‹ Napoléon III, sa vie, ses œuvres et ses opinionsChapitre 36 sur 41 · L'ELYSÉE. - LÉ COUP D'ÉTAT · texte numérisé non relu

L'ELYSÉE. - LÉ COUP D'ÉTAT

Celte hypothèse mériterait discussion; mais ici notre soin doit être plutôt d'établir à quels principes Louis- Napoléon se réfère pour absoudre et autoriser théoriquement la strangulation de fa République française en 1851.

Sur ce point nous sommes édifié.

Dans la Vie de César qu'il a publiée en son nom, mais avec la collaboration de divers savants (ce n'est, je pense, ni un mystère d'État ni une révélation bibliographique bien indiscrète)., l'érudition proprement dite manque de profondeur, comme il arrive toujours d'une œuvre faite de plusieurs mains. On est même surpris que le livre donne une fdée si imparfaite de la Constitution ancienne de Rome, en particulier de la loi de Servius et des progrès de la plèbe. 11 y avait là, pourtant, de quoi montrer l'intelligence d'un politique. En revanche, sur le fond banal de la narration se détache une théorie dont voici les traits principaux.

« Si les Romains, après avoir donné au monde l'exemple d'un peuple se constituant et grandissant par la liberté, ont semblé, depuis César, se précipiter aveuglément dans la servitude, c'est qu'il existait une raison générale qui empêchait fatalement la République de revenir à la pureté de ses anciennes institutions; c'est que les besoins et les intérêts nouveaux d'une société en travail exigeaient d'autres moyens pour être satisfaits. De même que la logique nous démontre dans les événements importants leur raison d'être impérieuse, de même il faut reconnaître et dans la longue durée d'une institution la preuve de sa bonté, et dans l'influence incontestable d'un homme sur son siècle la preuve de son génie.

« Ce n'est pas non plus le récit détaillé des moindres actions d'un homme supérieur qui nous révélera le secret de son

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ascendant, mais la recherche attentive des mohiles de sa conduite.

« Lorsque des faits extraordinaires attestent un génie éminent, quoi de plus contraire au bon sens que de lui prêter toutes les passions et tous les sentiments de la médiocrité? Quoi de plus faux que de ne pas reconnaître la prééminence de ces êtres privilégiés qui apparaissent de temps à autre dans l'histoire comme des phares lumineux, dissipant les ténèbres de leur époque et. éclairant l'avenir? Nier cette prééminence serait d'ailleurs faire injure à l'humanité en la croyant capable de subir, à la longue et volontairement, une domination qui ne reposerait pas sur une grandeur véritable et sur une incon

testable utilité. Soyons logiques, et nous serons justes.

< (f Trop d'historiens trouvent plus facile d'abaisser les

hommes de génie que de s'élever, par une généreuse inspiration, à leur hauteur en pénétrant leurs vastes desseins. Ainsi, pour César, au lieu de nous montrer Rome décniréi par les guerres civiles, corrompue par les richesses, foulan aux pieds ses anciennes institutions, menacée par des peuple: puissants, les Gaulois, les Germains et les Parthes, incapable de se soutenir sans un pouvoir central plus fort, pluî stable et plus juste: au lieu, dis-je, de tracer ce tableai fidèle, on nous représente César, dès son jeune âge, méditam déjà le pouvoir suprême. S'il résiste à Syila, s'il est en désaccord avec Cicéron, s'il se lie avec Pompée, c'est par l'effe de cette astuce prévoyante qui a tout deviné pour tout asser vir; s'il s'élance dans les Gaules, c'est pour acquérir des richesses par le pillage ou des soldats dévoués à ses projets; s'il traverse la nier pour porter les aigles romaines dans un pays inconnu, mais dont la conquête affermira celles de Gaules, c'est pour y chercher des perles qu'on croyait exister dans les mers de la Grande-Bretagne. Si, après avoir vaincu les redoutables ennemis de l'Italie au delà des Alpes, ilmé dite une expédition contre les Parthes pour venger la défaite de Crassus, c'est, disent certains historiens, que l'activité

