manufacturés. Mais cet avantage, si c'en est un, n'a été obtenu qu'au préjudice de la classe ouvrière. Le vil prix de la marchandise dépend du vil prix du travail, et le vil prix du travail c'est la misère du peuple. Il ressort d'une publication récente que pendant les dornières années, tandis que l'industrie anglaise triplait sa production, la somme employée pour solder les ouvriers diminuait d'un tiers. Elle a été réduite de 15 million», à 10 millions de livres sterl. Le consommateur a gagné, il est vrai, le tiers du salaire prélevé sur la sueur de l'ouvrier ; mais de là aussi sont venus les perturbations et le malaise qui ont affecté profondément la prospérité de la Grande-Bretagne.

Pour créer l'industrie il faut la science qui invente, l'intelligence qui applique, les capitaux qui fondent, les droits de douane qui protègent jusqu'au développement complet. C'est par l'heureux effet de semblables mesures que l'Angleterre est arrivée à un degré prodigieux d'activité industrielle ; la France est également redevable à ce système de la plupart de ses industries; car c'est en poussant la science aux découvertes par l'appât de primes élevées, en suppléant à la rareté des capitaux par des avances considérables, en frappant de droits prohibitifs les produits étrangers que l'empereur Napoléon dota la France du filage du coton, de la fabrication du Casimir, de la garance, du pastel ; imprima l'élan à la découverte du filage du lin à la mécanique et donna un immense essor aux forges, aux fabriques de tissus de soie, de laine et de coton.

Si en Erance les partisans de la liberté fia commerce osaient mettre en pratique leurs funestes théories, la France perdrait en richesse une valeur d'au moins deux milliards, deux million»

d'ouvriers resteraient sans travail, et notre commerce serait privé du bénéfice qu'il tire de l'immense quantité de matières premières qui sont importées pour alimenter nos manufactures.

L'auteur ne s'oppose pas toutefois à priori à toute réforme douanière; il admet que les droits puissent être abaissés, mais seulement quand il est bien avéré qu'une industrie peut se passer de protection* C'est un protectionniste progressiste, ce n'est pas un libre échangiste (1).

Nous trouvons dans une autre brochure, écrite également dans la prison de Ha m, des indications non moins intéressantes sur les idées économiques de l'auteur. Il s'agit de l'Extinction du paupérisme.

Cette brochure parut en 1844. A cette époque, il y avait en France comme une efflorescence d'idées socialistes. M. Louis Blanc venait de publier son Organisation du travail, les phalanstériens s'étaient groupés et ils avaient commencé la publication du journal la Phalange devenue ensuite la Démocratie pacifique; M. Eugène Sue se préparait à écrire ses romans socialistes. Au fond de ce mouvement, il y avait une idée généreuse : celle de l'amélioration du sort des classes ouvrières. Malheureusement, l'absence d'un enseignement économique (l'Économie politique ne comptait alors en France et elle n'y compte encore que deux chaires) devait engendrer, en ces matières, les aberrations les plus incroyables. Les socialistes s'accordaient pour condamner l'organisation actuelle de la société, et, en particulier, la libre concurrence

(i) La fameuse lettre du, 5 janvier 1860 qui a mis fin, en France, au régime prohibitif n'est point, comme on Ta affirmé trop légèrement, en désaccord arec les principes de l'auteur de V Analyse de la question des sucres; car elle substitue à la prohibition un régime de protection modérée et non un régime de libre échange. (Voir à l'Appendice.)

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qu'ils qualifiaient de « concurrence anarchique; • mais ils ne s'entendaient guère sur les moyens de la remplacer. Chacun avait son système qu'il proposait comme une panacée sociale. Sollicité par ses amis du parti démocratique de faire connaître le sien, le prince Louis Napoléon écrivit son Extinction du paupérisme.

