‹ Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinionsChapitre 27 sur 41 · PREMIÈRE LETTRE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LETTRE

« Madame,

« Vous avez été extrêmement aimable en offrant votre médiation près de Sa Majesté l'Empereur pour obtenir, en ma faveur, l'autorisation de rester en France et une allocation suffisante pour m'y mettre à même d'y vivre d'une manière convenable à mon rang.

« Je sais, Madame, ce que vous avez déjà fait, et que c'est en grande partie à vos démarches que je suis redevable des 200,000 francs par an que Sa Majesté a eu la bonté de m'accorder.

« Cependant, le ministre m'informe qu'il me faudra, sur cette somme, prélever 50,000 francs pour mes frères naturels, reconnus par mon père, ce qui réduira mon revenu annuel à 150,000 francs.

« Vous trouverez certainement, Madame, que cela sera trèsmodique en regard de mes obligations, et dans la ne'cessité où je suis de former un établissement tout nouveau^ manquant de meubles, de linge, etc.

« J'ai, en effet, prié Sa Majesté d'accorder à chacun de ces deux messieurs une pension de 25,000 francs, comme la seule dette que j'aie moralement contractée. Mais je n'avais

pas ridée que ce dût être déduit de ma propre pension. Je croyais important qu'ils fussent mis à l'abri de toute perte, en cas oii je vinsse à mourir avant eux. C'est pourquoi je vous prie, Madame, d'employer vos bons offices près de l'Empereur en appuyant cette requête, qui, je l'espère, ne sera pas regardée comme déraisonnable.

« Ce sera une nouvelle obligation à ajouter à celles que je vous ai déjà. Je joins ici une copie de la lettre que j'ai adressée à Sa Majesté et qui a dû être mise sous ses yeux par le ministre de la police.

« Agréez, Madame, l'assurance de mes sentiments respectueux.

« L.-M.-I.-I. d'Orléa>s-Bourbû>'.

(t 2 avril I8I0. »

DECXIEME LETTRE

« Madame, « Je suis profondément touchée de votre obligeance, et me confie pleinement à l'espoir que vous manifestez. Il me paraîtrait difûcile que l'Empereur refusât une si juste requête, si j'ose me servir de cette expression, et surtout lorsqu'elle est appuyée par vous. Soyez assurée, Madame, que ma reconnaissance égalera les sentiments dont je vous prie, par avance, de recevoir la sincère expression.

« L.-M.-I.-I. d'Orléaî<s-Bourbû:<.

« 29 avril 1815. ))

Elle réclamait celle-là, un bon sur le Trésor de la main qui avait fait tuer son fils ! C'est plus fort que Priam aux pieds d'Acbille. Quels êtres épiques!

Louis -Napoléon, en livrant ces documents à l'histoire, se vengeait de Louis-Philippe; il le frappait sur les

coiffes (le sa mère cl de, sa t;inlo. Quelque autre, vous ou moi, nous eussiolis brûlé ces papiers qui déshonoreraient des ramilles ordinaires : mais entre princes qui guerroient!

1817. — Une année s'écoula sans incident remarqua])le dans le sort de Louis-Napoléon. Peut-être était-il sur le point de désespérer. Le seul survivant de ses oncles, Jérôme, l'ancien roi de Westphalie, n'attendait, lui, rien de l'Enipii-e : au moins, il fit sa cour au gouvernement de Juillet et négocia si bien qu'on lui promit la dignité de pair de France avec une pension de 100,000 francs.

1848. — La Révolution de Février éclata le jour où Louis-Philippe allait signer ce marché.

Mais comme tout est contradictoire dans la vie, au moment où Jérôme capitulait, son fils Napoléon Bonaparte, — le prince Napoléon, — . venait d'ouvrir des pourparlers avec quelques députés delà gauche. Il s'agissait, dit-on, de faire effort pour soulever l'armée, dans un délai assez prochain. C'était un amant de la République, — en ce temps-là, — un homme qui offrait l'avantage de n'avoir été ni à Strasbourg, ni à Boulogne, et de posséder sur ses traits le galbe d'un vrai Bonaparte. Ceci se passait dans les premiers jours de février; mais les amis de Louis-Napoléon, informés de ces conciliabules, y pénétrèrent vivement, jurèrent qu'il était corrigé, qu'il ne voulait plus être prince, mais citoyen, obtinrent enfin qu'on le préférerait. « Fils adoptif de l'Empereur, disaient-ils, il avait plus de chances d'agir sur le moral des officiers et des sous-officiers. »

Ces devis et menus propos nous sont attestés par une

Histoire de la Bévolution de Février, qui n*a pas été démentie. On assure que M. Marie était présent à ces colloques ; il rendrait service à l'histoire s'il voulait bien attester ou inOrmer ces an^^cdotes.

Ce qui semble hors de doute, c'est que Louis-Napoléon partit secrètement de Londres, le 22 février. Le 25, logé à Paris, rue du Sentier, chez M. Vieillard, il envoyait, par M. de Persigny, à l'Hôtel-de-Ville, cette lettre pour le Gouvernement provisoire.

« Messieurs,

« Le peuple de Paris ayant détruit, par son héroïsme, les derniers vestiges de l'invasion étrangère, j'accours de l'exil pour me ranger sous le drapeau de la République qu'on Tient de proclamer.

« Sans autre ambition que celle de servir mon pays, je viens annoncer mon arrivée aux membres du Gouvernement provisoire, et les assurer de mon dévouement à la cause qu'ils représentent, comme de ma sympathie pour leurs personnes.

« Agréez. Messieurs, Passurauce de mes sentiments, ft Louis Napoléon Bonaparte. »

Cette lettre fut remise à minuit et demi. A quatre heures du matin un convoi spécial remmenait le prince à Boulogne. Le gouvernement provisoire l'avait engagé à repartir. Ce conseil de se tenir en dehors des événements, jusqu'à ce qu'ils eussent pris tournure, donnait vacance au prétendant pour quelques semaines encore. Il laissa en parlant la lettre suivante pour le Gouvernement provisoire :

« Messieurs, « Après trente-trois années d'exil et de persécution, je

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croyais avoir acquis le droit de retrouver un foyer sur le sol de la patrie.

« Vous pensez que ma présence à Paris est maintenant un sujet d'embarras : je m'éloigne donc momentanément. Vous verrez dans ce sacrifice la pureté de mes intentions et de mon patriotisme.

w Recevez, Messieurs, l'assurance de mes sentiments de haute estime et de sympathie.

« Louis-Napoléon Bonaparte, »

Revenu à Londres, il put méditer sur la situation nouvelle qui allait se présenter et rencontra bientôt un moyen de se recommander au parti de l'ordre, qui, tout en acclamant la République, allait évidemment tâcher de la détruire.

La révolution française du 24 février avait eu son contre coup en Angleterre. Les chartistes, excités par le triomphe de la démocratie parisienne, s'organisèrent pour tenir à Londres des assemblées régulières, et sous le nom de Convention nationale, ils formèrent un parlement à côté de la législature. Le 6 avril, le gouvernement interdit une grande procession chartiste qui devait se faire le 10 dans les rues de Londres et porter à la Chambre des communes une pétition revêtue de plus de cinq millions de signatures. Que demandait le peuple? Les six points suivants : suffrage universel, vote secret, abolition du cens d'éligibilité, salaire des députés, parlement annuel, division du royaume en districts sur la base de la population. Tant de réformes d'un coup, c'était trop pour le tempérament de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie anglaises, qui veulent bien céderquelques pouces de réforme 'une fois tous les dix ou quinze

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