‹ Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinionsChapitre 2 sur 41 · VI NAPOLEON III · texte numérisé non relu

VI NAPOLEON III

celte loi de justice, seule invariable, seule auguste. Il me plaît d'essayer ce travail à tout risque. Si quelqu'un s'avisait de vouloir anéantir ce livre, on ne réussirait qu'à en éterniser la mémuire ; la postérité s'en souviendrait autant que de l'homme qu'il décrit.

Une personne quelconque prête déjà, par le simple développement de son caractère, à des recherches morales qui justifient la curiosité de l'homme d'étude. L'analyse biographique, si elle est complète, met sur le chemin de découvertes positives qui vont bien au-delà de l'individu dont l'examen nous aura tentés. Toute une famille d'êtres du même genre, et parfois des 'genres éloignés, s'éclairent d'un jour subit sous les yeux de l'observateur attentif, qui croyait d'abord obtenir la notion d'un seul sujet.

Ainsi est-il arrivé de l'examen dont je présente aujourd'hui les résultats principaux.

Son point de départ était celui-ci : décidé à m'abstraire pendant quelques mois dans une affaire unique, la connaissance vraie de l'homme qui est maintenant assis sur le trône ; résolu, comme il a été dit plus haut, à le mesurer d'après les procédés de la fscience moderne, sur l'étalon commun de cette idée de justice ; voulant, avec le plus grand sang-froid possible, sonder, pour ainsi dire, son âme, afin d'y retrouver ce qu'elle offre de l'attribut essentiel de l'homme, je ne lardai pas à comprendre qu'une pareille investigation ne pouvait être précise que si je déterminais :

Son tempérament,

Son éducation,

Ses alliances et accointances,

Les circonstances qui avaient directement agi sur ses idées.

Cette enquête m'entraîna, il est vrai, beaucoup plus loin que je ne l'avais supposé d'abord et me coûta de nombreux labeurs.

En toute chose la vérité ne se montre qu'à ceux qui

INTRODUCTION. vu

raimcnt ; on ne la découvre point sans prendre de la peine ; souvent il y a de vraies coalitions pour la voiler : ainsi ce qui touche aux Bonaparte a été sans cesse obscurci. A commencer par Napoléon lui-même, on n'est pas assuré qu'il soit né le 15 août 1769, comme il le disait ; peut-être sa naissance devrait-elle être rapportée soit au 7 janvier 1768, soit au 5 janvier de cette même année 1769. Ce qui est certain, c'est que sa sœur Elisa, désignée dans les almanacbs du premier Empire comme étant la cadette de Lucien Bonaparte, était au contraire son aînée. On ne sait pas au juste si Joseph était l'aîné ou le puîné de Napoléon. Napoléon I" s'est appelé tour à tour Nabulione, Napoleone, Napoléon; Buonaparte et Bonaparte. L'Empereur actuel. Napoléon III, signait, en 1836, Napoléon II; l'ordre de ses prénoms n'est plus le même que sur son acte de naissance ; il signait primitivement Louis- Napoléon ; plus tard Napoléon est passé devant Louis. On ignore si sa grand'mère est née en 1761 ou 1763 ; si sa mère a été ou non apprentie blanchisseuse, ce qui n'importe guère cl l'histoire : mais les écrivains bonapartistes se sont contredits même sur ce détail si secondaire.

Après tout je ne regrette aucune des recherches que m'a coûtées le désir de traiter exactem.cnt le personnage que j'avais devant moi.

Elles m'ont permis, me semble-t-il, de le pénétrer intimement, et de juger par lui la plupart des êtres qui se sont attribué un droit de suprématie sur l'espèce humaine. Je sais maintenant à très peu près de quels éléments se compose un caractère de prince.

Je sais de même comment se fait une fortune de prince.

Né plébéien, je pouvais avoir à cet égard des préjugés ou de soumission ou de haine, puisque je voyais d'autres hommes de même condition que moi qui se partageaient entre eux sur ce point en mille sentiments divers, depuis l'enthousiasme presque dévot jusqu'à l'antipathie absolue, jusqu'à la haine irrémissib^-e. Je résolus d'écarter de moi toute passion,

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