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convenait à sa nature et qu'en campagne sa santé était meil- IcLire; s'il accepte du Sénat avec reconnaissance une couronne de lauriers et qu'il la porte avec fierté, c'est pour cacher sa lèle chauve; si, enfin, il a été assassiné par ceux qu'il avait comblés de ses bienTaits, c'est parce qu'il voulait se faire roi; comme s'il n'était pas pour ses contemporains ainsi que pour la postérité plus grand que tous les rois! Depuis Suélone et Plutarque, telles sont les mesquines interprétations qu'on se plaît à donner aux choses les |)lus nobles. Mais à quels signes reconnaître la grandeur d'un homme? A l'empire de ses idées, lorsque ses principes et son système triomphent en dépit de sa mort ou de sa défaite. N'est-ce pas, en effet, le propre du génie de survivre au néant et d'étendre son empire sur les générations futures? César disparaît, et son influence prédomine plus encore que pendant sa vie. Cicéron, son adversaire, est contraint de s'écrier : « Toutes les actions de César, ses écrits, ses paroles, ses promesses, ses pensées, ont plus de force après sa mort que s'il vivait encore. » Pendant des siècles, il a suffi de dire au monde que telle avait été la volonté de César pour que le monde obéît.

« Ce qui précède montre assez le but que je me propose en écrivant cette histoire. Ce but est de prouver que, lorsque la Providence suscite des hommes tels que César, Charlemagne, Napoléon, c'est pour tracer aux peuples la voie qu'ils doivent suivre, marquer du sceau de leur génie une ère nouvelle, et accomplir en quelques années le travail de plusieurs siècles. Heureux les peuples qui les comprennent et les suivent! Malheur à ceux qui les méconnaissent et les combatlcnt! Ils font comme les juifs, ils crucifient leur Messie; ils sont aveugles et coupables : aveugles, car ils ne voient pas l'impuissance de leurs efforts à suspendre le triomphe définitif du bien ; coupables, car ils ne font que retarder le progrès en entravant sa prompte et féconde application.

« En effet, ni le meurtre de César, ni la captivité de Sainte- Hélène, n'ont pu détruire sans retour deux causes populaires

renversées par une ligue se couvrant du masque de la Liberté. Brutus, en tuant César, a plongé Rome dans les horreurs de la guerre civile; il n'a pas empêché le règne d'Auguste, mais il a rendu possibles ceux de Néron et de Galigula. L'ostracisme de Napoléon par l'Europe conjurée n'a pas non plus empêché l'Empire de ressusciter, et cependant que nous sommes loin des grandes questions résolues, des passions apaisées, des satisfactions légitimes données aux peuples par le premier Empire!

« Aussi se vérifie-t-elle tous les jours, depuis 1813, cette prophétie du captif de Sainte-Hélèn^:

« Combien de luttes, de sang, d'années ne faudra-t-il pas encore pour que le bien que je voulais faire à l'humanité puisse se réaliser! »

Toutes les révélatious morales que nous pouvions attendre sont contenues dans cet extrait.

Le prince est autre qu'un homme. Il est l'élu de Dieu, le dépositaire de la Grâce, le vicaire de la Providence; en un sens, il est le Christ. Cette idée sacerdotale et mystique, c'est le titre de légitimité des dynasties. C'est aussi la lumière qui éclaire au dedans l'inlelligenee du prince, pareille en ceci à la chapelle mystérieuse d'un temple saint.

Voilà le principe du césarisme et des gouvernements dans le mode chinois. Dynastes héréditaires ou dynastes parvenus sont des dieux visibles, des génies rédempteurs. Les lois humaines ne sont pas faites pour eux. « Monseigneur, disait l'évêque de Nancy à Louis-Napoléon au lendemain du Coup d'État de 1851, vous êtes sorti de la légalité pour rentrer dans le droit. » C'était parler canoniquement.

Elle n'est pas un vain simulacre, cette image de bronze que l'on a plaquée sur la paroi, dans une niche de pierre, à l'extérieur des bâtiments nouveaux du Carrousel, dominant le cours de la Seine.

Vêtu du costume de guerre, la tête laurée, le sceptre en main, un César dirige lentement son cheval vers les Tuileries reconquises et prêtes à le recevoir.

« Guerrier vainqueur, mandataire perpétuel et tribun unique du peuple, censeur des mœurs, arbitre du droit, prêtre de la fortune. Napoléon lil, ô Père! ô Empereur! salut! » Ainsi l'acclame, dans la cantonade, le peuple que l'on ne voit pas, mais que l'on devine.

L'artiste a compris, il a rendu la pensée du prince et du règne. C'est bien.

