CHAPITRE VII
Séjour dans la prison de Ham.— Jogement de M. Lonis Blanc sur le prince Louis-Napoléon. — Les Fragments historiques ou comparaison des révolutions de 1688 et 1830. — VArialyse de la question des sucres. — VExtinction du paupérisme.
Louis-Napoléon resta six ans à Ham. Sa captivité fut dii reste adoucie autant qu*elle pouvait Tétre. Car c*est une justice à rendre au gouvernement de juillet que s*il a commis de grandes fautes, on ne peut du moins l^accuser de s*élre montré cruel envers ses ennemis. Pendant CCS six années de captivité, le prince pût recevoir de nombreuses visites, et particulièrement celles des principaux chefs du parti républicain avec lequel il n'avait pas cessé d'être en coquetterie. (M. Louis Blanc qui lui avait toujours témoigné beaucoup de sympathie {i) fut du
(1) Le portrait du prince, tel que l'a esquissé Tauteur de VHistoire de dix ans, et le jugement tout au moins fort indulgent qu'il porte sur la tentative de Strasbourg, attestent cette sympathie dont M. Louis Blanc devait après la révolution de février encore donner une preuve manifeste en insistant pour le rappel des déerets de bannissement des membres de la famille Bonaparte, sans exception. Le portrait du prince fait honneu aux beos MattBeaU de
nombre de ses visiteurs et il a publié, il y a quelque temps, le récit de son entrevue avec !e prétendant impérial.) On lui permit de conserver auprès de lui son méde- • cin, le docteur Conneau, avec le concours duquel il put s'évader six ans plus tard et se rendre en Angleterre. En attendant, il utilisa les longs loisirs de sa captivité, en écrivant plusieurs brochures, telles que : Fragments
rbistorien ; mais peut-être do donnera-t-il pas une idée aussi haute de la sûreté de son jngemeat.
I Des deux fils de l'ancien roi de Hollande, frère de Napoléon, Taîné avait succombé, dans les troubles d'Italie, à une mort aussi mystérieuse que prémaiurce. Et quant au plus jeune retiré en Suisse, il s'y était appliqué sans relâche à préparer de loin des projets qui souriaient à son orgueil et répondaient aux
plus vivFs aspirations de son âme Mais Tentreprise était hasardeuse, et le
prince qui Tavait conçue n'avait pas encore tout ce que devaient lui donner plus tard les enseignements de la mauvaise fortune.
• Savoir commander à son cœur, être insensible et patient, n'aimer que son but, dissimuler ; ne pas dépenser son audace dans les projets et la réserver tout entière pour l'action ; pousser au dévouement sans trop y croire, traiter avec la bassesse en la devinant, mépriser les hommes ; pour devenir fort, le paraître; et se donner des créatures, moins par la reconnaissance qui fatigue le zèle, que par l'espérance qui le stimule ; là est dans le sens égoïste et vulgaire du mot, le génie des ambitieux. Or, le prince Louis Bonaparte n'avait, soit en qualités soit en vices, presque rien de ce qui le compose. Sa sensibilité, facile à émouvoir, le livrait désarmé aux faux empressements des subalternes. Il lui arrivait quelquefois de mal juger les hommes par précipitation ou par bonté. La fougue de ses désirs le trompait et l'entraînait. Doué d'une droiture nuisible à ses desseins, il avait, par un rare assemblage, et l'élévation d'âme qui fait aimer la vérité, et la faiblesse dont profitent les flatteurs. Pour augmenter le nombre de ses partisans, il se prodiguait. Il ne possédait, en un mot, ni l'art de ménager ses ressources ni celui d'en exagérer habilement l'importance. Mais, en revanche, il était généreux, entreprenant, prompt aux exercices militaires, élégant et fier sous Tuniforme. Pas d'officier plus brave, de plus hardi cavalier. Quoique sa physionomie fut douce plutôt qu'énergique et dominatrice, quoiqu'il y eût une sorte de langueur habituelle dans son regard, où passait la rêverie, nul doute quA les soldats ne l'eussent aimé pour ses allures franches, pour la loyauté de son langage, pour sa taille, petite comme celle de son oncle, et pour l'éclair impérial que la passion du moment allumait dans son œil bleu. Quel nom d'ailleurs que le sien ! » (^Histoire de dix ans, t. V, chap. V.)
Ce jugement peut servir, croyons-nous, à expliquer pourquoi jusqu'au dernier moment certains républicains se sont obstinés à considérer Louis-Napoléon comme un esprit ambitieux peut-être mais peu dangereux.
historiques ou comparaison des révolutions de 1688 et de 1850, publiéscn 1841 ,—Analysede la question des sucres ^ 1842. — Projet de loi surle recrutement de Vannée^ 1843. — Réponse de Louis Napoléon à M. de Lamartine^ 1844. — Extinction du paupérisme^ 1844, 11 conlinua, en outre, son grand ouvrage sur rartiUerie, et il se mit en relations avec M. Degeorge, directeur d'un journal républicain, le Progrès du Pas de Calais^h qui il envoya de nombreux articles sur toutes les questions à l'ordre du jour. Le secret, assez transparent d'ailleurs, de ces cominanications non signées fut divulgué par le journal même auquel elles étaient adressés. Sous le titre de c profession de foi démocratique du prince Napoléon Louis Bonaparte, le Progrès du Pas de Calais publia (dans son n<> du 28 octobre 1845) une lettre adressée par son illustre collaborateur au Journal du Loiret^ qui lui avait demandé à quel titre, il rentrerait dans la grande famille française si les portes de sa prison lui étaient ouvertes et si sa famille se trouvait relevée de la sentence d'exil qui pesait sur elle.
Jamais je n'ai cru et jamais je ne croirai, répondait le prince, que la France soit l'apanage d'un homme ou d'une famille ; jamais je n'ai invoqué d'autres droits que ceux de citoyen firançais, et jamais je n'aurai d'autre désir que de voir le peuple entier, légalement convoqué, choisir librement la forme de gouvernement qui lui conviendra. Issu d'une famille qui a dû son élévation au suffrage de la nation, je mentirais à mon origine, à ma nature et qui plus est, au sens commun, si je n'admettais pas la souveraineté du peuple comme base fondamentale de toute organisation politique... J'ai réclamé il est vrai, une première place mais sur la brèche. J'avais une grande ambition, mais elle était hautement avouable, l'ambition de réunir autour