E0KA.PARTE
Je ne le dispute pas; la puissance de la république doit
consister désormais ii ne pasS permt;ttre qu'il existe unv seule idée nouvelle de quelque valeur, qu'elle no se l'approprie. Leirral bmikeiir est de jouir coiuplètcnienl delà vie y de la inanlère lapins conforme à notre or<^iinlsation morale et physique *^ Le sulFrago des hommes savans qui composent l'Inslitut, t'honore; je le sais bien : pour moi , quoique appartenant à ce corps d'hommes illustres, je serai encore long-temps leur écolier avant d'être leur égal. Sois sûr que , si je reste ici ^ je suis coulé bas dans peu. A'ainqueur et dominateur en Italie, je suis maintenant ici sujet de gens dont je ne faisais aucun cas, et qui ne voient en moi qu'un rival.
VOLNEY
Et tu veux courir encore les hasards de la guerre; lu veux tenter la fortune si changeante î
BONAPARTE
Il le faut : tout s'use ici; Il faut aller en Orient; toutes les i^randes gloires viennent de là. Pour les côtes de la Manche, c'est un coup trop chanceux ; je les ai parcourues jusqu'à Walcheren; je ne le hasarderai pas; je ne veux pas jouer le sort de cette belle France *^
VOLNEY
Je n'ai pas trouvé de grandes espérances à cet égard , dans tout ce que j'ai vu ou entendu.
BONAPARTE
Le temps n'est pas éloigné où nous sentirons que , pour détruire véritablement C Angleterre , H faudrait s'emparer de l'Egypte, qui n'appartieut pas au grand-seigneur.
VOLNEY
Le ministre Talleyrand a les mêmes idées que toi sur ce pays; Poussielgue aussi est allé inspecter les échelles du Levant , et mettre la dernière main au projet que l'on a sur Malte.
BONAPARTE
Mon Dieu ! cette Ht est à vendre; on attache du prix à
son acquisition ; il ne faut pas la laisser échapper ; il est nécessaire d'y préparer l'opinion.
VOLNEY
Il n'y a jamais eu de grands empires et de grandes révolutions qu'en Orient , où vivent six cents r,ilUlons (Thoinines. On y trouve le berceau de toutes les religions, de toutes les extravagances métaphysiques ; et , dans ce pays, on considère^ comme ressort politique^ les croyances religieuses des peuples.
BONAPARTE
J'ai presque organisé l'armée d'Orient ; je vais en Egypte ; tous brûlent de porter au loin la gloire du peuple français. J'ai procuré de l'argent, désigné les chefs, réuni les vaisseaux , frégates etbâtimens de transport. J'ai adjoint à l'expédition des hommes distingués dans les sciences et les arts.
VOLNEY
Tu as rempli de grands et honorables devoirs. L'Orient est propre à entretenir ta renommée, et rehausser l'éclat de la république. Pour la régénération de l'Egypte , quelques années suffisent. Il reste à conduire l'armée à la victoire; moyen efficace d'arriver à la paix générale et de consolider notre gouvernement.
Je m en vais , pour fixer C attention, et reporter les intérêts de C Europe sur le ce /iti^e de l'ancien monde. Se coloniserai ce pays, je ferai venir des artistes, des ouvriers de tout genre , des femmes , des acteurs : nous ferons la guerre en ennemis généreux ; nous n'en voulons quaux tyrans qui asservissent le peuple *^. Si tout me réussit , six ans me suffiront pour aller jusqu'aux Indes. J'écrirai , d'avance , mon nom sur ces gigantesques monumens , les seuls , peut-être , de toutes les créations de l'homme , qui aient un caractère d'éternité. Je cherche ,
dans les temps antiques , des noms rivaux à etïacer par le
mien.
VOLNEY
Mais tu rêves; comment, si César livra cinquante batailles , veux-tu en livrer cent ?