Mais il n'est rien de tel que la plume pour fouiller et pour représenter les détails d'une physionomie. La littérature impérialiste nous fournit ce portrait que les amateurs connaissent pour l'avoir vu dans le Comlituiionnel et qu'il faut accrocher ici :

« Le front est élevé et large, soigneusement modelé : comme dans un palais c'est le fronton qui est le pins étudié et le plus significatif...

« Sous son apparence unie, les facultés en sont aussi nombreuses et aussi inexplicables pour Tignorancequeles rouages et les cylindres à Tintérieur d'un chronomètre...

« 11 n'a pas de hâte avec les événements qu'un peuple impatient voudrait précipiter. C'est à ceux qui attendent le Messie d'être pressés; le Messie était calme et radieux. Il voit les célébrités dépliées à ses pieds et n'en choisit aucune qui pourrait lui faire envie...

« Sans vanité, il laisse attribuer aux autres l'aclion qu'il a dirigée et laisse complimenter l'armure par ceux qui n'ont pas reconnu le bras. Il permet aux nombreux \vagons qui le suivent à la file de faire tout le bruit et toute la poussière possibles sur la voie, il se contenta d'être la machine qui les mène...

« L'œil est petit et grand à la fois; c'est à n'y rien corapreudre. Le regard n'y est pas; c'est comme le jour sans soleil des belles matinées d'hiver. Cet œil est le puits de scïpnce qui sait tout et ne dit rien, de cette grande ligure diplomatique.

« Le nez a la courbure d'un bec d'aigle ; il est un peu long, comme il devrait être chez tous ceux qui doivent se -mêler des affaires des autres. La lèvre, discrète aux coins, s'abaisse comme un pont-levis pour laisser passer, comme de la forteresse d'une intelligence bien gardée et bien approvisionnée, l'éloquence la plus brave et la mieux armée.

« Le buste est long, droit et fier; les jambes semblent attendre que le cheval vienne exhausser le cavalier.

« Les pieds, bien écartés en dehors, divergent leurs pointes élégamment. D'un geste hardi, il a chargé César sur ses épaules comme Enée portait Anchise, ce qui témoignait autant en faveur de sa piété filia'.e que de sa force réelle... »

Ceci est l'œuvre d'une main savante, n'est-ce pas'? la représentation du prince arrivé, tel qu'on l'invite à se voir Salis doute dans les miroirs de son palais, quand il s'arrange pour poser devant ses peintres.

Noire longue et lente étude a peraiis peut-être d'apprendre comment un prince arrive. Les ressorts-moteurs

ilo son mouvement ascensionnel ont été, du moins, tous vùrifics autant qu'il nous cJait possible, avec l'aide de l'histoire et par l'observation morale.

Un physiologiste anonyme vient' de livrer à l'attention publique un travail d'un genre spécial qui ajoute un trait nouveau, certain, expressif, à ce que nous avions appris d'autre part. Par une suite d'inductions savantes, ce maître raisonneur a pu deviner les moindres particularités, congéniales et acquises, de l'être physique chez Napoléon 111.

Nous ne voulons prendre de ses conclusions qu'un point : le tempérament de l'Empereur est lymphaticonerveux. Il le tient de sa mère.

Les nerfs et la lymphe se mêlent donc chez lui, comme il arrive souvent chez les femmes de notre Occident européen; ce qui éclaire un mot connu de M'"*^ Gordon. On lui demandait, par manière de plaisanter, si elle aimait Louis-Napoléon : •( Je l'aime politiquement, » répondit-elle avec un sourire. Et elle ajouta : « A dire vrai, il me fait l'effet d'une femme. »

Là où les nerfs dominent, l'intelligence est facile, compréhensive, féconde en projets, l'imagination portée au plaisir.

Si c'est la lymphe, l'esprit est lent, les sens sont obtus, et. comme on l'a dit, il faut les écorcher pour les chatouiller.

Supposez unis ces éléments : de leur fusion naît un nouveau caractère qui participe des deux principes et les modifie l'un par l'autre. A'ors un homme est tout ensemble intelligent et gourd, téméraire et calculateur, modeste et fastueux, preste et tardif, voluptueux et insensible, mystique et sceptique, curieux et indifférent, mobile et tenace,

indiscret et secret, crédule et méprisant, affable et hautain, résistant et blet, balbutiant et verbeux, glorieux et insouciant; il peut vous tenir et tous lâcher; on le tient, et il vous échappe ; on le noie, et il surnage ; on le domine, et il domine. Au total, une personnalité qui serait confuse, sans une idée, qui ramasse toutes ses propriétés divergentes en un objet unique : vivre.