Ce plan « d'organisation du travail » ressemble à bien des égards à celui de M. Louis Blanc. Dans les deux projets il s'agit, en effet, d'organiser une vaste association ouvrière, au moyen de l'intervention et de la commandite de l'État. Seulement, le prince, rendons-lui cette justice, ne partage pas les idées égalitaires de son émule. D'un autre côté, son plan a un certain cachet militaire : il semble avoir puisé quelques-unes de ses idées dans l'organisation des colonies militaires de la Russie qui jouirent pendant quelque temps, comme on sait, d'une grande célébrité. Mais il y a un point sur lequel il est entièrement d'accord avec M. Louis Blanc : c'est que la situation économique de la société est détestable et qu'il faut se hâter de la changer.

Comme M. Louis 'Blanc, l'auteur de YExtinction du paupérisme , débute donc par présenter un sombre tableau de la situation du travail et des travailleurs. L'agriculture, dit-il, est ruinée par le morcellement et cependant le rétablissement du droit d'aînesse est impossible; l'industrie est une machine qui fonctionne sans régulateur et qui broie dans ses rouages les hommes comme la matière. « Véritable Saturne du travail, l'industrie dévore ses enfants et ne vit que de leur mort. » Le commerce intérieur souffre parce que la nation se trouve composée de producteurs qui ne peuvent pas vendre et de consommateurs affamés qui ne peuvent pas acheter.

le commerce extérieur est enrayé par ta faiblesse et te manque de dignité du gouvernement. A ce propos , Pau* teur émet cet aphorisme plus belliqueux que commercial:

Qu'il me suffise de dire que la quantité de marchandises qu'un pays exporte est toujours en raison directe du nombre de boulets qu'il peut envoyer à ses ennemis quand son honneur et sa dignité le commandent.

Nous ne voulons pas discuter cet aphorisme. Qu'on nous permette de remarquer cependant que l'État du continent qui exporte le plus de marchandises — savoir la ville libre de Hambourg — est en même temps celui qui a le moins de boulets â envoyer à ses ennemis. Mais poursuivons. Gomment remédier aux souffrances de l'agriculture, de l'industrie et du commerce? Par l'intervention de l'État et au moyen d'un emploi judicieux de l'impôt dont il s'agit de faire le meilleur des placements.

Le prélèvement de l'impôt peut se comparer à l'action du soleil qui absorbe les vapeurs de la terre four les reporter ensuite à l'état de pluie, sur tous les lieux qui ont besoin d'eau pour être fécondés et pour produire. Lorsque cette restitution s'opère régulièrement, la fertilité s'ensuit; mais lorsque le ciel, dans sa colère déverse partiellement en orages, en trombes et en tempêtes, les vapeurs absorbées, les germes de production sont détruits et il en résulte la stérilité, car il donne aux uns beaucoup trop et aux autres pas assez. Cependant, quelle qu'ait été l'action bienfaisante ou malfaisante de l'atmosphère, c'est presque toujours au bout de l'année la même quantité & 'eau qui a été prise et rendue. La répartition seule fait donc la différence. Équitable et régulière, elle crée l'abondance; prodigue et par* tiale elle amène la disette.

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H en est de même d'une bonne ou mauvaise administration. Si les sommes prélevées chaque année sur la généralité des habitants sont employées à des usages improductifs, comme à créer des places inutiles, à élever des monuments stériles, à entretenir au milieu d'une paix profonde une armée plus dispendieuse que celle qui vainquit à Àusterlitz, l'impôt, dans ce cas, devient un fardeau écrasant; il épuise le pays, il prend sans rendre ; mais si , au contraire , ces ressources sont employées à créer de nouveaux éléments de production, à rétablir l'équilibre des richesses, à détruire la misère en activant et organisant le travail, à guérir enfin les maux que notre civilisation entraîne avec elle, alors certainement l'impôt devient pour les citoyens, comme l'a dit un jour un ministre à la tribune, le meilleur de» placements.

C'tst donc dans le budget qu'il faut trouver le premier point d'appui de tout système qui a pour but le soulagement de la classe ouvrière. Le chercher ailleurs est une chimère.

Qu'y a-t-il donc ft faire? Il faut créer une vaste association ouvrière qui emploie les bras inoccupés et remédie au morcellement de la propriété, en rappelant en même temps, dans les campagnes le trop plein des villes.

