‹ Napoléon journalisteChapitre 17 sur 50 · INTERIEUR · texte numérisé non relu

INTERIEUR

<c Paris, le 28 ventôse (19 mars 1804).

«Tandis que l'Angleterre envoyait Pichegru, Georges et la bande d'exécution à Paris, elle rassemblait et prenait à sa solde tous les émigrés qui se trouvent en Allemagne. Une circulaire du prince de Condé leur a fait un appel il y a près de deux mois ; c'est un fait connu de toute la ville de Hambourg qu'un nommé Maillard était chargé en cette ville des fonds pour recruter ces malheureux et les expédier sur le Rhin. La rive droite du Rhin se remplissait journellement de ces nouveaux légionnaires que l'Angleterre appelle encore une fois à être les jouets et les victimes de son cruel machiavélisme.

« Un prince Bourbon, avec son état-major et quelques bureaux, était fixé sur ce point, d'où il dirigeait le mouvement. Le prince Guéménée, ainsi que plusieurs autres officiers devaient arriver le 25 mars pour compléter F organisation des bandes.

« Les puissances du continent s'empressent de désavouer de pareils éléments de trouble, et cette nouvelle tentative du cabinet britannique n'aura pas plus de succès que le crime organisé à Paris par lui à si grands frais contre le Premier Consul. »

L'exécution du duc d'Enghien eut lieu le 21 mars. Le 22, parut au Moniteur, à la suite des nouvelles du jour, comme jeté dans un coin, le texte du jugement. Aucun commentaire.

Le 25 mars, l'éditorial s'occupe des intrigues anglaises et des faux bruits que l'on fait courir à Paris.

« Ainsi donc, ces brouilleries n'existent que sous la plume des écrivains que le cabinet britannique entretient sur le continent, comme des brûlots. C'est en vain que quelquefois le gouvernement de France, la cour de Vienne, la cour de Russie, font publier des articles pour démentir ces nouvelles de troubles et d'armements q|ii ne sont dans la politique d'aucun État du continent. Tout ce qu'ils peuvent dire est inutile contre l'adresse et l'influence de ces écrivassiers gagés ; et, quoique nous sachions bien ce que nous disons là, il faudrait le répéter à chaque faux bruit que l'on répand, à toutes les fausses nouvelles que jettent ces faiseurs de bulletins, nous le disons pour rendre service au commerce, aux spéculateurs

PENDANT LE CONSULAT 19a

et aux amis de T humanité qui doivent se mettre en garde contre ces sornettes. »

La dernière collaboration du Premier Consul au MonUeur parait être une note brève et cinglante en réponse à Tintervention de la Russie dans TafTaire de Texécution du duc d'Enghien. La cour avait pris le deuil; l'Empereur avait protesté; les relations, naguère si cordiales, étaient rompues.

La note est signée pour la forme par Talleyrand, mais on sut de suite qu'elle avait été dictée tout entière par Bonaparte, et d'ailleurs elle porte sa griffe avec une netteté indiscutable.

« D'où vient cette étrange prétention de la Russie?

a Lorsque l'empereur Paul tomba sous les coups de ses assassins vendus à l'Angleterre, la France s'avança- 1- elle pour exercer un droit politique d'examen dans ce mystère d'iniquité? Et si l'on avait fait arrêter les auteurs du complot à deux lieues de la frontière russe, le cabinet de Saint-Pétersboiu'g aurait-il vu de bon œil qu'on lui demandât des expli*' cations sur cette violation de territoire? »

Comme on l'a vu, la ' collaboration de Bonaparte au MonUeur se rapporte exclusivement à la politique étrangère et surtout aux rapports de la France et de l'Angleterre.

Cette redoutable question s'était emparée de son esprit, et ne lui laissait guère le loisir de s'occuper des autres affaires de moindre importance.

Cependant, un jour, Bonaparte fit une piquante

inciirsion sur un domaine complètement étranger à la politique internationale.

Ce fut à l'obcasion de l'enterrement d'une actrice, Mlle Chameroi, fille d'opéra, comme on disait alors.

Le curé de Saint-Roch, sa paroisse, n'avait pas voulu lui accorder le service religieux. Ne pouvant l'y contraindre, mais voulant calmer l'irritation des gens de théâtre et des esprits tolérants, le gouvernement obtint du desservant d'une autre église qu'il consentit à bénir les restes mortels de la danseuse.

Le Premier Consul fut indigné de l'intolérance montrée par le curé de Saint-Roch et il dicta à Regnault Saint-Jean-d'Angély cette éloquente semonce qui fut insérée dans le Moniteur du 22 octobre 1802.

L'article, dont on soupçonna d'abord et dont on connut bien vite la provenance, fit sensation dans la société parisienne :

« Le curé de Saint-Roch, dans un moment de déraison, a refusé de prier pour Mlle Chameroi et de l'admettre dans l'église. Un de ses collègues, homme raisonnable, instruit de la véritable morale de l'Évangile, a reçu le convoi dans l'église des Filles-Saint- Thomas, où le service s'est fait avec toutes les cérémonies ordinaires.

« L'archevêque de. Paris a ordonné trois mois de retraite au curé de Saint-Roch, afin qu'il puisse se souvenir que Jésus-Christ commande de prier même pour ses ennemis, et que, rappelé à ses devoirs par la méditation, il apprenne que toutes les pratiques superstitieuses, conservées dans quelques rituels et

qui, nées dans les temps d'ignorance ou créées par •des cerveaux échauffés, dégradaient la religion par leur niaiserie, ont été proscrites par le Concordat -et par la loi du 18 germinal. »

Pour finir la lecture du Moniteur consulaire, citons quelques lignes qui ont arrêté notre attention. Elles ont, sans doute, passé sous les yeux du Premier Consul qui lisait et remarquait tout. C'est une longue lettre écrite de Sainte-Hélène par un voyageur; le Moniteur la publie à titre de « Variétés » le 7 novembre 1801.

a De loin, on imagine voir l'Ile de Calypso ; arrivé, on se croit transporté dans le séjour du bonheur; l'air y est pur, le ciel serein et tout semble serein autour de vous ; la santé brille sur le visage de tous les habitants... »

Et le voyageur se répand en de longues dissertations sur la beauté de l'île, sur son climat bienfaisant, SUT le charme qu'elle dégage quand on y aborde 1

Napoléon s'en souvint-il, quand il débarqua à Jamestown?

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