Ajoutez à cette idée celle d'une place, d'un rang, d'une élévation, où la vie lui semble commode et flatteuse, vous avez le personnage au complet.

Ce n'est pas notre faute si l'homme que nous avions à décrire se trouve ainsi complexe. Il est tel et le voilà.

Dès lors, vous avez l'explication de tout son règne, qui, pareil à la manière d'opérer de certains négociants, paie l'arriéré ou le néglige, so^de à temps ou prend des délais, laisse protester ou conteste l'obligation.

Veut-on un aperçu de ces promesses rétractées ou laissées en souffrance, de ces paroles, dont la confirmation pratique n'est pas venue?

La RÉPUBLiQrE. — « En présence de Dieu et devant le peuple français, représenté par l'Assemblée nationale, je jure de rester fidèle à la République démocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que m'impose la Constitution. » — Serment de Louis-Napoléon Bonaparte, le 20 décembre 1848.

Souveraineté nationale. — « L'harmonie entre le gouvernement et les gouvernés ne peut exister que de deux manières : lorsque le peuple se laisse gouverner par la volonté d'un seul, ou lorsque le chef gouverne d'après la volonté de tous. Dans le premier cas, c'est le despotisme ; dans le second, c'est la liberté. La tranquillité de l'un est le silence des tom-

beaux ; la tranquillité do l'autre est la sérénité d'un ciel pur. » — Arenenberg, 1832.

Limitation des droits du prince. — Bases d'un projet de Constitution : « Les trois pouvoirs de l'État seraient le Peuple, le Corps législatif et l'Empereur. — Le Peuple aurait le pouvoir électif et de sanction. — Le Corps législatif aurait le pouvoir délibératif. — L'Empereur le pouvoir exécutif. » — Arenenberg, 1832.

Modestie du prince. — « L'idée napoléonienne est comme l'idée évangélique : elle fuit le luxe et n'a besoin ni de pompe ni d'éclat. » — 1840.

HÉRÉDITÉ impériale, SOUS RÉSERVE. — « A l'avénemeut de chaque nouvel empereur, la sanction du peuple sera demandée. » — Arenenberg, 1832.

Gouvernement. — « L'idée napoléonienne ne suit ni la marche incertaine d'un parti ni les passions de la foule; elle

commande par la raison Ayant la conscience de sa force,

elle repousse loin d'elle la corruption, la flatterie et le mensonge Elle en appelle plus volontiers à la raison qu'à la

force. » — 1840.

Principes de gouvernement. — « L'idée napoléonienne, voulant fonder solidement, appuie son système sur des principes d'éternelle justice, et brise sous ses pieds les théories réactionnaires. » — 1840.

Moralité. — « Le parti qui ne sait triompher que par des équivoques est bien impuissant. » — Ham, 1843.

Soldat, mais citoyen. — « Un des généraux qui contribuèrent le plus à l'organisation de la Prusse, exprima un jour cette pensée : « Que dans un État bien organisé on ne « devait pas savoir oii commence le soldat et où finit le ci- « toyen. » — Ham, vers 1841.

Exhumation de vieilles lois pénales — « On sait tout

le bien que produisit rintroduction du Code Napoléon; il avait mis plusieurs parties de la législation en harmonie avec les principes de la Révolution, et il avait considérablement diminué les procès en mettant une foule de causes à la portée de chacun. Mais ce Code ne répondait pas encore à tous les désirs de l'Empereur; il projetait un code universel, afin qu'il n'y eût plus d'autres lois que celles inscrites dans ce seul code, et qu'on pût proclamer, une fois pour toutes, nul et non avenu tout ce qui n'y serait pas compris : « Car, ajou- « tait-il, avec quelques édils de Chilpéric ou de Pharamond, <f déterrés au besoin, il n'y a personne qui puisse se dire à « Fabri dêtre dûment et légalement pendu. » — Londres,

Servage des propriétaires. — « Pourquoi n'y a-t-il pas d'esprit public en France? C'est qu'un propriétaire est obligé de faire sa cour à l'administration. S'il est mal avec elle, il peut être ruiné. Le jugement des réclamations est arbitraire. C'est ce qui fait que chez aucune autre nation on n'est aussi ervilement attaché au gouvernement qu'en France, parce qu: la propriété y est dans la dépendance. » — Londres, 1839; Ham, 1841.