La classe ouvrière ne possède rien, il faut la. rendre propriétaire. Elle n'a de richesse que ses bras, il faut donner à ces bras nn emploi utile pour tous. Elle est oomme un peuple d'Ilotes au milieu d'un peuple de Sybarites. Il faut lui donner une place dans la société, et attacher ses intérêts à ceux du sol. Enfin, elle est sans organisation et sans liens , sans droits et sans avenir, il faut lui donner des droits et un avenir, et la relever à ses propres yeux par l'association , l'éducation et la discipline.

Voici le plan que propose Fauteur pour atteindre ce -but» il y * f£n France AjASQjQÔO lûcUres de terres

incultes, qui appartiennent soit au gouvernement soit aux communes, soit aux particuliers, et qui ne donnent guère plus de 8 fr. de revenu par heclarc. En en déduisant 1/5 occupé par les bâtiments, ruisseaux, canaux, etc., ou indéfrichable, il resterait 6,127,000 hectares à défricher. Ces 6,127,000 hectares seraient mis par une loi à la disposition de l'association ouvrière, sauf à payer aux propriétaires une indemnité égale au revenu qu'ils en retirent. L'association créerait des colonies agricoles pour les défricher. L'État fournirait les avances nécessaires. Ces avances sont estimées par l'auteur à 300 millions à fournir en quatre ans. L'auteur se livre ensuite à divers calculs desquels il résulte qu'a a bout de 23 ans, les receltes annuelles des colonies agricoles s'élèveraient à 1,194,694,800 fr.; les dépenses à 578,622,278 fr.,ce qui laisserait un revenu net de 816,072,522 à la disposition de l'association. Sur ce revenu le gouvernement percevrait fr. 57 millions d'impôt foncier, en sorte que les avances qu'il aurait faites constitueraient pour lui un magnifique placement.

Voilà pour les résultats financiers de l'affaire; mais avant tout, il s'agirait d'organiser la classe ouvrière pour la rendre capable de participer à une si féconde opération. On créerait, dans ce but, sous le nom de prudhommes, une classe intermédiaire entre les ouvriers et les entrepreneurs d'industrie. Chaque groupe de dix ouvriers élirait un prudhomme. Les prudhommes seraient divisés en deux catégories. Les uns entreraient avec leurs escouades dans les colonies agricoles. Les autres resteraient dans l'industrie privée.

Tout chef de fabrique ou de ferme, tout entrepreneur quel-

conque serait obligé par une loi, dès qu'il emploierait plus de dix ouvriers d'avoir un prudhomme pour les diriger, et de lui donner un salaire double de celui des simples ouvriers.

Ces prudhommes rempliraient dans la classe ouvrière le rôle des sous-officiers dans l'armée. Ils formeraient le premier degré de la hiérarchie sociale. Une de leurs fonctions principales serait de régler la répartition utile du travail, et de déverser l'excédant des bras inoccupés dans les colonies agricoles. Chaque fois qu'il y aurait excédant de bras dans l'industrie privée, les prudhommes partageraient avec les maires des communes le droit d'envoyer aux colonies agricoles les ouvriers qu'ils ne pourraient pas utiliser. Ces ouvriers surabondants seraient employés à faire de nouveaux défrichements , etc. Lorsqu'au contraire, l'industrie privée souffrirait du manque de bras, les colonies agricoles se chargeraient de lui en fournir.

Pour mieux définir notre système, dit l'auteur, nous aurons recours à une comparaison. Lorsqu'au milieu d'un pays coule un large fleuve , ce fleuve est une cause générale de prospérité ; mais quelquefois la trop grande abondance de ses eaux ou leur excessive rareté, amène ou l'inondation ou la sécheresse. Que fait-on pour remédier à ces deux fléaux ? On creuse, le Nil en fournit l'exemple, de vastes bassins où le fleuve déverse le surplus de ses eaux quand il en a trop, et en reprend au contraire, quand il n'en a pas assez ; et de cette manière on assure aux flots cette égalité constante de niveau d'où naît l'abondance. Eh bien, voilà ce que nous proposons pour la classe ouvrière, cet autre fleuve qui peut être à la fois une source de ruine ou de fertilité, suivant la manière dont on tracera son cours. Nous demandons pour la masse flottante des travailleurs, de grands refuges où l'on s'applique à développer leurs forces comme leur

