‹ Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinionsChapitre 3 sur 41 · VIII NAPOLÉON III · texte numérisé non relu

VIII NAPOLÉON III

d'oublier même ce que j'avais» ressenti à différentes époques de la vie publique de Napoléon III.

11 me sembla que c'était vraiment une nécessité logique que de comprimer ainsi mon cœur pour ne poursuivre que la vérité. Afin de porter l'équité à sa dernière limite, je résolus d'écarter même de mon souvenir tous les faits que j'avais recueillis dans les entretiens ou dans les livres d'hommes instruits de particularités non publiques. J'abandonnai absolument tout ce qui tient à l'histoire secrète ; je ne voulus établir mon sentiment que sur des faits patents, avérés, incontestable.?, et principalement sur les propres dires de l'homme mis en cause ou sur ceux des amis de sa famille et de sa personne, Le procès philosophique dont je prenais en main l'instruction, me sembla devoir se traiter d'après cetie seule maxime de conduite, si énormément favorable qu'elle fût à l'homme que j'allais déchiffrer.

Sans doute, il eût paru légitime à d'autres de prendre communication de quelques lettres inédites de Napoléon III ; mais je négligeai encore à dessein les éléments de cet ordre.

Une lettre n'appartient à l'histoire, du moins à l'histoire contemporaine, que si elle est destinée au public ou si celui qui l'a écrite n'en a pas récusé la publication.

J'ai donc négligé par système, rie lire des lettres confidentielles que Louis-Napoléon aurait écrites, — et il en a écrit beaucoup, — surtout avant 1849. Certes, on pourrait en retrouver d'intéressantes , si l'on se donnait la peine d'en chercher.

Cependant il faut avouer qu'elles deviennent graduellement assez rares.

11 est constant que l'Empereur ne laisse plus guère traîner ses anciens autographes et qu'il les fait rentrer, dès que l'occasion s'en présente. Elle ne lui manque pas. Tantôt c'est une famille ou dévouée à lui, ou besogneuse, ou quémandeuse (et souvent les trois ensemble) qui lui reporte une liasse trouvée dans les papiers d'un mort ou d'une morte ; tantôt,

INTRODUCTION. ix

après lo tU'cès d'un ministre ou d'un autre haut fonctionnaire ou même d'un ancien ami de l'Empereur, un délégué du prince vient mettre sous les scellés les correspondances et les notes du défunt, puis en fait le triage et rend à César ce qui appartient à César. Cette coutume n'est inscrite nulle part dans nos codes en termes positifs : on ne l'a introduite que par la raison d'Etat ; on ne l'exerce que dans une forme étrangère aux règles du droit commun ; elle n'en est pas moins pratiquée sous l'Empire avec une régularité diligente. L'historien peut, à la rigueur, se passer de ces pièces soustraites à sa vue; des mines abondantes de documents existent ailleurs et lui suffisent.

Si Napoléon III est prince, il est aussi publiciste, et de plus il a tenu beaucoup de discours solennels, écrit beaucoup de lettres que les journaux ont reproduites avec son aveu. En I806, on a imprimé ou réimprimé, par ses ordres, à l'Imprimerie impériale, quatre gros volumes remplis de sa prose ; il n'est pas resté muet devant la France, après celte date de 1856. On vient de nous donner un cinquième volume de ses œuvres politiques, auxquels s'adjoignent deux tomes assez compactes d'une Histoire de César, qu'il a composée avec une forte préoccupation de lui-même et de ses intérêts dynastiques. Plusieurs brochures émanées de son inspiration, apologétiques, ont présenté les actes et les projets de l'Empire, sous le jour qu'il a convenu à l'Empereur de leur donner, sous les yeux de la France.

Que pouvais-je désirer de plus ? Des révélations faites sur lui et les siens par des écrits inspirés du plus pur bonapartisme. J'en ai rencontré de très- explicites. N'ai-je pas eu, comme tout le monde, la possibilité de lire des mémoires sur la reine Hortense, auxquels cette princesse a notoirement contribué ou qu'elle a même signés (1) ; le Prisonnier de

(1) Mémoires sur la reine Hortense, aujourd'hui duchesse de Saint-Leu, recueillis et publiés par le baron W. F. Van Scheel-

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