La Constitution du 14 janvier 1852 déclare (art. 1") qu'elle -^ reconnaît, confirme et garantit les grands principes proclamés en 1789, et qui sont la base du droit public des Français. »

Or, ces principes sont de deux ordres : les uns se rapportent à la condition du citoyen dans un État libre, les autres à l'organisation politique des pouvoirs dans l'État. Il m'est nécessaire, comme il m'est permis, de les rappeler, pour que Ton considère ensuite mentalement ce qu'ils sont devenus sous la législation impériale.

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux

on droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

— « Le principe de loute souveraineté réside essentiellement dans la nation.

— a La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut cire contraint à faire ce qu'elle n'ordonne pas.

— « La loi, expression de la volonté générale, doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. »

Ces principes sont, il est vrai, bien fiers et bien nobles pour une nation qui n'aurait que des velléités d'indépendance. Ils mènent plus loin que le simple libéralisme; mais il fut un temps on Louis-Napoléon admirait les caractères virils que ces axiomes peuvent former. Ou a de lui cette définition :

RÉPUBLICAINS. — « La partie la plus énergique de la

France, cette portion qui ne se laisse jamais corrompre par le pouvoir et qui envoie à la tribune nationale, ou au champ d'honneur, des héros ou des hommes d'État, suivant les dangers de la patrie. Cette grande portion de la nation, ce sont les patriotes, et les patriotes d'aujourd'hui sont en grande partie républicains. » — 1832.

En théorie, du reste, — à diverses reprises il s'est déclaré partisan des idées que réclamait la France émancipée, ennemi des abus qu'elle proscrivait. Exemples :

Création de nobles. — « Le but de l'homme d'État doit être de détruire autant que faire se peut l'esprit de caste. » - Ham, 1843.

« Faire à la sourdine quelques petits ducs, quelques petits

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comtes, qui seront sans autorité et sans prestige^ c'est froisser sans but et sans résultat les sentiments démocratiques de la majorité des Français; c'est condamner des vieillards à jouer à la poupée. » — Ham, 1844,

LiRERTÉ DE LA. PRESSE. — « La prcsse, qu'on prétend libre, est dans l'esclavage le plus absolu; et même ce n'est pas le ministre qui juge, il est obligé de s'en rapporter à ses bureaux. Rien de plus irrégulier, de plus arbitraire que ce régime. )) — Londres, 1839.

RÉUNIONS PUBLIQUES. — « Ne devous-uous pas rougir en songeant que même l'Irlande, la malheureuse Irlande, jouit, sous certains rapports, d'une plus grande liberté que la France? Ici, par exemple, vingt personnes ne peuvent se réunir sans l'autorisation de la police; tandis que, dans la patrie d'O'Connell, des milliers d'hommes se rassemblent, discutent leurs intérêts, menacent les fondements de l'empire britannique, sans qu'un ministre ose violer la loi qui protège, en Angleterre, le droit d'association. » — Ham, 1843.

LiRERTÉ ABSOLUE DES REUNIONS. — « En Angleterre, la plupart des questions importantes, avant d'être portées au Parlement, ont été préalablement approfondies et discutées dans une foule de réunions publiques ou privées, qui sont comme autant de rouages qui épluchent, broient et pétrissent la matière politique avant qu'elle ne passe sous le grand laminoir parlementaire: » — Ham. 1843.

Liberté des votes. — « Je n'ai jamais cru, je ne croirai jamais que la France soit l'apanage d'un homme ou d'une famille ; je n'ai jamais revendiqué d'autres droits que ceux de citoyen français, et je n'aurai jamais d'autre désir que celui de voir le peuple entier choisir en toute liberté la forme de gouvernement qui lui convient. » — - Ham, 21 octobre 1843, lettre au Jouinial du Loiret.

CONCLUSION. n85

LinERTK DE l'histoire. — « J'acccplc tout ce que, depuis cinquante ans, l'Iiisloirc nous transmet avec son inflexible autorité. » — Discours aux grands corps de TElal, l""" dé' cembre 1852.

Liberté. — « J'aime la liberté! » — 1839.

« L'idée napoléonienne trouve un élément de force dans la liberté. » — 1840.

