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« Monsieur le Maire,
(( Je suis profoiuléincnt ému de la réception affectueuse que je reçois de vos concitoyens. Mais, croyez-le, si je suis venu à Ilam, ce n'est pas par orgueil, c'est par reconnaissance. J'avais à cœur Je remercier les habitants de cette ville et des environs de toutes les marques de sympathie qu'ils n'ont cessé de me donner pendant mes malheurs.
« Aujourd'hui, qu'élu par la France entière, je suis devenu le chef légitime de cette grande nation, je ne saurais me glorifier d'une captivité qui avait pour cause l'attaque contre un gouvernement régulier. Quand on a vu combien les révolutions les i)lus justes cnlraînent de maux après elles, on comprend à peine l'audace d'avoir voulu assumer sur soi la terrible responsabilité d'un changement. Je ne me plains donc pas d'avoir expié ici, par un emprisonnement de six années, ma témérité contre les lois de ma patrie, et c'est avec bonheur que, dans les lieux mêmes où j'ai souffert, je vous propose un toast en l'honneur des -hommes qui sont déterminés, malgré leurs convictions, à respecter les institutions de leur pays. »
Cette humilité, cette repentance, correspond à quelque menace, à quelque murmure des républicains : il s'agit de les ménager et de calmer l'impatience des autres.
31 juillet 1849. — Aux élèves de l'École de Saumur :
« Faisons donc tous nos efforts pour garder intact,
pour développer encore cet esprit militaire ; car, croyez-le, si les produits des arts et des sciences méritent toute notre admiration, il y a quelque chose qui la mérite encore davantage, c'est la religion du devoir, c'est la fidélité du drapeau. »
1er août 1849. — Le Président de la République se
rend à Tours et assiste au banquet qui lui est offert par. la ville. Il répond au toast du maire :
« Je dois remercier d'abord la ville de Tours de l'aimable accueil qu'elle m'a fait ; ma's je dois dire aussi que les acclamations dont je suis l'objet me toucbent bien plus qu'elles m'enorgueillissent. J'ai trop bien connu le malheur pour ne pas être à l'abri des entraînements de la prospérité. Je ne suis pas venu au milieu de vous avec une arrière-pensée, 'mais pour me montrer tel que je suis, et non tel que la calomnie veut me faire. On a prétendu, on prétend encore aujourd'hui à Paris, que le gouvernement médite quelque entreprise semblable au 18 brumaire. Mais sommes-nous donc dans les mêmes circonstances ? Les armées étrangères ont-elles envahi notre territoire? La France est-elle déchirée par la guerre civile ! Y a-l-il quatre-vingt mille familles en émigration? Y a-t-il cent mille familles mises hors la loi par la loi des suspects? Enfin, la loi est-elle sans vigueur et l'autorilé sans force ? Non, nous ne sommes pas dans des conditions qui nécessitent de si héroïques remèdes. A mes yeux, la France peut être comparée à un vaisseau qui, après avoir été ballotté par les tempêtes, a enfin trouvé une rade plus ou moins bonne, mais où il a jeté l'ancre. Eh bien ! dans ce cas, il faut radouber le navire, refaire son lest, rétablir ses mâts et sa voilure, avant de se hasarder encore dans la pleine mer. Les lois que nous avons peuvent être plus ou moins défectueuses ; mais elles sont susceptibles de perfectionnement. Confiez-vous donc à l'avenir, sans songer ni aux coups dEtat, ni aux insurrections. Les coups d'Etat n'ont aucun prétexte. »
Non, le cours d'une progression régulière vaut mieux qu'un mouvement brusque.
Si, dans une certaine direction, on a paru s'aventurer trop loin, il est nécessaire de compenser, par des décla-
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rations en sens inverse, Texcès qui semble s'accuser trop ouverlemcnt.
18 août 1849. — Le Président de la République adresse au lieutenant-oolonel Edgard Ney, son officier d'ordonnance envoyé à Piome, la letlre suivante :
« Mon cher Ney,
« La République française n'a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne, mais, au contraire, pour la régler, en la préservant contre ses propres excès, et pour lui donner une base solide, en remettant sur le trône pontifical le prince qui, le premier, s'était placé hardiment à la tête de toutes les réformes utiles.