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esprit, refuge qui, lorsque l'activité générale du paya sa jalantira, conservent le surplus des forces non employées pour les rendre ensuite nu fur et à mesure au mouvement général. Nous demandons en un mot de véritables déversoirs de la population, réservoirs utiles du travail, qui maintiennent toujours à la même hauteur cet autre niveau de la justice divine qui veut que la flueur du pauvre reçoive sa juste rétribution.

Dans les colonies agricoles, les ouvriers seront organisés par escouades sous la direction des prudhommes. On leur payera la solde du soldat. Jusqu'à ce que la colonie ait donné des bénéfices, tous les ouvriers seront logés dans des baraques comme celles des eamps. Ces baraques contiendront dix hommes avec leur prudhomme. Lorsqu'ils seront mariés, il y aura une baraque par famille et les baraques seront construites sur une plus petite échelle. Au dessus des prudhommes, il y aura des directeurs élus par les prudhommes et les ouvriers. Enfin chaque colonie aura un gouverneur nommé par les prudhommes et les directeurs. Chaque année les comptes seront imprimés, communiqués à l'assemblée générale des travailleurs et soumis au conseil général du département qui devra les approuver et aura le droit de casser les prudhommes ou directeurs qui auraient montré leur incapacité. Tous les ans, les gouverneurs des colonies se rendront à Paris, et là , sous la présidence du ministre de l'intérieur, ils discuteront le meilleur emploi à faire des bénéfices dans l'intérêt de l'association générale. Une partie de ces bénéfices sera distribuée aux membres de l'association; une autre partie sera consacrée à étendre le domaine commun par l'achat de nouvelles terres.

Quand il n'y aura plus açaez de terre a bas prix en France,

l'iisSoeiation établît» dès âueeurBaleé éfl Algérie, en Amérique même, elle peut tin jour envahir le monde ! car partout où il y aura utt hectare à défricher et on pauvre à nourrir, elle sera là avec des Capitaux, son armée de travailleurs, son incessante activité.

Tel est ce plan qui est destiné à résoudre le problème de Y extinction du paupérisme. L'auteur enthousiasmé de son idée, voit dans son adoption le salut de la société, et il semble même, chose originale, y voir un préservatif politique contre « les prétentions surannées de quelques hommes. »

Aujourd'hui, conclut-il, la rétribution du travail est abandonnée au hasard ou à la violence. C'est le maître qui opprime On l'ouvrier qui se révolte.

Et que faut-il pour réaliser un semblable projet ? Une année de solde de Farinée, quinze fois la somme que Ton a donnée à l'Amérique, une dépense égalé à celle qu'on emploie aux fortifications de Paris.

Et cette avance rapportera, au bout de vingt ans, à la France un milliard, à la classe ouvrière 800 millions, au fisc 37 millions !

Que le gouvernement mette à exécution notre idée... qu'il établisse le bien-être des masses sur des bases inébranlables et il sera inébranlable lui-même. La pauvreté ne sera plus séditieuse lorsque l'opulence ne sera plus oppressive; les oppositions disparaîtront et leâ prétentions surannées qu'oit attribue à tort ou à raison a quelques hommes, s'évanouiront comme les folles brises qui rident la surface des eaux sous l'équateur et s'évanouissent en présence du vent réel qui vient enfler les voiles et faire marcher le navire.

<«Dans l'avant dernier siècle, La Fontaine émettait cette sentence, trop souvent vraie et tepeiMtaitsî triste, si destructive de

toute société, de tout ordre, de toute hiérarchie ; • Je vous le dis en bon français, notre ennemi, c'est notre maître. »

Aujourd'hui le but de tout gouvernement habile doit être de tendre par ses efforts à ce qu'on puisse dire bientôt : le triomphe du christianisme a détruit V esclavage, le triomphe de la révolution française a détruit le servage; le triomphe des idées démocratiques a détruit le paupérisme!

