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FONDATION DU JOURNAL OFFICIEL

A partir du 18 Brumaire, il n'y eut plus en France qu'un seul journal politique : le Moniteur.

Et il n'y eut aussi, en fait, qu'un seul journaliste politique, libre d'exprimer sa pensée : Bonaparte luimême.

Il fut le véritable directeur du Moniteur ^ et aussi son rédacteur en chef, assurant les services de rédaction, contrôlant les informations, veillant à la mise en pages, critiquant les articles, scrutant les dépenses, développant le tirage et la circulation, l'œil fixé sur les concurrents, remplissant, en un mot, toutes les obligations professionnelles du journaliste à qui serait confiée la fortune d'un journal.

Ce que nous venons de dire provoquera peut-être quelque surprise ; en efTet, la personnalité de Napoléon n'est guère connue sous cet aspect ; la plupart de ses historiens, éblouis par les feux plus éclatants de sa gloire militaire ou politique, n'ont fait qu'entrevoir le journaliste. C'est dans le Moniteur du Consulat, véritable journal de combat, que Napoléon montra des qualités de polémiste, telles qu'on en ren-

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contre peu dans la presse, comme l'a dit Frédéric Masson.

Voyons d'abord ce qu'était le Moniteur au 18 Brumaire, au moment où Bonaparte allait s'en emparer pour en faire un journal officiel, sous sa direction personnelle.

Le Moniteur datait de 1789. Il avait appartenu, en propriété privée, à Charles- Joseph Panckoucke, son fondateur, le libraire le plus renommé de l'Europe, père de Panckoucke, l'admirable traducteur de Tacite.

A la mort de Panckoucke en 1790, le journal devint la propriété de son gendre Agasse ; celui-ci continua à l'imprimer pendant le Consulat et l'Empire, n^ 13, dans la rue des Poitevins dont il reste encore aujourd'hui un tronçon.

Le prix de l'abonnement était de cent francs.

Ce titre sonore et expressif de Moniteur convenait à Bonaparte ; c'est la raison qui détermina son choix parmi les journaux échappés à l'hécatombe de Brumaire.

La transformation du Moniteur en journal officiel fut confiée à Maret, son secrétaire d'État, son homme de confiance. Maret était lui-même un ancien journaliste, connaissant la pratique du métier.

Nous en verrons beaucoup, de ces journalistes, parmi les collaborateurs les plus directs et les plus distingués de Napoléon; car, s'il n'aimait point la presse, il avait du goût pour les journalistes, à la condition qu'ils fussent « attachés », comme il aimait à dire.

Maret, trop occupé par ses hautes fonctions de

secrétaire d'État, plaça à la tête du Moniteur un certain Sauvo François. C'était un rédacteur en chef pour la forme. Il comprit tout 4e suite, ou bien on lui fit comprendre, qu'il eût à s' effacer immédiatement devant le véritable rédacteur en chef, c'est-à-dire devant le Premier Consul lui-même. Sauvo s'effaça de bonne grâce ; il se réserva modestement les théâtres, la critique théâtrale et le courrier des spectacles. Cette rubrique assure en tout temps, à son titulaire, la tranquillité et la sécurité ; sans compter les entrées dans les coulisses, avec les menues faveurs qui en découlent. Ce n'était pas la part la plus mauvaise dans cette époque troublée où les journalistes n'étaient jamais sûrs du lendemain.

Sauvo coula ainsi des jours heureux dans la même fonction jusqu'en 1840, donnant ainsi à ses confrères un bel exemple de longévité.

Le Premier Consul laissa le Moniteur en propriété privée. Trop économe pour se livrer à une dépense quand il pouvait l'éviter, il ne l'acheta point. Il se contenta de lui donner les moyens de vivre, en lui conférant, à titre d'échange contre son indépendance, le privilège des nouvelles publiques, de la publication des actes et communications du gouvernement. C'était lui assurer des lecteurs et des abonnés, à l'abri de toute concurrence; en effet, deux ans après, en 1803, le Moniteur comptait 2 450 abonnés.

Il est vrai que, contrairement aux prévisions de Bonaparte, et à son grand déplaisir, les Débats en comptaient à la même époque 8 150, et, on peut le dire, de meilleure qualité.

Tant il est vrai que les journaux officiels ou offi-

cieux rencontrent peu de faveur auprès du public payant 1

Tous ces arrangements furent conclus avec la rapidité habituelle à Bonaparte.

L'investiture officielle fut donnée au Moniteur par une lettre du secrétaire d'État, conçue en ces termes :

« Paris, le 27 décembre 1799.

« Maret, secrétaire (TÉtcU, à Fouchéy ministre de la police générale.

« J'ai l'honneur de vous prévenir, citoyen ministre,

conformément aux ordres que j'ai reçus du Premier

Consul, que le Moniteur est, à dater de ce jour, le

seul journal officiel. Je vous prie, en conséquence,

de vouloir bien donner les ordres nécessaires afin que

les actes de votre administration et les faits de votre

correspondance qui doivent être rendus publics, lui

soient communiqués exactement.

« Maret. »

Dès le lendemain, le 28 décembre 1799, le Moniteur publie en tête et en gros caractères, sur trois colonnes, l'entrefilet suivant :

« Nous sommes autorisés à prévenir nos souscripteurs qu'à dater de ce jour le Moniteur est le seul journal officiel.

« Il contiendra les séances des autorités constituées, les actes du gouvernement, les nouvelles des armées, ainsi que les faits et les notions tant sur l'intérieur

PENDANT LE CONSULAT i«7

que sur Textérieur, fournis par les» correspondances ministérielles.

(( Un article sera particulièrement consacré aux sciences, aux arts et aux découvertes nouvelles. »

On lit à la dernière page :

« A Paris, de ^imprimerie du citoyen Agasse, propriétaire du Moniteur^ rue des Poitevins, n^ 13. »

A partir de ce jour, l'histoire du Moniteur^ organe de Napoléon, se confond avec l'histoire même de la France.

Le journal est divisé en deux parties : la première intitulée : actes du gouvernement; c'est la partie officielle ; le contenu émane directement du cabinet consulaire, plus tard impérial.

Tous les soirs, les épreuves des articles politiques, des nouvelles du dedans et du dehors, étaient soumises à la revision du ministre secrétaire d'État. Quand celui-ci accompagnait Napoléon dans ses expéditions ou ses voyages, il était remplacé par le sage et bienveillant Cambacérës.

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