« J'apprends avec peine que les intentions bienveillantes du Saint-Père, comme notre propre action, restent stériles, en présence de passions et d'influences hostiles. On voudrait donner comme base à la rentrée du Pape la proscription et la tyrannie. Dites, de ma part, au général Rostolan qu'il ne doit pas permettre qu'à l'ombre du drapeau tricolore on commette aucun acte qui puisse dénaturer le caractère de notre intervention.
« Je résume ainsi le rétablissement du pouvoir temporel du Pape : Amnistie générale, sécularisation de Vadminislration, Code Napoléon, et gouvernement libéral.
« J'ai été personnellement blessé, en lisant la proclamation des trois cardinaux, qu'il n'était pas même fait mention du nom de la France, ni des souffrances de nos braves soldats.
« Toute insulte faite à notre drapeau ou à notre uniforme me va droit au cœur, et je vous prie de bien faire savoir que si la France ne vend pas ses services, elle exige au moins qu'on lui sache gré de ses sacrifices et de son abnégation.
« Lorsque nos armées firent le tour de l'Europe, elles laissèrent partout, comme trace de leur passage, la destruc-
tion des abus de la féodalité et les germes de la liberté : il ne sera })as dit qu'en 4849 une armée française ait pu agir dans un autre s'L-ns et amener d'autres résultats.
« Dites au général de remercier, en mon nom, l'armée de sa noble conduite. J'ai appris avec peine que, physiquement même, elle n'était pas traitée comme elle devait l'être; rien ne doit être négligé pour établir convenablement nos troupes.
« Recevez, mon cher Ney, l'assurance de ma sincère amitié.
« Louis -Napoléon Bonaparte. »
Pour la France, cette lettre suffisait : on semblait, sans renoncer à couvrir la papauté contre ses ennemis, vouloir l'ajuster à l'esprit moderne. Toutefois, lorsque ce document fat connu à Rome, le pape et les cardinaux se regardèrent sans doute en souriant de ce dessein d'exercer sur eux une pression dont par avance ils connaissaient l'inutilité. N'étaient-ils pas assez instruits du besoin que Louis-Napoléon avait et devait avoir toujours du clergé français, pour deviner qu'après cette déclaration publique, le Président rabattrait bien des choses dans l'intimité des négociations diplomatiques'? Ils se disaient, en outre, que cette lettre n'était qu'une concession faite politique- 1 ment par l'ancien carbonaro aux inquiétudes que lui inspiraient encore ses complices d'autrefois. Le programme qu'elle traçait pour le Saint-Siège, qu'était-ce, en effet, sinon le manifeste même de la Jeune Italie, tel qu'ils le publiaient en i84o, après l'insurrection avortée de Rimini. Le Saint-Siège a bonne mémoire de ce qui l'intéresse. Il ne se trompait donc pas sur la coïncidence remarquable des conseils du Président et de ces formules adoptées par les novateurs italiens même depuis 1831. Mais qu'avait-il à craindre'? Le temps et la nécessité lui
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ramèneraient, allié plus doux, ce conseiller hautain. Personne n'excelle autant que l'Eglise à tirer avantage des positions incertaines où un homme est tiraillé par deux intérêts contraires : ellô peut à la fois exploiter son aide et lui en refuser tout le prix. Les papes sont en général plus forts que les empereurs.