Les vices de ce plan « d'organisation du travail » sont faciles à apercevoir. Au point de vue financier, il ne supporte guère l'examen. On a essayé maintes fois d'utiliser d'une part les terres incultes, autrement dit les terres de rebut, d'une autre part, les ouvriers inoccupés, autrement dit le rebut delà population ouvrière, en créant des colonies agricoles. Gela s'est fait particulièrement en Hollande, où le général Van den Bosch fonda en 1818 une société de bienfaisance pour la création de colonies agricoles destinées à recevoir l'excédant de la population ouvrière. Ces colonies obtinrent du gouvernement un subside considérable, et cependant, 30 ans plus tard, en 1848 leur capital mobilier et immobilier ne dépassait pas 3 millions de florins et elles avaient 8 à 9 millions de fl. de dettes (1). C'est que dans l'agriculture comme dans les autres branches de la production il faut, pour obtenir de bons résultats, employerde bons instruments et surtout de bon travail. A la vérité, l'auteur de Y Extinction du paupérisme ne compte pas seulement sur les pauvres et les mendiants pour peupler ses colonies; il compte aussi sur les bons ouvriers. Mais c la paie du soldat » et la perspective d'un campe-

(1) Voir à ce sujet, l'art. Colonies agricoles, dans le Dictionnaire de l'Économie politique de MM. Gh. Goquelin et GuiUaumin.

ment dans des baraques suffiront-elles bien pour les y faire venir librement? On donnera, dit-il, aux prudhommes et aux maires des communes, le pouvoir de les y envoyer, quand cela sera nécessaire. On donnera aussi aux prudhomrnes le pouvoir de les renvoyer dans l'industrie privée quand celle-ci les réclamera. Soit! mais que signifie ce pouvoir attribué aux prudhomrnes? Il signifie que les ouvriers perdront la libre disposition de leur travail ; en d'autres termes qu'ils seront réduits à l'état de serfs. Sans doute, ce servage sera organisé d'une manière démocratique, puisque les prudhomrnes seront nommés par les ouvriers eux-mêmes, mais en sera-ce moins un servage? Or réduire les ouvriers à l'état de serfs, est-ce bien le moyen d'améliorer et de relever leur condition?

Si l'auteur avait un peu mieux étudié l'organisation naturelle de la société et les effets de la liberté économique, il se serait convaincu que cet équilibre qu'il voulait établir au moyen de ses réservoirs de travail s'établit de lui-même, sans efforts et san.s peine, sous l'influence de la liberté; qu'il suffit de laisser la production agricole, industrielle et commerciale s'organiser et se développer d'elle-même, en lui fournissant simplement la sécurité dont elle a besoin, pour qu'elle s'organise de la manière la plus économique, et se développe autant que le comportent les capitaux, le travail et les débouchés dont elle dispose; il se serait convaincu encore que les travailleurs abandonnés à eux-mêmes vont toujours, aussi bien que les capitaux, dans les directions où ils peuvent être employés le plus utilement; où par conséquent, ils sont le mieux rémunérés; qu'il suffit de leur laisser pleine liberté de se mouvoir, en se bornant à éclairer leur

marché peur qoe la distribution du travail s'opère- de manière à équilibrer toujours l'offre des bras avec la demande; qu'il n'est donc pas nécessaire de demander à an système de servage démocratisé un régulateur de la production et du travail; que ce régulateur existe et qu'il s'appelle : liberté. Mais l'auteur écrivait dams un temps et dan» un pays où l'économie politique et la liberté étaient peu en faveur. Sa brochure obtînt un certain succès. Lés socialistes, sans se rallier à son système (n'avaient-ils pas les leurs?) le regardèrent désormais comme on confrère, et pkiatard, V Extinction du paupérisme) répandue à profusion au bas prix de 2£ centime» ou même distribuée gratis dans les ateliers, servit à augmenter le nombre de ses partisan» parmi les classes Ouvrières,

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