‹ Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinionsChapitre 20 sur 41 · NAPOLÉON ITI · texte numérisé non relu

NAPOLÉON ITI

ce furent ces braves gens : le capitaine Col-Puygellier, qui arracha ses deux compagnies des mains du prince, et le marin Pollet, qui, après avoir conquis VEdinburg-Castle^ et coupé, par conséquent, la retraite aux assaillants, eut l'humanité de s'exposer aux balles des gardes nationaux de Boulogne pour sauver des fugitifs qui allaient être noyés ou tués. Assurément, ce n'étaient pas de grands poUtiques; mais, au moins, ils comprenaient qu'un gouvernement à peu près régulier ne doit pas être abandonné aux coups d'une bande insurrectionnelle qui vient faire invasion dans une ville paisible pour y planter le drapeau factieux d'une prétendue légitimité sans titre et sans avenir. Un gouvernement républicain s'honorerait d'accueillir des hommes d'honneur comme ces deux hommes de courage, et donnerait à leur ingénuité loyale le point d'appui du seul principe irrécusable, la vraie souveraineté populaire .Dans les discordesnationales,il est souvent plus difficile de connaître son devoir que de le suivre; mais la probité civile consiste à ne jamais faiblir devant la force, là où n'éclate point la vérité lumineuse du droit. Ainsi, encore un sergent de la ligne, Morange, qui commandait un poste de quelques hommes sur la place d'Alton, avait refusé d'obéir aux instances de gens en épaulettes qui lui intimaient un ordre incompatible avec sa consigne.

Tous ces honnêtes témoins furent écoutés avec indifférence par la Cour. Qu'importaient maintenant aux pairs de France d'obscurs défenseurs de la légalité, qui, peutêtre, dans la candide probité de leur conduite, avaient déjoué plus d'un calcul ou éveillé plus d'un remords chez quelques-uns de leurs juges !

L'assemblée montra, au contraire, une attention ex-

tivmc j\ écouter les explications du général Ma^nan, appelé comme témoin, et qui se trouvait mêlé aux dél)ats comme révélateur de faits d'embauchage. Il assurait que le commandant Mésonan, avec lequel il avait qnel([aos anciennes liaisons de confraternité militaire, lui aurait remis une lettre, adressée à lui, Mésonan, et qui portait ceci : « Mon cher commandant, il est de la plus grande nécessité que vous voyiez de suite le général en question ; vous savez que c'est un homme d'exécution et sur qui on peut compter; vous savez aussi que c'est un homme que j'ai noté pour être un jour maréchal de France. Vous lui offrirez cent mille francs de ma part, et vous lui demanderez chez quel banquier ou chez quel notaire il veut que je lui fasse compter trois cent mille francs dans le cas où il perdrait son commandement. »

Dans un interrogatoire à huis clos, Mésonan avait faiblement contesté la communication de cette lettre. A cette heure, il la niait de toutes ses forces. Lequel disait vrai du dénonciateur ou de l'accusé? C'est un point accessoire que nous négligeons; mais il se contait alors qu'entre ces deux officiers, le point de divergence était dans une équivoque facile à lever. Qn voulait croire que la lettre avait été, non pas mise entre les mains du général, mais placée sous ses yeux, ou récitée de mémoire devant lui, ou communiquée à un tiers pour lui. Le mauvais état des affaires du général, notoirement obéré à l'excès, donnait prétexte aux conjectures les plus défavorables, même à celle qui le représentait comme recevant à la fois de l'argent de Louis-Philippe, ce qui est improbable (le roi était si peu donnant), et du prince, ce qui n'est pas plus assuré. Celui-ci n'aurait guère pu compter de si

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grosses sommes pour un seul achat; il n'aurait guère été en état que de les promettre.

Ce n'était pas qu'il fût venu à Boulogne absolument sans ressources; non, il avait apporté ses derniers écus. Ua témoin déposa qu'il avait observé, à la porte de la caserne, un officier « tenant un chapeau rempli de pièces de cinq francs qu'il jetait en disant aux bourgeois de crier vive VEmpereur! et les bourgeois criaient vive VEmj^ereurl »

Le prince lui-même, après l'insuccès de la caserne, et lorsqu'il se mit à parcourir les rues à la tête de sa troupe, en faisant tournoyer son chapeau à la pointe de son épée, poussait ce même cri, dont le sens était dans sa bouche à ce moment : Vive moi! Cette naïveté, comme le coup de pistolet absolument inconsidéré qu'il avait tiré sur le capitaine Col-Puygellier et qui, atteignant un soldat, mit ce pauvre garçon pour un mois à l'hôpital, d'autres circonstances encore prouvent qu'il n'était pas plus maître de lui que de l'univers. En effet, il n'avait pu sortir d'un discours commencé devant le front des deux compagnies avant la venue du capitaine; et comme Aladenize lui présentait, outre un nommé Chapolard, le sous-officier Clément, en lui disant : « Mon prince, voilà un sergent-major qui mérite d'être avancé, » Louis-Napoléon, les yeux fixés sur Clément : a Je vous nomme capitaine, dit-il, et je vous donne la croix que j'ai portée moi-même; » mais voulant défaire cette croix, il ne pouvait y parvenir. Un officier lui dit : « Vous allez déchirer votre uniforme. » Le prince reprit : « Vous n'êtes pas moius chevalier de la Légion d'honneur; » et il garda sa croix, qu'il continua de porter lui-même.

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