31 octobre 1849. — Message à l'Assemblée nationale :
« .... Je veux être digne de la confiance de la nation en maintenant la Constitution que j'ai jurée. Je veux inspirer au pays par ma loyauté, ma persévérance et ma fermeté, une confiance telle, que les affaires reprennent et qu'on ait foi dans l'avenir. La lettre d'une constitution a sans doute une grande influence sur les destinées d'un pays; mais la manièro dont elle est exécutée en exerce peut-être une plus grande encore. Le plus ou moins de durée du pouvoir contribue puissamment à la stabilité des choses, mais c'est aussi par les idées et les principes, que le gouvernement sait faire prévaloir, que la société se rassure. »
3 novembre 1849. — A la magistrature, lejour de son institution au Palais-de-Justice :
« . . . . Honorons ce qui est immuable, mais honorons aussi ce qu'il peut y avoir de bon dans les changements introduits. Aujourd'hui par exemple, qu'accourus de tous les points de la France, vous venez devant le premier magistrat de la République prêter un serment, ce n'est pas à un homme que vous jurez fidélité, mais à la loi. Vous venez ici, en présence de Dieu et des grands pouvoirs de l'État, jurer de remplir religieusement un mandat, dont l'accomplissement austère a toujours distingué la magistrature française. Il est consolant de songer qu'en dehors des passions politiques et des agitations de la société, il existe un corps d'hommes
n'ayant d'antre guide que leur conscience, d'autre passion que le bien, d'autre but que de faire régner la justice. »
« .... Il est temps, comme je Tai dit naguère, que ceux qui veulent le bien se rassurent et que ceux-là se résignent qui tentent de mettre leurs opinions et leurs passions à la place de la volonté nationale. »
La volonté nationale î L'heure arriva de l'expliquer enfin aux récalcitrants qui s'obstinaient à la méconnaître. Ce fut l'œuvre de la journée du 2 décembre 1851.
Les Bonaparte ne sont pas seulement des princes du dix-neuvième siècle; une découverte héraldique contemporaine du premier Empire les avait rattacbés à la noblesse florentine. Un conseiller à la Cour de Bastia, M. Nasica, révisant les travaux des d'Hozier du grand >'apoléon, a trouvé dernièrement que les Bonaparte sont bien plus gentilshommes encore et qu'ils comptent parmi leurs ancêtres du quinzième siècle des Grecs. Il les rattache, par une série continue, à Emmanuel 11 Paléologue, souverain de Constantinople au quatorzième siècle. La monarchie byzantine donne aiûsi la main à l'Empire français.
M. Nasica, chercheur sagace, exhume ses preuves dans les papiers de la famille Canari, conservés par le docteur Santiui.
Mais si je constate, avec le respect que leur doit l'histoire, les témoignages généalogiques relatifs à la race napoléonienne, ce n'est pas que j'y sois poussé par le seul désir de relier Napoléon 111 à Arcadius, et par celui-ci à César, qui remontait à Jule, petit-fils de Vénus, arrièrepetit-fils de Ju[/iter. Xon, de moindres préoccupations me dirigent.
11 se trouve qu'un aïeul prétendu du prince actuel, un
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Jacques Bonaparte, Florentin, mort en 15il, est l'auteur supposé d'une relation du Sac de Home par les impériaux, en 1;327. Cette relation avait été déjà traduite de Tilalien en français, lorsqu'en 1830, Napoléon-Louis, le frère, l'aîné de Napoléon III, publia une autre version du même ouvrage. Mais ce deuxième décalque de l'original n'était pas complet; Louis-Napoléon le refit, en 183G. Nous avons donc le Sac de Rome, raconté d'original par un Bonaparte ou sous sa garantie et finalement historiographe par Napoléon 111 (Ij.
C'est là que le prince avait pu prendre, par l'imaginalion, une vue de ce qui se fait lorsqu'une armée tombe
(1) Nos réserves de langage sur les questions relatives à ce Sac de Home proviennent de ce que : l» Jacques Bonaparte n'avait pas composé lui-même cette relation, mais qu'il en acheta le manuscrit, moyennant quelque argent donné à un auteur nécessiteux ; 2° il n'est rien de moins prouvé que la parenté de Jacques Bonaparte et des Bonaparte de Florence. Le nom de Bonaparte, avant d'être un nom de tamille, était un nom commun, une qualification prise au temps des Guelfes et des 'Gibelins, et depuis, dans les républiques italiennes, par des hommes de tel ou tel parti. Ainsi on était Bonaparte comme on a été chez nous Armagnac ou Bourguignon. Ce nom n'en était pas un ; il avait la valeur d'un simple sobriquet.
Qu'importe, du reste, que Jacques Bonaparte soit ou ne soit pas un ancêtre napoléonien , qu'il ait composé ou simplement acheté le manuscrit du Sac de Rome ? Est-ce que la reine Hortense a composé les paroles ou l'air de la célèbre romance de Dunois partant pour la Syrie ? La propriété ne lui en est pas moins acquise, par le consentement tacite des véritables auteurs, du poète et du musicien.