BONAPARTE
S*il m'est permis de le dire, oui ! je le désire; et, si Alexandre partit de la Macédoine pour aller au temple d'Ammon , je veux partir de la France pour aller au cataractes du Nil; car^ pendant que je tiendrai ainsi la renommée en haleine , les événemens se succéderont en France de manière à rendre mon i^etour nécessaire et opportun; ma place sera prête; je ne reviendrai pas la réclamer comme un homme oublié ou inconnu. Ici je suis seul ; ils ne veulent pas de moi. J'ai sondé le terrain , et le temps n'est pas venu.
VOLNEY
Eh bien ! donc, suis ta fortune; marche k la conquête de l'Egypte et de la Syrie; mène tes soldats dans un pays où, par tes exploits, tu surpasseras ceux qui étonnent aujourd'hui l'Europe, et rends à ta patrie les services qu'elle a droit d'attendre de toi.
Je ne te le dissimule pas ; je n'ai rien fait , puisqu'il me reste encore à faire. // faut conquérir la paix sans détruire la liberté; la dictature sera de toute nécessité» Il faut à la France un Washington couronné; et par suite nous aurons peut-être une dictature universelle. M'en feras-tu un crime ?.... Il faut vaincre en Egypte; mais com,bien , avec la connaissance des temps , des hommes et des choses^ avec la dissolution au dedans, l'invasion au dehors, regretteront-ils notre absence et notre aide pour fermer le gouffre de l'anarchie et repousser l'invasion des rois? Dans ce cas, que je prévois, sur quoi pourra-
t on m attaquer? sera-ce sur mes intentions? Mais les faits répondront pour moi. Dira-t-on que j^ai voulu s^êner la liberté? Mais la licence^ les grands désordres ne seront-ils pas là toujours inenaçans, M'accusera-t-on de trop aimer la guerre? Mais jusqu'ici nous avons toujours été attaqués. Enfin, sera-ce mon ambition? Ah! sans doute, on m'en trouvera et beaucoup; mais de la plus grande qui fût peut être jamais , celle d'établir Cempire de la raison et de faciliter le plein exercice de toutes les facultés humaines; peut-être les Français se trouveront-ils réduits à devoir regretter qu'une telle ambition n'ait pas été satisfaite ^*-
VOLNEY
On peut accomplir de pareils desseins, tout en restant dans les voies de la modération , du désintéressement et de la sagesse. Pour dompter nos ennemis , et tous les obstacles qui nous entourent, il faut exciter toutes les émulations 3 récompenser tous les mérites. Tout cela est bien quelque chose. Ceux qui admirent la domination d'un dey ou d'un sultan, considèrent, comme criminel, le désir d'être gouvernés par la loi et non parla volonté d'un seul ; ils blâment les efîbrts faits pour réformer des abus. Dans ta qualité de républicain fraiiçais, tu dois protéger la loi, et ne pas songer h une dictature. En politique, toute organisation dans laquelle on compte beaucoup sur la bonté de Cliomme, est infailliblement mauvaise , car elle est sans défense contre les entreprises des ambitieux. Propage la vraie philosophie et les sciences; étends l'empire des lettres et des arts; encourage et récompense les belles actions et les découvertes utiles; en un mot, sois guerrier , citoyen et sa^e, comme Jf ashington 3 dans la vie duquel on a peine à trouver une seule tache; tu réuniras toutes les qualités qui font les grands hommes, et tu seras plus, mille fois plus qu'un dictateur universel.
LE CHOEUR, ckantanl.
Comme clans rOccident où la uature attire Par la grandeur et par la majesté De scènes que le monde admire , L'histoire offre a l'œil enchanté Du peintre , du sculpteur, et surtout du poète , Pour être a tous les temps un fidèle interprète , La générosité et les grands dévouemcns D'hommes pour leur patrie , ayant vaincu neuf ans Tout le monde, au milieu de leurs lultcs sanglantes, Sait respecter leurs armes triomphaûtes.
Puis avec calme , au moment de la paix, En congédiant leurs armées , Du bien-être public leurs âmes animées L'ont consolidé pour amais.
Telle est toujours la noble récompense De ceux qui , dans l'aveu de leurs concitoyens ,
Savent trouver , avec reconnaissance , Un dédommagement qui vaut mieux que les biens.