‹ Napoléon journalisteChapitre 18 sur 50 · LES JOURNAUX OFFICIEUX DU PREMIER CONSUL · texte numérisé non relu

LES JOURNAUX OFFICIEUX DU PREMIER CONSUL

Bonaparte a toujours eu une haute idée du joiu^nal officiel. Il le destinait aux communications pure* ment politiques, à celles qui tenaient au gouvernement, à la guerre, à la diplomatie.

Mais il répugnait à s'en servir poiur ses affaire» personnelles, bien que l'occasion, et même le besoin^ s'en fissent souvent sentir. Et, comme il était invinciblement porté par son tempérament de journaliste à la riposte et à la polémique, il se vit obligé, parfois, à défaut du Moniteur^ de décharger sa bile dans le» journaux à sa dévotion. Il n'en manquait pas, ayant supprimé les autres.

L'occasion se présenta pour la première fois le 4 janvier 1800, quelques semaines à peine après le 18 Brumaire.

Le bruit avait été répandu que Joséphine rendrait le pain bénit dans l'église de Rueil, et ce bruit avait fait scandale. N'oublions pas qu'en ce moment Bonaparte gouvernait avec les républicains, avec la gauche, comme on dirait aujourd'hui.

Il envoya donc un démenti, péremptoire autant

<[u^habile, qui parut dans un journal d'un jacobinisme incontestable, quoique domestiqué, car il appartenait au ministre de la police Fouché. C'était le Journal des hommes libres.

Il y est dit, le 4 janvier 1800 :

« Il n'est pas vrai que la citoyenne Bonaparte doive Tendre le pain bénit dimanche prochain. Cette circonstance eût été vraie qu'elle ne prouverait que la piété particulière de la citoyenne Bonaparte, qui est aussi libre qu'une autre de faire ce qui lui convient À cet égard, sans qu'on en doive tirer les conséquences, »

Ce démenti, habilement tourné, sauvegardait le Premier Consul du côté des jacobins avec l'appui •desquels il était parvenu au pouvoir ; en même temps il fait pressentir l'esprit de tolérance dont il va donner bientôt la preuve éclatante avec le Concordat.

Bonaparte ne tarda pas à juger insuffisant le concours indirect des journaux qui n'étaient pas absolument, et à toute heure, sous sa dépendance.

Il se souvint sans doute de ces gazettes qu'il avait fondées en Italie et en Egypte quand il était général en chef. Il voulut, comme alors, avoir un journal à lui et à sa disposition personnelle, placé en dehors de la sphère gouvernementale.

Ce fut le Bulletin de Paris.

Ce journal était rédigé dans le cabinet du Premier Consul, sous ses yeux et sous son inspiration directe. Il était bi-hebdomadaire. Le premier numéro parut le 11 mars 1802, dans la seconde année du Consulat.

Le prospectus vante la sage administration de

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Bonaparte, le retour à Tordre, T accroissement de la splendeur intérieure de l'État.

« Il faut, dit-il, prouver que Timmense majorité du peuple, cette masse puissante sur laquelle le gouvernement doit s'appuyer et se reposer avec confiance, veut, comme elle les a voulues toujours, la République, la liberté, l'égalité, la propriété, protégées par la loi et la loi votée par la représentation nationale. »

Gomme il arrive la plupart du temps, pour les jour» naux officieux, auxquels personne n'ajoute foi, le Bulletin de Paris n'eut aucun succès. C'est en vain que Bonaparte en avait confié la rédaction à un homme de talent, confident intime de ses pensées, déjà éprouvé en Italie, à Regnault Saint-Jean-d'An-

Lecteurs et abonnés se dérobèrent. Bonaparte essaya alors d'une nouvelle combinaison, comme font les directeurs dans le désarroi; il changea la rédaction afin de ramener la clientèle. Il s'adressa à Fiévée, écrivain d'un talent supérieur, dont il avait déjà remarqué le caractère indépendant et les facultés d'observation.

Un messager de confiance lui fut envoyé. C'était M. de Lavalette, directeur général des postes. Il proposa à Fiévée la rédaction en chef du BuUetin de Paris. C'était en octobre 1802. Fiévée répondit à cette proposition par une note de fière allure qui fut mise sous les yeux du Premier Consul. Il y démolit, de main de maître, la formule du journal officieux :

« Rien, dit-il, ne me parait moins utile que ces journaux mi-officiels qui ne vivent que de la protec* tion du gouvernement ; ils n'ont pas un mois d'existence que chacun sait qui les fait, pour quoi et pour qui on les fait, alors on les lit bien moins pour s'en laisser diriger que pour savoir ce que le gouvernement veut qu'on pense, et dès qu'on voit un gouvernement quelconque prétendre faire l'opinion au jour le jour, les esprits se cabrent et se font une opinion directement opposée. »

Et Fiévée conclut :

a Pourquoi s'obstiner à continuer le Bulletin de Paris? Qu'on le laisse' mourir ! »

C'est ce qui eut lieu. Bonaparte s'en tiendra désormais au journal officiel, à son Moniteur.

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