Qiiant à la noblesse originelle des Bonaparte, c'est article de foi dans la religion napoléonienne. Aucune preuve n'est donc recevable à rencontre, surtout si l'on voulait montrer (et on le pourrait) qu'au delà du grand-père de Napoléon F^", tout est chimère et fiction dans cette pan:arte nobiliaire.
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sur une ville pour forcer la soumission des habitants. Historiquement donc, il le savait. N'en avait-il pas copié le tableau d'après cette peinture d'un auteur du seizième siècle? Revoyons-là, observous-en à notre tour ,1a vivante réalité.
D'abord les dispositions poar la lutte. L'armée est prévenue, préparée à tout. Son chef reconnaît que le moment est décisif, qu'il faut agir enfin.
« Il comprit que, pour cette foule empressée d'en venir
aux mains, chaque heure de retard était un siècle d'attente. Satisfait de leurs excellentes dispositions, il recommanda à ses soldats de se hâter de prendre du repos, car il fallait que la première aurore les trouvât prêts à monter à l'assaut. Il conféra de nouveau, pendant une grande partie de la nuit, avec les colonels et autres chefs supérieurs, sur le plan de bataille, sur l'instant elles lieux où elle devait commencer...»
Le coup de main a réussi; les agresseurs sont les maîtres.
« Là on apercevait sur le pavé grand nombre d'habitants étendus sans vie, couverts de fange et de sang. Ils s'étaient fait tuer en voulant résister aux vainqueurs. Parmi eux, on découvrait plusieurs blessés qui respiraient encore, mais qui, oubliés et négligés de tout le monde, étaient condamnés à périr faute de secours.
« Au milieu du désordre, on voyait souvent un homme, une femme ou un enfant se précipiter du haut de leur maison dans la rue, préférant mourir mutilé sur le pavé que de tomber au pouvoir de ces troupes féroces. Quelquefois, c'étaient les soldais eux-mêmes qui les lançaient par la fenêtre. Si quelque malheureux pouvait parvenir à s'enfuir, il était aussitôt poursuivi, atteint et égorgé : spectacle d'horreur qu'on ne saurait raconter sans tressaillir!
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« Le peuple était glacé de frayeur; tous les hommes courageux qu'on aurait pu opposer avec succès à la fureur des barbares, avaient disparu; et il n'espérait plus rien du dehors; éperdu, il croyait toucher à sa dernière heure et se résignait d'avance au traitement que lui réservaient ces furieux; il enviait le sort de ceux qui avaient eu le bonheur de mourir en combattant vaillamment pour leur patrie. Un grand nombre d'habitants, comme détachés des biens de ce monde» s'estimaient heureux de pouvoir, au prix de toute leur fortune, désarmer la colère du vainqueur. En effet, Thorreur de leur destin devait répondre aux terreurs que s'était forgées leur imagination.
« L'armée se divisa en plusieurs corps et se porta sur différents quartiers. Elle apercevait à son passage les pères et les mères de famille, placés au seuil des palais ou à l'entrée de leurs maisons, désolés de la perte de leurs enfants tués dans le combat et consternés des malheurs qui menaçaient encore leur misérable cité. Ces infortunés, vêtus de leurs habits de deuil, offraient aux ennemis leurs maisons, leurs meubles, tous leurs biens, et fondant en larmes, demandaient d'une voix suppliante qu'on leur fît grâce de la vie. Ces prières touchantes ne pouvaient fléchir le cœur de ces féroces soldats; comme si le son des tambours et des trompettes les eût animés au carnage, ils se jetèrent le fer à la main sur ces malheureux, en firent un massacre horrible, et, sans distinction d'âge, de sexe ni de lieu, égorgèrent tout ce qui s'offrait à leur vue. Les étrangers ne furent pas plus épargnés que.les citoyens, parce que les meurtriers tiraient indifféremment sur les uns ou les autres, sans autre motif que la soif du sang »
Quel spectacle!... A parler, d'après la vraisemblance commune, il serait impossible que Louis-Napoléon ne s'en fut pas souvenu en 1851 et depuis. Cette page d'histoire a dû lui revenir à la pensée; aussi, croyons-le, un