SCENE Vlï
FREDERICK , puis CLÉMENCE.
rRÉDÉRlCH.
Il va passer «ne revue. . . je pourrai l'approcher. . . Ouï , le moment est propice. . . Avant une heure, j'aurai peut-être acquis une gloire immortelle ( 7Z se jette à genoux ^ et élèue
les yeux vers le cîeL — En ce moment , entre Clémence.^ Mon dieu , un seul instant éloignez ses gardes , et conduisez mon bras^ mon âme est entre vos mains. . . Ma pauvre mère , Clémence consolera votre viellesse; elle vous parlera de votre fils, que vous ne devez plus revoir.
CLÉMENCE
Frédérîch !
FREDERICK
Elle était là ! (// cache viçement son arme,)
CLÉMENCE
Malheureux ami!
FBÉDÉRICH , cherchant à se remettre»
Malheureux, moi. • . quand nous sommes unis.
CLÉMENCE
Je connais votre projet.
FREDERICK
Mon projet?
CLÉMENCE
Frédérich , vous voulez tuer Napoléon.
FREDERICK
Eh bien oui ! je Tai juré! . . . Clémence , comment pourrezvous me pardonner mon ingratitude? Sans biens, sansnaissancc, vous m'avez préféré à tous , vous m'avez donné votre amour.. • Et moi, malheureux qui vous devais le bonheur en échange, je vais condamner votre jeunesse aux larmes et a la douleur.
CLÉMENCE
Frédérich, vous ne connaissez pas mon âme. Vous accuser, moi! vous blâmer, quand vous venez de vous élever encore à mes yeux! Non, mon ami, regardez-moi , je suis calme, résignée; j'entends la voix de Dieu qui nous appelle au plus noble des sacrifices!
FREDERICK
Quoi , vous me pardonnez , quand j^ii osé vous avouer la v rite?
CLEMENCE
Je n'avais pas besoin de cet aveu Cette réunion mystérieuse des Amis de la Vertu ; une mélancolie qui ne vous est pas habituelle; votre agitation jusque dans le temple du Seigneur, tout m'avait dit votre dessein 5 et j'en parlais à Dieu dans mes prières.
FREDERICK
Clémence aussi l'ordonne; c'est donc le ciel qui le veut.
CLÉMENCE
Mon Frédérich , je ne faisais que tous aimer. . • maintenant je vous admire. . . Mais n^espérez pas courir seul ce danger,
FRÉDÉRICH.
Que dites-vous?
CLÉMENCE
Croyez-vous que j'aurais tant de courage, si je n'avaia résolu de mourir avec vous ?
FREDERICK
Clémence, c'est là le seul moyen que vous avez réservé pour me détourner de mon projet ?
CLÉMENCE
Non 5 mon ami. . . 11 faut sauver notre pays, mais il faut le sauver ensemble.
FREDERICK
Grand dieu ! que voulez-vous donc faire ?
CLÉMENCE
Ma présence éloignera les soupçons , et je pourrai m'approcher de Napoléon, sans éveiller ses craintes... Ab ! ne vous étonnez pas de ma résolution: qui vous dit que depuis long-temps je n'avais pas moi-même conçu la généreuse idée qui vous inspire. . . Oui, me disais-je souvent , quand ceux qui ont la force en main, ne savent pas s'en servir contre l'oppression; quand nos plus vieux défenseurs laissent lâchement avilir notre patrie, c'est aux plus jeunes de ses enfans , c'est aux femmes elles-mêmes à donner l'exemple du dévouement.
FREDERICK
Ecoutez-moi, Clémence. . . Si je n'avais compté sur vous , jamais je n'aurais formé le projet d'exposer ainsi ma vie. . . elle était devenue nécessaire à la vieillesse de ma mère, que je ne pouvais ainsi abandonner seule au monde, privée de son unique
enfant Oui, j'avais compté sur vous pour me remplacer
auprès d'elle.
CLÉMENCE
Sur moi?
( 37 ) FRÉDÉRICH.
Il y aura plus de courage dans votre sacrifice que dans le mien. . . consentez à vivre pour ma mère. . . vous êtes sa fille , maintenant. . . Appelez-là près de vous, quand je ne serai plus, et qu^une main chérie lui ferme les yeux.
CLÉMENCE
J'avais espéré mourir; mais vous le voulez , je vivrai , je chérirai, je consolerai votre mère. Après elle, mon devoir sera rempli , et mon époux n'attendra pas long-temps sa fiancée.. • Ainsi ne vous occupez plus de moi, ne songez qu'à votre glorieuse entreprise . . . Allons , mon Frédérich , Vennemi vous attend!
FRÉDÉBICH.
Il faut donc vous quitter I
CLÉMENCE
Il le faut!
FRÉDÉRICH, d^un air ahbaitu, Clémence!
CLÉMENCE, ai^ec calme.
Mon ami.
ERÉDÉRICH.
Que vais-je faire?
CLÉMENCE
Sauver l'Allemagne, ou du moins la venger!
ÎRÉDÉRICH.
Ma mère !
CLÉMENCE
Allez rendre son nom immortel!... Vous tremblez, Frédérich !
FREDERICK
Me séparer de vous !
CLÉMENCE
Nous pouvions aller au ciel ensemble. . . vous ne Tavez pas voulu.
TRÉDÉRICH.
Ah! je sens que mon courage. . .
CLÉMENCE
Que dites-vous , Frédérich ?
FRÉDÉRICH, la regardant.
Que je vous ai revue ., Clémence, et que ce sacrifice est maintenant impossible.
CLÉMENCE
Pense74-vous qu'on puisse aimer un homme sans» courage ?
FRÉDÉRICH.
Sans courage ! Non ! non î • • . ( Auec enthousiasme. ) Je
serai digne de toi !.. • Adieu , Clémence.
CLÉMENCE
Adieu , pour toujours ! . . .
FREDERICK
Pour toujours I non. . . Nous nous reverrons dans le séjour éternel des Amis de la Liberté !
( Ils se jettent dans les bras l^un de U autre, )
CLÉMENCE et ERÉDÉRICH.
Adieu! adieu!
( Frédéricli sort virement par le fond , et Clémence par la
gauche, )