LE GRAND-MARÉCHAL, HUDSON LOWE
HUDSON LOWE , entrant^ à la cantonade.
Officiers et soldats, que l'on se tienne bien sur ses gariies... Si l'un de vous se permet de bouger , j'en écrirai h mon gouvernement. . . ( Regardant autour de lui.) H m'avait semblé que le prisonnier était ici?
LE GRAND-MARÉCHAL
II y était effectivement, Monsieur^ mais vos aiïVeux procédés l'en ont chassé.
HUDSON LOWE , à lui-ménie^ Toujours m'éviter. . . Je lui ferai payer cher son mépris.
LE GRAND-MARÉCHAL
Me direz-vous, Monsieur , pourquoi cette nouvelle tyrannie ?
celte surveîllancelioiîteuse qui nous interdit jusqu^à la promenade , sous peine de mort?. . . Je vous le demande de la part de l'empereur.
HUDSON LOWE
II n'y a pas d'empereur à S«'ûnte~HëIène, il n'y a qu'un gouverneur 5 et c^est moi ... Je vous charge , à mon tour , de vouloir bien le dire au gênerai Bonaparte.
EE GRAND-MARÉCHAL
Le général Bonaparte» . . Qui vous donne le droit d'enlever h mon maître le litre d'empereur?. . . Certes, celui de général ne peut que l'honorer. . . » Il le portait h Arcole , aux Pyramides; mais depuis dix - sept ans , il a réuni sur sa tête tout ce qui, de la part des hommes et du ciel , confère un caractère auguste . . • vouloir le nier, serait vouloir nier la lumière du soleil.
HUDSON LOWE
Comme anglais , ce n'est pas mon opinion. D'ailleurs , je ne fais qu^exécuter, à la lettre, les instructions de nos illustres minisires.
LE GRAND-MARÉCHAL
Vos illustres ministres! vous me faites pitié Dans peu
d'années, ces lords que vous me vantez, et vous aussi , qui me parlez , vous serez ensevelis dans la poussière de l'oubli; ou, si Pon connaît vos noms, ce sera par les indignités que vous aurez exercées contre un grand homme , tandis que l'empereur Napoléon demeurera Tornement de Fhistoire , et l'étoile des peuples civilisés!
nUDSON LOWE.
Conjipe anglais, je pense absolument le contraire.
LE GRAND-MARÉCHAL
Il rst impossible que des ministres, des hommes, aient conçu l'affreux projet de transformer l'air en instrument de meurtre^ et c'est pourtant ce qui doit arriver , si vous forcez Napoléon à s'enfermer dans ce cloaque de Long-Wood.
HUDSON LOWE
Je ne l'y force pas , c'est lui qui le veut.
LE GRAND-MARÉCHAL
Monsieur 5 vous ponvez encore, aux yeux du monde, honorer la triste mission qui vous est confiée Supprimez cet
ocfieux espionnage; que l'empereur, dans ses promenades, ait au moins le bienfait de la solitude. Un tempéramment robuste et éprouvé, l'énergie d'un grand caractère, pourront peut-être triompher de la funeste influence du climat, et vous aurez bien mérité de Thumanité.
( 6. ) HUDSON LOWE
J'en écrirai h mon gouvernement.
Mais, pendant ce temps, la maladie peut faire des progrès irréparables. L'air de Long-Wood est mortel; on y est exposé à toutes les injures du temps, à l'ardeur brûlante du soleil. . • jamais d^ombrage , pas un seul arbre.
HUDSON LOWE
Des arbres, . . on en plantera.
LE GRAND-MARÉCHAL
Quel mot affreux ! il vous peint d^m seul trait . . . Sir Lowe, vous n'êtes point un anglais , vous êtes un sbire Sicilien.
HUDSON LOWE
Ahl l'on pousse l'audace jusqu'*^ m'insniterl
LE GRAND-MARÉCHAL
C'est qu'il est des bornes au-delà desquelles il n'y a plus de patience humaine. , . Monsieur , si l'empereur était votre égal , il vous aurait demandé, les armes à la main, une satisfaction éclatante de tant de barbarie.
HUDSON LOWE
Monsieur 5 je suis militaire.
LE GRAND-MARÉCHAL
Eh bien donc ! moi général comme vous, peut-être votre supérieur 5 j'exige la réparation de vos infâmes procédés à notre égard !
HUDSON LOWE
Qu'entends-jc? on ose me provoquer à présent. . .
LE GRAND-MARÉCHAL
Demandez votre rappel , délivrez l'empereur de votre présence, ou battez-vous avec moi.
HUDSON LOWE , à part.
Me battre!
LE GRAND-MARÉCHAL
Vous ne répondez pas?
HUDSON LOWE
J'en écrirai à mon gouvernement. ( Il sort.)