‹ Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinionsChapitre 22 sur 41 · U NAPOLÉON III · texte numérisé non relu

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blcment pour gravir les pentes de la ville et traîner la jambe comme il est naturel à des podagres? Aussi furentils pris pour la plupart isolément, à l'endroit oii, vaincu par la fatigue, chacun avait dû s'asseoir. Le colonel Voisin, plus ingambe, avait rejoint le canot qui devait remporter les fugitifs à bord de leur navire; il avait malheureusement éié blessé de trois balles que les gardes nationaux de Boulogne eussent mieux fait de conserver pour en garnir le fond d'un de leurs filets de pêche.

Aussitôt après les débats, le prétendant fut réintégré à Ilam où le général Montholon et le docteur Conneau obtinrent de le suivre.

La police fut d'ailleurs assez bienveillante envers tous les condamnés. Ainsi 3,1. de Persigny, enfermé d'abord dans la forteresse de Doullens, obtint sans peine sa translation à l'hôpital militaire de Versailles; bientôt il n'eut pour prison que l'enceinte de la ville, et encore ne l'y surveillait-on guère. C'est alors qu'il composa un volumineux mémoire destiné à l'Institut, et que rxlcadémie des inscriptions et belles-lettres dut recevoir avec un certain ébahissement. Cet in-octavo, publié en 1844, s'intitulait : « De V ut ilUé des pyramides d'Egypte. »

Le général Montholon avait été, selon l'expression consacrée, « un des plus brillants généraux de l'Empire; » mais ce qui devait le recommander surtout au choix du prince qui l'emmenait avec lui à Ham, c'était la résidence qu'il avait faite à Sainte-Hélène auprès de Napoléon. Il avait été l'un des secrétaires de cet impitoyable dicteur; avec le général Gourgaud, il, avait publié, en 1823 et dans les années suivantes, ce fatrtiS apologétique que l'on ccnnait, « les Mémoires pour servir à Vhistoire de France sous Napoléon, écrits à Saint- Hélène sous sa

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dictée^ etc.; » il avait recueilli et, sans doute il pouvait redire, une foule de particularités que Napoléon aimait à conter aux amis qui partageaient son internement. Dans ces dernières années de sa vie. Napoléon, Irèsloquace comme toujours, recouvra un peu de cet esprit méridional si fécond en saillies dont quelqites-unes étaient bonnes à retenir; mais dans l'espèce de repos mental que les circonstances lui avaient donné, il trouva surtout le loisir d'arranger, avec une incroyable malice, toute l'histoire de sa vie. Le général avait été un confident, un témoin subjugué des mises en scène de cette prodigieuse mystification. Le prétendant, battu, décontenancé, mais non corrigé, eut donc sous la main un dépositaire utile des artifices, stratagèmes et menus propos de son oncle. Il l'interrogeait sans doute, et tirait de ce répertoire tout ce que sa propre intelligence lui permettait d'y puiser. Mais il s'efforça, en outre, d'employer ses loisirs à se mettre au courant des choses actuelles de la France. Avant la fin de l'hiver de 1840-1841, sa captivité s'.était de beaucoup adoucie : on le laissa communiquer à peu près librement avec qui bon lui sembla. Ce fut pour lui un moyen facile de s'instruire directement d'une foule de choses utiles à son éducation de Français, et aussi de se recommander au souvenir de bien des gens. Le château de Ham, d'étendue médiocre, a des cachots anciens d'un aspect lugubre qui rappellent l'horreur barbare et raffinée de l'époque féodale; mais leur voisinage attriste plutôt qu'il n'effraie un homme dont le nom est trop connu pour qu'il puisse être question de plonger sa personne dans les oubliettes. Le logement où le prince fut installé est, du reste, de construction moderne et ressemble, dans son économique simplicité, à

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quelque maison bourgeoise un peu froide, un peu sombre, très-peu à une prison du genre classique. M. de Polignac, qui avait fait autrefois connaissance avec les cachots de l'Empire, s'était trouvé là presque bien en 1831. Il y a, d'ailleurs, une cour passablement spacieuse et qui, en recevant l'air et le soleil, prend une apparence de cour de collège. Presqu'cn entrant le prisonnier déclara que l'habitude de Téquitation rendait cet exercice nécessaire à sa santé. Le commandant <du fort, un Hudson Lo^ve peu farouche, mit un cheval à sa disposition, l'autorisant à cavalcader aux heures qu'il voudrait sur cette esplanade intérieure. Assez naturellement les soldats qui habitaient dans les chambres sur la cour, surpris par la nouveauté du spectacle (on ne voyait pas de cavalier dans le fort), oisifs comme des troupiers casernes dans une petite place, se tinrent aux fenêtres pour regarder ce manège, et peut-être laissèrent-ils échapper à mi-voix, contre le prince, quelques-UQS des lazzis familiers aux corps-degarde. Si cette fadaise mérite un souvenir, il paraît qu'ils lui donnaient entre eux le nom de Badinguet : or ce mot, en picard et en ^vallon, signifie quelque chose d'intermédiaire entre ;( étourdi p et « badaud. » Louis-Xapoléon montra de Thumeur, se piqua, se plaignit, renonça enfin au cheval.

Un antique donjon, baigné par les eaux paisibles de la Somme, ferme l'un des angles du château et se relie à une autre tour par une courtine où l'on a planté un jardin d'une soixantaine de pas, où le prince eut la permission de cultiver des fleurs. De cette élévation, l'œil découvre la plaine que des collines boisées environnent au loin : cette terre picarde nourrit une population laborieuse, énergique, colère même; mais ceci tient sans doute à la

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race plus qu'au sol. Du moins un étranger, qui s'installe dans ce pays, y éprouve d'abord coninic une détente de Pàmc, une prédisposilion dolente à l'ennui. Cette inllucnce est peut-être ce qui a pénétré d'une vague senteur de moisissure les pages assez nombreuses que Louis-Napoléon a datées de Ham; mais sous ces feuillets en quelque sorte humides et jaunis ont germé des pensées qu'il est nécessaire de soumettre à l'examen.

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