Liberté de la presse. — « L'idée napoléonienne, humble sans bassesse, frappe à toutes .les portes, reçoit les injures sans haine et sans rancune. » — 1840.

La routine. — « Non-seulement la routine conserve scrupuleusement comme un dépôt sacré les vieilles erreurs, mais elle s'oppose encore de toutes ses forces aux améliorations les plus légitimes et les plus évidentes. » — 1836.

En 1839, Louis Napoléon datait de Londres ces questions au Roi :

Apaisement des partis. — ... « Avez-vous apaisé les dis* cordes, réuni les partis autour de l'autel de la patrie? »

Influence morale des pouvoirs publics. — « Avez-vous acquis aux différents pouvoirs de l'État la prépondérance morale que la loi leur concède, et qui est un gage de stabilité? »

Légion d'honneur. — « Avez-vous conservé à l'institution de la Légion d'honneur la pureté et le prestige de sa première organisation? »

Système électoral. — « Avez-vous donné à votre système électoral la base démocratique des assemblées de canton?

Probité dans l'administration. — « Avez-vous récompensé tous les mérites, réprimé la corruption et introduit

dans radministration cette morale sévère et pure qui rend l'autorité respectable? »

Progrès des mœurs. — « Avez-vous fait servir l'influence du I ouvoir à l'amélioration des mœurs? Les crimes, au lieu de diminuer, n'ont-ils pas suivi une augmentation croissante? »

Le cadastre. — « Avez-vous assuré la propriété en terminant l'opération du cadastre? »

Finances. — « Avez-vous employé tous les revenus de la France dans le seul but de sa prospérité? »

Clergé. — Avez-vous contenu le clergé dans ses attributions religieuses, loin du pouvoir politique? »

Influence française. — « Le drapeau tricolore, le nom de Français, oni-ils conservé ce prestige et cette intluence qui les faisaient respecter de tout l'univers? »

Alliances. — Avez-vous assuré à la France des alliés sur lesquels elle puisse compter au jour du danger? »

Lmputs. — « Avez-vouS diminué les charges du peuple? »

En divers temps il a écrit ce qui suit :

SÉNAT. — « On ne pourra être sénateur que lorsqu'on aura rendu un service éminent à la patrie. Ces services reconnus par FAssemblée nationale, les hommes choisis par les collèges électoraux, il ne sera rien laissé au caprice d'un seul. » — Arenenberg, 1832.

Chajibre des députés. — « La tête, siège de l'intelligence, doit conduire le resta du corps, ou si elle manque à sa mission, elle meurt avec lui. Vuu.?, messieurs les députés, vous êtes la tête de la nation: celle-ci ne recevant de vous ni

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impulsion ni direction, dcvi-ail donc périr. » — llam, 1" avril 1843.

CA^'DIDAïs DE couii. — « Au licu d'influcnccr les élections, on vit Napoléon recommander souvent aux hommes qui renlouraienl do ne pas se porter candidats. » — 1839.

Liberté des élections. — «Au 22 floréal, par un décret sacrilège, le gouvernement et le Corps législatif attentèrent à la souveraineté du peuple en cassant les élections faites par lui. » — Ilara, 1843.

L'article 75, protecteur des fonctionnaires. — « J'avoue que je ne m'accoutume pas à voir l'arbitraire se glisser partout, et un si vaste État avoir des magistrats sans qu'on puisse leur adresser des plaintes. »r— Londres, 1839.

Liste civile. — « Un grand nombre d'esprits élevés regrettent ce gouvernement créateur et organisateur (le premier Empire), composé de deux Chambres électives, d'un Conseil d'État et d'un chef responsable avec deux millions de liste civile. » — Ilam, 1843.

Initiative remise au parlement seul. — « L'impulsion politique donnée à tous les intérêts est éminemment changeable de sa nature; c'est la Chambre qui doit la lui donner : que cette impulsion soit donc représentée par un homme amovible. » — Ham, 1843.

Charlâtanerie politique. — « U y a quelques années, il existait aux États-Unis un homme nommé Sampatck, qui faisait le métier suivant • il construisait^ avec beaucoup d'art un échafaudage au-dessus de la chute du Niagara, et, après avoir prélevé une forte contribution sur la foule immense accourue pour le voir de tous les environs, il montait majestueusement au haut de son tréteau, et, de là, se précipitait dans les flots bouilloimants au pied de la cataracte. Il recom-

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